‹ Voyage pittoresque à Naples et en Sicile [microform]Chapitre 41 sur 96 · COMMODO · texte numérisé non relu

COMMODO

AVG.

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On croît que la ville de Termini fut bâtie par lesCarthagmoi., après qu'ils eurent détruit Himère et qu elle devint un de leurs ports en Sicile On nous confirma que nous avions passé sur le territoire d'Himère, et que cette "lille avait ete consU-uite où nous l'avions soupçonné Nous y trouvâmes effectivement le local décri; par llnstoire, la plage où Amilcar fit tirer à erre les vaisseaux avec lesquels il avait amené son armée, ainsi que la place du camp des troupes de terre posé en face des murailles de la

toute la plaine, il ne nous fut pas possible de reconnaître cet emplacement d'Himère, si ce n'est a quelques fragmens de mattoni épars sur la superficie de la terre : toute cette partie des environs de Termîni est maintenant labourée, et produit du blé et du riz en abondance.

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Les seules fabriques ou constructions antiques que nous trouvâmes sur tout ce territoire, et qui semblent avoir e'chappé à la rage et à la- vengeance carthaginoise , sont quelques voûtes rompues, des arrachemens de gros murs, qui appartenaient sans doute à un édifice considérable. Il parait qu'il était adossé contre une montagne, et que depuis long-temps Féboulement de la montagne en aura conservé quelques débris, en écrasant le reste et recouvrant de terre la plus grande partie. Ce qui en subsiste encore peut faire croire, par l'épaisseur des murs ainsi que par la forme des voûtes, et surtout par un surenduit de stalactite qu'on distingue dans quelques endroits , que c'était ou des bains ou une conserve d'eau dont les sources peu éloignées étaient conduites et distribuées dans la ville : au reste , cette fabrique , construite de toutes sortes de matériaux , n'a aucun des caractères des édifices grecs, et nous parut même trop peu intéressante pour en prendre aucune vue.

Ce lieu, célèbre dans l'histoire de la Sicile , cet emplacement de l'ancienne Himera , fut le théâtre des plus terribles scènes que la fureur des hommes ait pu produire. Diodore est, parmi les historiens, celui qui rapporte avec le plus de détails l'action mémorable qui se passa alors entre les Carthaginois commandés par Amilcar, et les Grecs à la tête desquels était Gclon; action

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dont les suites afireuses amenèrent la haine, l'inimitié cruelle , qui depuis existèrent toujours entre ces anciens peuples, et dont nous verrons les Grecs et les florissantes colonies qu'ils avaient établies en Sicile , devenir successivement les victimes.

Les préparatifs que les Carthaginois avaient faits pour le siège de la ville d'Himère étaient immenses. Diodore fait monter à trois cent mille hommes l'armée que Carthage donna â commander à Amilcar. II eut, outre cela, une flotte composée de deux mille grands vaisseaux, et trois mille qui étaient chargés de tous les vivres et de toutes les munitions possibles. '

L'historien nous raconte ensuite qu'Amilcar, a la tête de ces trois cent mille Carthaginois,' après avoir débarqué à Panorme, aujourd'hui Palerme, et amené ses troupes devant Hi-

• Carthaginenses namque principio cum Persis confœdevaii per Idem tcmpus , uti dictumfuit, ingentem rcrum pubUcarum Jecerant apparatum ad dehcliandos , uti inter cos et regem con- ^nerat, Grœcos qui SiciUam incolebant. Igitur uhi parata sibifuere omnia , duccm belli deligunt Himilconem , qui tum inter eos admirabili ingenio , rerumqm peritia bellicarum prœstare videbatur. Hic accepto aditoque imperio , cum copias omncs pédestres nauticasque coegisset , Carthaginem proficiscitur, exercitum pedestrem ducens , haud trecentis millibus pauciorem : naines longas supra duo millia, exceptis onerariis , et lus quœ ad vcctabilia porianda statuta erant , quarum mul titudo plus tribus millibus habcbatur. (Diod. , de Sic. Lib. XI. ) *

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mère, fit tirer ses vaisseaux à terre, les environna d'un fossé revêtu d'une palissade confiée «à la garde des Phéniciens, et établit son camp sur la colline; que, d'un autre côté, Gelon, chef des Syracusains, à la sollicitation de Theron son beau-père, roi d'Agrigente, vint au secours d'Himère ; qu'ayant intercepté les courriers qui annonçaient à Almicar l'arrivée de la cavalerie que ce général attendait des Sélinuntins , il y envoya la sienne à* la place , avec ordre d'assassiner Amilcar, et de mettre le feu à ses vaisseaux, dont ils devaient par cette feinte se rendre les maîtres. Cette ruse produisit effectivement tout le succès qu'il en attendait; cent cinquante mille Carthaginois furent massacrés et le reste fut fait prisonnier.

