CHAPITRE V
Des marches les plus célèbres à travers la Syrie, et en particulier
de celle des croisés.
•De toutes les marches à travers la Syrie, la plus ce* lèbre, sans contredit, est celle d'Alexandre; mais cette marche est peu connue, parce qu'elle n'a été décrite que par Arrien qui n'a guère donné des détails que sur le siège de Tyr.
il paraît cependant, d'après cet historien, qu'Alexandre entra en Syrie par les défilés du mont Rhosus et qu'il descendit dans la plaine arrosée par l'Oi^onte ; d'où, en côtoyant le fleuve jusqu'à son embouchure, il pénétra sur le littoral de la Phénicie par la plaine de Laodicée. Il occupa successivement Marathus et Aradus, qui lui furent livrées, reçut à composition Biblos et Sidon à laquelle il donna Abdolonyme pour roi ' et marcha sur Tyr. Des députés de cette ville,
1. Abdolonyme, quoique issu du sang royal , était réduit , pour vivre, à cultiver un jardin. Alexandre lui ayant demandé comment il avait pu supporter sa misère : « Plaise aux dieux, répondit-il , que je puisse supporter la couronne avec autant de courage! Ces mains ont suffi à tous mes besoins: tant que je n'ai rien eu , je n'ai manqué de rîeni » Utinam eodem animo regnum pati possim ! Hœ manus suffecere desiderio meo : nihil hàbenti nihil défait.
358 VOYAGE MlLltAht£
parmi lesquels était le fils du roi , vioreai à sa rea* contre pour lui offrir les dons de l'hospitalité et une couronne d'or, en signe de soumission. Alexandre demanda à entrer dans leur ville, pour y faire un sacrifice à Hercule. Les Tyriens refusèrent sur un oracle du dieu, qui leur défendait d'y laisser entrer aucun Grec. Indigné de ce refus , Alexandre assembla son armée et lui exposa qu'il ne pourrait poursuivre Darius ni même tenter une expédition en Egypte , tant que la flotte ennemie serait maîtresse de la mer, parce qu'elle pourrait porter la guerre en Macédoine, tandis qu'ils la feraient eux-mêmes en Asie : ajoutant que la flotte ennemie serait maîtresse de la mer, tâi)t qu'ils ne se seraient pas eux-mêmes assurés de Tyr. Ce discours produisit tout son effet , et le siège de Tyr fut résolu ; mais ce siège paraissait difficile, parce que la ville formait une île entourée d'une muraille en talus de 1 5o pieds de haut. Alexandre entreprit de réunir Ille au continent par une digue, et il y réussit. Ayant ainsi jeté un pont sur la mer, il fit brèche aux murailles et prit la ville d'assaut. Six mille l^riens furent tués sur ks remparts, deux mille mis -en croix, et trente mille autres faits esclaves. Le vainqueur sacrifia à Hercule dans son temple ; et maître de la mer et de tout le littoral de la Phéniciè, il marcha en Palestine, où toutes les villes lui ouvrirent leurs portes, à l'exception d'une seule, qui osa hii résister : c'était Gaze où commatadait l'eunuque Bétis. Cette ville était la clef de la Syrie et de l'Egypte. Assise sur la cime d'un mont , à tlo stades de la mer, et défendue par de fortes murailles , Gaze essuya trois assauts , dans l'un desquels Alexandre reçut une blessure ; et ce ne fut
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qu'au quatrième que les Macédoniens pénétrèrent dans la ville et en égorgèrent tous les habitants. Bétis, suivant les uns , fut tué sur la brèche , suivant d'autres pris dans une sortie j et on dit qu'Alexandre le fit attacher par les pieds derrière un char et traîner autour de la ville, voulant imiter Achille, qui traîna ainsi autour de Troie le corpsi d'Hector. On dit aussi que le grand-prêtre des Juifs, nommé Jaddus, vint de Jérusalem à Gaze, revêtu de ses habits pontificaux, pour implorer )a clémence du vainqueur, et que celui-ci frappé de l'air majestueux du pontife s'inclina devant lui et adora le nom de Dieu, gravé sur sa tiare en lettres d'or '.
