‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 33 sur 84 · DANS LCMPIRE OT0OMAN · texte numérisé non relu

DANS LCMPIRE OT0OMAN

noir tourbillon de- poussière lui annonça Tapproche de l'armée des Parthes. Le roi Sapor la commandait en personne. Julien alors s'arrêta, et fit camper ses légions en rond et les rangs serrés, de peur d être surpris et attaqué pendant la nuit. Le lendemain , il passa le fleuve vers ÂpoUonie sur un pont de bateaux, et alla présenter la bataille à Sapor dans la plaine de Marenga. L'armée romaine se forma en croissant pour déborder l'armée ennemie, et elle la chargea entête' et en flanc au pas de coUrse. Cette manière brusque de combattre déconcerta les Parthes. Accoutumés à ^ se battre de loin, à voltiger et à fuir en lançant des flièches , ils ne purent soutenir le choc d'une infanterie qui se précipitait sur eux comme sur une proie ,. et qui ne leur laissait ni le temps ni l'espace nécessaires pour faire leurs évolutions et leurs caracoles. Ils. prirent la fuite et laissèrent le champ de bataille jon-^ ché de leurs morts. Depuis ils n'usèrent plus se pré-^ senter de front devant les Romains ; mais ils se contentèrent de manœuvrer sur leurs flancs et sur leurs^ derrières , pour les fatiguer et pour intercepter leurs convois, et cette manière de faire la guerre finit par être funeste à Julien. Un jour qu'il conduisait luimême l'avant-garde pour reconnaître le terrain^ on vint l'avertir que l'ennemi tombait sur ses colonnes de derrière.7 Soudain il courut pour les secourir, et pendant qu'il traversait au galop Tintervalle d'une colonne à l'autre, il fut atteint d'une flèche, qui lui perça le cœur ; mais il eut, avant d'expirer , la joie de voir fuir les Barbares, et il périt au sein de la victoire.

Jovien , un de ses lieutenants , fut proclamé empereur à sa place et chargé de ramener l'armée sur le

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territoire de l'empire : elle eut à soafTrir des maux incroyables, et elle faillit périr tout entière dans les gorges de Samire, oîi elle s'engagea imprudemment, au lieu dé chercher à les tourner par le chemin de Mennis. Enfin elle arriva après des marches très-pénibles à Dura, au*dessus de Samire. Là, privée de tout, et toujours inquiétée, par les Parthes d'un côté et les Arabes de l'autre, elle reçut la paix de Saper, à condition que les Romains rendraient Singare et Nisibe, les deux clefs de la Mésopotamie. Elle passa ensuite le Tigre au-dessus de Dura, et elle alla à travers un désert , où il n'y avait ni un brin d'herbe ni un filet d'eau, par Hatra et Singare, à Nisibe; d'où elle rentra par le chemin d'Édesse eh Syrie.

Ammien Marcellin, témoin et acteur de la retraite des Romains, prétend que la paix de Dura fut ignominieuse, mais nécessaire. Qu'elle fut ignominieuse, personne n'en doute ; mais il est difficile de croire qu'elle fût nécessaire après la victoire de Marenga, quand on a vnune armée de dix mille Grecs revenir par la même route de plus loin que l'armée romaine, encore composée de âo mille hommes. Jovien flétrit par cette paix son règne d'un moment; et l'armée ellemême en fut si indignée, qu'elle ne voulut plus obéir à son empereur et qu'elle l'eût vingt fois massacré sur la route, si elle n'eût été retenue par le préfet SaU luste, qui par égard pour la discipline militaire eut la générosité d'employer son crédit en faveur d'un prince qu'il méprisait. Salluste eut donc seul le mérite de ramener l'armée, et Jovien la lâcheté de s'en vanter auprès d'un sénat avili ^ qui n'eut pas honte de lui décerner pour cette action des honneurs publics.

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Les Romains pouvaient donc faire une meilleure paix avec les Parthes ; mais quand même ils Tauraient dictée, ils n'auraient jiamais pu conserver leurs conquêtes, comme les Macédoniens, parce que, pour conquérir des peuples errants, tels que les Parthes d'alors, il faut commencer par les fixer, et pour les fixer , les civiliser. César seul avait osé former cette entreprise, et seul il était capable de l'exécuter. On voit par les poèmes de Virgile, d'Horace, d'Ovide et de Lucain, qu'il connaissait très-bien les Parthes...