L'histoire fournit peu de batailles aussi terribles, et la nature peu de sites aussi vastes et aussi développés pour pouvoir se la représenter; mais on doit se rappeler aussi que ce fut cet événement qui, soixante-dix ans après^ attira sur les Siciliens la vengeance d'Annibal, petit-fils d' Amilcar. Ce général, irrité de cette horrible perfidie , détruisit Himère jusqu'aux fondations , il fit amener devant lui six mille prisonniers qui avaient échappé au carnage, et les immola aux mânes de son grand-père, au lieu même où il avait été tué.

Nous quittâmes en frissonnaiil un pays qui

iiiiià.

Palerme , H" 456.

EN SICILE. , ,g

nous rappelait d'aussi horribles tragédies, et nous nous rapprochâmes de Termini, que nous vuedeieivoyions devant nous, à l'extrémité d'une pénin- "^^l^^iT suie étroite et se prolongeant assez en avant dans ^^*^- J"^'^»'^ la mer. La vue du port et de la ville de Termini , prise de la montagne où nous étions, et, jointe avec toutes les côtes dont elle est entourée, nous offrait une étendue immense. C'est le sujet de la gravure n° 456, qui présente la chaîne de mon-, tagnes qui bordent la mer le long de cette côte delà Sicile, et qu'on voit terminée par un rocher très élevé, au pied duquel est située la ville de Palerme.

Nous partîmes de Termini au soleil levant, et continuâmes notre voyage l'espace de quatorze milles, par la plus agréable route. Le pays, à mesure qu'on s'approche de Palerme, commence à se meubler d'habitations et de villages. Le plus considérable est celui de la Bagaria , où les seigneurs palermitains ont cherché à vaincre la nature aride de leur territoire , et, par de grandes dépenses en édifices et en jardins , sont parvenus à rendre ce lieu peut-être plus magnifique qu'agréable ; on ne peut même en excepter la maison et le jardin du prince Valguernera , qui , plus magnifique encore que toutes les autres par Tagrément et la richesse de ses détails, se ressent toujours de l'aridité du sol qu'il est impossible de vaincre.

C'est vis-à-vis de cette belle maison de plaisance que se trouve celle du prince Palagonia ^ devenue fameuse par toutes les folies et les extravagances que ce prince y a réunies avec une profusion dont il est impossible de se faire une idée. Ce goût bizarre Ta engagé à surcharger les murs, les avenues, la façade, les intérieurs, et jusqu'à la chapelle de sa maison , de figures monstrueuses et sous les formes les plus ridicules. C'est au point qu'on n'emporte en sortant qu'un sentiment de pitié pour la personne du maître , qui, d'ailleurs, à ce que tout le monde assure, est un homme estimable. Heureusement que la confusion des objets les fait oublier à mesure qu'on les voit, et qu'il ne reste qu'une idée vague et confuse de folies étranges , entassées , sans projet, sans motif, et aussi difficiles à décrire que désagréables à voir. Aussi nos crayons se sont-ils refusés à rien tracer de ces absurdités , et aucun de nos artistes ne put prendre sur lui d'en conserver le moindre ressouvenir. '

* Le nombre prodigieux de statues qui environnent la maison , dit Brydone , semble être de loin une petite armée , rangée en bataille pour sa défense; mais lorsqu'on en approche, et qu'on voit la figure de chacune , on croit être transporté dans un pays d'illusion et d'enchantement. Parmi ce groupe immense , il n'y a pas une seule pièce qui représente un objet existant dans la nature , et l'on n'est pas moins étonné du désordre de l'imagination folle qui en inventa la forme , que de sa fécondité merveilleuse. Je ferais un volume si je décrivais en

Vaes de la ville et dn

Nous partîmes de la Bagaria pour Palerme , qui n'en est plus qu'à huit milles; on y arrive par une large route sablée comme un jardin. La ville ne se présente pas de ce côté avec tous ses avantages : bâtie sur un terrain qui n'a de p^o^i^depr. mouvement que celui de creuser un peu vers le n-'/ls^'ei centre, les édifices, à la vue extérieure, s'y dé-

éntier cette scène d'extravagances. Il a mis des têtes d'homme sur les corps de différens animaux, et des têtes de toutes sortes d'animaux sur des corps humains. Quelquefois il a fait une seule figure de cinq ou six animaux qui n'ont point de modèle dans la nature. On voit une tête de lion sur le col d'un oie, avec le. corps d'un lézard , les jambes d'une chèvre et la queue d'un renard ; sur le dos de ce monstre il en place un autre encore plus hideux , qui a cinq ou six têtes et un grand nombre de cornes. Il a rassemblé toutes les cornes du monde, et son grand plaisir est de les voir toutes élevées sur la même tête. Sa femme est prête d'accoucher, et plusieurs personnes de Palerme m'ont assuré qu'il désire sincèrement qu'elle mette au jour un monstre.

