VOYAGES
\l TOI K 1)1 MONDE.
i*«r le lariTutE cooe’"
U honte msre a levé ta (eux eu soupirant su; sa chamtcnie iille Sue te^i'i triste el ^oux semble lui dire U Ul le rester, ma fille Dieu le veut ainsi
Je ne vois plus que navires qui se croiseul sut l'uiHOTsiie te mets , que chevaux el voilures qui roulenl pesamment sur Ions les poiuls du qloke
Que courageux et hardis piétons qui traversent les sables brûlants des déserts, et qui jravissent les pics escarpes des Alpes el des Cordillièresl
VOY.VGK Ol IL VOI S l'HIIU.
»> fut pour moi un trait «le lumière, — la mémoire me revint!
« Maudite, mille fois maudite passion «les voyages! « m’écriai-je; tu m'auras donc une fois encore entraîne » a «lire eent impertinences! »
Quand une fois cette corde a vibré en moi , ma tète s’égare; je ne vois plus que navires qui se croisent sur l'immensité des mers, — que chevaux et que voilures «pii roulent |>csamment sur tous les points du globe, — que courageux et hardis piétons qui traversent les sables brûlants des déserts, et qui gravissent les pics escarpés «les Alpes et «les Cordilières; et il semble «|u il m'ait été «lit , comme au Juif-Krranl : « Tu marcheras toujours! »
« Que ne puis-je me contenter «l«- voyager comme le « sage de Maistre! m’écriai-je encore, et, comme lui, « satisfaire ma passion en courant le monde sans sortir ■< de ma chambre!
« Désir ardent de tout voir, ne vous calmerez -vous » donc jamais en moi?
« Non, je neveux plus me soumettre a vos influences.
« Je saurai me soustraire a votre tyrannie et éloigner
VOY MJ». Ol II. \OI S IM.MliA
île moi loul ce <|ui pourrait nu* replonp.er dans cet « abîme. I.a \ uc* «lo toulo la création se déroulant devant » moi , pourrait-ollo jamais me* oonsolor d’avoir fait « (oinlior unosoooiido larme des Iveaiix yeiix de Marie!
Non, lion, je lie veux plus penser aux voyaqes!
•< Demain , dès que le soleil sera levé , je mettrai mes « lialiits de fête , j'irai frapper a la porte du vieux » major, et je le supplierai d’ouldier mon fol é(>aremenl « et de m'aider à obtenir le pardon de Marie.
« J'irai me jeter aux pieds de ma liicn-ainiee , et je « lui jurerai de ne jamais la quitter. Kilo me croira , « car je mettrai dans mes paroles l'accent de la vérité, " et mon repentir la touchera.
« Je la vois déjà me tendre sa petite main Idanclie , « que sa mère la pressera de me donner, et lever sur « moi ses yeux bleus , remplis de larmes!
« Hélas! hélas! qu’ils étaient doux ses yeux, le jour ou elle chantait ce petit air allemand :
o Dagi» ûinn niiljt * UJritn &ir tor irruîtf Iridjl
et où, en mon revenant le soir, je lui avais fait le sonnet suivant :
1 ¥ ppnse a moi « u juin du bonheur. «
Je mettrai mes plus [«aux hacits J irai Irappir a 'lu vieux maior, et
J irai nie jeter aux pieds de ma bien limée , et je lui jurerai de ne jamais la quitter.
Ainsi, quand l.i (leur prinlsniftv Dans les boit va s'épanouir.
Au premier aoufOe du zcphir File s'incline avec mystère ;
F.l «a liée. fraiebe et légère.
Semant son calice s'ouvrir.
Jusque dans le sein de la terre Frémit «le joie et de désir.
Ainsi, quand ma douce Marie Enir’ouvrc sa lèvre chérie.
Fl lève, en chantant, scs. yeux bleus,
Son âme semble* loin entière Monter en tremblant vers les eicul Sa chanson est une prière.
