‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 30 sur 84 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

De la marche d'Alexandre.

L'expédition des Dix-Mille fit faire celle a'Alexandre contre Darius roi de Perse, et en présagea le succès. L'armée macédonienne fut réunie à Dium , dans la Piérie : elle s'élevait à 35 mille hommes, et elle était composée d'une phalange complète ' de 16 mille

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I. La phalange complète était proprement de 16, 3 84 hommes, et elle était composée , comme je l'ai dit dajis un autre ouvrage , de 2 phalanges royales , on de 4 phalanges simples. La phalange simple était formée de 4 morâï, ou cohortes de 1,024 hommes chacune, et elle était eomnandée par un stratège, tandis qu'Un simple Chili arque commandait la cohorte.

La cavalerie pesante était composée de deux corps, l'un d'Hétaires ou Compagnons du roi y ainsi nommés parce qu'ils en formaient la garde , et l'autre de cavaliers thessaliens organisés comme les Hétaïres. Chacun des deux corps était composé de 2,048 hommes, et il était formé de huit escadrons de 4 compagnies chacun , et chaque compagnie de 64 cavaliers.

Le corps des Hetaires était subdivisé en deux autres, Tun d'Hippapistes ou de Cataphracthes proprement dits, et l'autre d' Argyrapistes , ainsi nommés de leurs boucliers d'argent. C'est dans ce dernier corps qu'il y avait un escadron plus particulièrement attaché à la personne du roi et connu sous le nom à*A^

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hoplites, d'uae division de 8 mille peltastes^de deux corps de cavalerie pesante de 2 mille hommes chacun, l'un de Macédoniens appelés Hétaires , parmi lesquels il v avait un escadron d'élite connu sous le nom d'^géma^ l'autre de Thessaliens, réputés les meilleurs cavaliers de la Grèce, d'un autre corps de cavalerie légère de mille hommes, principalement recrutés dans le Péloponèse , et d'une division de 6 mille hommes de trait , archers ou frondeurs, recrutés en divers lieux. C'était le plus beau cadre d'armée que l'on eut encore organisé dans la Grèce , et il ^tait formé d'hommes choisis dans les parties les plus belliqueuses de cette contrée, en Macédoine, en Thessalie, en Épire et dans l'Albanie et llllyrie.

Après avoir remis le gouvernement de la Macédoine à Antipater, avec le titre de régent, Alexandre alla se mettre à la tête de cette armée à Dium ; et côtoyant le golfe ïherméen, il passa successivement l'Halyacmon et TAxius vers leurs embouchures, s'éleva vers Thessalonique sur l'isthme de la Ghalcidique, et descendit sur le Strymon vers Amphipolis; d'où il alla le long de la mer Egée , par Abdère et Marronée, passer l'Hèbre vers Œnos ; et tournant le golfe de Mé]a3 , il entra par l'isthme dans la Chersonèse de Thrace et fit passer l'Hellespont à son armée devant Sestos. Là, pendant que l'armée traverse le détroit sur 160 trîrè-

géma : c'était l'escadron sacré des Macédoniens. Il était composé de la fleur de la jeunesse macédonienne et portait l'armure la plus brillante. Il paraît que les Argyrapistes étaient des espèces de dragons, et les Hippapistes des espèces de c\iirasisiers,

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mes y il descend lui-même vers le cap Éléonte pour aller sacrifier sur le tombeau de Protésilas ' , le premier des Grecs qui aborda eu Asie dans l'expédition de Troie : puis il s'embarque avec Héphestion sur une trirème dont la poupe était couronnée de lauriers, et arrivé au milieu du détroit , il fait des libations à Nep^ tune et lui immole un taureau blanc.

L'armée débarqua sur la côte d'Asie à Abydos et campa dans la plaine voisine sous les murs d'Arysbe. Au premier bruit de sa marche, l'armée persane s'était rassemblée à Zéléia sur la Propontide, vers la péninsule de Cyzique , afin de pouvoir se porter au besoin sur le Bospliore ou sur l'Hellespont, au-devant des Macédoniens. Si près de Troie, Alexandre ne voulut pas quitter son camp d'Arysbe sans aller visi^ ter cette ville , pour y offrir des sacrifices à Pallas. Arrivé à Ilium , il monte à la citadelle accompagné d'Héphestion, enlève du temple de la déesse les ar-^ mes quejes Grecs y avaient consacrées ^ y suspend les siennes ; et descendant dans la plaine, qui borde le cap Sigée, il va couronner le tombeau d'Achille ,^ pendant qu'Héphestion couronnait celui de Patrocle,. et s'écrie , a Heureux Achille d'avoir été chanté par Homère ! » Puis il revient dans son camp d'Arysbe ; et côtoyant l'Hellespont, il marche vers Lampsaque au-devant de l'armée persane qui vient à lui , et va camper sur les bords du Practius ou Prosaction , qui en descendant du mont Ida se perd dans la mer entre l'Hellespont et la Propontide. Là , il apprend que l'ar-

