IV
i8 VOYAGE PITTORESQUE
(( groupes où les prismes ont différentes formes, « et affectent différentes positions. La plus com- K mune est celle où les prismes sont presque py- (( ramidaux, et divergent d'un centre commun; (( ils varient par le nombre des angles , depuis « trois jusqu'à sept ou huit ; par des articula- (( tions plus ou moins distinctes , et par la lon- (( gueur des vertèbres. Dans les uns, la lave est (( très noire, dans les autres elle est grise; mais « l'une et l'autre contiennent de la zéolithe.
« A Fextre'milé du petit môle qui forme un u abri aux barques du village de la Trizza, il ((y a un charmant groupe de basaltes en co- (( lonnes prismatiques pyramidales , dont les {( sommets se réunissent dans un centre, et qui (( s'en éloignent comme autant de rayons. Le (( groupe entier n'a pas plus de dix pieds de dia- « mètre; il ferait presque un morceau de cabi- « net , si on pouvait l'enlever en entier ; les arec ticulations y sont marquées profondément , « quoique les vertèbres ne se détachent pas.
(( Les montagnes qui sont en demi-cercle au- « dessus du village delaTrizza, sont aussi pleines « de basaltes; tout l'intérieur de ces montagnes (c en est formé , on le voit partout où les eaux « ont occasionné des dégradations et les ont dé- « pouillées de l'enveloppe mêlée d'argile et de « matières calcaires qui les recouvre. Toutes les u croupes sont couvertes de leurs fragmens, dont
EN SICILE. ig
(( quelques uns ont roulé jusqu'au pied. Les co- (( lonnes ont toutes les formes et les dimensions (( articulées, ou d'un seul jet : elles contiennent de a la zéolithe qui en remplit toutes les cavités. On (( trouve encore cette même^substance dans les « pores des scories qui avoisinent les basaltes. u Les bornes d'une lettre ne me permettent pas (( d'entrer dans tous les détails intéressans que (( fourniraient ces montagnes ; cette partie de (( l'Etna est sûrement la plus intéressante de sa « base. »
Nous revînmes à Catane , en traversant de nou- viiie et forte veau toutes les laves qui, à diverses époques, ont tan'^entour couvert tout le territoire de cette ville, et sou- dt'î'Etna pir vent l'ont totalement enveloppée ; quelques unes ^'^'^^p^^^»^ ^^ des plus anciennes sont, depuis plusieurs siècles , ^° *^Srecouvertes en grande partie d'arbres à fruit et de différentes productions de la terre; mais aucune de ces laves ne conserve, ne présente, comme celle de 1669, le tableau 'effrayant du ravage qui bouleversa toutes les campagnes des environs de Catane, ruina des villages entiers, détruisit une partie de la ville, et après avoir formé une nouvelle enceinte autour de ses murailles, finit ^
par aller se jeter dans la mer, et combler une partie d*e son port.
Cette lave effroyable, comme un mur de fer, entoure le château de Catane, et se prolonge le long des remparts de la ville, à la hauteur de
ffî
Voyage sur l'Etwa.
cinquante à soixante pieds; trop nouvelle encore pour pouvoir, d'ici à plusieurs siècles, être susceptible de la plus légère végétation , elle ne présente à la vue qu'un amas hideux de roches déchirantes, de l'aspçct et du noir le plus triste, et que Toeil ne parcourt qu'avec effroi. '
Le temps étant enfin remis au beau fixe, et la montagne absolument découverte, le chanoine Recupero, notre conseil, notre guide, nous dit
• Quoiqu'il y ait sans doute bien de l'incertitude à juger de l'ancienneté des laves par l'épaisseur des terres végétales qui s'y sont amassées avec le temps, puisque, ainsi que nous l'avons dit, le volcan peut quelquefois les couvrir de cendres , qui deviennent par elles-mêmes , en fort peu d'années , propres à la végétation , il n'eu est pas moins vrai que , lorsque la lave n'est recouverte d'aucune autre déjection volcanique, il lui faut des temps considérables pour réunir une épaisseur de terre suffisante à la plus légère production.
