OU FIUME GRANDE, AUTREFOIS LE SYMETHUS
écneîls d'Ya-
ci, près de
Catane,
Toute la route, depuis Catane jusqu'à Castel châteanet d Yaci, le long de la côte, n'est presque entiè- "" ''" '"" rement formée que par d'anciennes laves de l'Etna, escarpées dans toute leur hauteur, et dont la teinte, d'un brun foncé, et presque noire, les fait ressembler à autant de rocliers de fer; quelques uns de ces écueils ont cent pieds d'élévation au-dessus de la mer , et en ont peut-être autant sous son niveau. Il paraît aussi impossible d'expliquer que de concevoir comment ces masses
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se sont ainsi isolées , et ont laissé dans quelques endroits des gouffres d'une profondeur qui en fait paraître Teau aussi noire que de l'encre , quoiqu'elle y soit plus limpide que partout ailleurs.
Il faisait un calme parfait lorsque nous allâmes voir cet endroit infiniment curieux des environs de Catane ; de sorte que nous pûmes tranquillement faire le tour de chacun de ces écueils. On leur donne encore dans le pays le nom de Porto d Ulysse y parce que, suivant les plus anciennes traditions, c'est par ce côté qu'Homère a fait arriver autrefois son héros en Sicile. Le principal de ces rochers, celui sur lequel est bâti le château d'Yaci, est traversé horizontalement d'une lave grise qui est venue recouvrir de plus anciennes lavesnoires, et pareilles à celles dont les autres écueils sont formés. D'où ces masses prodigieuses de laves sont -elles autrefois sorties? Est-ce de l'Etna, ou de quelque autre cratère plus voisin de la mer? Quelle cause a pu les isoler ainsi , et les séparer de la rive ? sans doute quelque secousse de tremblement de terre qui , ayant fait ébouler le fond sablonneux sur lequel ces laves avaient pu couler anciennement , les aura ainsi laissées nues et escarpées de toutes parts.
11 sera sans doute intéressant pour nos lecteurs de retrouver ici une description plus détaillée
de ces masses énormes de laves, ainsi que quelques observations faites à ce sujet par un de nos plus habiles naturalistes. '
« Le promontoire , ou espèce de montagne sur « laquelle est placé le château d'Yaci , présente à i< la vue un gros massif carré et escarpé presque « de tous les côtés. Au pied de ce cube, sur le « rivage, on voit des groupes de petits basaltes w articulés , dont l'assemblage forme des pyra- »( mides à sommet pointu , où se réunissent les « extrémités de chaque colonne. Tout le sol est (( absolument composé de même; l'escarpement, « du côté de l'est, présente des boules de ces baw saltes qui, à la manière des pyrites globuleuses, « sont formées par des pyramides dont les som- »< mets se réunissent au centre, et dont les bases « aboutissent à la circonférence. Ces petites w boules basaltiques, où les pyramides sont bien « exprimées, etise détachent les unes des autres, (r peuvent avoir de trois à cinq pieds de diamètre. «Elles sont entassées comme des bombes, de w manière à former un massif solide : quelques w unes ne sont pas exactement rondes, mais un « peu comprimées et aplaties, pour occuper les « vides que les autres globes ont laissés entre eux. « Chaque boule est enveloppée d'une écorce gri-
' Le commandeur de Dolomieu. Nous devons à son amitié plusieurs autres descriptions relatives à l'histoire naturelle de la Sicile.
« sâtre et argileuse , qui remplit aussi les iii- « terstices.
« Sur ces trois faces , la montagne n'offre que w des scories et des fragmens de laves poreuses « et solides, agglutinées par un impasto jaunâtre (( et par de la ze'olithe blanche. Je ne hasarderai w aucune conjecture pour expliquer la formau tion de ces boules de basalte, dont je n'ai vu « la description nulle part , et dont aucun autre « exemple n'est cité.
