‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 35 sur 84 · II. ao · texte numérisé non relu

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d élévation au-dessus du niveau de la mer : le& autres montagnes les plus élevées n'en ont pas plus de mille, et elles s'abaissent par degrés en s'avançant au sud , tellement que leur crête e$t à peine marquée vers l'isthme de Suez. Toutes ces montagnes sont calcaires et paraissent avoir été bouleversées par des feux souterrains : celles de la chaîne orientale ont leurs sommets arrondis ou taillés en cônes, et ne semblent tenir les unes aux autres que par leur base : quelquefois même elles se développent en larges plateaux qui paraissent se confondre avec le désert de l'Arabie, tels que les plateaux d'Alep et de Damas : les montagnes de la chaîne occidentale sont au contraire toutes liées ensemble , ont des pics très-hauts et présentent le long de la Méditerranée une crête continue qui ne paraît rompue que sur trois points : entre le mont Piérius et le mont Casius dans la vallée de l'Oronte ; entre le Liban et l'Anti-Liban dans celle du Léontès ; et entre l'Anti-Liban et le mont Carmel dans la vallée du Cison, au-delà de laquelle la chaîne change d'aspect et se couronne de roches nues , annonçant le voisinage et l'aridité du désert. Cette chaîne , vue de la mer dans tout son développement, se présente comme un rideau bleuâtre , étendu sur l'horizon ; mais à mesure que l'on approche, les inégalités se montrent et présentent mille formes bizarres : ici des pics dessinés "en boules, en obélisque^, en pyramides, ressemblant à des forts plantés sur des rochers : là des pentes coupées en terrasses, semblables à des jardins suspendus dans les airs. Les deux chaînes ont leur escarpement vers la Méditerranée, et elles s'abaissent en longs talus vers l'Arable : en sorte qu'elles paraissent très-elevées au-

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dessus de la mer, tandis qu'on les croirait presque de niveau avec le plateau arabique.

La Syrie peut avoir 1 5o lieues de long depuis Aîn-^ tab jusqu'à Gaze , sur une largeur moyenne d'environ 3o lieues, et elle a 4 ^ ^ mille lieues carrées de su^ perficie. Son sol; est si varié , à cause de son élévation et de ses divers aspects , qu'il oiFre les productions de tous les pays. Le LibaUr voit croître à ses pieds les orangers et les cédrats, tandis qu'il nourrit dans ses fiancs le mûrier , le noyer , le cèdre , et que son front est couronné de neiges éternelles. La vallée de l'O-^ ronte produit les plus beaux blés et les plus gras pâturages , et le Jourdain voit naître sur ses bords le palmier, la canne à sucre et le cafier. Le Chrysorhoas et le Léontès arrosent les plus beaux vergers, et toute la côte de la Méditerranée est plantée d'oliviers et de vignes, qui donnent des huiles et des vins exquis.

Les peuples répandus dans ce pays en sont près* que aussi variés que les productions : ce sont des Turks qui le gouvernent après l'avoir ccmquis sur les Arabes , des Arabes qui le conquirent sur lés Grecs , des Grecs qui le conquirent sur les Perses , enfin des Turkm'ans, des Kourdes, des Ansaris, des ^Vlarrooites, des Druses , des Mutqalis , qui y sont venus de toutes les contrées de TÔrient.

Les Turks et les Grecs n'habitent gi^ère que les villes , et ce sont les Arabes qui forment dans les campagnes le fond de la population. Les Ansaris, les Marronites, les Druses, lés Mutualis sont cantonnés dans les montagnes , tandis que les Kourdes et les Turkmans errent dans la vallée de l'Oronte et les Arabes-

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Bédouins dans celle du Jourdain et sur toute la lisière du désert.

