‹ Voyage pittoresque à Naples et en Sicile [microform]Chapitre 45 sur 96 · IV · texte numérisé non relu

IV

Salines de

Trapani ,

taene nue , stérile et isolée de toutes parts , d;où Z découvre la,vue de T a^ e^^^^^ iles qui sont situées a cette extremue uc Nous y arrivâmes après avoir fait vingt-quatre

milles tout d'une traite.

Trapani, autrefois Drepanum fut bati 1 an de Rome 4q3 par Amilcar, général des CarthaginZ pou/y loger les habitans de MoUa lorsrjils Lent chassés de leur ville par les Siciliens dans la neuvième olympiade. U semblerait en y arrivant, que cette ville est entièrement séparée et détachée du continent , surtout lorsque le sirocco ou vent du midi couvre la p âge basse des eaux de la mer : elle est alors totalement entourée d'eau , à l'exception de la chaussée qui traverse les salines. Cette situation nous rappela celle de Gallipoli dans la terre d Otrante , a laquelle elle ressemble parfaitement.

Ce sont ces salines de Trapani qui font actuellement toute la richesse et le commerce principal de cette ville. Le sel s'y fait par evaporation ou par dessiccation, comme dans la Fouille mais sans le secours de l'eau douce. Sur la plage basse, et presque de niveau à la mer on fabrique de petUes chaussées, d'un pied d'élévation, qui Tarquent et renferment des espaces carres de différentes grandeurs, et se communiquant les

uns aux autres.

C'est dans ces espèces de fosses que se forme

EN SICILE. i^g

le sel, et le moyen qu'on emploie est fort simple.

On introduit l'eau dans les séparations les plus

voisines de la mer; elle y reste exposée à la

grande ardeur du soleil , diminue de volume et

acquiert en proportion plus de parties salines.

Au bout d'une quinzaine de jours , on la fait

passer dans des séparations plus petites, où elle

reste encore autant de temps à l'air, et enfin

sucoiessivement jusqu'à ce qu'étant arrive'e dans

les fosses les plus resserrées, et ayant acquis,

j par une evaporation continuelle , une plus grande

d quantité de sel, elle le dépose dans une épais-

. seur d'environ deux pouces sur cinq pouces d'eau:

f on lève alors le sel, on l'entasse, on en forme

.| des masses pyramidales, qu'on laisse plus ou

moins se durcir dans les dehors des salines;

puis on le transporte pour le mettre dans le

commerce. ♦

Le sel de Trapani est blanc , mais très acre ; aussi l'emploie-t-on de préférence pour les salaisons de poissons. Ce n'est pas, comme dans la Fouille, pour le compte du roi que s'exploitent ces salines , il en retire seulement les droits de sortie , droits plus considérables que le prix même du sel, qui est presque réduit à rien. La quantité prodigieuse qu'on en fabrique sur toute cette côte est d'un grand avantage pour la salaison des thons, dont on fait une pêche et un commerce très considérable à Trapani. Nous

,8o YOYAGE PITTORESQUE

arrivâmes malheureusement trop tard pour être témoins de celte pêche vraiment curieuse. Nous apprîmes seulement que le thon qu on prend dans ce pays est beaucoup plus grand que celui qu'on pêche entre Marseille et Cette, et qu'il y est beaucoup plus abondant , puisque une seule madrague de Trapani a valu cette année , tous frais déduits, cinquante mille ecus. , Les vaisseaux suédois , anglais et quelques français, viennent faire leurs approvisionnemens de ;el de Trapani; on l'emploie pour saler le poisson, mais celui de Sardaigne est préfère pour les

autres salaisons.

Malgré les inconvéniens de l'odeur et des eva-

. La pêche du thon est un des plus grands amusemens des Siciliens pendant Tété ; 1. salaison et l'envoi qu "' f^' ^^ " poisson i létranger est une des premières branches de leu. Lmmerce. Le thon ne paraît dans 1. Sicile que sur la fin de „«i; c'est alors qu'on prépare les tonn^ri pour les recevoir: c'est une espèce de château aquatique construit, i grands frais, de filets très forts, attachés au fond de la mer par des ancres et des morceaux de plomb très pesans.

On place toujours ces tonnari dans les passages, au milieu des rochers et des îles que le thon fréquente davantage. On a soin d'en fermer presque entièrement 1 entrée avec des filets; on n'y laisse qu'une petite ouverture, qui est appelée la porte extérieure du tonnaro; elle conduit dans la première chLbre, qu'ils nomment la salle. Dès que le poisson y es. entré, les pécheurs, qui sont en sentinelle dans leurs bateaux, ferment la porte extérieure de cette salle , et , en faisant du bruit sur la surface de l'eau , Us y amènent bientôt le po«-

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porations malsaiDes qui s'exhalent nécessairement pendant les chaleurs des terrains bas et arroses où sont placées ces salines de Trapani, cette ville est si élevée que Tair y est vif et excellent. Il n'est pas sans vraisemblance qu'on ait attribué à cette qualité d'air pur et salubre la beauté des femmes de Trapani, si célèbres, si vantées autrefois, et qui le sont même encore actuellement par plus d'un voyageur, quoiqu'elles n'aient cependant rien aujourd'hui de plus remarquable que dans d'autres villes d'Italie, et peut-être moins. Ces traits réguliers, ces beaux profils grecs existent bien dans quelques endroits de la Sicile , mais bien plus dans l'intérieur même de l'ile que sur les côtes et dans les villes marison. Dès qu'il y est entré, la porte intérieure de la salie se referme , et on rouvre l'extérieure pour y admettre une plus grande quantité de ces poissons.