Les statues qui embellissent , ou plutôt qui défigurent la grande avenue , et bordent la cour du palais , montent déjà à six cents. Le dedans de ce château enchanté répond exactement au dehors : on retrouve partout la folie et la bizarrerie du maître, et de quelque côté qu'on se tourne, on aperçoit des figures originales.

Quelques uns des appartemens sont très vastes et magnifiques : on y voit des plafonds en grande voûte, qui, au lieu de plâtre ou de stuc , sont entièrement recouverts de larges miroirs joints ensemble très exactement : chacun de ces miroirs faisant un petit angle avec son voisin , produit l'effet d'un multipliant, de sorte que si trois ou quatre personnes se promènent au-dessous, il paraît toujours y en avoir trois ou

truisent et se masquent les uns par les autres. Son territoire, -qui n'est qu'une plate-forme d'un niveau presque parfait , disparaît absolument par l'effet des montagnes élevées qui le bordent , et semblent toucher aux murailles de la ville.

La vue du port présente du côté de la mer, un aspect et un coup d'œil plus agréables. On voit à

quatre cents qui marchent dans la voûte. Toutes les portas sont aussi couvertes de petits morceaux de glace taillés sur les formes les plus ridicules , et entrefnélés d'une grande quantité de crbtaux et de verres de différentes couleurs. Les chambranles, les fenêtres et les encognures sont garnis de pyramides et de colonnes formées de théières, chandeliers , coupes^ tasses , saucières , cimentés ensemble. L'une de ces colonnes a pour base un grand pot de chambre de porcelaine, et un cercle de jolis pots de fleurs pour son chapiteau. Le fût , qui a plus de quatre pieds de long , est co'mposé entièrement de cafetières de différentes grandeurs , et qui diminuent par degrés depuis la base jusqu'au chapiteau.

La plupart des chambres sont parées de tables de marbre de différentes couleurs , qui ressemblent à autant de tombeaux ; quelques unes sont richement ornées de lapis-lazuli , de porphyre et d'autres pierres précieuses ; leur beau poli est maintenant passé, et elles ressemblent à du marbre ordinaire. En place de ces jolies tables, il en a mis à quelques endroits d'autres de sa propre invention , qui ne sont pas sans mérite. Ce sont de très belles écailles de tortue mêlées avec de la nacre de perle , de l'ivoire et divers métaux.

Les fenêtres de ce château de fée sont composées d'un grand nombre de verres de toutes couleurs ; bleu , rouge , vert , jaune, pourpre et violet , mêlés sans ordre et sans régularité , de sorte que , pour voir le ciel et la terre de la couleur qu'on désire y

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droite, en arrivant, la tour du Mole, construite à l'extrémité d'une petite langue de terre qui s'avance dans la mer, et qui est ornée d'une jolie plantation et de plusieurs édifices employés pour la marine ; c'est le point de vue que présente l'une de nos planches. L'autre est pris dans l'intérieur même du port. On voit dans tous deux le mont Pellegrino , au pied duquel

il n'y a qn'à les regarder à travers le panneau correspondant de la fenêtre.

L'horloge est enfermée dans le corps d'une statue , les yeux de la figure se meuvent avec le pendule , et ils montrent alternativement le blanc et le noir, ce qui produit un effet hideux.

La chambre à coucher et le cabinet de toilette ressemblent à deux appartemens de l'arche. de Noé, le prince y a placé toutes sortes d'animaux, même les plus vils, des crapauds, des grenouilles , des serpens , des lézards , des scorpions , tous travaillés en marbre de diverses couleurs ; il y a aussi plusieurs bustes , qui ne sont pas moins singulièrement imaginés. Quelques uns ont un très beau profil d'un côté , de l'autre , ce n'est qu'un squelette. Ici vous voyez une nourrice qui tient dans ses bras une figure dont le dos est exactement celui d'un enfant, et qui a le visage ridé d'une vieille femme.

Les bustes de famille sont très beaux ; ils ont été exécutés d'après quelques anciens portraits , et ils forment une suite respectable. Il les a habillés de la tête aux pieds de nouveaux costumes de marbre élégant, et qui produit l'effet le plus ridicule qu'on puisse imaginer. Leurs souliers sont de marbre noir, les bas rouges, les habits de diverses couleurs, avec un riche galon de jaune antique; les perruques des hommes el les coiffures des femmes sont de marbre blanc , ainsi que leurs chemises, qui out de grandes manchettes d'albâtre. (Brydone lom.IL)

est située la ville de Païenne , mais comme elle occupe le fond du golfe de Fautre côte de la montagne, on ne Faperçoit point de l'inteVieur du port.