\OV.\GGOI 11. VOI s l'LUIU.
tu
« Kilo sc souviendra de tout cela.
« Puis elle se [tarera à son tour; elle mellra la robe « de soie bleue que j'aime et qui lui sied si bien, el « nous irons ensemble à l'église remercier liieu de loul « le bonheur qu’il nous accorde et de celui qu’il nous « promet. Que de ferventes actions de gntres je lui adresserai , pour m’avoir sauvé une fois encore de « moi-même !
« Puis nous prendrons le chemin le plus long pour * rentrer à la maison, et nous courrons ensemble à Irn- « vers les prairies, couvertes d’une éclatante nappe « blanche , où le soleil fera ruisseler des milliers de ■ diamants et de rubis!
« .l’entends déjà les naïfs éclats de rire de Marie , toutes les fois que ses chers petits pieds s’enfonceront » dans la neige, s'il m’arrive de glisser maladroitement « en essayant de la soutenir.
« Ainsi , nous rentrerons gaiement à la maison , son « bras appuyé avec confiance sur le mien.
« Notre bonne mère nous recevra avec son bicnveil- - lant sourire; elle réchauffera de son haleine les mains « glacées de sa tille chérie.
« Nous ferons un modeste déjeuner d'où sera banni « tout souvenir de celle fatale soirée.
Puis elle se peina i tour
... El nous irons tcsenie à l'éjliM, remercier Dim
(sk
Nous prendrons le chenue le plus long pour rentrer à la maison
Mit: mklilltk >!( »t Ut'lta l(S IU1III5 jtos 4 il fllii: cleilt
Nüds ferons m modeste dqeuner
VOYAUK OU II. \OlS PI.AIRA.
• Le vieux major, oubliant mes torts, dira à Marie « de charger sa pipe , et nous racontera , pour la cen-
« lièine fois, une de ses longues histoires de guerres, « que nous aurons l'air d érouler.
« Quel bonheur sera le mien, quand je les verrai heu- « reux, et heureux par moi !
« Que la nuit est longue! •
Kn disant cela, je rassemblai tous les volumes de celte maudite Histoire Générale des Noyages, que je ne regar-
liais plus que comme d'absurdes mensoii|;es , el (ous. Dieu merci, suivront le premier au feu.
« Brûlez! brûlez! m’écriai-je, vous qui m'avez perdu. »
Le lieau feu! — Quand tout fut brûlé, je respirai plus librement, et rallumai paiement ma pipe avec une page qui s’était détachée de toutes ces monstrueuses et mensongères productions.
Mais l’effort que je venais de faire pour rompre à tout jamais avec mes funestes penchants, m'avait anéanti, et le passage si brusque de la plus poignante inquiétude a la perspective de tout ce lion heur du lendemain , m’avait brisé.
.le retombai, sans forces, dans mon fauteuil. La lutte avait été trop violente pour ma pauvre tête, et, faut-il le dire, je versai un torrent de larmes.
Le vent sifflait tristement dans les arbres a demi morts qui entourent ma maison, et agitait leurs branches, couvertes de givre.
Tout était silencieux autour de moi, et le léger craquement que produit la gelée dans les cristallisations des vitres, en formant mille dessins variés et bizarres, troublait seul le calme de la nuit.
4e mis une dernière bûche dans mon feu... Mes yeux fatigués se portaient malgré moi sur les enroulements
L'aspect morne et désolé de cette nature ramollie ne rappelait mille sauveurs confus, comme ceux qu'on aurait gardés d'un monde qui n'existerait plus.
\ O YACK 01 II. VOI'S Pl.MIU SI
mystérieux qui se dessinnient en scintillant sur les croisées. La fumée de ma pipe, qui se déroulait en nuées bleuâtres entre eux et moi, semblait donner la vieil tous ces merveilleux dessins.
Je vis des roches monstrueuses suspendues en arceaux gigantesques.
Ma vue s'enfoncait dans de longues forêts de sapins couverts d'une neige épaisse.