« Lorsqu'on suit par mer la côte , pour revenir (( du château d'Yaci à Catane, on voit d'autres « escarpemens considérables formés par des ro- « chers de lave noire qui s'élèvent en masses ce informes du milieu des eaux, et présentent en H plusieurs endroits des grottes profondes dans « lesquelles viennent battre les flots. On voit, au (( milieu de quelques unes de ces laves , des ro- « gnons contournés beaucoup plus durs que la c( matière qui les enveloppe. Enfin on observe « d'une manière très distincte que, partout où w les laves sont arrivées danç la mer avec une w grande épaisseur, et qu'elles ont été jetées dans « une eau profonde, il en est résulté des basaltes; (f toute la partie du courant qui est plongée dans (( la mer est cristallisée en prismes qui s'élèvent « même d'un ou de deux pieds au-dessus de la surce face de Feau. La portion supérieure de ces ce mêmes courans de laves est divisée par des fis-
c< sures qui vont dans toutes les directions. Les u lavesantiquesetlesmodernesonttoutes éprouvé c< le même effet en arrivant à la mer dans de (( certaines dimensions, et elles fournissent une ce preuve certaine et sans réplique que la cristalce lisation des basaltes dépend uniquement du recc trait que produit le refroidissement de la lave c( parle contact de l'eau. Dans tous les endroits (c où ce refroidissement subit n'a pas eu lieu , ce le massif de lave s'est fendillé dans toutes les ce directions. Aussi les courans modernes qui ce n'ont pas gagné la mer , quelle que soit leur ce épaisseur, n'ont jamais formé de basaltes. Je ce pourrais fournir vingt autres preuves du même ce fait. »
C'est au milieu de ces torrens de feu , de ces Vaedei'Etna
y , ^ . j . j . prise d'un
fleuves de laves accumulées et refroidies depuis parc creusé
. . ^ . I 11 dans la lave
des temps mfanis, que se trouve le pays le plus de 1669, cultivé et le plus fertile de la terre. Tous les '^''^^^ grains, tous les fruits qui croissent dans les environs de Catane, sont de la plus grande beauté, et d'un goût exquis. 11 est vrai qu'il faut, comme nous l'avons dit, des siècles de repos à ces masses de lave avant que la nature y redevienne féconde; autrement, ce n'est que par des travaux forcés et des dépenses considérables qu'on peut, en détruisant ou en excavant ces terribles laves, rendre au sol sa première fertilité ; c'est ce qu'a fait le prince Biscaris dans sa nouvelle maison
appelée la Sciarra, qu'on regarde comme un
miracle de l'industrie humaine.
Ce prince, qu'aucune difficulté n'arrête, a, dans un espace considérable, sur le bord de la mer, fait rompre et aplanir une grande partie de ces laves amoncelées les unes sur les autres, pour y tracer des chemins utiles et commodes; et après qu'on a eu creusé ces mêmes laves dans quelques endroits, il en a fait remplir les excavations avec de bonne terre , où l'on a planté des arbres de différente espèce, des opuntia, ou figuiers d'Inde , avec un grand nombre d'aloè's ; enfin il est parvenu à rappeler la végétation , la fertilité au milieu de ce sol brûlant et aride.
Ce qui captiva surtout notre attention dans ce lieu, fut d'y jouir de la vue entière de l'Etna, et du spectacle qu'y présente ce volcan formidable , dont on peut découvrir de là l'étendue prodigieuse. Jamais il n'y eut, par un jour serein et au lever du soleil, un tableau plus noble, plus imposant et plus magique en même temps. Cet effet vaporeux produit par le vague immense de l'air, dans un espace de plus de soixante lieues qu'occupe la base de l'Etna, sur près de deux mille toises de hauteur perpendiculaire, est plus aisé à imaginer qu'à décrire et à peindre; ou plutôt l'un et l'autre sont également impossibles : il faut l'avoir vu pour s'en former une idée, et ne l'oublier de sa vie.