Alexandre traversa la Syrie dans sa longueur en allant en Egypte , et à son retour il la traversa dans sa largeur en allant de Tyr à travers la Célé-Syrie passer l'Euphrate sous Tapsaque : c'est la marche la plus célèbre des anciennes armées à travers la Syrie, parce qu'elle changea entièrement le pays, en lui donnant les arts et la civilisation de la 'Grèce. Celle des croisés ne produisit pas les mêmes résultats; mais elle n'est guère moins célèbre, parce qu'elle a été chantée par le Tasse.
De toutes les armées chrétiennes <[ui marchèrent à la conquête de Jérusalem, celle qui se fit le plus remarquer par son courage et sa discipline, fut l'armée française conduite par Grodefroi , duc de Bouillon,
I . Quelques historiens font V€»iir Jaddus à la rencontre d'Alexandre dans sa marche de Tyr à Gaze; mais Quinte-€urce dit que Jaddus ne vint trouver Alexandre qu'après la prise de Gase. (Voy. le Supplément du liv. a, chap.'ii.)
36o VOYAGE MILITAIRE
Raymond comte de Toulouse, et Bohémond prince de Tarente. Cette armée, composée de plus de cent mille combattants, se rassembla en 1097 de tous les points de la France et même de l'Italie sous les murs de Constantinople , où régnait l'empereur Alexis Comnène *. Elle passa le Bosphore devant Chalcédoine , côtoya le golfe Âstacénien jusqu'à Nicomédie ; et se dirigeant au sud-est, elle alla mettre le siège devant !Nicée, défendue par un sultan turk de la dynastie des Seljoucides. Des sultans de cette dynastie régnaient alors dans toute l' Asie-Mineure, et même dans une partie de la Syrie. Nicée était devenue comme leur capitale ; et par son voisinage de Constantinople , elle était regardée comme le poste avancé des Musulmans contre les Chrétiens. I^es Turks la défendirent avec opiniâtreté ; mais enfin elle fut obligée de céder à la valeur des croisés. Ceux-ci, après y avoir laissé une garnison , traversèrent sur deux colonnes les défilés du mont Olympe, et descendirent par les gorges d'Ozellis dans la plaine de Dorylée, arrosée par le Thymbrius, un des affluents du Sangare. Là une des colonnes de l'armée chrétienne, surprise et environnée par les Turks , allait être exterminée, si elle n'eût été secourue à temps par Godefroi de Bouillon, qui conduisait l'autre. Les Musulmans, attaqués alors de front et de flanc, fuient de tous cotés et laissent sur le champ de bataille 20 mille des leurs. Les Chrétiens ne perdirent que 4 mille hommes , et ils attribuèrent
1. Voy. pour les détails de cette marche THistoire des Croisades par M. Michaud , un des pins beaux travaux historiques qui aient été faits de nos jours. '
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leur victoire à saint Démétriùs et à saint Georges, qu'ils : avaient cru voir combattre dans leurs rangs. L'armée musulmane, après cette action où elle avait éprouvé le courage et la discipline. des Chrétiens, désespérant de les vaincre en bataille rangée , ne voulut plus les combattre de front : elle ravagea tout le pays devant elle jusqu'au mont Taurus , et n'agit plus que sur leurs flancs , pour chercher à leur couper les convois. Cette tactique finit par aiTa,mer les croisés , qui perdirent presque tous leurs chevaux et tous leurs bagages , en traversant le plateau occidental de l'Asie- Mineure ou la Phrygie proprement dite ; mais arrivés sur les confins de la Pisidie, ils eurent le bonheur de trouver une ville qui leur ouvrit ses portes et qui leur fournit des vivres en abondance : c'était Antiochie ou Antiochette *, peuplée en partie de Chrétiens grecs qui reçurent les croisés comme leurs frères. Philomèlie, Isaure, Larànda imitèrent l'exemple d'Antiochie ; et l'armée chrétienne, après avoir arboré l'étendard de la croix sur toutes ces villes , alla franchir la chaîne méridionale du mont Taurus vers Thyane; d'où elle descendit sur le littoral de la Méditerranée à Tarse en Cilicie. Celte ville n'était fermée que d'une simple muraille; mais elle avait une citadelle très-forte, située sur une montagne voisine. Le Bey turk, qui y commandait,
;[. Depuis Ak-Chéïr ou Antiochette, les croisés suivirent la même route que les Dix-Mille , en côtoyant le plateau de TAsie- Mineure sur son pourtour occidental et méridional, et en descendant comme eux par les . pyles ciliciennes sur le littoral de la Cilicie. La route, qu'ils prirent, est la route ordinaire de Constantinople à Alep par Koniah, et ils ne s'en écartèrent guère que pour butiner, jusqu'à leur entrée en Syrie.