Quelques tonnari ont beaucoup de chambres différentes qui onl divers noms, le salon, la salle à manger, Yandchambre; mais la dernière est toujours appelée la chambre de lamart.eWe est composée de filets plus forts et d'ancres plus pesan^ss que les autres.

Dès qu'on a rassemblé une quantité suffisante de thons , on les chasse de toutes les autres chambres dans celle-ci , et alors le massacre commence ; les pêcheurs , et quelquefois aussi les spectateurs, armés d'une pique ou d'un harpon , attaquent de tous côtés le pauvre animal , qui , sans défense , et se livrant au désespoir, frappe l'eau et les bateaux avec beaucoup de force, et se heurte quelquefois lui-même contre les rochers et les ancres. ( Brydone. )

times, où le mélange des différentes nations les a depuis long-temps fort altérés. Quoi qu'il en soit, on peut croire que cette conformation heureuse de la nature, en supposant, comme il est vraisemblable, qu'elle ait existé, aura fait naître chez les anciens l'idée d'élever près de Trapani , sur le mont Eryx, un temple qu'ils consacrèrent à Vénus, et qui devint un des plus célèbres de

l'antiquité.

Trapani est aujourd'hui regardée comme une des premières villes de la Sicile, et même comme une ville de guerre. Le roi y nomme un gouverneur, qui est toujours un officier-général; il y a des troupes , des bastions , et la porte de la ville se ferme tous les soirs. Le port de Trapani est, après ceux de Syracuse et de Messine , un des plus fréquentés de Vile. L'intérieur de la ville est joli, bien bâti et renferme une population de dix-huit ou vingt mille âmes. Les églises ne nous offrirent rien de bien curieux. On nous montra dans quelques unes des tableaux de Carrera, peintre originaire de cette ville, qui avait assez étudié la manière de Paul Veronèse , "tnais qui s'était trompé dans les moyens de l'imiter; il a heurté avec dureté ses ombres et ses clairs , -au lieu de peindre avec la franchise de son modèle ; ses couleurs ont poussé au noir, et ses tableaux , faits il est vrai avec liberté , sont sans correction et sans harmonie. Nous trouvâmes, en nous

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promenant dans la ville , trois statues pédestres, en marbre, une de Philippe V, une de Victor Amédée , et une autre de Charles de Bourbon.

Indépendamment de la vente de leur sel et de la pêche du thon, les habitans de Trapani s'occupent encore à d'autres genres de commerce , qu'ils doivent autant à leur industrie qu'à la position de leur ville sur le bord de la mer. Un de ceux qui leur sont le plus avantageux, et dont on peut dire qu'ils sont les inventeurs , c'est l'art de graver et de sculpter la partie nacrée des coquillages, sur lesquels ils représentent des sujets assez délicats , dans le genre des camées antiques ; ils en forment des bracelets ou des boites. Nous en remarquâmes plusieurs vraiment agréables : ces sortes de petits ouvrages sont fort recherchés, fls travaillent aussi avec beaucoup d'adresse le corail qu'on retire près des côtes de la Sicile , ou de Celles de Sardaigne et d'Afrique. On en fait à Trapani divers ornemens et plusieurs espèces de bijoux qui se transportent dans différens pays.

N'ayant au surplus rien trouvé dans cette ville qui méritât de nous y arrêter, malgré l'honnête et excellente réception du prince de Paceco , qui en était gouverneur, et auquel nous avions été recommandés, nous en partîmes le lendemain matin : mais avant de quitter le pays , nous voulûmes parcourir les environs de Trapani, et par-

Ml

ticulièrement cette plage tant célébrée par Virgile, sur laquelle il fait arriver son beros, lorsqu'une tempête l'oblige de relâcher en Sicile, près de Drepanutn. Nous étions curieux de voir l'endroit même où Énée fut reçu par Accste, son ami et son allié, et où enûn, après avoir fait des sacrifices sur le tombeau de son père, n fit célébrer des jeux eo son honneur. .

Toutes ces descriptions sont fort intéressantes à lire dans Virgile , mais rien ne rappelle sur les lieux ni la ville fondée par Enée , m le tombeau d'Anchise, ni les bosquets sacrés dont il était entouré: rien n'est plus désert, plus aride, plus découvert que tous les environs et le territoire entier de Trapani , où l'on peut à peine rencontrer un arbre et quelque ombrage , tel enfan que seshabitans ne connaissent de fruits, de légumes, que ce qu'ils en peuvent faire venir par mer, ou ce que des muleU leur en apportent par terre a grands frais. On peut dire que Virgile parait bien plus vrai dans la description des lieux ou Énée ordonna des fêtes et des jeux en 1 honneur de son père; on voit encore à fleur deau, lie où était plantée. la branche de chêne qui était le but de la course des galères. '

. Est procul in pelago saxum , spumantia contra Littora ; quod tumidis submersum iunditur ohm Fluctibus , hjberni condunt ubi sidéra Cori : TranquUlo silet , immotaquc aitolUtur unda

EN SICILE. i85

On vient de bâtir uR môle dans le même lieu où les Romains, lors de la première guerre punique, en construisirent un pour joindre cette petite île au continent, et faciliter ainsi Faltaque de Drepanum. Les Grecs appelaient cette île Pali&s^ les Romains Colombara ^ 2i\x]ouvi!hu\ elle porte encore ce même nom. Tout près de là on voit les restes d'une ancienne tour, et en avant quelques rochers a fleur d'eau , appelés dans le pays Scoglio di mal consigUo. C'est là , dit-on , que fut tenu le conseil terrible , où l'on résolut le massacre des vêpres siciliennes.