Palerme est entièrement différente de ce qu'elle fut autrefois; on ne trouve de l'antique Panorme que l'emplacement , qui est toujours le même. Cette ville était séparée d'abord en trois parties ; celle du milieu, la plus ancienne, fut appelée par les Grecs Panormos , en latin, Totus Portus, port de toutes les nations : elle formait une presqu'île entourée d'un côté par la mer, qui s'avançait par un canal bien avant dans les terres, de l'orient au couchant, et baignait les murs de la ville; ensuite la rivière d'Oretho, qui, après avoir coulé quelque temps dans un vallon agréable au pied des montagnes, bordait la ville du côté du midi.

Au-delà de la rivière, on avait bâti un faubourg appelé Néopolis ou Nouvelle Hlle, qui formait une seconde partie de l'ancienne Panorme; les Romains l'entourèrent de palissades, lorsque, dans la première guerre punique, ils la prirent sur les Carthaginois , l'an de Rome 499. Enfin la ville antique avait encore un port intérieur qui, par le canal et le lit de la rivière, recevait les vaisseaux jusque dans son centre et presque tout à l'entour des murailles de la vieille ville. Il n'est resté de cet ancien port qu'une

petite baie propre à tenir des barques siciliennes, et quelques vaisseaux qu'on n'oserait y laisser en hiver, à cause des vents du nord qui les amèneraient à terre. Cette baie, ainsi que Palerme, se trouvent au fond d'un golfe formé par le cap Lazarano, la montagne Catalfano au levant, et au couchant le mont Éreto, aujourd'hui le mont Pellegrino.

C'est sous ce mont qu'on a construit un môle qui donne au port de Palerme un abri assez sûr pour des vaisseaux d'une moyenne grandeur. Le territoire de la ville, qui se trouve derrière, ne laisse pas d'être considérable; il est abondant très cultivé, et d'ailleurs fertilisé par une grande quantité de sources, qui y font croître les plus beaux arbres, y répandent de l'ombre et de la fraîcheur. En tout temps cette partie des environs de Palerme fut plantée de beaucoup d'arbres; Tite Live rapporte que les Romains firent d'autant plus facilement la palissade dont ils entourèrent le quartier de Néopolis, que le pays était couvert de bois. Aujourd'hui il l'est de jardins, de maisons de campagne, d'autant plus agréables qu'elles contrastent singulièrement avec les fonds majestueux de la mer et les montagnes escarpées et arides qui les avoisinent.

Plus on voit Palerme, plus cette ville paraît s'embellir dans ses détails; de belles rues bien alignées, de vastes, de magnifiques portiques,

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tels que la Porta Nuova et la Porta Felice ; plusieurs places publiques, dont la plus remarquable est celle située devant F hôtel-de-ville , // Palazzo Sénatoriale; des fontaines publiques et des fontaines particulières, jusqu'au quatrième étage de plusieurs maisons ; des églises superbes , des promenades charmantes; un air sain, une grande population, et une propreté qu'on ne trouve dans aucune ville de la Sicile : un commerce assez. considérable, une grande quantité de maisons nobles, riches, fastueuses, un climat chaud, des passions vives, de jolies femmes et des mœurs de Sybarites : on peut juger d'après cela, si le séjour de Palerme doit être agréable aux étrangers.

Nous arrivâmes à Palerme le 2 juillet,, dix jours avant la fête de sainte Rosalie, ancienne citoyenne de cette ville , qu'on s'est avisé d'aller déterrer dans une grotte du Monte Pellegrino, au milieu des sépultures et des ossemens gigantesques des Sarrasins, enterrés dans le même lieu ; on l'a rapportée à Palerme, où elle ne cesse de faire annuellement et journellement des miracles, et notamment de mettre en mouvement, cinq jours de l'année , un des plus graves peuples de l'Europe.

Les auberges.étaient pleines d'étrangers, nous ne pûmes loger dans celle qu'on nous avait indiquée et que tenait une Française, ressource or-

dinaire des voyageurs à Palerme; mais elle nous avait loué une maison sur le vieux port, où nous eûmes bientôt monté notre ménage de peintres.

Nous visitâmes d'abord la mère église, la Poruii de Pé- Matrice, c est ainsi qu'on nomme toutes les ca- &7^: thedrales en Italie : ceUe-ci otTre à l'extérieur un 'r/' des beaux monumens qui restent du douzième " ' **" siècle, pour le style ainsi que pour les détails prodigieux de cette architecture gothique, qui sont à l'infini, et qui donnent à ce vaste édifice ainsi qu'à la place sur laquelle il est construit un air et un caractère asiatiques qui nous plurent assez. Cette église fut bâtie par Gauthier, archevêque de Palerme, sous le règne de Guillaume II. L inteneur ne répond pas à l'extérieur; quoique le plan en soit assez beau, la décoration en est dun genre mixte, qui est d'ailleurs rempli de défauts.

