YÜYAUE OL IL Y CRIS PLAIRA
et
d’horreur, el je songeai à vendre chèrement ma vie. — Défendons-nous, dis-je à Walter en me rapprochant de lui, — et, m'adressant aux bandits : « Messieurs! m’écriai-je, qui êtes-vous? »
— Nous sommes de pauvres diables , répondit l’un d'entre eux.
Bien que Jean parût satisfait de cette réponse, je n'en restai pas moins sur la défensive.
Mais heureusement il se trouva que ceux que j’avais pris pour des brigands étaient les plus braves gens du monde. Ils se rangèrent poliment sur le bord du chemin pour nous livrer le passage, et nous apprirent qu'ils venaient d'un lointain pèlerinage, et qu’ils rapportaient de leur sainte expédition , pour eux-mêmes et pour leurs proches, un grand nombre d’indulgences.
— Prenez ceci, me dit l'un d'entre eux en me présentant un anneau de plomb. Cet anneau peut vous préserver de 1a rage, de l'amour, de la mort et de mille autres accidents.
— 11 n’y a même plus de brigands, me dit Jean, quand ils furent passés, — mais c’est égal, ta fière contenance nous a sauvés.
SI
L’air était pur, les oiseaux s’éveillaient, le soleil se levait, nous étions enfin a l'aube d'un beau jour. Walter subissait l'influence de cette belle matinée. Peu à peu son front s’éclaircissait , et je le voyais redevenir plus semblable à lui-même ; moi-mèmc , ô inexplicable cœur de l'homme! je commençais à me pardonner de n’êlre point où j’aurais du et voulu être ; quelque chose me disait qu’en dépit de mes folies. Dieu me garderait le cœur de ma chère Marie.
Arrivés sur la lisière de la forêt, Jean s'arrêta tout à coup, et de la main me faisant signe de me faire, il me montra, non loin de là et à demi cachés comme dans un nid par le feuillage, deux gracieux enfants qui ne nous avaient ni vus ni entendus, car ils s'aimaient et ils se le disaient, ce qui montre bien qu’ils devaient se croire seuls dans l’univers.
Nous fîmes un détour pour n'avoir point à troubler ces enfants, et nous nous trouvâmes bientôt devant le plus riant paysage qu’on puisse voir.
Tout au fond il y avait une montagne ; à droite était la forêt que nous venions de quitter, à gauche une jolie petite ville allemande, avec son vieux clocher, ses toits roses et ses maisons gris-|ierle; au milieu s’étendaient des champs île blé, des vignes et de riches pà-
lurages; plus près coulait une rivière, et au-dessus de tout rela brillait un soleil resplendissant.
Tout au bord de la rivière était un jeune et beau garçon qui regardait l’eau couler en pleurant amèrement ;
quand nous fûmes tout auprès de lui , nous vîmes qu'il s’était mis au cou une corde à laquelle était attachée une pierre qu’il tenait sur ses genoux.
.4 ses pieds était une houlette, ce qui nous lit voir qu’il était berger-
— Que diable fais-tu là, mon garçon, lui dit Walter, et pourquoi pleures-tu?
— Je pleure, répondit le pauvre garçon , parce que j’ai perdu relie que j'aimais, et je suis là pour me noyer.
— Pour le noyer! lui dis-je.
Mais déjà il était dans l’eau. Ce que voyant, je me mis aussitôt en devoir de l’y suivre, dans l’intention bien arrêtée de l'en retirer.
Mais Jean me saisissant brusquement par le bras :
— A quoi penses-tu? me dit-il ; si. ce garçon a vérita-
blement perdu celle qu’il aimait, il fait très-bien de chercher sous cette eau l'oubli et le re|M»s! et lu aurais grand tort de le contrarier; laisse-le faire
— Jamais ! m’écriai-je indigné.
— Eh bien! alors, laisse-moi faire, reprit-il .
Et s’étant jeté lui-même à la nage, il parvint, non sans efforts, à ramener sur la rive le pauvre amoureux qui s'obstinait à mourir.
— Mon cher enfant, lui dit Jean quand il l'eut débarrassé de sa pierre et de sa corde qui avaient failli l’étrangler, je te demande bien pardon de m’être mêlé de tes affaires. Si j’ai eu tort, la rivière est encore là, et
yoy.yok OU II. YOLS PLUMA.
(u eu seras quitte pour recommencer. Mais auparavant, réponds-moi : celle que tu aimais est-elle morte?
— Morte! dit le pauvre {{arçon, plût à Dieu! Je l’aimerais mieux au fond de cette rivière d'où vous m’avez arrache, que là— bas au fond de ce taillis où je viens de l'apercevoir avec notre voisin. Vous les avez peut-être vus en jwssant tout à l'heure.
