VOYAGE OC IL VOI S IM.VIIIA
enfin! ( los folles ignoraient qu'on n'aime pas, hélas! tout ee qu'on uilinire )
Toutes relevaient fièrement la tète et essayaient tic se grandir et de se hausser pour égaler leurs redoutables rivales Mais en vain! le bon Dieu les avait semées petites fleurs, et |>eli!es fleurs elles restaient. Pour comble de malheur, elles ne pouvaient se plaindre les unes aux autres, car on les avait séparées ■ les sœurs étaient loin des soeurs, les amants loin de celles qu’ils aimaient, et il n’y avait plus ni lien ni famille. La symétrie le voulait ainsi ; chacune avait sa place marquée Il s’agissait bien d’ètrc heureuses, vraiment! mais d'être belles, et de servir à l’ornement de ce beau lieu.
Les voilà bien tristes, — mais pourtant se consolant un peu avec l'idée que bientôt on va les trouver superbes et le leur dire, et ce bonheur ne leur semble pas trop chèrement aclicté. Elles l'ap|>ellenl de tous leurs vœux. — Il va venir. — Elles s’y préparent, et font de leur mieux pour être avenantes.
Mais, ô surprise! 6 douleur! ô disgrâce! ô confusion! elles n'attirent point les regards, on ne les remarque pas, et si elles n’étaient point en sûreté dans les plates-bandes, on les écraserait peut-être; — les Roses à cent feuilles les plus épa-
Elles seul là chez elles , reœvact les hemmajes d'nne coor empressée . el paraissant
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LKS PLEURS IIKS BOIS.
nouies, celles qui montrent sans pudeur leurs altraits, les Dahlias qui cachent sous leur robe d’un gros rouge leur or gueilleusc nullité, et toutes les fleurs qui n’ont d’autres charmes que leur toilette, que leur éclat, sont les seules fleurs dont on s'occupe et semblent seules les reines de ce jardin; elles sont là chez elles, recevant les hommages d'une cour empressée, et paraissant s'en soucier à peine.
Et, je vous le demande, quelle ligure pouvaient faire les simples Liserons, la naïve Argentine, la douce Mauve, le bon petit Perce-Neige, l'estimable Sauge, la Brize tremblante, la folle Ancolie, l'humble Primevère, l’imperceptible Muguet, l’innocent Bluet, l’étourdi Sainfoin, la Scabieuse en deuil, la Mandragore elle-même malgré sa rareté, la Rose sauvage et la sentimentale Pâquerette, à côté de l’orgueilleuse Reine- Marguerite, et des Roses musquées, et dq? Roses pompons, et des Roses des quatre saisons, et des Roses à mille feuilles, et des Roses mousseuses, et des Roses-Roi, et des sept mille neuf cent sept variétés de Roses, enfin, qui font la gloire des jardins cultivés, — sans oublier les Dahlias, les Camélias, les Hortensias, les Belles-de-Jour, les Belles-de-Nuit, et les Narcisses, et les Soleils, et les Oreilles-d’Ours, et les Gueules-de- Loup et tant d'autres !... .
Ah! qu’il y eut alors de pleurs verses, de calices desséchés, et comme les petites fleurs regrettaient leur ombre des bois,
ti
tO VOYAGE 01 IL VOLS PLAIRA.
el la mousse, et le silence, cl le repos! Ce fut bien pis quand le jardinier vint à passer la bêche à la main tout près d'elles ! pas une n’avait une goutte de sang dans les veines, cl toutes tremblaient si fort qu’elles auraient voulu être à cent pieds sous terre. Mais elles en furent quittes pour la peur. L'heure de la mort n'était pas encore venue pour elles, mort violente, mort affreuse, dont elles n'avaient pas l'idée; car dans les forêts, les fleurs meurent toutes de leur belle mort et seulement quand il plaît à Dieu, qui est le maître de tout ce qui
Mais [jour n’étre pas mortes , elles n'en valaient guère mieux.
Le soleil de midi, qui tombait d'aplomb sur elles, accoutumées à ne recevoir ses rayons qu'à travers un voile de verdure, les brûlait sans merci, et autour d'elles pas une source qui apportât à leur pieti desséché un peu de fraîcheur! — Sans doute on leur jetait bien de temps en temps un peu d’eau, mais quelle eau! et d’ailleurs ce secours n’arrivait jamais à point , et plus d’une fut en danger de mourir |iour avoir été arrosée hors de propos; — pas un pauvre petit brin d’herhe ni de mousse dans tout le voisinage, et il fallait se résigner à pousser dans une terre aride el noire, remuée et tourmentée tous les jours, dans la crainte qu’une plante amie vint à y germer d'aventure.
Ah! fuyons ce sol inhospitalier, dirent un beau matin les plus sincères, et retournons dans notre pays; — partons. Mais comment se mettre en roule quand on n’a pas l'habitude de marcher? Une fois encore les voilà toutes en prières; — chacune fil son vœu (le vœu du naufragé!) en attendant le miracle qui devait les tirer de ce lieu maudit. Mais de miracle, point. — Il ne s’en fait pas autant qu'on en voudrait, et les anges de bonne volonté ne sont pas toujours prêts à se faire les serviteurs des habitants de la terre. Ils essayèrent pourtant d’obtenir de Dieu le retour des pauvres exilées dans leur forêt natale; Dieu fut sourd à leurs prières
C'est depuis ce temps qu'il y a des lleurs des bois dans les jardins, et, comme si la malédiction du ciel pesait sur leur race infortunée, jamais les pauvrettes n’ont pu s'élever ni devenir plus belles; elles sont encore et seront toujours cequ'elles étaient au moment où elles ont quitté leurs bois, cl la culture n'a jamais pu parvenir à les changer. Dieu l’a voulu ainsi pour les punir de leur envie de courir et de leur vanité. . .
C’est ainsi que l'orgueil et la curiosité, qui ont perdu le pre-
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niier homme, onl perdu aussi les fleurs des bois cl les flems des champs.
Et ayant ainsi parle, la lionne vieille se leva.
— Ceci prouve, ajouta-t-elle, i|ue rien n'est bien que ce qui est h sa place, et que vous ne feriez probablement
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pas mal de retourner d'où vous venez. Croyez-en une vieille fleur des eliamps, — qui a eu aussi son jour d’orgueil et de curiosité, ajouta-t-elle, — mais à laquelle Dieu l'a pardonne.
Puis, nous voyant disposés à repartir, elle ouvrit sa porte. — Après quoi , elle nous tourna le dos et disparut.
J'aime ees petites histoires, dis-je à Jean , qui , de même que moi, avait laissé parler l'aimable vieille sans l'interrompre ; — sans doute ce ne sont point des tragédies, et on n’y pleure ni au commencement, ni au milieu, ni à la fin ; mais cette bonne vieille pourrait avoir raison, — et nous, nous pourrions faire plus mal que de l’en croire. —
— En route, en route, me répondit-il.
Nous n’avions pas fait cinq cents pas, que nous rencontrâmes, au fond d’une étroite vallée, trois individus d’assez mauvaise mine.
Je conviendrai volontiers que mourir n’est peut-être pas grand 'chose , encoçe pourtant aimerait-on pouvoir choisir son moment ; aussi la pensée que nous allions être assassinés au fond de cette forêt me remplit-elle