Chaque pilier, composé de quatre colonnes courtes et accouplées, porte un arc gigantesque surmonté d'un grand attique terminé par une charpente. Au reste, cet intérieur, qui menace ruine, va être refait sans y gagner beaucoup, 1 emploi des mêmes colonnes qui a déjà gâté la première construction gâtera lencore la seconde; trop courtes pour entrer dans la principale déco^ ration d'un grand édifice, elles gêneront toujours tous les projets. Cependant comme elles sont de granit, et d'un grand prix dans l'imagination

des Palermitains, ils en veulent absolument voir l'emploi dans leur e'glise, et viennent d'adopter pour cette reconstruction, un projet où il est vraisemblable qu'elles feront le même tort qu'elles ont déjà fait dans la première.

C'est a droite du chœur que sont les tombeaux des empereurs Henri et Frédéric. Ces tombeaux sont d'une rare beauté pour la matière, et presque pour le style, ce qui souvent a fait croire qu'ils étaient antiques. Us sont de porphyre rouge d'un seul et même bloc. Leur forme ressemble beaucoup à celle du fameux tombeau d' Agrippa, qui était à la Rotonde, et qu'on voit maintenant dans l'église de SaintJean-de-Latran à Rome.

La grandeur, la beauté de ces morceaux de porphyre, a donné l'idée que ces princes siciliens avaient peut-être délogé quelques consuls ou généraux romains pour se mettre à leur place, de même qu'on a fait à Rome du tombeau d' Agrippa celui du pape Corsini. Mais il est aussi naturel de penser que dans les onze et douzième siècles, où le faste des sépultures était revenu en usage, ces princes auront rapporté des croisades , ou fait revenir par les flottes qu'ils y envoyèrent, ces blocs magnifiques, et que la ressemblance de la matière aura pu déterminer à les faire tailler sur le même modèle. D'ailleurs le mauvais goût de la corniche, des colonnes.

des accessoires qui entourent ces sarcophages prouve encore mieux qu'ils ne sont pas plus anciens que les princes qu'ils renferment. Le tombeau du roi Boèmond, que nous avons vu à Canosa en passant dans la Fouille, fait dans le même temps et dans les mêmes circonstances atteste combien ces princes s'occupaient de l'eni' bellissement de leurs sépultures.

Tout près de là est l'autel du Saint-Sacrement, dont le tabernacle est en lapis d'un grand prix, route la sculpture du chœur est de Caggini, sculpteur excellent , mais cependant moins habile dans 1 exécution des figures que dans les bas-reliefs en arabesques, qui y sont d'une variété et d un goût exquis. Nous visitâmes ensuite les autrès églises de Palerme : elles sont en très ^rand nombre et généralement fort riches, principalement celle de Saint-Joseph, décorée et soutenue par des colonnes d'un marbre gris du pays de soixante pieds de hauteur, et toutes d'une seule pierre. Ce marbre, qui est très commun à Palerme, ainsi que le marbre rouge, décore le plus grand nombre des édifices de cette ville

L'oratoire de Saint-Philippe, quoique absolument moderne , est d'un goût pur et d'un dessin très régulier. La chapelle du Christ seule, dans le même monastère, peut être regardée comme une riche collection de pierres précieuses. On pourrait observer cependant que la noblesse de

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rarchitectiire, dans ces somptueux bâtimens, est souvent très diminue'e par l'usage où on est de la couvrir de revêtissemens en marbres qui ressemblent à de la marqueterie. Abus et surabondance de richesses dont Teffet est de papillotter à l'œil, de. nuire au vrai, au seul bon goût dans l'architecture, qui doit être toujours sage et simple.

L'ëglise de la maison professe des Jésuites en est un autre exemple. Il y a, dans la seconde chapelle à droite , deux tableaux de Morealese de la plus grande beauté. Ce peintre , qui a formé seul l'école sicilienne, a orné de ses ouvrages les principaux édifices de Palerme et des environs. Cet liabile homme avait d'abord la manière de l'Espagnolet; mais ayant connu dans ses voyages le célèbre Van Dick, il chercha à imiter le genre gracieux de ce peintre , qu'il unit à la vigueur de son premier maître; aussi ses derniers tableaux sont-ils bien supérieurs aux autres. Cet artiste avait formé sa fille dans son art; elle y réussit et l'imita si parfaitement , qu'il existe beaucoup de tableaux commencés par elle et terminés pai' son père , qui ne sont pas les moins estimés de ce peintre.