Des dehors de Catane , et sur le bord de la mer où nous étions, jusqu'à la sommité même de l'Etna, on peut évaluer une distance de dix lieues au moins que l'œil parcourt, et dans laquelle il est aisé de comprendre qu'il ne peut absolument distinguer d'autres détails que ceux des objets qu'il a le plus près de lui. Ainsi toutes ces peintures, tous ces tableaux enchanteurs que fait Brydone dans ses descriptions de l'Etna, ces trois zones qui entourent la montagne, et en désignent de loin les différentes élévations, n'ont pu frapper ses yeux que par son imagination. Ce n'est pas qu'elles n'existent réellement sur les lieux, mais il est impossible, même avec les meilleures lunettes , de les suivre et de les distinguer dans aucune distance que ce puisse être, parce que, si on est assez voisin de la montagne pour apercevoir quelque détail, l'œil n'en peut plus alors saisir ni réunir Ten-
semble. '
Dans ces vues différentes de l'Etna, et en par-
• « On voit beaucoup mieux l'Etna de dessus la mer que par- « tout ailleurs, l'œil embrasse une plus grande partie du certt cle ; vous observerez plus distinctement comment il s'élève « également de tous côtés de son immense base , couverte de « belles collines, et vous pouvez suivre tous les progrès de « la végétation depuis les lieux oii elle est le plus abon- « dante jusqu'à ceux oii elle est entièrement arrêtée par une u chaleur ou un froid extrême : les couleurs et les productions « diverses de la montagne en distinguent clairement les diffé-
ticulier dans celle que nous donnons, on ne peut avoir qu'une idée très imparfaite de l'espace et de l'étendue immense qu'occupe cette terrible montagne, et, pour s'en convaincre, il sufBt de faire attention que dans le nombre de ces monticules (ou du moins qui paraissent tels par l'éloignement ) , parmi ces petits volcans qui entourent la base de l'Etna, il en est plusieurs qui ont en hauteur presque la moitié de celle du Vésuve, il Monte Rosso, par exemple, d'où sortit cette même lave , cette éruption épouvantable qui, en 1669, P^nsa détruire toute la ville de Catane.
^l\o^"^% '' ^^^^^ ^^t^ne et Yaci Reale sont placées les îiesdeiaTrîz- (f îles Cjclopes , Scopuli Cjclopum de Pline,
^ ^> „ rentes régions , et l'œil enchanté y aperçoit tout d'un coup « chaque climat et chaque saison. La première région pré- « sente tous les objets qui caractérisent l'été et l'automne ; la «< seconde , le plus délicieux printemps ; la troisième , un « hiver continuel et rigoureux ; et , pour achever le contraste , « la quatrième offre le spectacle d'un feu qui ne s'éteint ja- « mais. » (Rrydone.)
Tout cela existe , mais ne peut s'apercevoir ni se distinguer clairement, à cause de l'éloignement immense et des vapeurs dont la montagne est entourée.
' Nous ne pouvions donner à nos lecteurs une description plus curieuse de ces îles ou rochers d'Yaci que celle que nous devons au commandeur de Dolomieu. Rien ne nous a paru plus ingénieux et plus vraisemblable que la cause qu'il croît devoir donner aux cristaux de basalte dont ces rochers sont entourés, et qu'on peut regarder comme une des productions volcaniques les plus extraordinaires.