Gens fuit et campis et equis et tuta sagittis. Et circumfusîs invia fluminibus....

et qu'il se proposait da leur faire la guerre, comme Munich et Lasci l'ont faite depuis aux Tartares. Nous avons vu l'armée russe marcher toujout*s en bataillon carré, les équipages au centre, la cavalerie sur les ailes, les Cosaques en avant : cette armée était, comme une citadelle ambulante, inaccessible aux «attaques de l'ennemi qui venait de temps en temps caracoler sur ses flancs ou sur ses derrières, mais qui se retirait avec plus de vitesse encore quil n'était venu, dès qU'on lui &isait face. César ne pouvait pas ignorer, cette manière de combattre, puisque Crassus lui-même, qu'il allait venger , lui en avait donné l'exemple. Son infanterie avait appris dans la guerre des Gaules a soutenir , sans se rompre , le choc de la cavalerie la plus impétueuse, et elle avait montré ce qu'elle savait faire dans la guerre d'Afrique, où un détachement seul, enveloppé par la cavalerie de Labiénus, avait réussi à la mettre en fuite et à se dégager. Observateur attentif

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et imitateur habile de tout ce qu'il y avait de bon parmi les autres peuples , César avait emprunté d'Arioviste la méthode de mêler dans sa cavalerie des fantassins agiles qui combattaient avec elle, et qui, se prenant à la crinière des chevaux, suivaient leur course, quelque rapide qu'elle fât: il avait même fondu dans les cadres de ^ ses légions des escadrons de cavalerie gauloise , et on avait déjà vu dans plusieurs combats de^ turmes de cette cavalerie se rompre, comme la cavalerie numide, et la mettre en déroute. Maître de tout le littoral de l'Afrique, il n'eût même tenu qu'à lui d'avoir dans son armée des cavaliers numides pour les opposer aux cavaliers parthes, et s'en servir comme de Cosaques, I^s rivières et les fleuves nauraient pu l'arrêter .: il était très*habile dans l'art de jeter d^ poots, et il fut le premier général qui en jeta sur le Rhip. La di$Qip)iDe des Romains^ leur ha^ bileté dans la {tactique et surtout leur envie de venger

Crassu^ et de piller Babylone ,

Càmctue superba foret Babylon spoUanda tropseis Ausoniîs, umbràque érraret Crassus inultâ....

lui auraient aplani tous les autres obstacles. Il aurait choisi sur la ft*oatière Axn camp avantageux, qu'il eût retranphé av/^ -^rt; et. .de là il eût poussé en avant une chaîne . ds p^etit^j forts pour conserver ses^tnnmur nicatipn^ lit^^je^. : <;'e^t ce que firent Muaich el Lasei , rw eta partani: deYMkrwà^^ l'autre d'A2;0f: c'est ce quil ayait fyii lMi-m?me!jdaus tes Gaules;. Ufi«B fois maître d'une positon. importante, il eût recommencé la même cb^n0 et eût ain^i contenu tout le pays. Les

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poètes auraient pu chanter alors, sans risquer d'être démenûs :

Quid tibi nunc solitae mitti post terga ^agittae, Quid loca , quid rapidi profuit usus equi ?

Parthe, refers aquilas, victos quoque porrigis arcus : Pignora jam nos tri nulla pudoris habes....

Il eàt ainsi vaincu les Parthes ; mais il ne les eut commis qii!ea occupant^ comme Alexandre , les principales posijtions de leur pays, et en y laissant des colonies de yét^ans, qui se seraient peu à peu mêles avec çux et leiTr auraient appris les arts des Romains. Cette manière de conquérir les peuples, pour les civiliser, n'appartient qu'aux grands hommes ; et César était fait, comme Alexandre, pour en donner l'exemple aux autres conquérants.

Plutarque , qui prête à ses grands hommes tous ses projets , prétend qu'après avoir soumis les Parthes et recouvré les enseignes romaines , César devait traverser les lignes de l'Araxe et du Caucase , celles du Tanaîs et du Borysthène, tourner le Pont-Euxin et remonter le Danube jusqu'à ses sources, pour revenir en Italie par la forêt Noire et sa chère Gaule. Il eût ainsi donné à l'empire romain toute la vallée du Danube , comme il lui avait déjà donné celle du Rhin ; mais ce projet n'est fondé que sur des conjectures, comme le projet, prêté à Alexandre, de faire le tour du nord de l'Afrique jusqu'aux colonnes d'Hercule, et de revenir dans la Grèce par l'Espagne et par l'Italie. Ce qui est plus vraisemblable et ce qui est fondé sur les assertions, non d'un seul écrivain, mais de plusieurs et même des poètes de son temps , c'est que' César se-

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rait allé , comme Alexandre ^ eu Perse par la route de Ninive et en côtoyant la chaîne taurique, et qu'il en serait revenu par celle de Babylone, en remontant l'Euphrate jusque vers la Syrie, parce que ces deux routes sont les plus faciles, la première pour une armée qui va conquérir le pays , l'autre pour une armée qui l'a conquis et qui n'a plus à craindre d'y être inquiétée par les Arabes et les autres hordes errantes, dès qu elle est maîtresse du cours du Tigre et de celui de l'Euphrate : ce sont là les deux seules routes que Ton peut suivre sans danger, pour conquérir la Perse, quand on part de l'Asie-Mineure, ou même de la Syrie.

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