Tous ces peuples ont des mœurs et des usages particuliers, et ils sont moins les sujets des Turks que leurs tributaires. Les Bédouins y-les Turkmans et les Kourdes ont échappé au joug des Turks par leur vie vagabonde, et les Ansaris, les Marronites, les Druses et les Mutualis en ont été préservés par leurs montagnes. Il serait difficile de faire un dénombrement exact de ces peuples divers ; mais ils sont en général peu nombreux , et la population entière de la Syrie ne s'élève pas au-delà de :& millions d'habitants : ce qui ne donne pas même 5oo hommes par lieue carrée.

L'Oronte et le Jourdain, qui coulent entre les deux chaînes dans des vallées longitudinales , sont les deux seuls cours d'eau , dignes du nom de fleuve. Tous les autres ne sont que des ruisseaux , s'écoulant par des vallées transversales, les uns dans la Méditerranée, les autres sur le plateau du désert, où ils disparaissent dans des baà-fonds : ce qui divise naturellement ce pays en deux régions distinctes, en pays montueux et en pays plat. Le premier comprend les deux chaînes , mais plus particulièrement la chaîne occidentale, le Liban, TAnti-Liban et la Judée proprement dite, composée des montagnes oui bordent le Jourdain, et le second comprend les deux plateaux d^Alep et de Damas sur la lisière du désert, la vallée longitudinale de rOronté s'étendant entre les deux chaînes, la vallée transversale de la Célé-Syrie, creusée entre le Liban et l'AntiJjiban , et la côte de la Méditerranée, divisée par le mont Carmçl en deux littoraux, dont l'un était

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connu des anciens sous le nom de Phénicie . et l'autre sous celui de Palestine. Le pays plat est la région la plus fertile, mais la plus mal cultivée, parce qu'elle est exposée aux incursions des Bédouins, des Kourdes et des Turkmans : la région montagneuse au contraire est assez bien cultivée, parce qu'elle l'est par des peuplades qui ont conservé une sorte d'indépendance à l'abri de leurs montagnes. Le Liban est habité par les Ansaris, les Marronites et les Druses, l'Ànti-Liban par les Mutualis , et la Judée par des peuples cliré« tiens ou musulmans qui , comme les Naplousins, n'ont jamais pu être soumis^ Aussi ces peuples ont-ils presque tous conservé des coutumes et une religion qui leur sont particulières : les Naplousins et les Mutualis sont Musulmans de la secte d'Ali 9 tes Druses moitié Musulmans et moitié idolâtres, les Marronites chrétiens catholiques, les Ansaris héliocûles, taudis que les habitants du pays plat ont presque tous subi la. religion de leurs vainqueurs et sont presque tous Musulmans, comme les Turks, de la secte d'Omar. Les Turks n'habitent que les villes y où ils sont mêlés avec les Grecs et les Juifs-, et où ils occupent les emplois de la milice et de l'administration , tandis que les autres habitants sont répandus dans les campagnes, où ils se livrent à l'agriculture. Les produits qu'ils en obtiennent sont très -variés: le pays plat donne du coton, du tabac , du blé et toute sorte de fruits , et le pays montagneux de l'huile, du vin , de la soie, des galles, du bois de chauffage et de construction. La Syrie ne produit pas assez de grains pour sa consommation; mais elle exporte du coton, de la soie, du tabac, des galles , de lliuile et du vin : elle échange avec l'Egypte

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de k soie et du vin contre du riz et du blé, et avec TEurope du coton , de la soie et des galles contre des marchandises coloniales, des bonnets et des draps. C'est ce commerce qui fait vivre la population des villes : celle des campagnes ne vit guère que du produit de l'agriculture, Tindustrie manufacturière y étant encore dans l'enfance. On n'évalue pas le revenu général de la Syrie à plus de 4oo millions de francs , sur lesquels le gouvernement prélève, soit en coatri* butions sur les terres , soit en taxes sur les consommations et les personnes, au moins ^o millions : c'est le dixième du revenu général. Une partie de ces contributions passe à Constantinople : l'autre est employée à payer lés frais d'administration et à entretenir lo mille soldats, moitié fantassins, moitié cavaliers, qui réunis à lo mille hommes de milice, levés en temps de guerre, font la seule défense du pays.

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