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nommées vulgairement aujourd'hui Fariglione délia Trizza. Elles sont au nombre de quatre, toutes à peu près sur la même ligne , et à peu < de distance les unes des autres; de manière ( qu'on avait imaginé de les unir, en remplissant les intervalles qui les séparent , pour former un port avec le petit golfe qu'elles auraient ( renfermé ; mais les flots se sont joués de toutes les tentatives et de tous les efforts qu'on a faits pour cela. Chacune de ces lies a des particulai rites remarquables ; elles diffèrent entre elles ( par leur forme, par leur nature, et par la position des pierres dont elles sont composées. (c La plus étendue et la moins haute est celle qui est le plus près de la côte. Elle porte particulièrement le nom d'ile de la Trizza, On y voit les ruines d'un ancien château de ce nom. Sa surface inégale ne s'élève que de cinq ou six toises au-dessus du niveau de la mer. Elle est formée de deux matières très distinctes entre elles. La base est une lave noire, extrêmement dure , divisée en blocs informes , qu'on pourrait cependant prendre pour une ébauche de cristallisation. Son sommet aplati, relativement à celui des trois autres lies, est formé d'une argile blanchâtre de trois à quatre toises d'é- ( paisseur, et qui a des veines contournées sini gulièrement. Une fente verticale de six ou sept pieds de largeur traverse l'ile dans son moindre
10 VOYAGE PITTOKESQUE
« diamètre , et la divise en deux. Je Tattribue à « l'effet d'un tremblement de terre. On trouve « sur son sommet une grotte percée des deux cô- « tés, et creusée dans l'argile. Je la crois faite i< de main d'homme. Ses laves, extrêmement (( compactes et pesantes, renferment dans quelle ques cavités des cristaux de zéolithe très dure , « parfaitement transparente, et semblable, par c( l'éclat et le poli de ses faces, par la vivacité ({ des arêtes, et le genre de cassure, au cristal (( de roche, pour qui on l'avait prise jusqu'à (( présent. Elle raie le verre ; ses cristaux sont des (( modifications du rhombe , dont les angles et (( les arêtes sont plus ou moins tronqués. On y « voit des cristaux dodécaèdres à plans penta- « gones d'une grande beauté^ quelques uns sont c( gros comme le pouce; l'argile, dans les en- « droits où elle avoisine la lave , contient aussi (( de petits cristaux de la même forme de zéolithe (( opaque. D'ailleurs cette argile^ ne porte aucun w caractère qui indique qu'elle ait été traitée par « le feu. Souvent mouillée par l'eau de la mer, (( lorsqu'elle est agitée, elle est imprégnée de sel « marin qui s'effleurit à sa surface. Cette pre- « mière lie peut avoir un demi-mille de circuit. « Les trois qui suivent sont beaucoup plus éle- « vées, et se terminent en pointe; elles portent « particulièrement le nom d'Iles Cyclopes ou de « FarigUoni, La première des trois, qui est la
« seconde en partant du rivage, est la plus haute. « Elle a un sommet très pointu, et paraît de loin {( avoir la forme exacte d'une aiguille pyrami- {( dale. Elle est formée par des colonnes de ba- {< salte qui sont articulées , verticales , et qui w forment, parleur assemblage, un seul faisceau. (f Ces colonnes ne sont pas toutes de même hau- « teur, mais placées en échelons les unes der- (( rière les autres , de manière à ressembler à un {( jeu d'orgues. Le premier rang est très bas, et {< on peut aisément débarquer dessus ; les autres, (( plus élevées d'une ou de deux articulations, « forment des espèces de marches, par lesquelles (( on s'approche de grandes colonnes qui sont (c dans le centre; celles-ci ont deux ou trois pieds « de diamètre : presque toutes sont pentagones, w et elles paraissent disposées de manière à force mer de petits faisceaux particuliers de six co- « lonnes chacun , dont l'une , un peu plus grosse, w occupe le centre. Les articulations sont à deux « pieds ou deux pieds et demi de distance ; quoi- « que très marquées, les vertèbres ne se séparent (( pas naturellement les unes des autres; il y a (( encore adhérence au milieu de l'articulation, w en sorte que, pour les diviser, il faut faire frac- « ture. Ces articulations sont à peu près à une « même hauteur dans les différentes colonnes, « et paraissent couper toute la pyramide paralf< lèlement à sa base. Les plus hautes des co-
lonnes peuvent avoir soixante pieds au-dessus du niveau de la mer, et sûrement autant audessous, où l'œil les suit; on les voit verticalement à une grande profondeur. Les colonnes du centre portent sur leurs sommets un massif de lave informe, recouvert d'une couche d'argile de même nature que celle qui est à la surface de l'Ile de la Trizza.
