CHAPITRE XIII
Des marches des armées romaines , de celles de Trajan et de Julien , et de la marche projetée de César.
Les Romains, dans le cours de leurs conquêtes, ont traversé plusieurs fois les lignes de l'Euphrate et du Tigre ; mais on n'a guère qu'une idée imparfaite de leurs marches, parce que leurs liistofiens connaissaient encore moins bien le pays que les historiens grecs. De
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toutes les expéditions romaines, les deux plus célèbres sont celles de Trajan et de Julien.
Il serait difficile d'indiquer avec précision la routé suivie par Trajan, parce qu'on est réduit, pour la décrire , à l'abrégé de Dion par Xiphilin et aux abrégés encore plus informes d'Aurélius Victor et d'Eutrope, auteurs qui écrivent Thistoire sur des bruits publics et qui paraissent ignorer également la géographie et l'art militaire. Tout ce qu'on peut conjecturer de leurs récits^ c'est que Trajan ne termina qu'en plusieurs campagnes ses conquêtes dans l'Orient , et qu'il suivit tantôt la route de Nisibe, et tantôt celle d'Amide : c'est la route de la Mésopotamie. Cette route décrit un arc qui s'élève jusqu'au mont Masitis et jusqu'à la première chaîne taurique, et qui côtoie cette chaîne tantôt au sud, tantôt au nord. De là le récit de ces écrivains sur la conquête de L^rménie, quoiqu'il soit vraisemblable que Trajan ne franchit jamais la seconde chaîne taurique, qui borne de ce côté le plateau Arménien. Il paraît qu'il passa TEuphrate tantôt vers Mélitène, tantôt vers Birtha, et qu'il alla passer le Tigre tantôt à Amide, à travers la première chaîne taurique, et tantôt à Ninive en côtoyant au sud cette chaîne; qu'il descendit ensuite de Ninive à Ctésiphon par Arbèles et Mennis, et qu'il alla de Ctésiphoil à Suze, en s'élevant jusqu'au pied de la chaîne médique et en côtoyant cette chaîne jusque sur les bords de l'Eulée : d'où il vint repasser le Tigre au-dessous de Ctésiphon, pour aller à Babylone donner du repos à son armée et y célébrer des jeux gymniques en l'honneur d'Alexandre.
L'expédition de Trajan fut sagement conduite. Ce
prince, avant de s'aventurer au-delà des deux fleuves, commença par s assurer de leur cours et des forteresses bâties sur leurs bords, et il ne s'avança dans l'intérieur du pays, que lorsqu'il fut maître de la circonférence. Par ce moyen , il attaqua les P^ses avec toutes ses forces, et il se défendit en partie contre eux avec leurs propres forces ou avec leurs forteresses. Il voulut même , au lieu de conquérir la Perse, en chan* ger le gouvernement et y établir une dynastie nouvelle, en transférant le trône de la maison des Arsacides dans une autre qui, ne Tayant point reçu comme un patrimoine de famille, l'eût regardé comme un don des Romains, ce qui était d'une plus sage politique; et il aurait réussi ^lans ses projets , s'il eût été possible de donner un gouvernement régulier à des peu* pies nomades , tels que les Parthes, qui dans la domination de la Perse avaient succédé aux Macédoniens.
Trajan avait suivi la route d'Alfexandre, Julien voulut suivre celle des Dix-Mille ; niais malgré son héroi* que valeur, il échoua , parce qu'il ne put conserver à travers le désert ses communications avec son point de départ. Ce prince partit d'Antioche avec 65 mille hommes, passa l'Ëuphrate à Birtha sUr des pontons de cuir, que Ton pliait comme des portdeuilles et que Ton tendait comme des cerceaux, et il marcha sur Kharres. Cette ville était au sud-est d'Édesse dans une plaine nue où se croisaient les deux routes qui conduisaient en Perse, l'une à gauche en côtoyant la chaîne taurique , l'autre à droite en eôtoyant l'Ëuphrate. Julien avait fait préparer des étapes sur les deux routes pour tenir les Parthes dans rincertitude
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àe celle c^u'il prendrait; et ayant fait semblant de suivre Tune, il prit l'autre. Il descendit d'abord vers l'Euphrate en suivant le cours du Bélès, réunit à Nicépfaorium une flotille de bateaux pour s'en faire convoyer, et marcha le long de l'Euphrate vers Cir«césium, où il paésa le Khaborâs sur ses pontons, it traversa ensuite le désert sur trois colonnes, la droite appuyée à l'Euphrate, la gauche, composée de la ca*« valerie, éclairant la plaine, et le centre couvert d^un rideau ide tirailleurs , qui couvrait égalemelit les deux ailes. La ftotilie eut ordre de mesurer tous ses mouvements sur ceux de l'armée, et de la flanquer toujours, sans jamais* rester en arrière ni la devancer. L'armée s'avança ainsi dans le désert^ en balayant tout devant elle : elle prit d'abord Anatho, qui s'élevait comme un écueil au milieu d'une île de l'Euphrate, puis les autres villes qiii bordaient le fleuve, et elle arriva presque sans perte jusqu'à Macépracta , vers l'origixie du mur qui joignant l'Euphrate au Tigre fermait la Babylonte. La commençaient les canaux dérivés des deux fleuves , pour ariroser le pays. A la tête du premier canal , s'élevait une tour qui servait dé phare : Jolien la prit, et passa le canal aux yeux même de l'ennemii, eïi faisant filer son inÊinterie sur des radeaux, tandis que sa cavalerie passait à la nage. U marcha ensuite sur la forteresse de Périsabour, située à l'origine du second canal, sur un mamdon qui s'arrondissait vers le fleuve et se terminait en un rocher aigu. Cette forteresse avait la forme d'un triangle, dont un côté était couvert par le fleuve, un autre par le canal, et le troisième par un fossé profond et une forte palissade. A Tangle le plus occidental et sur le
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rocher qui couronnait le mamelon, s'élevait une ci* tadelle, où Ton ne pouvait monter que par un sentier roide et difficile. Julien , ayant reconnu les dehors de la place, commença par assiéger la ville et la prit, malgré la résistance des assiégés qui cherchèrent en vain à suppléer par Tart à leur petit nombre. On dit qu'ils tendirent sur leurs murs de grands rideaux de poil de chèvre, lâches et flottants, pour amortir la violence des béliers, et que pour parer les traits qu'on lançait sur eux, ils se couvrirent de lames d'acier qui, en s'ajustant-à la forme de leurs membres et en se prêtant à tous leurs mouvements, leur donnaient l'air et l'apparence de statues de fer; mais rien ne put les défendre contre le courage et la discipline des Romains. Us se battirent cependant jusqu'à la dernière extrémité ; et quand ils ne purent plus tenir dans la ville, ils se réfugièrent dans la citadelle. Julien lés y attaqua avec l'hélèpole, inventée par DémétriusPolîorcètes : c'était une tour carrée, divisée en plusieurs étages et s'amincissant vers le faîte. On la couvrait de peaux fraîches ou d'osier vert enduit de boue, pour la garantir d^s atteintes du feu« Sa partie antérieure était garnie de crochets de fer, d'où pendaient des béliers. Des soldats la faisaient avancer sur des roues à force de bras , d'autres la tiraient avec des corder ; et dès qu'elle était assez avancée^ on mettait en branle les béliers, pour heurter et ouvrir les murs. A la vue de ce formidable appareil , les assiégés capitulèrent.