— Oui, dit Jean, nous les avons vus. — Hélas! hélas! ajouta-t-il en s’adressant à moi, \ir(jilo a donc eu raison <le le dire :
SS
Ynrittm el imilaliilc sfiupcr
Kemina*
« La femme sera toujours un être changeant. «
« Si jeune! et déjà perfide... »
l'uis, se tournant vers le berger, il lui parla ainsi :
« Ovide, inon ami, a composé un petit poème intitulé Remédia amoris, remèdes d’amour, dans lequel il regrette de n’avoir pas vécu du temps de Didon et d’autres personnages amoureux qui se sont donné la mort, parce qu'il leur aurait communiqué sa recette. Le principal remède à son avis est la chusse; — c’est pour cela qu’on dit que Diane a toujours vécu chaste.
« Les voyages lointains, les courses sur les hautes montagnes, sont encore d’excellents spécifiques.
b II faut cependant fuir la solitude. Exemple : l’hyllis ne se serait pas noyée si elle n’eùt pas vécu seule ; car, avant de se noyer, elle était allée jusqu'à neuf fois sur le bord de la mer, et cependant son amour était des plus forts.
« II faut aussi fuir l’oisiveté. Sans doute l’amour est une fatigue, mais c’est une fatigue qui convient même au paresseux. — Voilà pour le moral. —
« Quant aux moyens d’hygiène , Ovide — c’est tou-
jours Ovide qui parle — Ovule soutient encore qu’il faut boire beaucoup et manger de même. C’est, dit-il, un fait reconnu : — témoin Ariane, qui se serait probablement noyée si, après le départ de Thésée, elle n'eût été consolée par Racchus, c’est-à-dire, et j’en suis bien fâché pour elle, par le vin !
« En somme, de tous les amoureux, il n’y a guère que llenaud de Montauban qui se soit guéri de son amour en buvant de l’eau, — encore était-ce de l’eau extraordinaire, puisqu’il la puisa dans une fontaine qu’on n’a jamais pu retrouver. »
« Je te citerai enfin Itoland, qui se guérit de sou amour en buvant quelque chose...; mais ne pouvant te dire le nom de la liqueur qui le sauva, je me ion tenterai de t’apprendre qu'elle ne se trouveque dans la lune, etqu'ii fallut la lui faire boire par le nez. Il est vrai que la cure était difficile, car ce paladin était furieusement amoureux. »
« — Monsieur, répondit le pauvre garçon , je ne connais ni Bacchus, ni Thésée, ni Ariane, ni Ovide, ni Renaud, ni Roland, ni aucun de ceux, ni aucune de celles dont vous me parlez; niais je suis mouillé jusqu’aux os, et je crois que vous avez raison ; dès demain , je mettrai à prolit vos conseils. — Pour le moment, nous irons, si vous le voulez, chez mon père, qui tient une petite auberge au
YOVACK Ol, IL VOUS PLAIRA.
l*as «le l'église que l'on aperçoit d’ici, et nous y Corons sécher nos habits. Quand on apprendra chez nous que vous m’avez sauvé la vie, vous y serez le bienvenu. •
Waller ayant accepté, nous entrâmes bientôt dans «•cite auberge. — ('.'était un dimanche : — elle était pleine.
Dès qu’on y sut ce qui s’était passé, et que le pauvre péri1 avait failli |H>rdre son fils, et que l'amour aurait été la cause de ce malheur, il se dit aussitôt, par les braves gens qui se trouvaient là, plus de mal de cette
passion et plus de mal des femmes que je n'aurais cru possible ou même juste qu’on en prtt dire, dans quelque circonstance que ce fôt.
Le maître d’école de l'endroit, qui paraissait être un des habitués de la maison, était le seul qui ne jetât pas les hauts cris.
« On ne peut pas s’étonner, disait-il, de ce qui vient d’arriver à un simple berger, quand on pense que le grand César, et tous les empereurs romains, — qu’Againeumon, le roi des rois! — et le bon roi Dagobert luimême *
Mais il avait envisagé avec tant de soin ce côté inté-
VOYAGE Ot IL VOIS PLAIHA.
rossant do l'histoire des hommes célèbres, ot son érudition on oo genre était si vaste, que j'essaierais en vain de nommer tous ceux dont il eut à parler, la liste en étant tellement considérable que la nuit vint avant qu elle fût épuisée.
Walter, — comme Hodomont écoutant l'histoire de Joconde, — gardait le silence, d’où je conclus que sa douleur ne pouvait lui venir et ne lui venait en effet que d’une femme. Pour moi, je ne pouvais faire qu'une fort triste ligure, car tout ce qui se disait tournait à ma confusion. — Qu’étais-je, en effet, sinon un de ces cœurs sans force et sans vertus dont on llétrissait avec tant de raison les faiblesses et les lâchetés?
Parmi toutes les histoires auxquelles donna lieu l’aventure du jeune berger, je n’en ai retenu qu'une, qui fut racontée par un très-aimable vieux bonhomme dont j’ai oublié le nom.
Voici cette histoire, que je donne ici parce qu elle s’y trouvera plus à sa place qu’on ne pourrait le croire.