Il y a peu de villes en Europe où le ton général de la société soit plus aimable, plus honnête, et où la noblesse ait plus de cette politesse, de cette affabilité naturelle qui devrait toujours la

plus est 1 établissement d'une espèce de club ou rendez-vous de la bonne compagnie, en^ëtenu magnifiquement, et cependant à peu de (rTZ oute la noblesse, qui s'y rassemble et y ïeoU les voyageurs qu'on lui présente. Les femmes de Palerme sont en général jolies , mais plusl et

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que ce qu i en faut pour les rendre plus ai-

bientôt leur plaire et les intéresser. Les hommes paraissent pour le plus grand nombre indTquer de 1 esprit, de la vivacité : nobles , fastue'u. Ils ont presque tous une aisance dans le ton le manières que nos agréables, même les plus 'élé gans, ne désavoueraient pas

Ces sortes d'assemblées ou conventions commencent à une heure de nuit, c'est-à-dire dans le mois dejuiUet, à neuf heures, et finiLenr

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heures cest-a-dire a une heure après minuit

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sa faveur leur penchant à la jalousie, jusqu'à y défendre l'arrivée des flambeaux et tout ce qui peut gêner les petites libertés clandestines.

Il serait bien difficile de rendre raison de cette singularité, si on ne savait que cette coutume, faisant participer tout le monde aux mêmes avantages, étouffe et fait cesser les murmures de ceux dont ce règlement tourmente le caractère jaloux. Enfin il règne à cette promenade Fobscurité la plus mystérieuse et la plus respectée. Tout le monde s'y confond et s'y perd , s'y cherche et s'y retrouve : il se forme des soupers qu'on va faire en pique-nique , et sur l'heure même , chez des traiteurs qui sont établis le long des murailles du rempart. C'est ainsi que les habitans de Palerme fraudent en quelque façon l'ordre de la nature, et se font illusion sur la chaleur de leur climat. Us se lèvent à midi , lorsque l'air de la mer commence à rafraîchir, à tempérer un peu l'ardeur du soleil et la chaleur, qui est excessive jusqu'à cette heure. Us courent pour leurs affaires , s'ils s'en mêlent, ou plutôt pour leur plaisir, qui est la plus essentielle qu'ils connaissent, et se réunissent tous dans le Cassaro.

Ce Cassaro est une grande et superbe rue qui coupe toute la ville dans sa longueur, du nord au midi; elle est traversée par une autre rue appelée la Strada Nuova, qui est aussi belle que la première : celle-ci partage la ville en quatre par-

ties. Toutes lès autres rues viennent aboutir aux deux principales, qui forment à leur croisée et au point de centre de la ville, une superbe place ronde appelée Piazza Ottangoloza , d'où l'on découvre Jes quatre entrées de Palerme, la campagne, les montagnes et la mer.

Cette vue intérieure de la ville de Palerme serait la plus belle peut-être qui existât en ce genre, si le goût et la richesse extravagante des édifices qui la composent étaient en général d'un meilleur genre, et si ses deux rues principales avaient une largeur plus proportionnée à leur longueur. C'est là, et surtout dans les temps de fêtes, qu'on peut connaître la population de Palerme, qui égale pi'esque celle de Naples. Le nombre des voitures y est prodigieux, car il est tellement du goût des Palermitains de se faire porter, que la carrozzay est de première nécessité, et que cette jouissance, qui n'est que de pur agrément dans un climat surtout aussi constamment beau , est prise souvent aux dépens des choses les plus utiles.

La noblesse se promène donc paisiblement dans le Cassaro jusqu'à trois heures après midi; elle dîne ; de là une musique publique l'appelle à la Marine deux heures avant la nuit : ensuite elle passe à la conversation ou à l'opéra, qui est le seul spectacle, ou du moins le plus suivi; cet opéra commence à une heure de nuit, et finit,

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ainsi que la conversation, à minuit, ou plus tard encore; après on retourne à la Marine, refrain ordinaire et le plus intéressant de tous ces amusemens.

Procession du T #» »,i« „^1 . .

char de Sain- ^^ ^^® voluptucusc et pcut-être monotonc des ptdaTua 5^*^^^^"' ^^ ^^^^^^^ est coupée par le carnaval, '''s'Jme?' '""^ ^^^ amènent de nouveaux plaisirs ; par

no 460. les deux saisons de la campagne, qui sont aux mois de mai et d'octobre, et surtout par la fête de sainte Rosalie, le plus brillant et le plus aimable enthousiasme de dévotion qui existe en aucun pays. Mais, ainsi qu'à l'opéra, où de magnifiques décorations, des ballets voluptueux font souvent disparaître l'intérêt d'un poème , dans ces réjouissances religieuses, on perd également de vue sainte Rosalie, dont on pourrait peut-être faire même abstraction totale, si, à la fin de la cinquième journée , à la suite de la procession la plus tumultueuse et la plus burlesque, la châsse de cette bienheureuse n'était saluée par des boîtes et des canonnades qui avertissent le peuple de sa présence.