Je pénétrai dans des gorges de montagnes interminables et qui se prolongeaient ii mesure que je m'y laissais entraîner.
Et tout cela, tantôt peuple d’êtres sans nom, aux formes bizarres, et se mouvant silencieusement, avec une inconcevable activité, dans des cercles sans issue; tantôt, au contraire, un désert sauva (je n’offrant aucune trace d’êtres vivants.
L'aspect morne et désolé de cette nature immobile me rappelait mille souvenirs confus, comme ceux qu'on aurait gardés d’un monde qui n'existerait plus.
Cette végétation surprise par la glace n’avait-elle donc jamais été verdoyante et jeune , elle dont les formes gracieuses et élégantes semblaient a jamais roidies sons la puissance d’un éternel hiver?
Il me sembla que j’avais devant les yeux le fantôme de tons mes beaux et brillants rêves île voyages; mes
ti
VOÏ.VI.K 01 II. VOI S l'I AIKV.
souvenirs devenaient des visions; ma vue se troubla, et nia lampe jeta une éclatante lumière sur tous ces olejets. I n frisson glacial parcourut tout mon corps.
Mon feu s’éleignit , et je ne me sentais jias la force île le rallumer.
Mes membres appesantis refusaient d'obéir à ma volonté . et je continuai macbinalement à errer dans les vastes solitudes qui s'étaient ouvertes devant moi. l’eu à peu je tombai dans une rêverie calme et profonde.
Le silence devenait de plus en plus complet, et je n'entendis bientôt plus ni le vent du dehors, ni même ces voiv mystérieuses qui parlent ordinairement derrière les charbons à demi- consumes d'un foyer qui s'éteint.
Enfin, un calme absolu régna partout. Le gardien qui veille au haut du clocher sonna douze fois dans sa trompe, l’uis je n entendis plus rien et je m'endormis.
Il était minuit.
Soudain, un petit coup sec frappe a ma porte me lit tressaillir... « Entrez! » m'écriai-je.
sonna douze (ois daos sa trompe
SoulaiMt petit ccup sa iiapp? à ma po;te me lit trejsailiir Entiez ! m'écriai-je.
J’avais à peine prononcé ces mots, en donnant a ma \oi\ l'inflexion la plus polie que puisse trouver un homme pris au dépourvu , que je m’aperçus , — non sans terreur, — que déjà je n’étais plus seul chez moi...
Kl pourtant celui qui se trouvait ainsi devant moi —
c’était Jean mon bon, mon cher Jean, — c’est-à-
dire ce que j'aimais le plus au monde... — après Marie ;
il VOYAGE 01! Il, VOIS IM.AII1A.
mu is Jean si sombre, si jiàlo, si défait et si différent île lui-même, i|uc s'il eût é(é mort, el quo si son spectre, quillant sa tombe, fût venu me visiter, il n aurait point en peut-être un autre visage.
J E V X VVAI.TF.lt.
Jean Walter était bien tout à la fois le meilleur el le plus triste ('arçon qu'on put voir : — le meilleur, parce qu’il était né avce un cœur d’or ; — et le plus triste, précisément peut-être parce qu’il était bon.
Itans ce monde, qui n’est pas el qui ne sera jamais — j eu ai bien peur — un paradis, on n’est pas bon impunément. Ceux qui le sont, ou l’ont été, sont la pour le dire, et comprendront, j’en suis sûr, que l'infinie bonté de Jean avait pu et dû lui coûter cher.
Mais c’était là son moindre souci. Et, de même que les (leurs donnent leur parfum au premier venu , sans choix el sans préférence de même aussi Jean Walter, dans sa première jeunesse , avait , en dépit des conseils el quelquefois du sens commun, donné son cœur à tort et à travers, el en nvenqle.
— Ce pauvre Jean —
VOYAGK 01 II. \OI S 1*1 Al lu
Selon lui, l'important c'était sou leincnl qu’on lui bon a quelque chose.