ne pouvant défendre le corps de la place, se réfugia dans la citadelle. Beaudoin frère de Godefroi et Taacrède frère de Bohémond, qui conduisaient l'avantgarde des croisés , escaladèrent avec leurs soldats cette citadelle ; et après 1 avoir prise d'assaut ^ ils se disputèrent leur proie comme deux bétes féroces. Leur dispute se renouvela pendant la marche de l'armée sur la Syrie, à la prise d'Adana et à celle de Mopsueste, et les soldats chrétiens qui combattaient sous eux payerait de leur sang les aveugles prétentions de leurs chefs. Pour mettre un terme à ces querelles sans cesse renaissantes, Tancrède prit à Mopsueste la route d'Alexandrète ; et côtoyant la mer, il alla traverser les défilés d'Issus, tandis que Beaudoin remontant le Pyrame, alla traverser le mont Amanus vers Marach. Le principal corps de l'armée suivit pour entrer en Syrie les traces de Beaudoin^ et descendit par les défilés de Gindare sur l'Oronte, qu'il passa sur ud pont de pierre. Toute l'armée se réunit sous cette ville, où régnait un sultan Seljoucide, parent de celui de Nicée. Mécontent des procédés des autres chefs et surtout de ceux de Tancrède, Beaudoin quitta alors avec sa division le camp des croisés et alla au-delà de l'Euphrate fonder la principauté d'Édesse, qui devint depuis le boulevard de la Syrie contre les Persans, tandis que le reste de l'armée entreprit le siège d'Antioche. Cette ville avait alors trois lieues de circuit, et elle renfermait dans son enceinte (piatre collines, dont la plus élevée portait une citadelle défendue par une forte muraille, flanquée de hautes tours. Les Musulmans de tous les environs s'y étaient réfugiés avec leurs trésors, et ils y étaient au nombre de 7 mille
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cavaliers et de ad mille fantassins. Ils firent une longue et vigoureuse résistance , et quand ils ne purent plus tenir dans la ville , ils se retirèrent dans la cita<^ délie ; mais à peine les croisés furent*ils entrés dans Antioche, qu'ils y furent assaillis à leur tour par une amiée turke, accourue au secours des Musulmans sous la conduite du sultan de Mousoul. Les croisés eurent la sagesse de sortir de la ville^ pour livrer bataille à cette armée, et la reddition de la citadelle fut le prix de leur victoire.