Nous montâmes de là au mont Éryx, où était autrefois ce temple de Vénus, bâti par Éryx , fils de Butés et de cette déesse; temple qui devint si fameux dans l'antiquité, que Vénus en prit le surnom d'Erfcine. Minos le décora de superbes sculptures, et l'enrichit de tant d'offrandes qu'il en fut regardé comme le fondateur. '

Campus, et apricis statio gratissima mergis. Hic viridem Mneas frondenti ex ilice metam Constituit , signum nantis , pater : unde reverti Scirent, et longos ubi circumjlectere cursus.

{Eneid.,Uh.V.)

' La grande antiquité de ce temple a rendu le nom de ses fondateurs bien incertain : les plus anciens auteurs ne sont pas même d'accord sur ce point ; mais , si l'on en croit Diodore , ce fut Dédale , ce célèbre sculpteur athénien , qui , fuyant la colère de Minos , et s'étant retiré en Sicile , orna le temple de Vénus des ouvrages les plus magnifiques , rendit

'''ti

"Vac prise sur

le sommet da

mont Eryx »

où était l'an-

tiqae temple

de 'Véuus

Érycine ,

Cfaàteaa gothique sur le sommet du mont Eryx ,

Nous retrouvâmes bie'n le chemin tortueux et escarpé qui, suivant le rapport de Polybe , rendit L Ibords du temple très difficiles, maxs a peine pûmes-nous voir le moindre vestige du Lple de Vénus et de la ville d'Eryx. qm, amsi ,,ue le temple , était également bâtie sur la som- A.ité de la montagne-. Quant au Çbemin, .1 se prolonge et règne sur le penchant de cette mon- Lne, et jamais il n'y eut effectivement chemin liVus rU ni plus périUeu- Arrive sur e

sommet, on y trouve, une pl^^^-f^^ ^uT étendue et prodigieusement escarpée dans quel ques endroits : c'est Ik où sont situes les reste du temple, ou plutôt les ruines d'un château sarrasin de la forme la plus gothique, a la p ace même où était, dit-on, le temple d^ Venus. H

V W.C nar des travaux immenses, les chemms qm y praticables, par des trav ^.^^ ^,^.^^ ^^

conduisaient, et enfin fit présent à la a

nr nui fut regardé comme un prodige de 1 art. Aretem q h

ut vi^>us prope ab omnibus putaretur,

* nrJ mnre in eo SiciUœ later equod Jtaliam ' Fr\-T mons est aci mare y in':^ '^'-^^ * . ..

,JfjZ Drepana et Panormum : ,ua Dreyana conUn,U ^ . «^n..c SiciUœ montes, prceter Mtnam ,

..n^ Urbs sub ip^tmi verticcm ponta est , ascenaiturqu c. LVI.)

n'existe plus maintenant dans ce lieu, et à la place de ces superbes parvis , de ces belles sacrificatrices dont les anciens nous ont fait de si magnifiques descriptions, que de malheureux prisonniers aussi laids que leur prison. On y montre bien aux voyageurs une espèce de caveau baptisé du beau nom de puits de Vénus , mais qui n'est autre chose qu'une vieille citerne, qui autrefois aura été réservée à l'usage de la garde sarrasine.

Tout cela est si pauvre, si misérable, que si la montagne eût pu changer de place, nous aurions imaginé que le lieu même et l'ancien emplacement de ce temple ont absolument disparu. Cependant quelques restes de constructions colossales qu'on aperçoit encore , et qui ont servi de fondemens à cette vieille forteresse , ne peuvent laisser douter de leur antiquité. On nous fît voir aussi chez un particulier, auquel nous avions été adressés, un recueil de médailles avec des inscriptions grecques, qui ont été découvertes dans le lieu même. Elles représentent toutes des têtos de Vénus, et pour revers difFérens attributs, des animaux, des crabes, des chiens, des oiseaux. Il y avait aussi, chez le même habitant, nombre de vases funèbres, et d'autres monumens de ce genre avec des caractères grecs, qui étaient, suivant toute apparence, les noms de la fabrique ou du fabricant.

Rien de moins séduisant, de moins curieux que ce que nous étions venus chercher sur cette montagne; ne voulant pas cependant quitter les restes d'un temple de Vénus, quoique dans le plus affreux délabrement, sans en emporter au moins quelque souvenir, nous nous déterminâmes à dessiner le vieux château gothique qui Fa remplacé, malgré sa laideur et sa pauvreté, et nous le prîmes même de deux côtés opposés ayant pour fond la vue de Trapani, la mer et toutes les îles voisines du cap Lilibée, jusqu'à celle appelée Maretimo,

Une petite ville moderne, Trapani del Monte, est bâtie sur le penchant de la montagne , aujourd'hui appelée Monte di San Giullano, Nous fûmes curieux de nous y arrêter un moment : mais qu'elle remplace peu l'ancienne Eryx, et combien tout ce qu'on y rencontre est éloigné de l'idée que l'imagination peut s'en être formée ! Quoique l'air y soit excellent , et le climat délicieux, nous ne trouvâmes pas même, dans les habitans, cet air de fraîcheur et de santé, cette belle conformation qui semblent en être la conséquence : nous n'y vîmes de toutes parts que l'empreinte de la misère ; les femmes surtout , dont presque tous les voyageurs ont vanté avec enthousiasme, l'extrême beauté et la régularité des traits, n'y sont pas plus à remarquer qu'à Trapani ; elles nous parurent malpropres , et rien

EN SICILE. i8g

moins que jolies, parce que la misère est toujours laide.