« La lave qui forme ces beaux basaltes est d'une couleur grise foncée : elle est très dure, a le grain auçsi marqué que le grès, et est pe'nétrëe de zéolithe transparente, mais point ( cristallisée, parce qu'elle n'a point trouve' de ( cavité, et qu'elle n'a pu s'introduire que dans les porosités de la pierre, en augmentant sa densité et sa compacité. Lorsqu'on laisse quelques jours cette lave dans l'acide nitreux, la zéolithe sort en forme de gelée , et la pierre perd une partie de sa consistance et de sa pesanteur; on pourrait l'appeler mine de zéoUÛie. La mer ronge, corrode la surface des colonnes qui sont battues par les flots, et extérieurement ces colonnes sont poreuses, inégales et remplies de cavités, mais ce n'est qu'à leur superficie, et sans que la couleur en soit altérée. Au milieu d'un groupe de colonnes, on voit un très gros morceau de lave poreuse très boursouflée, semblable aux scories, trois colonnes reposent dessus , et paraissent à chaque
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« instant devoir l'écraser, cependant il les sup- (( porte depuis bien des siècles.
« La troisième île , un peu moins haute et « moins pointue , est également formée de co- « lonnes de basalte; mais ici elles sont couchées, (( et présentent des deux côtés opposés leurs « bases et leurs sommets tronqués parallèlement; (c sur les autres côtés de la montagne, on voit les (( prismes posés sur leur longueur : les deux « bouts des colonnes ne sont pas d'égal diamètre, i( de manière que dans leur entassement, elles « ressemblent à des piles de bois, où les bûches, « plus minces à leur sommet qu'à leur base, forte meraient un tas qui serait plus élevé du côté du (( gros. La lave est un peu plus noire et d'un grain u moins gros que l'autre; elle contient aussi un i( peu de zéolithe.
c( La quatrième de ces îles, qui est un peu plus « basse que les deux dernières, est un assemblage f( de colonnes bien cristallisées , plus petites , mais (c entassées, amoncelées dans plusieurs sens et dans (( diverses positions. Elles semblent être divergen- (( tes d'un centre commun, présentant extérieu- « rement la partie la plus forte, et les sommets « amincis se réunissant vers le centre. La nature (( de leur lave est particulière, -elle est grise , dure, « pesante, le grain n'en est pas marqué; elle était u primitivement percée d'un nombre infini de (( petits trous ronds, qui ont été exactement rem-
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i4 VOYAGE PITTORESQUE
« plis par une zëolithe blanche, opaque, soyeuse, fc en petits filets divergens. Cette pénétration w d'une substance étrangère la rend d'une grande w densité,
« Ces deux dernières îles portent aussi de Tar- « gile sur leurs sommets et sur les inégalités de « leurs flancs.
« La formation de ces îles présente une question w intéressante et un phénomène très curieux : au- « cune d'elles ne peut être regardée comme un ce volcan particulier, elles n'ont jamais eu de cra- « tère; d'ailleurs toutes les montagnes coniques, « formées par les explosions ordinaires , ne sont u composées que de scories et de fragmens de laves c( amoncelés autour du foyer qui les lançait; ici, t( il n'y a point de scories; toute la lave est so- « lide, et, quoique cristallisée en prismes distincts, « elle forme des espèces de massifs qui n'ont pu « sortir ou être lancés^ tels qu'ils sont, par aucun w cratère. Touslesbasaltesqu'on aobservésjusqu'à « ce jour font partie d'un courant de lave, dont on u peut suivre la marche jusqu'aux lèvres du cratère « qui l'a versée, ou jusqu'au trou par où elle a « pris issue , à travers les flancs d'un volcan. Les « iles Cyclopes sont isolées , elles ne dépendent « d'aucun courant ; elles sont distinctes entre « elles, et séparées de la côte et des montagnes qui « la bornent par un espace d'un mille , et baii< gnées par une mer profonde; on ne peut sup-