On donna à Bohémond, qui s'était également distingué dans la bataille et dans le siège, la souveraineté d'Antiocfae , et les autres croisés marchèrent sur Jérusalem , divisés en deux corps. L'un sous la conduite de Raymond remonta l'Ôronte , prit Apamée et Hama ; d'où en se détournant vers l'ouest, il alla passer le Liban vers Akkar et descendit sur le littoral de la Syrie avec le fleuve Éleuthère , sur les bords duquel on trouva une espèce de tarentule, dont la morsure était mortelle. L'autre, sous la conduite de Bouillon , descendit l'Oronte jusque vers son ^embouchure ; et côtoyant le rivage, il prit Laodicée, Gabala, Marathus , Orthosie nommée alors par corruption Tortose, et se réunit au premier corps dans la plaine de Tripolis, où l'on trouva toute sorte de provisions et surtout une grande quantité de fruits, parmi lesquels on distingua l'orange , le cédrat , la figue , la grenade et le suc d'un roseau aussi doux que le miel : c'était celui de la canne à sucre que l'on cultivait alors dans plusieurs cantons de la Syrie ; d'où on la transporta depuis ,. d'abord en Sicile, et ensuite dans le midi de l'Espagne,, à Madère et jusque dans les Antilles. L'armée se re-
mit à Tripolis de ses fatigues, et continua sa marche vers Jérusalem, en côtoyant le littoral '. Elle rançonna sur son passage Biblos, Bérythe, Sidon, Tyr réduit alors à un simple village, la vilie d'Acre nommée encore Ptolémais ; et après avoir traversé la plaine de Caîfa et tourné le mont Carmel, elle déboucha par les défilés de Tentoura dans la plaine de Césarée : d'où en se détournant au sud-est et en s'élevant insensiblement sur les coteaux de Lydda et de Ramlé, elle monta par le château d'Emmaûs sur la crête de la chaîne syrienne. C'est le point où cette chaîne paraît le plus abaissée, et où elle ressemble à une terrasse inégale et rompue, parsemée de petits mamelons rocailleux d'une couleur rougeâtre. Lorsqu'après avoir couronné cette crête, l'armée aperçut devant elle Jérusalem, les cavaliers par un mouvement involontaire descendirent de cheval, les fantassins mirent un genou en terre , et tous saluèrent de concert et avec des cris de joie la ville qui était le but de leur expédition et qui devait en être le terme.
Ainsi que les Chrétiens, les Musulmans de difierentes nations regardaient tous Jérusalem comme une ville sainte, et s'en disputaient les uns aux autres la possession. Des mains des Turks Seljoucides elle venait de passer dans celles du Calife, qui régnait en Egypte ; mais à l'approche des Chrétiens , tous les Musulmans, quelle que fût leur nation, s'étaient réunis pour la défendre ; et ao mille Turks des environs
I . C'est ici que commence le poëme du Tasse : tout ce qui précède n'y est mis qu'en récit.
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s'étaient retirés dans, la ville, pour se joindre à rarmée égyptienne , composée de 4o. mille hommes au moins. Les croisés ne comptaient plus alors dans la leur que 5o mille combattants, parce que les autres étaient restés avec Beaudoin et Bohéniond, ou avaient péri dans les mardies.et les combats ; et ce fut avec cette armée inférieure à celle des. Musulmans , que les Chrétiens entreprirent le siège de Jérusalem.