Cette chasse est portée sur une espèce de char de triomphe, décoré , ou plutôt surchargé de dorures et d'ornemens contournés de toute espèce ; il est traîné par quarante mules, et rempli d'autant de musiciens, qui, assis et rangés en amphithéâtre, font le plus de bruit qu'ils peuvent. C'est ainsi que s'annonce et que s'ouvre la mar-

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chede cette énorme machine, la plus riche, la plus magnifique qu on se soit jamais avisé de mettre en mouvement, et dont le faîte ou le couronnement atteint presque le sommet des plus hautes maisons de la ville. Elle part de la Marina, traverse en tremblottant le Cassaro , depuis la porte Felice jusqu'au palais du vice-roi, devant lequel on tire un grand feu d'artifice, terminé par l'illumination du Cassaro. Cette rue, décorée alternativement de portiques, d'architecture et de fontaines de marbre , dans la longueur de près d'un mille qu'elle parcourt, sur un plan un peu concave, se fait apercevoir dans toute son étendue et présente le coup-d'œil le plus imposant.

Le peuple en reste en possession jusqu'à minuit, que les carrosses et la noblesse s'en emparent : c'est là où l'on peut voir la gravité du peuple sicilien, jouissant de ses plaisirs, sans aucune démonstration extérieure de joie ni d'enthousiasme. Il se révolterait peut-être, si le sénat voulait retrancher cette fête; et il la voit de sang-froid , sans éclat , presque sans joie , dans un ordre parfait, et sans avoir besoin de la moindre police : plus de cent mille âmes sont réunies dans le même lieu , sans qu'il y ait jamais le plus léger tumulte. On voit cette foule immense prendre d'elle-même, et pour ne point se gêner, le parti de se partager la rue, moitié

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pour ceux qui la montent, et moitié pour ceux qui la descendent. Bien différent de notre peuple de Paris, qui , dans sa folle impatience, veut voir avant qu'on commence, voir encore quand tout est fini; qui, tant qu'un lampion est allumé, ne peut rester tranquille, et attend même, quand tout est éteint. Le paisible bourgeois de Palerme, au contraire, dès que minuit arrive, emmène sa compagne, dont il n'a pas quitté le bras pendant toute la soirée, et cède sans bruit la place à la noblesse, qui entre avec le même ordre , et étale tout le faste italien des carrosses et des livrées de gala.

oheTauTdaL ^"^ ^^^ spcctaclcs Ics plus goûtés dans beau- ''paTerme'^ ^^"P ^^ ^^'^^^ d'Italie, ct quc Ics Palcrmitains n°46i.' surtout aiment avec passion , ce sont les courses de chevaux : c'est ce qui fait à Palerme , dans les fêtes de Sainte-Rosalie , l'objet de la seconde journée. De jeunes garçons de dix à douze ans montent ces coursiers à crû ct sans étriers, et les pressent avec une vigueur, une adresse inimaginable; il y a trois de ces courses ; nous vîmes la première au moment du départ, a l'une des portes de la ville. Les chevaux sont réunis et rangés en haie derrière une corde, où l'on a beaucoup de peine à les contenir. Ces animaux , pleins d'ardeur, semblent savoir qu'ils vont se disputer le prix de la course, et cherchent déjà à se combattre, à se prévenir les uns les autres.

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Un sénateur dans une loge sonne une cloche : aussitôt les petits jockeys montent à cheval , ils sont assis en avant des épaules , et la tête presque sur le cou de leur coursier; à un second coup de cloche, la corde tombe , les chevaux partent , et, par un coup de canon tiré en même temps, le peuple , dans toute la longueur de la rue , est averti de ce départ; la foule s'ouvre à l'instant, et au moment même que les coureurs arrivent , ne laisse que l'espace nécessaire à leur passage.

Rien n'est plus curieux que de voir ces chevaux, Vne de Pona dans l'impétuosité et la rapidité de leur course, trémUé da"" faire tout ce qu'ils peuvent , non seulement pour ^T^lchJ'' se dépasser, mais pour se croiser ou retarder duvaTn^^neur ceux qui les approchent ou les atteignent. Un ^ ^^ ^^'^'^^ autre sénateur, au terme de la course, adjuge n° 462. le prix au vainqueur; le petit palefrenier qui l'a monté, est apporté en triomphe, décoré d'un aigle âoré suspendu à un ruban, qu'on lui passe au cou ; il s'avance fièrement aux acclamations de tout le peuple.