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« poser l'intersection du courant auquel elles aurt raient appartenu , puisqu'il n'y en a point qui « se dirige vers elles, qui ait leur élévation et qui (( soit formé des mêmes laves; elles n'ont pu être « façonnées par les eaux à la manière des pics « calcaires , parce que cela annoncerait un massif « plus considérable, auquel elles auraient appar- (( tenu , qui aurait fait corps avec la grande monte tagne, et dont on ne peut soupçonner l'exi- « stence. Je crois donc qu'elles ont été poussées « du fond de la mer, qu'elles ont été formées a par un jet de lave qui s'est fait jour à travers w le sol, et qui s'est élevé verticalement au mite lieu des eaux qui l'environnaient. Elles auront « jailli à la manière de l'eau , par la pression « d'une grande quantité de matière fondue , dont « le réservoir, placé dans le corps de l'Etna, mais « beaucoup plus haut, aura, par des canaux de w communication , trouvé moins de résistance « dans cette partie , et aura fait sa percée dans le « fond de la mer. *
(( Ceci n'est point une supposition vague. Ces M iles portent sur leurs sommets les preuves de i( leur origine ; cette argile grise , qui les re-
» Faujas de Saint-Fond parle d'un roclier de lave qu'on pourrait comparer à ces îles , quoiqu'il ne soit pas cristallisé en basalte. Il paraît , comme elles , s'être élevé verticalement en soulevant le granit au travers duquel il faisait sa percée. ( Volcans éteints du Vivarais. )
« couvre toutes, n'est point volcanique; elle n'est «point altérée par le feu, elle happe à la langue, «et a de la ductilité. On ne peut l'avoir dépo- « sée sur ces sommets aigus. Elle n'est point un « effet de la décomposition de la lave. Si ces iles « eussent été arrachées par les courans de la terre « ferme à laquelle elles eussent été primitivement *< adhérentes, dans le temps que la mer couvrait (( nos continens^ l'argile n'aurait pas résisté à « l'impression de ce même courant; elle aurait « été délayée et emportée , et la lave serait res- « tée à nu. Cette argile paraît de même nature que (( le fond actuel de la mer; ces jets de lave ont (( donc enlevé avec eux la terre du sol sous le- (( quel ils faisaient une percée; ils en ont con- « serve les débris sur leurs sommets , pour attes- (( ter le secret de leur formation. Trois de ces « îles , qui ont leurs sommets plus étroits que « leurs bases, ne portent sur leur pointe qu'une « petite quantité de terre ; le reste s'est accroché (( aux inégalités des flancs.
i( La circonstance de la formation de ces rou chers doit avoir contribué à la cristallisation « de leur lave, car je prouverai incessamment « que la forme prismatique du basalte n'est qu'un « effet du retrait. Le matière molle, a l'instant « où elle a fait sa percée , aura été coagulée par « l'eau de la mer, qui Faura environnée; elle ne « se sera donc point affaissée , comme il lui serait
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t< arrivé sans cette prompte coagulation; une lave (( nouvelle aura élevé celle qui était déjà solide , « et peu à peu l'île entière sera sortie de l'eau et « aura acquis sa hauteur actuelle. Lorsque le jet « s'est fait bien verticalement , le pic a eu toute « l'élévation que pouvait lui donner la quantité « de matière , et les colonnes sont restées droites, cf appuyées sur leurs bases; mais lorsque le jet u s'est éloigné de la perpendiculaire , il y a eu c( affaissement d'un côté, et les colonnes sont reste tées couchées ou inclinées. Qui sait même si « l'articulation des basaltes de la seconde de ces (( îles n'a pas eu pour cause la poussée interrait- « tente de la matière fluide, dont la partie su- (( périeure se coagulait, avant que celle qui la « soulevait ne se fût présentée à l'eau , et n'eût (( éprouvé l'effet de la condensation ? Alors chaque « articulation marquerait l'accès du mouvement « progressif du jeu de lave. S'il était sorti par un « mouvement prompt et subit, alors les colon- (( nés seraient entières et d'un seul bloc, comme « il est arrivé dans d'autres circonstances. J'in- « siste sur ces faits, parce qu'ils sont intéressans, i( et qu'ils expliqueront d'autres phénomènes « aussi singuliers.
(( Les basaltes des îles Cyclopes ne sont pas les « seuls qu'on rencontre dans ces parages; il y « a dans la mer, à peu de distance du rivage, « et sur le rivage même, une infinité de petits