D'après les observations de plusieurs voyageurs , et particulièrement du comte de Borch , dans ses Lettres sur la Sicile, il résulte qu'il faut l'écoulement d'un siècle pour former sur la lave une couche d'une ligne de terrain. « Le contact de « l'air, dit-il , et surtout l'haleine brûlante du schiroc, triom- H phent de sa dureté , et pratiquent dans son sein mille petites « piqûres imperceptibles à l'œil , mais suffisantes pour rece- « voir une infinité de semences de mousse et de lichens diffé « rens , qui, contens d'une nourriture légère , subsistent penu dant quelque temps, et qui, bientôt succombant sous le u poids de leur durée , remplissent ces pores de ItfUr propre «» destruclion. Leurs particules putréfiées rentrent dans le pre- « mier ordre de la nature, redeviennent terre végétale, péné- « trée de sels, d'alcalis, et présentent aux semences que le u* veut emporte , et qu'il leur confie , un sein plus fertile, n
que le moment était arrivé de recommencer notre voyage. Nous sortîmes donc deCatane a huit heures du matin, un vent du nord-est, très faible, laissait s'élever du cratère de la montagne une fumée transparente , qui se découpait sur le ciel, et en s'ondulant comme une flamme de vaisseau, allait disparaître à plus de vingt lieues en mer. Nous marchions pleins de courage et d'espoir; cependant, à peine eûmes-nous fait six milles, qu'il se forma perpendiculairement sur le sommet du cratère, un petit nuage, qui nous paraissait de la grandeur et de la forme d'un chapeau ; ce point immobile commença à nous inqgiéter.
Nous arrivâmes à Nicolosi , bourg considérable pour la population, mais qui nous parut malheureux, avec l'aspect triste et sauvage que présentent toujours les constructions en laves. Nous nous assurâmes dans ce lieu d'un excellent guide, que le chanoine Recupero nous avait recommandé com me un des prem iers cicérones de l'Etna. Cet homme était effectivement fort intelligent, et la connaissance parfaite qu'il avait de tous les chemins et détours de la montagne lui avait fait donner, par tous les voyageurs , le surnom glorieux du Cyclope.
Le pays que nous parcourûmes de Catane à Nicolosi, dans l'espace de douze milles, ne nous parut ni aussi beau , ni aussi fertile que celui que
nous avions déjà vu à notre premier voyage, dans la même région de la montagne, en partant de Giari; ce n'est plus cette richesse, cette abondance de Tâge d'or, qui couvre de fleurs et de fruits ces antiques désastres : ici, trop nouveaux encore , on voit à découvert les funestes effets du volcan, ce n est presque partout que laves, scories, cendres, destructions et renversemens. C'est à un mille de Nicolosi qu'on trouve la montagne appelée Monte Rosso , dont nous avons déjà parlé. Ce volcan s'est ouvert tout à côté d'un autre très ancien, qui a la même élévation, et qui est aujourd'hui couvert de végétations. Ce Monte Rosso, bien qu'il ait plus d'un siècle, semble avoir cessé son éruption d'hier. Son cratère est encore de la couleur du ciment, et tous ses environs couverts d'une cendre cuite presque vitrifiée. Cette couche de cendres est si épaisse et si abondante qu'un espace de deux milles de diamètre, qui en est entièrement couvert, est resté jusqu'à présent sans la moindre espèce de végétation, et représente l'absolue et parfaite aridité des déserts de l'Arabie. La couleur triste de cette cendre grise , et les formes rondes et amollies de toutes les sinuosités du terrain , présentent à l'œil un accord de ton si tranquille et si uniforme, que le moindre objet s'y découvre au loin, et que d'un demi-mille on y apercevrait un papillon.