Maître de Périsabour, Julien marcha sur Ctésiphon, à travers les nombreux canaux qui coupaient la plaine comprise entre l'Ëuphrate et le Tigre. Les Parthes, à l'approche des Romains, rompirent ces canaux et
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inondèrent tout le pays. On abattit des palmiers, on croisa letirs tiges sur les canaux les plus profonds, on combla les autres , on marcha dans la boue , et Ton arriva enfin après des marches pénibles sur des coteaux charmants , qui séparaient les eaux des deux fleuves ,^ et où la vigne, en grimpant sur les palmiers et en se mariant avec eux, présentait aux soldats des raisins et des dattes, suspendus aux mêmes arbres. L'armée se reposa dans cette délicieuse campagne ; et après avoir traversé une seconde plaine inondée, ette arriva sous les murs de Maoga-Malka. Le terrain environnant était coupé par plusieurs canaux, au mrlien desquels Ma(^a-Malka s'élevait sur un tertre qui ressemblait à une lie. Ses abords étaient défendus par de» rochers, dont la coupe irrégulière et sinueuse formait une espèce de labyrinthe autour de la ville. Elle était ellemême environnée d'un double mur en briques , dont le plus extérieur était bordé d'un fossé profond et flanqué de seize tours; Une citadelle assise sur un roc occupait le centre de la ville, et au dehors, une forêt de roseaux, > qui s'étendait dépuis les bords du fossé jusqu'aux canaux,* donnait aux habitants la facilité d'aller chercher de l'eau, sans être aperçus. Julien, après avoir reconnu les alentours de la place, les fit miner et perça par un souterrain jusqu'au milieu de Maoga-Malka aux yeux des habitants étonnés, qui chantaient que les Romains escaladeraient plutôt le ciel que les murs de leur ville. Maoga-Malka n'était plus qu'à quatre lieues de Ctésiphon , l'une des principales résidences des rois parthes ; mais il fallait , pour y arriver, traverser le Tigre. Julien le traversa sur sa flotille, qu'il fit venir de TEuphrate par le Naar-Malka ou canal royal, planta, un
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des premiers, l'aigle romaine si|r la rive orientale du fleuve et poussa le$ Partbes jusque dans Ctésiphon.
C'était une ancienne tradition chez les Romains que cette ville devait être le terme de leurs conquêtes. LVxpédition de Julien sembla la conBrmer ; et la victoire qui avait fidèlement accompagné ce prince sur les bords de TEuphrate, Tabandonna sur ceux du Tigre* On a attribué ses malheurs à la perte de sa flotte, qu'il fit brûler après. lé passage du fleuve, pour ôter à ses soldats tout espoir de retraite et ne leur laisser que l'alternative de vaincre ou de mourir ; mais on n'a pas fait attention qu'elle lui était devenue inutile, m^me, pour son retour, puisqu'il n'est guère plus possible de remonter le Tigre au-des^s de Ctésiphon , que l'Ëuphrate au-dessus de Babylone. S'il fit une faute, ce fut d'avoir laissé Clésiphbn sur ses derrières au pouvoir des Partbes et de s'être avaiHîé sans base dans cette zone iinie et rase , comprise entre le Tigre et la chaîne médique, où il fut contimiellement harcelé par une cavalerie infatigable, qui semontcaît tantôt en bandes détaohées, tantôt en bandés réunies, et <}ui paraissait et disparaissait comme l'iéclâÂr. Oa voit qu'il voulait monl^r .sur le plateau dela^Médie par la rout^ 1^ plus ; courte, 'en se dirigeant chrecte* ment à l'est; mais arrêté par le désert, iqu'il fallait traverser, mieux que par un rempart, il fut obligé de revenir sur ses pas et de tourner au nord vers ApoU lonie, pour s'élever de ce coté siir le plateau, ou, en cas de revers, pour revenir d'ÂpolIonie sur les terres de l'empire par la route de Ninive et de Ntsibe. Il faisait sa. retraite dans le plus grand ordre, et déjà il était arrivé sur les bords du Durns ou Délas, lorsqu'un