Mais, hélas! si bon qu'on soit, il faudrait l'être encore bien davantage |H>ur se faire pardonner le bien qu’on fait. — Je ne calomnie personne en disant ceci, — malheureusement! — Aussi, dans une voie pareille , que d’ingrats il avait dû faire!
Quand on le lui faisait remarquer : — « Ils n’ont pas tort, disait-il; seulement, ils n'ont plus besoin de moi. »
Mais il avait beau dire,' a force d'être bon et par trop bon, et à force de trouver des ingrats, celte tristesse incurable que ceux qui faufilaient retrouvaient au fond même de ses joies, devait lui venir, — et elle lui était \enuc.
Non pas qu’il passât sa \ie dans les larmes et dans le
desespoir, et que l'air retentit de ses cris — bien au
contraire. Car s’il s’apitoyait volontiers sur autrui, en revanche il ne s’attendrissait guère sur lui-même, et, au rebours de bien des gens, loin de s'emporter jamais contre le sort , — du moment où ils n'atteignaient que lui seul , — il acceptait ses coups les plus rudes , sans jamais ajouter à ses ennuis celui de les maudire.
Mais quels étaient au juste ses ennuis? Nul n aurait pu le dire.
VOYAGE OE II. YOI S l'I.MIU.
Klnil-il amoureux? ne l'était-il pas? I. un et l'autre est très-triste; mais sur eeei comme sur le reste, les certitudes manquaient.
Aussi, ce que je viens de dire ne le ferait-il rocou- • naître de personne, et ai-je eu tort, par conséquent, d'en dire si lonq'.
Quoi qu’il eu soit , avant de continuer mon récit , j’ajouterai ceci encore : — c'est que, ii mon amitié pour Walter se mêlait ce je ne sais quel respect qu'on a volontiers pour les f»ons qui savent se taire, et qu’il exerçait sur moi . à de certaines heures, une influence suprême.
C’était île lui enfin que je tenais celte humeur voya [{ousc qui, ce soir encore, avait mis en péril mon bonheur; c'était avec lui, et pour le suivre, que j’avais couru le monde. Aussi, en le revoyant, lui que je croyais bien loin , ne pus -je vaincre un sentiment d elïroi : — car, d'ordinaire, s’il arrivait, ce n'était {[itère que pour repartir. Or, quand Henri repartait, j'étais bien près d’en faire autant.
lai effet , il était botté , éperonné , en costume de
• Nous donnons ici un portrait do Jean Wallor. O portrait , fort ressenu Id.tnt. n élt* trouve d.ins les papiers de Franz.
VOYAGE Ot IL VOI S PLAIRA. i'
voyage enfin cl la cravache à la main, — comme un homme prêt a se mettre en roule.
Ici mon embarras est grand : car (oserai-je jamais le dire?) on un instant et à sa vue, tous les souvenirs de ma vie errante , endormis dans mon conir, s’étaient réveillés comme par enchantement; et, sur un simple signe qu'il me lit, me levant aussitôt du siège où m'avaient cloué d'abord et sa présence inattendue et les inconcevables changements que j'avais remarqués en lui , et, me levant comme je l’eusse fait à l’ordre de Dieu même , — je partis ! —
lit si vous me demandez raison de cet acte insensé, — je vous dirai : — Demandez au nuage qui passe , pourquoi il se laisse emporter jwr le vent? — demandez a l'oiseau qui s’envole, pourquoi il quitte son nid? — demandez au ramier amoureux, ce qui l’éloigne de sa colomlie toujours fidèle? — demandez à celui qui trahit et à celle qui trahit isans aimer la trahison), pourquoi
i* VOYJkCE OU IL VOIS PLAIRA.
ils trahissent? — et demandez cnOn a toute créature ayant à choisir entre le bien et le mal , pourquoi elle choisit le dernier, qu’elle déteste et qui la perd?