Après Nicolosi on trouve un hospice appelé SanNicolo delV Arena, C'était autrefois une infirmerie , une espèce de maison de plaisance où venaient se rétablir les moinçs malades du couvent des Bénédictins de Catane, à qui les Normands avaient anciennement donné un désert sur la montagne, plus au couchant et plus élevé encore que cet hospice. Us avaient fait de ce lieu sauvage leur principale habitation, lorsque le feu de l'Etna les obligea de l'abandonner. Ils vinrent alors bâtir un grand couvent à Catane; mais cette dernière maison ayant été détruite encore par le dernier tremblement de terre , ils ont été obligés de rebâtir le couvent qui existe. Enfin, de désastres en désastres, ces religieux sont aujourd'hui réduits à habiter un palais immense, et qu'on pourrait regarder comme un monument , si le goût présidait un peu plus au choix que la plupart des maisons religieuses font des artistes qu'elles emploient : au reste , nous trouvâmes à San Nicolo dell' Arena toute la frugalité des anciens cénobites, c'est-à-dire quatre œufs cour huit convives que nous étions.
Nous en partîmes à quatre heures après midi : le vent avait changé du côté du couchant , l'atmosphère s'était épaissie, et ce même petit nuage, qui semblait s'épaissir de la fumée de l'Etna, était devenu très grand, et avait pris la forme concave d'un vaste bouclier qui couvrait tout le
sommet de la montagne. C'était de nature à nous effrayer; cependant nous traversâmes la foret qui sert de cordon à ce mont, et qui semble une ligne de dc'marcation d'une re'gion à une autre.
Là nous ne trouvâmes plus ces immenses châtaigniers que nous avions rencontrés de l'autre côté de l'Etna, mais de vieux chênes desséchés et tortueux ,• les frênes étaient remplacés par des bouleaux et des sapins. Diverses laves ont renversé des parties considérables de cette forêt; c'est là plus qu'ailleurs qu'on peut apercevoir combien la marche de ces torrens de feu semble tenir du caprice ou du hasard. Dans quelques endroits ils ont renversé des arbres monstrueux, et en ont ménagé de moins considérables en les isolant sans les toucher; dans d'autres, au contraire, ils ont enflammé un arbre à cinquante pas y et tout à côté en ont conservé un en effleurant à peine son écorce.
Ces phénomènes peuvent s'expliquer par la nature de la lave, qui, dès qu'elle s'éloigne de la bouche du volcan , se charge de scories, espèce de déjection volcanique, qui , étant d'une nature plus légère, surnage, se boursoufle d'air, se refroidit et se brise par le mouvement de la lave qui continue de couler en dessous, et charrie avec bruit cette écorce refroidie. Cette épaisse enveloppe de scories qui couvre la lave , s'amoncelle dans des endroits, et change la direction
du courant, ou bien, versée de côté, elle avoisine les arbres ou les maisons sans les enflammer, ce que fait au contraire la vraie matière de lave , qui, plus lourde, plus fluide, et conservant un degré de chaleur extrême , va quelquefois porter l'incendie même avant son arrivée.
Après avoir traversé la hauteur de cette forêt, qui est de sept milles, nous arrivâmes à la fameuse grotte des Chèvres, sorte d'antre ou de cavité formée par la croûte ou la bouffissure d'une ancienne lave ; il ne faut pas que l'imagination s'échauffe en pensant à cette grotte si renommée, et en fasse l'antre de Polyphême, car elle n'y ressemble pas plus que notre conducteur ne ressemblait à ce cyclope : rien n'est si chétif que cette retraite, à peine peut-elle tenir six personnes à l'ombre ; elle est même si basse qu'on peut à peine s'y tenir debout. '
Le vent était devenu assez fort, et fraîchit encore au soleil couchant; malgré l'humeur qu'il donnait à notre cicérone , nous n'en sentions pas la
' En parcourant le canton des laves , j'ai vu des grottes , l'une plus profonde que l'autre , formées dans la marche même de la lave enflammée. Pour connaître leur origine, il suffit d'observer que toutes , cintrées naturellement, forment des arcs plus ou moins grands , et qu'il en est qui dessinent des demi-cercles parfaits. Je crois qu'on peut les regarder comme partie des immenses bouillons de la lave en effervescence que l'air intérieur, raréfié par la chaleur, fait écla-
Grotte des
Chèvres , sur
TEtna ,
a6 VOYAGE PITTORESQUE
conséquence , et , tout enchantés de voir qu'il emportait les nuages, nous soupâmes très gaîment et attendîmes avec impatience Theure de notre départ à côté du brasier, et dans la fumée d'un grand feu que nous avions allumé pour nous réchauffer; nous pressions notre conducteur, qui nous fit mettre de nouveau en route à onze heures du soir, et une heure trop tôt.