Ce sont de riches particuliers qui fournissent les chevaux, les nourrissent toute l'année pour cette seule cérémonie, et ne sont pas moins sensibles à leur triomphe que le petit jockey même qui les monte. Nulle sorte d'intérêt n'anime toutes ces fêtes que la même ambition, le même esprit que les anciens apportaient autrefois dans leurs courses et dans leurs jeux des cirques; le seul

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honneur est de vaincre, et Ton ny mêle pas, comme ailleurs, Tusage ruineux des paris. Le sénat fait seul la dépense des prix , qui s'élève tout au plus à l'équivalent de cinq cents livres de notre monnaie pour les trois courses. La première se fait avec des chevaux du pays , la seconde avec des jumens, la troisième, qui est la plus rapide, avec des chevaux barbes. La seconde journée ne se termine qu'à la nuit. Le char part du palais du vice-roi et retourne à la Marine, en s'arrêtant de dix pas en dix pas pour faire entendre la musique. Ce jour-là, cette vaste machine est illuminée, ce qui, joint à l'immense quantité de lumières et de lampions dont toute la rue est remplie d'un bout à l'autre, forme un effet plus magnifique et plus triomphal encore que pendant le jour.

La troisième journée , le char repasse encore. Le soir il y a feu d'artifice à la Marine , avec une illumination dans toute la longueur du Cassaro. Il est certain que cette immensité de lumière, jointe avec l'illumination des bâtimens qui sont dans le port, et celle de cette longue rue toute en feu qui y conduit, feraient prendre alors Palerme pour une ville enchantée.

Le quatrième jour, on recommence la course des chevaux dans l'après-dinée , c'est, de toutes ces fêtes, de tous ces divertissemens , celui qui, comme nous venons de le dire, plaît davantage

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aux Palermitains , et c'est effectivement aussi le plus amusant. Sans pouvoir être comparées à la force et à l'étendue des courses qu'on fait en Angleterre, celles-ci sont cependant d'une vitesse et d'une rapidité qui n'en est pas fort éloignée, puisque la longueur de la grande rue de Palerme , où elles ont lieu , est au moins d'un mille , presque toujours parcouru en une minute et demie.

Cette quatrième soirée est particulièrement occupée par un spectacle dlun genre nouveau , et dont il est impossible de se faire une idée sans l'avoir vu. C'est l'illumination de la grande église, qu'on peut dire être décorée et vraiment éclairée d'une manière magique. L'archevêque ayant bien voulu nous prendre sous sa protection, nous jouîmes complètement de cet étonnant coup-d'œil, en entrant dans l'église avec le prélat et au moment le plus brillant. Tout l'intérieur de ce vaste édifice est recouvert d'une nouvelle décoration, moins sévère, plus analogue à une fête, et qui pourrait peut-être servir de modèlfe à toutes celles de ce genre. Ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que c'est aux plus petits moyens qu'est dû pour ainsi dire tout l'effet de ce spectacle; des franges, des guirlandes de papier, du carton argenté, de petits miroirs, font uniquement les frais de cette décoration ; mais tout cela est arrangé, est éclairé avec tant d'art qu'on croit

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voir se réaliser, en entrant, toutes les idées qu'on a pu se faire de la féerie et de ce qu'elle a jamais pu produire de plus merveilleux. Cette architecture sans ombre , éclairée de toutes parts , parait comme diaphane. Les lumières reflétées sur des lames d'argent, ressemblent à autant d'étoiles étincelantes , et c'est une clarté si éblouissante, que les sens en sont étonnés, fatigués, même au point de n'y pouvoir tenir une demi-heure.

Le cinquième jour enfin est célébré par une étemelle procession, qui commence à la nuit tombante , et ne finit qu'à une heure après minuit. C'est surtout dans cette occasion que se développe tout le goût des Palermitains pour ce genre de spectacle, et c'est alors qu'on peut voir, par les honneurs qu'ils rendent à leurs saints, combien leur dévotion est exaltée. Chaque confrairie porte le sien, avec la représentation de quelque personnage du nouveau ou de l'ancien Testament, figurés en cire ou en carton, et de grandeur naturelle. Ce sont les couvens de religieuses qui se chargent de l'habillement, de la toilette de ces différentes figures , et qui ne* manquent jamais d'habiller , de coiffer Judith et la Vierge, à la dernière mode.

Ces singulières représentations , ou espèces de tabernacles dorés ^ enjolivés de rayons et de toutes les guirlandes imaginables, sont portées sur des charpentes ou espèces d'estrades auxquelles les

épaules de trente à quarante hommes servent d'appui; chaque groupe met sa gloire à faire courir son saint plus vite que celui des autres, à lui faire faire des contre-marches, des évolutions, à le faire tourner, pirouetter sur lui-même, pendant que les femmes , les enfans dansent autour d'eux , et les encouragent de leurs bruyantes clameurs : enfin arrive sainte Rosalie , qui chemine un peu plus posément, impose à la joie, au tumulte, fait agenouiller le peuple, et termine la fête.

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