On trouve dans Athénée le récit d'une singulière superstition des anciens au sujet de ce temple d'Eryx. Comme on avait remarqué , dans certains temps de l'année , que des milliers de colombes venaient s'y établir et disparaissaient ensuite, on croyait que l'oiseau qui faisait toujours partie du cortège de Vénus, annonçait, en fuyant , l'absence de la déesse , et qu'elle était allée voyager dans d'autres climats. C'était un temps de deuil pour le pays; mais dès que les colombes, reparaissaient, on voyait alors la joie renaître de toutes parts, le peuple ne doutant plus du retour de Vénus; les fêtes et les cérémonies recommençaient dans ce moment avec une nouvelle ferveur, les victimes se présentaient d'elles-mêmes à l'autel, et les plus belles femmes de l'univers en étaient les prêtresses.

Ce sanctuaire de la religion des anciens a été respecté même par les Carthaginois, à lexception d'Amilcar, qui fut puni, disent les historiens , pour en avoir enlevé les trésors. Le temple de Vénus fut de nouveau enrichi par les Romains. Strabon dit que le sénat avait ordonné une imposition sur dix-sept villes, pour fournir à son entretien, et payer deux cents soldats destinés à le garder nuit et jour. Le temple d'Eryx était enfin dans une telle vénération à Rome ,

igo VOYAGE PITTORESQUE

que les plus graves sénateurs, déposant leur sévérité accoutumée, venaient se mêler parmi les femmes étrangères, et apportaient leurs offrandes pour s'en rendre la déesse propice. '

Nous quittâmes enfin cette Eryx moderne, qui, malgré toute sa misère, renferme cependant encore neuf mille habitans, mais tous plus pauvres, plus sauvages les uns que les autres. L'ancienne Eryx fut détruite par Amilcar, qui , dans la première guerre punique , l'an de Rome /JQ^^ en transporta les habitans à Drepanum, qu'il venait de bâtir.

De Trapani à Marsala le pays s'aplanit, les montagnes s'éloignent, et les rives de la mer, presque entièrement couvertes de salines, ne présentent plus qu'une planimétrie immense, d'un aspect triste et monotone. Un des premiers endroits que nous rencontrâmes sur notre route est une petite ville appelée Paceco, connue dans le pays par de très bon vin muscat qu'on y fait à l'imitation de celui de Syracuse ;, mais moins liquoreux. A douze milles de Trapani, on aper-

» Parmi les détails qu'on trouve dans Fazelli sur cet ancien temple, un des plus intéressans est la découverte qu'il assure avoir été faite , de son temps , d'une partie de l'antique pavement du temple , orné et couvert de mosaïques de différentes couleurs , lapillulis dhersi coloris tesselatam. On découvrit aussi une inscription gravée sur un marbre, où on lisait : Deœ Vencri Erycinœ dicat^m. ( Fazklli , de Erice Monte. )

EN SICILE. ,gi

çoit à un denji-mille en mer, File de San Pantaleone, où était autrefois l'ancienne ville de Motya, bâtie, à ce que disent Içs historiens, par Hercule, en l'honneur d'une Sicanienne qu'il avait aimée, et qui portait ce nom. Cette ville de Motya devint une des plus fortes villes qu'eurent les Carthaginois en Sicile, et une de celles qu'ils défendirent avec le plus de courage et d'opiniâtreté au siège qu'en fît Denys le Tyran, dans la quatre-vingt-treizième olympiade. Les historiens, et Diodore de Sicile entre autres, rapportent que, pendant la durée de ce siège,' le courage et l'acharnement des habitans à défendre leur ville furent extrêmes : ils avaient imaginé de faire attacher et suspendre à de longues poutres, semblables à des mâts de vaisseaux, de fortes tables sur lesquelles des soldats, avec des torches allumées , mettaient le feu aux tours et aux machines des assiégeans.

Le terrible Denys avait de son côté fait construire, depuis la terre ferme jusqu'à l'île, une jetée et un môle, pour faciliter les approches de la place; ce fut à ce siège qu'on fit usage pour la première fois de la catapulte, dont l'effet effraya tellement la flotte d'Imilcon , qui s'était avancée proche du rivage, que, contraint d'abandonner l'avantage qu'il avait sur la flotte de Denys, il se sauva jusqu'en Afrique, n'ayant imaginé aucun moyen d'échapper à des traits et à des armes

îg^ VOYAGE PITTORESQUE

contre lesquels on n'avait point encore de défense. Enim^ero magnam terrorem incutiebat nova tormenti tam violenti species , nunquam ante eam tempestatem inter mortales visa.

Ce fut à ces redoutables machines de guerre que Denys dut le salut de sa flotte : elle s'était trouvée pressée au point que, pour la sauver du danger d'être brûlée, il avait fait tirer les bâtimens à terre pour les dégager, et pouvoir les remettre à flot à quelque distance de là. Ce fait, rapporté par Diodore , servirait à prouver quelle était la petitesse et la légèreté des vaisseaux des anciens, puisqu'il est dit que les plus gros de ces vaisseaux portaient au plus cent hommes et quatre chariots. Toute la rive de cette partie de la Sicile est effectivement très susceptible d'une pareille opération , attendu qu'elle est extrêmement basse, et que tout l'espace d'eau qui se trouve entre les deux îles n'a pas plus de cinq à six pieds de profondeur.