Le vent, devenant toujours plus fort, ne nous permit pas long -temps de marcher avec nos flambeaux ; nous fûmes obligés , dans la nuit la plus obscure , de nous suivre , en faisant toucher à nos chevaux la tête au derrière l'un de l'autre , et de nous appeler continuellement, dès que le sentier devenait tortueux et nous obligeait de nous séparer. Un des nôtres pensa même perdre son cheval, pour en être descendu un instant. C'est ainsi que nous gravîmes huit milles d'un chemin qui, à la vérité, n'est ni dur, ni raboteux, mais rempli de sinuosités, et coupé de ravins périlleux que notre conducteur nous faisait éviter d'une manière miraculeuse.
ter, et qui, en se refroidissant, conservent la configuration qu'avaient prise leurs diverses parties encore dans l'état d'intégrité. C'est ainsi qu'est formée la caverne des Chèvres , où tous les observateurs de l'Etna vont passer une nuit assez désagréable pour être à portée de se trouver au sommet de l'Etna avant le lever dû soleil. (Db Borch , Lettres sur la Sicile. )
Nous avions déjà passé plusieurs bancs d'une neige éternelle , et le froid était très vif , lorsque nous arrivâmes à une vaste plate - forme qu'on peut croire avoir été le cratère antique de l'Etna, et qui a trois milles de diamètre. C'est sur cette plate-forme, appelée Piano del Frumento^ qu'il s'est, depuis des siècles, formé trois monticules ou mamelons venant d'anciennes éruptions , et c'est de la bouche de celui du milieu , qui est le plus élevé, que s'exhalent perpétuellement les vapeurs de ce feu aussi ancien que le monde. Je n'oublierai de ma vie l'impression que me fit éprouver l'approche de ce lieu terrible qui semble proscrit aux humains et dévoué aux divinités infernales. Tout y est étranger à la nature; nulle végétation , nul mouvement d'aucun être vivant n'y trouble le silence effrayant de la nuit; tout y est mort, ou plutôt rien n'a commencé d'y vivre. Dans ce chaos des élémens, un air éthéré qui vous presse de toutes parts, plus vif, plus subtil que celui auquel notre existence est accoutumée , étonne l'imagination et avertit l'homme qu'il est hors de la région où ses organes l'enchaînent. Nulle autre lumière que celle des vapeurs enflammées du cratère ne nous éclairait , et cette lumière mystérieuse qui nous servait de fanal , me faisait regarder le lieu où nous avions eu la hardiesse et le courage de pénétrer, comme le sanctuaire même de la nature.
im
Lorsque nous fûmes au milieu de la plateforme, le feu se changea en un torrent de fumée. La lune, en se levant, colora ce lieu d'une autre manière, et en changea Faspect; tout autrement terrible, il nous sembla préparé aux mystères ténébreux d'Hécate. Le jour était encore trop loin, nos chevaux, qui entraient dans la cendre jusqu'à mi -jambe , ne pouvaient plus ni marcher ni respirer, le froid augmentait toujours; nous nous arrêtâmes contre une grosse pierre qui nous parut être un énorme bloc de lave. C'était le seul objet saillant qui apparût sur cette plaine; nous allâmes nous abriter contre elle, en nous enterrant dans le sable, et nous entassant , pour nous réchauffer. L'idée nous vint de boire de l'eau-de-vie que nous avions apportée avec nous : ce qui pensa nous endormir, et aurait pu devenir très dangereux, si l'on nbus eût laissés tranquilles.
Après une heure de repos, l'aurore commençant à paraître, nous nous remîmes en route ; déjà l'obscurité n'existait plus pour nous, et toute la terre demeurait encore dans les ténèbres. Le vent était devenu un ouragan , et, comme il nous fatiguait horriblement sur nos chevaux^ nous en descendîmes pour marcher avec moins de difficulté. Arrivés au pied de la dernière montagne , nous ne pûmes tenir à l'envie de l'escalader encore : notre cyclope eut beau
nous prévenir que l'entreprise en serait inutile , notre parti était pris, nous avions tous le même courage , et le guide fut obligé de nous suivi'e , en murmurant des observations que nous ne voulions pas écouter.