Et si vous restez sans réponse, je vous demanderai a mon tour comment se font les folies ? et si vous-même ( pardonnez-moi , lecteur), vous n'avez jamais fait un pas de trop dans ce dur chemin de la vie, — ou le plus sûr marcheur s’égare, dit-on, sept fois par jour?
— Il y a <les gens qui, n de certaines saisons, quittent tout : — amitié, amour, repos et patrie, — et traversent l'Océan pour aller, au péril de leur vie, chercher sur les cimes effrayantes du Chimboraço, — lesquelles s’élèvent de vingt-deux mille pieds au-dessus du niveau de la mer, — un papillon chimérique.... introuvable. —
— Il y avait autrefois sept étoiles qui formaient ce qu'on appelait la Pléiade : il n’y en a plus que six. — I >ù est allée la septième? —
— Eve a mange du fruit défendu, lequel, il est vrai, était offert par un serpent. —
YOYA1.K 01 IL VOIS PLAIItl.
— Pandore eut la curiosité d’ouvrir une boite d'où ne pouvait sortir rien de bon. — Pourquoi? —
— Sait-on ce qu’Alexandre allait faire en Asie, au lieu de rester dans son royaume de Macédoine? —
— Dioclétien s’est fait jardinier. —
— Alaric, Attila et tant d'autres savaient-ils d’où ils venaient et pourquoi ils marchaient? —
— Nos pères, quand ils allaient visiter il yran sepolcro, n’étaient-ils mus que par la foi? —
— Pourquoi Charles-Qiiint s’est-il fait enterrer avant sa mort? —
— Pourquoi Christine quitta-t-elle la Suède et son trône pour venir danser à Versailles, où on trouva qu elle dansait tres-mal? —
— Qu'est-ce qui a pu pousser la nièce de lord Chatain à quitter l’ Angleterre, pour aller s'asseoir sur les ruines de Palmyrc? —
— Il y a des poêles qui sont descendus aux enfers , el des écrivains qui ont cru devoir aller, ceux-ci dans la lune, ceux-là dans le soleil ; les uns dans ce monde, les autres dans l’autre. —
— Klc., etc., etc. —
Après cela, que vous dirai-je? sinon qu’il y a des choses qui ne s’expliquent pas, qu’il faut prendre son parti des mystères, — et que je partis enfin — au lieu de rester.
O toi qui pars! si tu jxmsais un instant que ce que lu aimes, que ce que lu quittes , peut mourir sans toi — et loin de toi, partirais-tu?
Vu moment où j'allais laisser derrière moi le seuil de ma porte, cette pensée me vint. Et cependant
Mais il faut tout dire — le bien comme le mal — je m’arrêtai un instant, éperdu, je revins sur mes pas pour
Des ehevaux tous ctlncdaiect â la porte
YOVAGK 01' ||, VOIS W.UIU.
il on IUT un dernier regard « ce doux nid où étaient éclos tous mes rêves de bonheur, où je sentais bien que j’allais les laisser tous; et, par un mouvement machinal, je me trompe, par un mouvement que m'inspira sans doute mon bon ange, je rentrai et pris sur ma cheminée un petit bouquet de violettes d’hiver et de bruyères roses que Marie avait cueillies pour moi, le matin même, — et je pris aussi une petite branche de buis béni, qu elle avait rapportée de l'église au dernier dimanche des Hameaux, et dont j’avais orné une sainte image de la Vierge que sa bonne mère m’avait envoyée le même jour, « afin qu’elle protégeât, disait-elle, contre le démon (le démon des voyages, sans doute) celui qui allait devenir son fils. » Et, après avoir pieusement porté à mes lèvres ces Heurs bien-nimées, je les serrai contre mon rieur, espérant qu elles le garderaient de tout mal.
... Et je suivis Walter.
Des chevaux nous attendaient a la porte.*
J'avais à peine eu le temps de les entrevoir lia nuit était sans étoiles! que déjà Walter était en selle. Ces
\oyu;ë oi il. vois pi. a ut v.