Nous prîmes un bateau pour aller voir cette île de San Pantaleone , une des plus étendues de toutes celles qui sont situées le long de la côte, à cette extrémité occidentale de la Sicile : elle nous parut avoir un mille de long sur environ un demi-mille de large. U y a quelques années que cette île faisait partie des biens des Jésuites dans la Sicile, mais maintenant elle appartient au Roi. Nous cherchâmes vainement des vestiges de l'an-

EN SICILE. ,q3

cienne ville de Motja, à peine pûmes-nous rencontrer quelques débris informes, quelques fragmens de construction antique dont on avait formé un bastion moderne , presque totalement détruit. Nous vîmes cependant une grande quantité de mattoni épars dans les champs , des débris de vases grecs de la plus grande finesse, et sur une pierre brute de deux pied^ de haut sur qumze pouces de large, nous trouvâmes une inscription où l'on pouvait apercevoir la forme de quelques caractères puniques, ce qui ne suffisait pas pour fixer nos idées et nos incertitudes sur la situation de cette ancienne ville. ' •

Les paysans qui travaillaient dans les environs nous dirent que souvent ils rencontraient des armures antiques ainsi que d'anciennes monnaies d'argent et de cuivre; ils nous en vendirent deux, l'une carthaginoise ayant d'un côté une tête de femme d'un fort beau caractère, et au revers un cheval ; l'autre pièce de monnaie était de Syracuse, mais presque entièrement effacée. Ils nous donnèrent aussi des fers de lance et de javelot, et des traits de bronze. Parmi les

• Cela n'est point étonnant, puisque, d'après de nouvelles recherches , dont parle le prince Torremuzza dans son ouvrage sur les inscriptions siciliennes, la ville de Motya ou Mozia n'était point située dans cette île de San Pantaleone mais dans une autre île voisine qu'on appelle Altas^Ula on Burrone.

lu

ig4 VOYAGE PITTORESQUE

fers de lance , il y en avait de fort extraordinaires ; ils étaient en forme de cône allongé, avec une pointe en arrière de chaque angle , ce qui devait rendre l'extraction de cette arme trèc difficile et la blessure mortelle.

Ne trouvant donc rien d'intéressant à voir dans Vile de San Pantaleone , nous nous rembarquâmes pour gagner Marsala, sur la côte, à six milles plus loin. C'était autrefois la ville et le port de r.ilibée, la principale place des Carthaginois en Sicile, celle qui ne leur fut jamais prise , la seule qui résista à Pyrrhus lorsqu'il passa en Sicile l'an de Rome 4i5; celle enfin que les Romains assiégèrent cinq années sans pouvoir s'en rendre maîtres, et qui ne leur fut cédée qu'après la victoire navale de Lutatius. Cette bataille célèbre dans l'histoire se donna près de l'Ile Agades, aujourd'hui Maretimo, qui se trouve vis-k-vis Marsala, et semble être la clef de ce port immense. '

• Les détails du siège de Lilibée et de la bataille qui se donna alors entre les Romains et les Carthaginois, sont intéressans à lire dans Polybe. Ce fut cet événement qui termina ta première guerre punique, l'an 5ii de la fondation de Rome , et deux cent trente-deux ans avant J.-C. Elle avait duré vingt- quatre ans. La victoire complète que le consul Lutatius remporta sur les Carthaginois rendit les Romains arbitres de la paix , dont les conditions principales furent que les Carthaginois sortiraient de la Sicile et leur livreraient toutes les villes qu'ils possédaient ; qu'en outre , ils paieraient , dans

EN SICILE. j^5

î-e port de Lilibée est formé par des rochers, des îles basses , des langues de terre et des bancs de sable qui vont en se croisant, et brisent la vague de toutes paru : sa forme est un vaste demi-cercle où la mer paraît toujours tranquille. . Rien n'est plus exact que la description que Virgile fait du port de Lilibée, en disant que les rochers à fleur d'eau et les bancs de sable en rendent le passage dangereux; en effet , si au lieu de doubler les îles on veut se tenir près de terre et traverser le port, les mêmes bancs de sable qui en faisaient un port assuré , en rendent la traversée périlleuse. Ce fut de Lilibée que sortit la flotte formidable que commandait Scipion lorsqu'il partit pour l'Afrique dans la seconde guerre punique , l'an de Rome 548.

La beauté de ce port le fit appeler Marsala par les Sarrasins , ce qui, dans leur langue, veut dire port de Dieu; mais, de cette rade immense, de cette ville jadis imprenable, et d'un lieu aussi célèbre dans l'antiquité , il ne reste pas seulement

l'espace de vingt-deux ans , mille deux cents talens euboïques d argent ; ce qui était alors une somme prodigieuse , et montait a environ 6 millions 80 mille livres de notre monnaie Cependant le sénat voulut encore à Rome que les Carthaginois 'lonnassent mille talens de plus sur-le-champ , et que les nulle talens restant fussent payés dans l'espace de dix ans, au lieu de vmgt-deux. Vingt-quatre ans après, la guerre recommença.

Iffll

le moindre vestige, ni la moindre ruine intéressante.