Autant le reste de la montagne est aisé à monter, autant cette dernière partie est difficile et presque impraticable; ce n'est plus qu'un monceau de scories lancées depuis des siècles du cratère, et calcinées au point que, étant sans poids, elles s'enfoncent et s'écroulent sous les pieds : chaque pas vous laisse à peine gagner quelques pouces; enfin celte pente est si rapide que nous étions obligés de nous aider encore de nos mains pour ne pas nous précipiter et nous déchirer dans notre chute. Nous n'avions pas ce seul obstacle à combattre, un sable volatil, mêlé dans la fumée, nous déchirait les paupières et nous aveuglait. *
La fumée, qui augmentait toujours, commençait à nous oppresser ; à trois cents toises du sommet, elle nous arrêta tout court et pensa nous suffoquer. Ceux de nous qui s'étaient le plus avancés, furent obligés de se jeter promptement à terre , et de redescendre vivement cinquante toises plus bas, où ils furent contraints de s'arrêter pour respirer un moment. Nous voulûmes
' On assure que des nuages formidables de ces cendres volcaniques sont souvent portés à de grandes dislances , et , dans quelques éruptions , jusqu'en Calabre et à Malte.
lî
if
Ili.1
3o VOYAGE PITTORESQUE
tenter une seconde épreuve, en tournant la mon- Ugne pour arriver à la crête , du côté du vent ; mais à peine tournions -nous le revers que le vent devint*d'une telle violence, que le poids de nos corps ne lui offrait plus d'opposition, et que nous ne pouvions lever une jambe, sans courir risque d'être renversés et précipités.
Cependant le soleil allait se lever , nous allions perdre l'objet de notre curiosité , en luttant en vain contre un obstacle insurmontable. Nous revînmes donc encore sous le vent, et, malgré la fumée chaude et sulfureuse qui nous couvrait entièrement , notre courage nous soutint ; enfin nous vînmes à bout de gravir jusqu'au sommet de ce dernier cratère.
Ce fut malheureusement à travers de cette vapeur épaisse que nous pûmes voir assez mal le lever du soleil , et sans distinguer aucun objet : mais lorsqu'il fut à quelque élévation, nous découvrîmes très bien, du côté du couchant , l'ombre portée de l'Etna , qui tenait encore toute cette partie de la Sicile dans l'obscurité. Le soleil, en s'élevant, rapprochait l'ombre, et découvrait par degrés une étendue de vue que l'Etna seul dans le monde peut offrir par sa grande élévation, et plus encore par sa position isolée. U y a sans doute des montagnes qui sont aussi élevées que l'Etna , et même davantage , mais presque toujours entourées et suivies par de longues chaînes
EN SICILE. 3i
d'autres montagnes; leur naissance et leur base restent toujours cachées bien au-delà de la portée de la vue , au lieu que l'Etna est tellement isolé de toutes parts que la totalité de la Sicile ne paraît être que sa base.