Cette ville occupait alors le même terrain qu'aujourd'hui ; mais ce terrain était plus inégal, parce qu'il avait été moins nivelé par des décombres, et il s'élevait vers le nord jusqu'à un mamelon arrondi, qui portait jadis la tour Antonia : c'était le mont Bézétha, lié par sa base au mont Calvaire, au pied duquel était l'église du Saint-Sépulcre. A l'est était le mont Moriah, sur lequel on voyait la mosquée d'Omar à la place du temple de Salomon ; à l'ouest et non loin du mont Calvaire le mont Acra , couronné par la tour de David, et au sud le mont Sion, qui alors comme aujourd'hui était en partie hors des murs. Mais depuis que ces monts qui entouraient la ville avaient été abaissés dans les sièges précédents et le terrain d'alentour exhaussé, elle n'était plus commandée au dehors que par le mont des Oliviers , séparé du mont Moriah par la vallée ou plutôt par le torrent de Cédrôn. • Cependant Jérusalem parut encore aux croisés d'un accès difficile sur trois de ses côtés ; mais sur le quatrième ou sur celui du nord, elle leur parut plus accessible, et ce fut par ce côté, qu'ils résolurent d'abord de l'attaquer. Godefroi , après en avoir bien reconnu les dehors, en ordonna l'investissement. Tanprède, qui avait remplacé Bohémond son frère depuis
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la prise d'Autiocb'e , se posta au nord vers le mont Bézétha , Godefroi à l'ouest entre le mont Calvaire et le mont Acra , et Raymond au sud sur le plateau du mont Sion. Le côté de l'est défendu par les escarpements du moût Moriah ne fut pas d'abord investi, parce que l'accès en parut trop difficile ; mais ensuite Godefroi vint s'y établir avec l'élite de l'armée ; et ce fut par ce côté , le moins bien fortifié, que les croisés pénétrèrent dans la ville , à l'aide de tours armées de ponts- levis que l'on baissait ou qu'on levait à volonté, et d 'où les assiégeants s'élancèrent sur les remparts. Les Musulmans se défendirent dans toutes les rues, dans la mosquée d'Omar, dans la tour de David, et ne reçurent ni ne donnèrent aucun quartier. Soixantedix mille des leurs furent égorgés sans pitié, et les croisés se rendirent à l'église du Saint^SépuIcre au milieu de ruisseaux de sang. A l'aspect du tombeau de Jésus , ces farouches guerriers montrèrent ^ une ferveur si vive et si tendre, que Ton n'aurait jamais pu croire , si on ne Pavait vu , que des hommes pus* sent allier tant de piété à tant*de barbarie.
Godefroi de Bouillon fut élu par ses frères d'armes roi de Jérusalem ; et la victoire d'Ascalon remportée bientôt après sur une nouvelle armée musulmane qui accourait de l'Egypte au secours de la ville assiégée, lui assura son nouveau royaume. Ia bataille se donna dans la plaine sablonneuse qui descend depuis Ramlé jusqu'à Ascalon ^ ; et l'on doit remarquer, comme un
1. Le Tasse fait donner cette bataille sous les murs même de Jérusalem, pour la mieux lier à l'objet de son poëme, et il ne la (îécrit pas telle qu'elle se donna , parce qu'il avait moins
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fait glorieux pour les Français et qui s'est renouvelé de nos jours en Egypte à la bataille d'HéliopoIis , que les croisés , au nombre seulement de '20 mille contre 100 mille Musulmans formés devant eux en un immense croissant , se formèrent eux-mêmes en huit petits carrés, composant ensemble un grand bataillon carré , pour faire front de toutes parts , au cas qu'ils fussent enveloppés. L'armée musulmane fut enfoncée en un clin d'œil par ces carrés, et suivant l'expression , d'un auteur contemporain, faucliée par l'épée des Chrétiens comme l'herbe des champs.
Telle fut la fin de cette expédition , embellie par le Tasse de toutes les fictions de la poésie, mais qui dans la réalité n'en est pas moins un des plus beaux faits d'armes de la valeur française et qui dans l'histoire militaire semble combler tout l'intervalle entre les beaux temps de Rome et nos temps modernes. Les Français conquirent dans cette expédition qui dura deux ans, de 1097 à 1099, tout le littoral de la Syrie depuis Alexandrète jusqu'au mont Carmel ; et ce fut en 1799, environ 700 ans après, qu^ils conquirent dans quelques mois avec une division , détachée de l'armée d'Egypte , l'autre partie du littoral syrien depuis le mont Carmel jusqu'à Gaze.