Rien, à coup sûr, n'a Tair moins imposant que la Lilibée moderne , bien qu'on vienne d y construire tout récemment de nouveaux bastions. Cependant, elle ne laisse pas que d'être étendue et peuplée ; on y compte vingt-cinq mille habitans. Nous n'y trouvâmes, au reste, d'antique que quelques vestiges des anciennes murailles au couchant de la ville ; elles étaient construites de morceaux de pierre si énormes qu'il devait être effectivement impossible qu'avant l'invention de la poudre, aucune machine pût les ébranler. Il y avait au-devant de ces murs des fossés profonds, de quarante pieds de largeur, taillés dans le roc, dont il existe «quelques parties qui servent encore de fortification.

On ne trouve absolument rien de l'ancrage ni de l'ancien port de Lilibée, dont il ne reste que la forme. On n'y peut même plus naviguer qu'avec de petites barques. Peu profond de sa nature, et négligé depuis tant de temps , ce port a été, dans le seizième siècle , absolument détruit par don Juan d'Autriche, qui, ne pouvant le défendre , ne voulut pas le laisser ouvert aux attaques et aux invasions des Barbaresques ; aussi se trouve-t-il aujourd'hui réduit à une simple rade , où l'on vient charger le thon qui s'y pêche, et la cendre de soude qu'on y apporte en abon-

EN SICILE. igy

dance. Ce sont presque les seuls objets de commerce de cette partie de la Sicile, ainsi qu'à Terra Nuovaet aux Scoglietti, petites îles situées le long de la côte méridionale de l'ile.

C'est au mois de mars qu'on sème la soudé; cette plante a la côte du sarrasin, et la feuille dans la forme d'une épine, d'un pouce de longueur, ronde et grasse : c'est à la naissance de la feuille que sortent la fleur et la graine. On arrache la plante au mois d'août , et on la briile aussi verte qu'il est possible ; ce qui reste après la combustion de la soude se durcit en masse, et prend la consistance que nous lui connaissons. Ce sont les Marseillais qui viennent la chercher pour leurs fabriques de savon. '

' Les diverses espèces de soude croissent naturellement dans les lieux sablonneux et sur les bords de la mer. Après avoir fait sécher la plante, on la met sur des barres de fer dans de grands trous pratiqués en terre , et ensuite recouverts ; on allume par-dessous du feu, qui brûle lentement, n'y ayant dans ces cavités que l'air nécessaire pour entretenir la flamme. Les plantes s'allument , et les cendres amoncelées forment de grosses masses , qu'on ne peut rompre qu'à coups de marteau. C'est ce mélange de parties terreuses et salines qui forme la soude du commerce. On l'emploie comme fondant dans les verreries, à cause de la quantité de sel alcali qu'elle contient. Elle entre dans les fabriques de savon , et est d'usage pour blanchir. Ces sels , se mêlant avec les huiles et les graisses , composent des substances savonneuses , et celles-ci , par l'affinité qu'elles ont avec les huiles , se combinent avec elles , les rendent dissolubles dans l'eau , et dégraissent ainsi les laines et les étoffes.

qa^calht ^^"^ partîmes de Marsala pour nous rendre draieetcoi- à Mazzara , à quatorze milles plus loin, en sui-

lege de Maï- 1 1 j j 1

zara, vant le bord de la mer, à travers un pays sec et plat comme celui de la Pouille, auquel il ressemble parfaitement. On voit dans Diodore de Sicile que ce fut la petite rivière de Mazzara ou Mazzarum qui doima son nom à cette ville. L'historien, en parlant des expéditions d'Annibal en Sicile, et du pays qu'il y traversa en allant de Lilibéeà Selftiunte, dont il allait alors faire le siège, dit que ce général s'arrêta près du fleuve Mazzara , et qu'il commença par se rendre maître d'une petite ville (oppidulum) appartenant aux Selinuntins, qui était située sur les bords de ce fleuve. •

Il y a tout lieu de croire que, depuis la prise de Selinunte, et à des époques postérieures, lorsque la Sicile fut possédée par les Romains, Mazzara devint une ville considérable. On en peut juger par le nombre de tombeaux et d'inscriptions romaines qu'on y rencontre de différens côtés : elle le devint encore davantage vers

' Annibal acceptis Segestanorum aliorumquc sociorum conductis militibus, sohens a Lilîbœo , Selinimteni versus prnficiscitur. Cumque ad Mazzarani Jluvium pervenisset, oppidulum quod adjlumen erat , cepit. Ad urbem autem Selinuntum , cum postea appropinquasset , in duos partes exercitum omnem divisit, appositaque obsidione , coilocatisque machinis , summa vi urbis muros puhabat sex enim turres intentes effecerat , etc. § (DiOD. DE Sic. , L. XIV. )

jM^IL.

EN SICILE. ,c)9

Je onzième siècle, qui fut le temps où les Normands succédèrent aux Sarrasins dans la Sicile. C'est sans doute la raison pour laquelle toute cette partie occidentale de l'île prit alors le nom de Val di Mazzara qu'elle a porté depuis. On voit même dans l'histoire, et au temps de la conquête de la Sicile, en 1080, que le comte Roger avait fait son habitation principale dans cette vdle, et qu'il y établit son premier évéque, qui se nommait Etienne de Rouen.

Mazzara paraît à l'extérieur, et avant d'y arriver, une ville assez importante; beaucoup de clochers qu'on aperçoit de loin, quelques édifices et plusieurs couvens bien bâtis, annoncent une ville riche et opulente; mais toute cette richesse disparaît lorsqu'on est dans l'intérieur de ses rues tortueuses et étroites. Il ny eut que la seule place que nous trouvâmes devant la cathédrale qui méritât de nous arrêter quelques momens. Un collège public considérable qu'on a construit en face de l'église, et quelques bâtimens d'un assez bon genre qui y sont réunis, fournirent à un de nos artistes le sujet d'une vue fort intéressante.