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chevaux avaient l’air terrililement méchants, mais, à vrai dire, ils étaient doux comme des agneaux.
— Mon bon monsieur, médit d’un air goguenard, et en me présentant l'étrier, le petit groom qui li's avait amenés, n’ayez donc pas peur! Et me voyant en selle à mon tour, il tira de sa poitrine un sifllemenl si aigu que je ne pus m’empéelier de tressaillir.
Nos chevaux partirent comme le vent.
Pour sortir de la ville, il nous fallut passer devant la maison de ma fiancée!
La fenêtre de sa chambre était entrouverte, et je vis la douce fille assise devant un clavecin que lui avait légué son oncle l'organiste.
Elle chantait :
Rappelle-toi, quand Ouvre au soleil son pabis enchante ; Rappelle-toi, lorsque la nu il pensive Pave en rivant sous son voile arfenté ;
A l'appel «lu plaisir lorsque (on sein palpite,
Aux doux songes du soir lorsque l'ombre l'invite Ecoule au fond des bots Murmurer une voix ,
Rappelle-toi. (vrai.)
'aurore craintive
Rappelle-toi. lorsque 1rs destinées M'auront de toi pour jamais séparé.
Quand le chagrin, l'exil et les années Auront flétri ce cœur désespéré;
Songe à mon triste amour, songe à l'adieu suprême; L'ahscnrc ni le temps ne sont rien quand on aime. Tant que mon cœur battra Toujours il te dira Rappelle-toi (tiw.)
Rappelle-toi, quand sous b froide terre.
Mon cœur brise* pour toujours dormira;
PfiWdrtde K. Du*ERCEk.
VOYAGE Ot II. VOUS PLAIHA. 17
Kl le chantait... et moi je partais!
Chacune des notes — chacune des paroles de cet air si doux et si simple éveillait en moi un souvenir et un remords.
— Marie, Marie, m’écriai-je avec désespoir, je te quitte, et pourtant je t'aime!
Mais bientôt les sons cessèrent d’arriver jusqu'à moi.
Je remarquai avec épouvante que le silence nous enveloppait en même temps que les ténèbres (pii croissaient d'instant en instant, et que la terre semblait rester muette sous les pas de nos chevaux.
Notre course devenait de plus en plus lapide, comme si un aiguillon invisible en eût précipité l’ardeur.
— Jean, dis-je tout lias, mais bien bas, à W alter, tant il m’eût semblé téméraire de troubler ce redoutable silence ; — Jean, mon bon Jean, où allons-nous?
Mais il ne m’entendit pas.
lin rayon de la lune ayant traversé un instant le voile de nuages qui l’obscurcissait, une pile clarté tomba sur le visage de Walter.
Je fus saisi de pitié eu voyant les horribles ravages qu'avait subis toute la personne de mon pauvre Jean, lin sourire plein d’amertume remplaçait sur ses lèvres le bienveillant sourire dont le charme autrefois lui ouvrait les
\OYAcr: ol il voi s plaida
cœurs les plus rebelles. Son doux et noble visage axait pris je no sais quel nspeet brillai el fantastique. \ le voir ainsi, on l'eût cru de vingt ans plus vieux que moi, et pourtant nous étions nés le même jour, — mais le malheur n'a pas d’âge — et la douleur vieillit aussi bien ((lie les années.
Je crus voir, je me trompais peut-être, que de ses yeux roulaient des larmes silencieuses. — Pauvre Jean! pensai-je ; mais je ne me sentais pas 1a force de l'interroger de nouveau. — Et notre course continuait.
