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temps sur luî^inéme, comme s'il hésitait dans son cours ; mais bientôt après grossi par des affluents venus du sud , il se dirige au nord , traverse la Nubie en côtoyant la diaine de montagnes qui borde le golfe Arabique, et dès qu'il est arrivé au pied de cette chaîne, il l'entrouvre violemment pour entrer dans une vallée parallèle au golfe, qui s'épanouit vers la Méditerranée et forme le cœur de l'Egypte.
Cette vallée n'a guère que 3 lieues de largeur ré^ duite, et elle est creusée entre deux chaînes de montagnes , qui dans un espace de 1 56 lieues courent parallèlement «ntre elles comme deux longs murs et ne s'écartent l'une de l'autre que vers le Kaire, pour former un triangle , dont le côté oriental peut avoir 36 lieues de long , le côté occidental 4^ ? ^t la base , mesurée sur le littoral depuis les ruines de Péluse jusqu'à Alexandrie, 5'j lieues en ligne droite, et 7a en suivant la courbure du rivage. C'est ce que l'on nomme le Delta, aux angles duquel sont le Kaire, Péluse et Alexandrie. Tout autour est un désert aride «t sablonneux, comparé par les Arabes à une peatt de léopard , dont les mouchetures sont représentées par les oasis , et au milieu duquel l'Egypte semble encadrée , comme au milieu d'une vaste mer.
La chaîne orientale ou Arabique est escarpée et paraît coupée à pic ; mais la chaîne occidentale ou Lybique a un talus plus doux et ressemble à utie botte de sable, tandis que l'autre, suivant l'expression d'Amrou , lieutenant d'Omar, ressemble au ventre d'un cheval étique : elles sont d'ailleurs toutes les deux peu élevées, et s'abaissent encore en s'approchant de la Méditeiranée : en sorte qu'elles ne forment plus autour du
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Delta que des coteaux légers, dont la crête est à peiné sensible.
Les deux chaînes sont d'une roche calcaire , évidemment formée sous les eaux de la mer , taudis que le terrain qui couvre la vallée parait être une terre d'alluvion et un présent du Nil. Le Nil est donc le grand bienfaiteur de l'Egypte, et il n'est pas étonnant que les Égyptiens lui aient élevé des autels. Si on pou* vait tiétourner son cours dans le golfe Arabique, comme le voulait Albuquerque, l'Egypte deviendrait un désert.
Le Nil peut avoir dans la vallée de l'Egypte i5o toises de largeur moyenne sur deux de profondeur; et comme il n'a guère qu'un pied de pente sur mille toises , il ne parcourt pas plus d'une lieue à l'heure ; mais il est sujet à des crues périodiques, dues principalement aux pluies abondantes qui tombent au printemps sous le Tropique et qui affluent dans son lit. Enflé par toutes ces eaux , le fleuve monte vers le solstice d'été, croît jusqu'à l'équinoxe d'automne, étale pendant quelques jours et diminue graduellement : au solstice d'hiver , il est rentré dans son lit. C'est à ce débordement annuel que l'Egypte doit sa fertilité. Le Nil, en la couvrant de ses eaux, y dépose un limon noir, qui tranche fortement avec les roches blanchâtres dont il est bordé , et c'est ce qui donne à la vallée de l'Egypte une physionomie particulière. Ce qui la distingue encore, c'est qu'elle s'abaisse vers ses côtés , au lieu de s'abaisser vers son centre , comme les autres vallées ; mais c'est là encore un des effets du débordement du Nil. Les pluies, en s'écoulatit des montagnes vers les vallées ordinaires , déposent suc-
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cessivemcnt les matières qu^elles charrient, et forment des plans inclinés vers les fleuves ; au lieu qu'en Egypte, où il pleut rarement, les eaux ne s'écoulent pas des montagnes vers le Nil , mais se répandent au contraire du Nil vers les montagnes : d'où il résulte que la vallée doit s'incliner vers ses côtés.
L'aspect de cette vallée varie comme les saisons : elle est inondée pendant trois mois, fangeuse. et verdoyante pendant trois autres, sèche, poudreuse et gercée le reste de l'année ; et de là les contradictions des voyageurs qui ont vu ce pays dans des saisons différentes et qui le peignent, les uns comme un triste désert, les autres comme un riant jardin.
L'Egypte, par le peu d'élévation de ses montagnes, n'offre aucun point assez élevé pour arrêter les nuages qui glissent sur sa surface et qui remontent jusqu'au tropique, sans rencontrer aucun obstacle; et voilà pourquoi il n'y pleut presque jamais. Le tonnerre, la grêle, la neige y sont aussi des météores peu communs. Les vents y sont alises pendant l'été, et ils soufflent sans intermittence du nord ou des rhumbs voisins : ils continuent pendant l'automne à soufHer des mêmes points, mais avec des intervalles de calme. L'hiver, ils sont très-variables, et soufHent tantôt d'un point, tantôt d'un autre ; mais au printemps ils soufflent du sud , et quelquefois avec tant de violence , qu'ils déchirent les branches des sycomores et des palmiers. Quelquefois aussi dans cette saison, il s'élève de la Lybie un vent brûlant nommé Khamsin , qui pousse devant lui des tourbillons de poussière : l'horizon en est obscurci, une teinte pourpre le colore , l'air perd son élasticité , le soleil l'éclat de ses rayons : plus terne que la lune.
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cet astre ne donne plus qu'un jour mat et sans ombre, l'eau se gonfle et devient opaque, l'atmosphère est embrasée, et la terre vomit du feu : les hommes et les animaux peuvent à peine respirer, les végétaux se dessèchent sur leurs tiges, toute la nature semble bouleversée ; mais ces ouragans terribles sont rares, et ne durent presque jamais plus de trois jours. Quand ils durent davantage , toutes les plantes de la terre souffrent ou meurent. Dans tous les autres temps, le ciel est constamment pur, le soleil étincelant ; et à l'ex ception de quelques brouillards qui se lèvent et se dissipent en .un moment, rien ne trouble jamais la transparence de l'air.
Le vent du nord est humide et chargé de rosée, celui du sud au contraire est sec : il est frais avant et après le solstice d'hiver, et chaud dans les autres saisons ; mais comme il ne soufïle pas constamment , la chaleur qu'il cause n'est jamais excessive. Le thermomètre de Réaumur monte rarement en été au-dessus de 3o degrés , et il ne descend jamais en hiver audessous de 6.
Avec une telle température, la vallée de l'Egypte se prête à presque toutes les cultures, et elle est en général très-fertile : elle l'est moins cependant sur certains points, où elle est exposée aux envahissements des sables du désert. I^ nature, en resserrant cette vallée entre deux chaînes de montagnes, semble avoir voulu la protéger contre ces envahissements; mais elle a ouvert de distance en distance des brèches plus ou moins larges , qui offrent un libre accès à l'invasion des sables. Il faudrait fermer ces issues , en y plantant des bois d'acacias et de palmiers, et achever par des ouvrages de l'art celui de la nature.
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