Nous crûmes apercevoir File de Malte , parce que nous savions où elle était; mais nous vîmes très distinctement toute la côte de la Sicile jusqu'aux montagnes dePalerme, et à l'extrémité de l'île , le mont Eryx ; Trapani, lacôtedu midi et la mer au-delà ; le cap Pachinum , Syracuse , Augusta , le lac de Lentini , la riche plaine de Leontium et le sommet des montagnes, qui, dans l'éloignement où on les voit, ne ressemblent qu'à de légères ondulations; du côté de l'Adriatique, nous voyions une étendue de mer immense, mais sans distinguer aucun objet, et rien de l'Italie ni des îles de Lipari, que la fumée nous dérobait. '
' u Des différentes manières de prendre les hauteurs des montagnes , celle du baromètre est la plus aisée , parce qu'on peut l'employer à l'égard de toutes celles qui ne présentent point un terrain commode pour asseoir un triangle ; d'ailleurs on n'a pas avec elle l'embarras de traîner des instrumeus très sujets à se déranger : aussi les physiciens l'ont-ils toujours préférée , et , pour la rendre aussi infaillible qu'il serait à désirer qu'elle le fût , ils ont cherché à établir des règles sûres pour déterminer l'équivalent de l'élévation d'une ligne du mercure renfermé dans le tube , à l'égard de la colonne plus ou moins grave de l'atmosphère. « Cassini met dix toises françaises d'élévation pour chaque
Malgré Tenvic que nous avions de prendre quelques dessins sur le sommet de l'Etna , et les
« ligne de mercure, en ajoutant un pied à la première dizaine , « deux à la seconde , trois à la troisième, etc. ; mais sûrement M la gravité de l'air diminue en bien plus grande proportion ,
u comme l'observe Brydone La Hire assigne douze toises
u et quatre pieds pour chaque ligne de mercure, et Picard, u quatorze toises , etc. Dans ce conflit d'idées et d'opinions , « j'ai cru pouvoir , à la suite de plusieurs expériences faites h « ce sujet, suivre une méthode différente. Je ne compte que u soixante-douze pieds par ligne, et je crois, par ce moyen, « mettre un juste équilibre entre les différentes couches d'air, « si j'ose le dire, qu'on traverse, et qui diminuent plus ou M moins sensiblement en raison (ie leur gravité. » ( Lettres sur la Sicile, du comte de Borch. )
Le même auteur indique aussi , par une seconde table d'expériences faites avec le thermomètre, les différens degrés de chaleur qu'il a éprouvés dans son voyage sur l'Etna. Ces différentes observations nous ont paru également intéressantes et curieuses à joindre ici.
Hauteurs barométriques.
Le la dec. Au bord de la mer a^ 8 4
LeiS.... A Catane -xn » «
A Masca Lucia. 37 3 »
A Prati ^n » ^
A Montpeilleri a6 7 »
A Nicolosi a6 x |
Au niveau de Monte Rosso. .* a6 i »
Chez les Bénédictins a5 3 »
A la caverne des Chèvres a4 6 »
Le i4« • . . A la moitié de la montagne où cesse toute
végétation 20 7 »
Au pied de la montagne 011 est la tour du
Philosophe 18 a »
Au pied du cône du cratère 18 i i
Au sommet de l'Etna 17 i »
Hauteur du mercure 10 7 ~
qui équivalent à 9180 pieds ou i53o toises environ d'élévation.
beaux projets que nous avions formes avant d y arriver , nous n'eûmes ni le courage ni la force de nous en occuper, et cela me parait être en tout temps impossible. Il serait cependant intéressant de pouvoir conserver une idée de ce lointain infini , de cet espace immense sur lequel on domine de toutes parts , de donner la vue , Tensemble de cette innombrable quantité de volcans qui ne paraissent, dans Téloignement où on les voit,, que comme autant de buttes d'une forme variée, et plus oli moins chargées de productions, à proportion de leur ancienneté.
D'objets en objets, nos regards se portèrent sur nous, et, soit la fatigue extrême, soit l'effet de l'impression de l'air et du froid, nous fûmes effrayés de la décomposition de nos figures.
Hauteurs thermométriques,
Fahrenheit. Reaumur.
Le 12 déc. Au bord de la mer. . . 5n 1 j^ i
Lei3.... A Catane 56 ^ 12 -
A Masca Lucia 58 5i i3 1
• A Montpeilleri * 67 ^ ^„ 1
A Nicolosi , à midi ... 63 6î i5 ^
Aux Bénédictins , à trois heures " *
. après midi g, g j/ j^
A 1 entrée des neiges 55 2- t i il
A la grotte des Chèvres, à cinq ' '
heures du soir 4n i^ 8 :^
A six heures du soir 43 6| 5 i
Le 14.... Pendant la nuit 36 a'f 2 1
A quatre heures du matin 40 2I 4 \
A la tour du Philosophe 27 i^ 3 '
Au pied du cratère ^7 I 3 »^
Au sommet de l'Etna 21 6^ o -i
Différence 35 1,1