Combien de chemin nous finies dans celte nuit éternelle,— je ne saurais le dire ; — tout ce que je sais, c’est que, quand nous eûmes laissé derrière nous les plaines et les monts, les torrents et les ahimes, — nous nous trouvâmes dans une forêt où nous aurions couru risque de nous perdre, si nos chevaux épuisés ne s’étaient arrêtés d’eux-mêmes devant la porte d’une humble cabane qui servait de retraite ii une bonne vieille qui pouvait bien avoir cent ans, ce qui ne l'empêchait pus d’avoir encore la plus aimable ligure du monde. Elle nous fit les honneurs de sa petite cabane avec tant de bonne grâce, que je ne pus m'empêcher de penser qu’une si belle v ieillesse devait être la récompense d’une bonne vie.
Quand nous eûmes pris uii peu de repos, notre hôtesse, qui vit bien à qui elle avait à faire, — nous raconta
C'est bien la peine, disaient-elles, d'être iraicfces, d'être jolies et parfumées, pour vivre et mourir au fond d un bois.
i m riKt'*> i»r* mu*
VOYICK Ol. IL VOLS fLUIIA.
Thisloire suivante, « pour nous faire passer le temps et eu al tendu ut le jour, nous dit-elle. »
— C’est des petites Heurs, mes voisines, que je tiens ce qui va suivre, dit la vieille femme en ranimant le feu ; leurs aïeules sont les héroïnes de ee récit, et dans la forêt, il n'est pas un brin d’herbe qui ne connaisse cette histoire, et qui ne puisse en garantir l'authenticité.
LES ELElItS DES DOIS.
« . . . , Ktiam llcvere myric». »
le % bruyère» elles-mêmes ont pleure.
•• l'Inmtna amem »ylva*qur tarçjlorlu»!... O «it»l t-ampl •• .T'aimerais le» fleur» et les fort- ta, obscur et sans pliure • Oïl vmt tes campagne*...
« Ft nobts place. mt ante omnia sylra>. lit que 1rs forêt» nous plaisent avant tout.
— Virmi C. —
Il y a bien des siècles! les pelilcs fleurs qui fleurissaient solitaires et paisibles dans ectte forêt s’avisèrent de se plaindre de leur solitude et de leur délaissement.
— C’est bien la peine, disaient-elles, d’être fraîches, d'être jolies et parfumées, pour vivre et mourir au fond d’un bois, et pour donner au vent, qui n en sait que faire, nos plus doux parfums. Oh ! que les (leurs des jardins sont heureuses ! La
culture les embellit, on les admire, cl leur vie esl une fêle' continuelle! Notre exil dure depuis trop longtemps; il faut nous plaindre, et demander à celui qui nous a créées de nous tirer d oit nous sommes; c’est à y mourir d'ennui. —
— Y pensez-vous, mes filles, de vouloir quitter celte sûre retraite pour aller vivre au milieu du monde? reprit une fleur déjà un peu fanée et qui avait quelque expérience de la vie Croyez-moi, Dieu fait bien ce qu’il fait, et s’il nous a semées ici, c'est que nous-y sommes mieux qu’ailleurs. Où esl le bonheur, si ce u’est à l’ombre de ces beaux arbres, dont le vert feuillage vous protège contre le vent du Nord ou contre les ardeurs de l’été, et qui ne s’entr’ouvre sur vos tètes que pour vous laisser apercevoir le ciel ? où retrouverez-vous ce merveilleux tapis de mousse qui va si bien à vos couleurs?
Vous vous plaignez tle votre isolement ! N’est-cc donc rien que de vivre pendant le jour en compagnie avec des papillons toujours amoureux, et aussi, d’èlre visitées pendant la nuit par les esprits invisibles qui habitent les forêts, et qui, pour vous, n'ont point de secrets ?
Oh ! mes filles, le monde esl plein d'embûches pour les pauvres fleurs. Heureuses celles qui, comme nous, vivent dans des retraites où le souffle du mal n’a jamais pénétré! —
Un petit chuchotement qui courait de fleurs en fleurs suivit ce long discours. Il est facile de deviner tout ce qui se dit à cette occasion, et avec quelle irrévérence furent écoulés par de jeunes fleurs fraîches écloses les sages conseils d’une fleur