Cette petite armée, composée de 10 à 112 mille
besoin d'un choc combiné d'avance, que d'une mêlée où il pAt faire mouvoir ses héros isolément : c^est, si Ton peut ainsi parler^ le bouquet de son poërae; mais il décrit le site de Jérusalem avec la même exactitude qu'Homère celui de Troie ; et il paraît qu'il avait sous les yeux de bons mémoires, et qu'il sut prendre dans ces mémoires tout ce qui pouvait lui convenir.
hommes, sous les ordres même du général en chef Bonaparte, traversa le désert qui sépare TÉgypte de la Syrie, entre Salahieh et £l-Arich, et pénétra dans la Palestine par Khan-Youne, le premier village syrien ; d'où elle marcha sur Gaze , devant laquelle elle vainquit une armée turke, accourue de tous les points de la Syrie au-devant des Français. Le terrain au-delà de Gaze présente une plaine nue, couverte de monticules de sable mouvant , qu'on ne peut franchir avec de l'artillerie, qu'en doublant et même en^ triplant les attelages. L'armée alla camper le premier jour à £sdod, l'ancienne Azot, le second à Ramlé, le troisième à Lydda et le quatrième elle se présenta devant Jaffa, qu'elle prit d'assaut et livra au pillage. Elle alla ensuite par Miski à Kacoun ; et après avoir relancé dans leurs montagnes les Naplousins qui en étaient descendus, elle s'éleva vers ce village sur les cols du mont Carmel ; d'où elle déboucha par Sabarin dans la plaine de Caïfa , qui se courbe comme un croissant jusqu'à Acre et qui sépare le mont Carmel de l' Anti- Liban. Caïfa ne pouvant être défendue, parce qu'elle est dominée de toutes parts, fut abandonnée aux Français, qui marchèrent de suite sur Acre, défendue par Djezzar-Pacha et par des canonniers débarqués d'une flotte anglaise, à l'approche de l'armée française ; et pendant que cette armée en formait le siège, deux petits corps , qui en furent détachés pour le couvrir , allèrent occuper, l'un la plaine environnant le mont Thabor, pour garder les débouchés de la vallée du Jourdain et éclairer la route dé Damas , l'autre le bourg fermé de Tyr, pour garder les débouchés de la Célé-Syrie et éclairer la route de Sidon. Ce dernier
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corps n'éprouva aucun obstacle dans sa marche ; mais le premier signala la sienne par des prodiges de valeur. 35o Français réunis en carré arrêtèrent devant Loubi une immense colonne de cavalerie turke venue de Damas y et lui enlevèrent tous ses drapeaux : 3 mille autres dispersèrent à Gana 20 mille Musulmans venus du fond du désert : 4 mille autres enfin vainquirent au pied du mont Thabor 5o mille Turks, cavaliers ou fantassins , accourus de tous les points de la Turkie pour piller l'Egypte. et l'arracher aux Français. Mais l'armée assiégeante / malgré son héroïque valeur, ne put s'emparer d'Acre , parce qu'elle fut privée des munitions les plus nécessaires à l'attaque d'une place fermée , et qu'on tourna contre elle-même l'artillerie de siège, interceptée par la flotte anglaise. Toute l'armée réunie alors sous les murs d'Acre quitta la Syrie et rentra paisibleinent en Egypte , pour aller défendre les bords du Nil menacés par une armée turke de débarquement.
L'expédition des Français en Syrie ne doit être regardée que comme un épisode de celle d'Egypte, et elle ne pouvait guère avoir d'autre objet que de venir détruire l'armée turke ^^éunie sur la lisière du désert, pour l'empêcher de pénétrer dans la vallée du Nil, ou peut-être aussi de venir chercher en Syrie tout ce qui lui manquait en Egypte. Mais on a prêté à Bonaparte un projet bien plus brillant et plus hardi, celui de ne venir attaquer Acre que pour se porter ensuite sur Jérusalem et sur Damas, et après avoir recruté dans son armée tous les chrétiens armigères du Liban, de marcher sur Antioche et sur Alep, pour aller traverser l'Asie-Mineure et revenir par Cons-