Il y a dans quelques églises plusieurs tombeaux antiques et quelques sarcophages ornés de basreliefs qu'on vante beaucoup ; cependant un seul dans la cathédrale nous parut mériter attention ; il représente un combat d'Amazones, sculpté

du meilleur et du plus excellent style, digne enfin d'être regardé comme un ouvrage grec. Il y en a encore deux autres , mais très inférieurs en beauté ; l'un représente l'enlèvement de Proserpine, sujet si rebattu , et particulièrement en Sicile; l'autre, une chasse de Méléagre , mais tous deux de la plus médiocre exécution.

La première église qui fut bâtie à Mazzara par le comte Roger, n'existe plus ; mais sur le portail de celle quia été élevée à la même place, ce prince y est représenté terrassant un Sarrasin, afin de conserver sans doute la mémoire de ses conquêtes. On trouve de différens côtés et dans plusieurs maisons de la ville quelques anciennes monnaies puniques, beaucoup de romaines, et surtout un grand nombre de ces méchantes monnaies que les Sarrasins renfermaient dans leurs tombeaux.

Au reste, cette ville est située sur un excellent terrain , produisant beaucoup de coton, de grains et de bestiaux, et aussi fertile en vins qu'en huiles : cependant elle n'est pas fort peuplée, et le peu d'habitans qu'elle contient y vit presque sans commerce, et sans autre occupation que la culture du coton. 11 n'y a plus de port à Mazzara , mais la mer entre toujours près de la ville par un canal qui se prolonge à plus d'un mille danS les terres, et formerait un abri excellent pour les vaisseaux marchands s'ils y étaient ap-

pelés par quelque ofcjet de commerce , tel que le pays pourrait en produire de plus d'un genre.

Nous nous remîmes en marche pour arriver aux ruines de Sebnunte, appelées vulgairement / Plllerl, à dix-huit milles de Mazzara. Depuis cette ville jusqu'au village de Campo Bello, le pays est désert et absolument inhabité. La terre n'y est couverte que de petits palmiers nains, espèce nommée palmiers-és^entails , qui ne sont bons qu'à brûler. Si, du temps de Virgile, ils avaient mérité que ce poète appelât le territoire de Selinunte Palmosa Selinus , il faut convenir que cette production a bien dégénéré, car le plus élevé de ces palmiers n'a pas plus de deux pieds de hauteur. '

Après avoir parcouru l'espace de deux milles dans cette immense plaine de Selinunte , on commence à apercevoir les ruines de ses anciens tem-

• Fazelli pense que le nom même de Selinunte est venu de la quantité prodigieuse de persil que les Grecs trouvèrent dans cette partie de la Sicile lorsqu'ils y abordèrent , cette plante croissant naturellement et en abondance dans tout le territoiie de Selinunte. Effectivement, 2.x.vov, en grec, veut dire persil; apium, eu latin. Cette étymologie est assez naturelle, et ce qui peut la confirmer, c'est qu'on retrouve cette feuille de persil représentée au revers de presque toutes les médailles de Selmunte. Selinuntes veteres nomen indiderimt ah apio , quo circumpositus ager œtate mea plurimum abundat, Selinon emm grœce , Apium est latine. ( Fazklli , de Reb. Sic. , •L«> VI. j

Raines de

Selinante,

pies ; on ne peut mieux Ws comparer de loin qu'à de vastes et immenses chantiers où seraient rassemble's les matériaux nécessaires pour bâtir une grande ville, et de près ces ruines conservent encore et présentent la même idée. Des fûts de colonnes dont les unes sont cannelées, d'autres unies , des chapiteaux d'une force et d'une proportion colossales, des entablemens, les. uns appareillés, les autres qui semblent ne l'avoir jamais été, et aucun plan distinct en apparence. . •

En approchant surtout du plus grand temple, on croit voir l'ouvrage des géans; on se trouve si petit auprès des plus petits détails, qu'on ne peut croire que ce soit des hommes qui aient préparé et mis en place ces masses énormes, que l'œil même a de la peine à mesurer : chaque colonne Qst une tour, chaque chapiteau un rocher.

Il semblerait que les anciens, en élevant ces édifices prodigieux, ont moins cherché à honorer les dieux qu'à étonner les hommes et à exciter leur admiration. Lorsqu'on passe de ces trois temples à la partie où l'on croit que devait être bâtie la ville même de Selinunte, on n'est pas moins étonné de trouver des restes de constructions et de murailles formidables , dont tout ce qui existe encore semble n'avoir du servir que de bases à d'autres temples. Enfin on serait tenté

;il

de croire que les Selinuntins n'avaient point d'autres habitations, ou que ce n'était qu'un peuple de prêtres consacrés au culte des divinités. Les ruines et les débris de colonnes se voient jusque dans la mer. Il se trouva là heureusement une tour de garde où nous pûmes monter et d'où nous découvrîmes le plan général de la ville; il nous parut que sa forme avait été celle d'un vaste demi-cercle ou de fer à cheval dont les deux extrémités aboutissaient à la mer, et qui étaient terminées par deux bastions.

