A PALERME
A peine eûmes-nous tourné le mont Termini que le climat et le pays changèrent tout à la fois; autant celui que nous venions de traverser depuis Castro Giovani jusqu'à la mer nous avait paru triste et sauvage , autant celui dans lequel nous nous trouvions comme transportés nous parut frais et riant, surtout aux approches de Termini; une multitude de sources aussi vives qu'abondantes répandaient partout avec elles la plus grande fertilité : aussi les anciens regardaient-ils cette partie de la Sicile comme un lieu véritablement chéri des nymphes , et comme le séjour des divinités des fontaines.
A trois milles de la montagne on voit Termini s'avancer en demi-cercle dans la mer. Nous descendîmes dans une auberge , car on en trouve enfin une dans cette ville. Notre première sortie eut pour objet d'aller voir les bains fameux et ces sources d'eaux chaudes que, suivant Diodore, les nymphes , en faveur de Minerve, firent sor-
tir du rocher pour baigner et délasser Hercule . Nous n'y trouvâmes ni nymphes ni Hercule , mais de pauvres paralytiques auxquels on distribuait force douches d'une de ces sources dont Feau nous parut brûlante , et dont on nous vanta les effets merveilleux.
11 serait difficile d'assigner l'antiquité de ce • qui reste des bains de Termini. Le genre de la fabrique n'est pas de nature à pouvoir faire penser que ce soit un ouvrage des Romains, et moins encore des Grecs. Sans être absolument d'un mauvais genre , ces bains sont sans aucune espèce de magnificence dans leur construction; le plan de ce qui subsiste est une double galerie voûtée en demi-cercle, dont la partie du fond contient la source qui est employée à former les étuves : c'est sous le pavé de cette étuve que sort la vapeur de l'eau chaude qui s'écoule de droite et de gauche dans les deux galeries. Il est probable qu'autrefois elles formaient le cercle entier; que l'eau venait se réunir au milieu, dans un bassin, et n'était plus qu'une eau tiède où on pouvait se baigner.
Nous allâmes de ces bains antiques à la principale église de Termini. Elle n'est pas encore achevée, mais sa décoration intérieure est d'un assez bon genre. Cette église a été bâtie sur les débris d'un palais antique, qu'on reconnaît encore aux murs extérieurs et à un morceau de
EN SICILE. ij3
corniche en marbre, dont la grandeur, le style et le travail attestent la magnificence de l'ancien édifice. On croit, à Termini, que c'était le palais de Stenius, proconsul romain.
Devant le mur de l'hôtel-de-ville on a placé un fragment d'une figure consulaire qui a été trouvé dans le même lieu que la corniche, et qui est également en marbre. Ce morceau a été défiguré en y ajoutant une mauvaise tête et de plus mauvaises mains. X)n nous fit voir encore un busfe de femme qui a été trouvé dans la même fouille ; il est aussi antique, aussi tronqué, mais d'un très beau travail; on ne manque pas d'en faire la femme du proconsul, quoique rien n'annonce que cette figure ait été son portrait.
On a réuni, sous le même portail de l'hôtelde-ville de Termini, beaucoup de fragmens d'inscriptions romaines de différentes époques , et d'autres du Bas-Empire, du temps des Sarrasins, des Arabes et des empereurs grecs. Tous ces fragmens ont été incrustés au hasard, avec une représentation de chacune des médailles connues de l'ancienne Hiraère , gravée sur une tablette de marbre. Mais rien n'est plus bizarre que cet assemblage fait sans ordre et sans goût; il Test d'autant plus que toutes ces médailles sont mal sculptées , et ne donnent pas une grande idée de la perfection dont sont en général les anciennes