I. On montre encore aujourd'hui ce tombeau au pied du cap Éléonte^ a l'entrée de l'Hellespont.

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niée persane, sous les ordres de Memnon de Rhodes, composée des troupes de tous les satrapes de l'Asie- Mineure et forte de 20 mille chevaux et de 100 mille fantassins , parmi lesquels il y avait un corps soldé de ao,ooo Grecs ^ l'attend de pied ferme derrière le Granique , qui n est éloigné du Prosaction que d'une marche. Aussitôt il se forme en ordre de combat , sa phalange doublée et pliée en colonne , sa cavalerie sur les flancs, les bagages à la queue, et marche en avant, couvert par un rideau de tirailleurs. Arrivé sur la rive gauche du Granique, il aperçoit l'armée persane déployée sur la rive opposée , la cavalerie en avant sur les bords du fleuve, derrière la cavalerie le corps soldé des Grecs rangés en amphithéâtre sur une seule ligne, et derrière les Grecs le reste de l'infanterie persane , sur une haut^ir dont elle couronne le sommet : c'était un spectacle imposant. Les généraux d'Alexandre et entre autres Parménion, lui conseillent de ne pas tenter le passage ce jour-là et d'attendre au lendemain pour livrer bataille, en lui représentant que le fleuve est profond, les bords escarpés, que la phalange ne pourrait arriver à la rive opposée qu'en désordre et par pelotons, qu'en abordant elle aurait à essuyer, d'abord le choc de la cavalerie persane , puis celui des Grecs rangés sur une ligne pleine ; enfin qu'un premier échec serait un présage funeste pour le reste de la campagne. Alexandre oppose à ces conseils la nécessité de faire un coup d'éclat en débutant^ et de donner de la réputation à ses armes. Il se décide en con* séquence à attaquer les Perses sur-le-champ, et il change son ordre de marche en ordre de bataille, eu déployant sa phalange sur une ligne de seize hommes

de hauteur , coupée par des intervalles , afin que cha- • que sectipn pûi guéer le fleuve , là où il lui présenterait le moins d'obstacles : puis il place à la droite de la phalange la cavalerie des Hétaïres, à la gauche la cavalerie thessalienne ; et s'avançant liii-même h la pointe de son aile droite avec l'Âgéma ou l'élite des Hétaines^ il entre dans le fleuve et le traverse obliquement en suivant le fil de l'eau , pour éviter en abordant d'être attaqué par sa pointe et pour présenter de front à l'ennemi sa phalange qui le suivait. Une grêle de traits tombe sur les Macédoniens. Leurs premiers rangs dont éclaircis : les Perses les chargent à mesure qu'ils abordent , et croisent la pique avec eux : Alexandre voit la sienne se rompre dans ses mains ; et prenant celle d'un Métaire qui était près de lui, il en perce Mithridate gendre de Darius , lorsqu'un cavalier persan ayant déjà levé le sabre sur lui , Clitus d'uifi coup du sien abat la main de ce cavalier. Toute l'armée ma*^ cédonienne passe le fleuve sur les pas d'Alexandre , enfonce la cavalerie des Perses et attaque, d'abord le corps soldé des Grecs , puis le reste de l'infanterie persane , qui ne peuvent soutenir le choc de la phalange et qui se dispersent en un clin d'œil. Deux>mille hommes tombèrent vivants aux mains du vainqueur, qui ne perdit lui-même qu'un petit nombt^e des siens , et parmi eux a4 Hétaires , auxquels Alexandre fit élever à Dium des statues d'airain de la main de Lysippe.

Jamais passage de 'fleuve n'avait été, exécuté d'une manière aussi brillante : ce fut la cavalerie qui en assura le succès. Ija victoire du Granique détruisit l'armée persane destinée à défendre l'Asie-Mifieure , et

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ouvrit à Alexandre toute cette vaste péninsule. Zéléîa et toutes les villes de la Propontide jusqu'au Rhynda-> eus et même jusqu'au goJfe Cianéen, se rendirent à lui. Il y établit Callas un de ses généraux pour gouverneur; et remontant lui-même avec son armée divisée en plusieurs corps le Khyndacus et ses affluents jusqu'au pied des montagnes qui lient le mont Ida au mont Olympe^ il traversa ces montagnes du nord au sud, et descendit d'abord dans la vallée du Caïcus, et puis dans celle de l'Hermus vers Sardes. Il n'était plus éloigné de cette ville que de 70 stades, lorsqu'on vint lui en apporter les clefs dans un bassin d'or. Alexandre campa sur les bords de l'Hermus à 20 stades de la ville j et monta seul , accompagné d'Héphestion , à la citadelle , qui s'élevait avec sa triple muraille sur un mont escarpé. Il fit élever sur le sommet du mont un temple à Jupiter olympien pour le remercier de sa victoire , et laissa dans la ville Asandre , fils de Philo- )as, qu'il nomma gouverneur de toute la Lydie.

L'armée marcha ensuite de Sardes sur Ephèse , divisée en deux corps. L'un y alla directement sous la conduite de Parménîon à travers la plaine cilbanienne : l'autre, conduit par Alexandre, y alla'^par Smyme qui n'était alors qu'une réunion de bourgades situées au nord du petit fleuve Mélès, autour de la fontaine de Diane. Alexandre campa au-delà du fleuve aujpied du mont Pagus , et sur un songe^qu'il eut pendant la nuit ' , il ordonna à Lysimaque , un de ses lieutenants, de bâtir une ville en ce lieu : c'est la même que celle qui existe encore. A l'approche d'Alexandre, Éphèse lui

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