. Trois monumens de chaque côté occupaient les parties latérales, et formaient sans doute le quartier principal de la ville. La partie à gauche était consacrée aux temples des dieux, et le côté droit peut-être aux édifices publics. Celui-ci avait une enceinte particulière : entre les deux était le port, absolument intérieur; il est aujourd'hui entièrement comblé de sable; on peut croire que le fond du fer à cheval était l'endroit destiné aux habitations et aux maisons des citoyens, car on n'y trouve que des débris de constructions en brique, la trace de quelques édifices peu considérables , des puits et des citernes ; mais le pays est si découvert, et les vents ont tellement rempli et recouvert de sable tous ces débris, qu'à peine y peut-on distinguer autre chose que la forme générale et l'ensemble de toute cette ville, qui était, sans contredit, une des plus magnifique!

de Tantiquité et une des plus somptueuses en

édifices.

La nuit nous ayant surpris au milieu de nos recherches, nous fûmes obligés de chercher quelque gîte, devenu d'autant plus nécessaire qu'un vent de sirocco, qui s'éleva sur le soir, avait amené un brouillard accablant, et qu'il règne dans tous ces cantons un très mauvais air. Heureusement on voulut bien nous recevoir dans cette même tour de garde, où nous passâmes une assez mauvaise nuit.

Vne générale Le lendemain de grand matin nous quit-

des raines et 1 ^^ j*

des temples tâmcs notrc vilam gite et nous nous rendîmes

deSelinunte, « y • r ' ^

no 478. aux temples que nous n avions tait que parcourir rapidement la veille : avec le temps les yeux s'accoutument à voir les objets les plus gigantesques et les choses les plus colossales. Nous aperçûmes des plans et des formes où nous n'avions vii d'abord que des amas de ruines et de débris sans ordre : enfin , en examinant bien , nous vimes clairement que la chute de ces édifices n'avait pu être une démolition ni l'ouvrage des hommes , leur poids et leur masse les ayant mis à l'abri de la colère momentanée d'un vainqueur ou du laps des temps. *

Il est aisé de voir, par l'ordre qui règne encore dans l'état actuel de ces ruines , par les parallèles conservés dans la chute des colonnes, par les lignes droites où se trouvent encore des mor-

ceaux entiers d'entablement, que la destruction de ces antiques édifices est l'efFet de plusieurs violentes secousses de tremblement de terre, qui en auront renversé toutes les colonnes, et sur une même direction du couchant à l'orient. Ce sentiment paraît beaucoup plus naturel que celui de plusieurs voyageurs, de quelques historiens et de Fazelli, entre autres, qui croient devoir l'attribuer à la colère d'Annibal, irrité de la longue et opiniâtre défense des Selinuntins. '

Le plus petit de ces temples, celui du milieu, a conservé en place toutes les assises de ses colonnes. Ce fut celui dont notre architecte entreprit d'abord le plan. Cet édifice avait six colonnes de face sur treize de profondeur; leur dia-

• Diodore dit que la ville de Selinunte fut entièrement pillée par ordre d'Annibal , les maisons brûlées ou abattues ; mais il ne dit point précisément qu'il ait fait renverser les temples. On voit seulement dans cet historien que , lorsqu'après la prise de la ville , les Syracusains envoyèrent des ambassadeurs à Annibal pour lui demander de leur rendre les prisonniers qu'il avait faits , et de ne point toucher aux temples des dieux, Annibal leur répondit que les Selinuntins n'ayant su défendre leur liberté , devaient la perdre , et que les dieux , mécontens de leur ville , n'y voulaient plus habiter. Cependant , à la prière d'Empedion , un des citoyens de Selinunte, qui avait toujours avant le siège fav.orisé le parti des Carthaginois, Annibal voulut bien rendre aux Selinuntins toutes leurs richesses , et permit à ceux qui s'étaient retirés de la ville d'y rentrer, sous la seule condition de payer un tribut aux Carthaginois. (DioD. dkSic, L. XIII.)

2o6 VOYAGE PITTORESQUE

mètre est de cinq pieds cinq pouces , Tentrecolonnement de huit pieds cinq pouces. F^es colonnes sont cannelées , sans base ; elles étaient portées sur un socle qui formait le troisième gradin et soutenait tout l'édifice. 11 paraît que ce temple avait été le plus achevé et le plus soigné dans ses détails; mais il est plus ruiné que les autres dans sa partie intérieure , ce qui vient sans doute de ce que les matériaux étant plus petits , ils auront été plus faciles à enlever. Au reste, les Grecs étaient si uniformes et si constans dans leur marche , que la construction connue d'un de leurs temples peut presque suffire pour déterminer celle de tous les autres.

Le plan et les mesures de ce premier temple bien pris, nous passâmes à celui qui est au midi, et nous fimes le même travail , mais avec plus de difficulté : un des angles du mur intérieur de celui-ci est encore sur pied; nous remarquâmes que ces angles étaient décorés de pilastres avec des chapiteaux. Ce second temple , plus grand dans ses détails, était aussi d'une forme plus allongée , ayant également treize colonnes de longueur sur six de face. Il n'est pas nécessaire de dire que ces deux monumens, placés l'un à côté de l'autre , étaient parallèles entre eux , puisque tous les temples antiques ont toujours été construits d'orient en occident.

Nous nous occupâmes ensuite des ruines du

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plus grand de ces édifices , et en mesurâmes les ^°? ^'°'»«. détails et les proportions vraiment colossales. Le Sa^ra"^ diamètre des colonnes était de dix pieds à leur Sam', première assise; il y en avait huit de face sur ''°^^^* seize de profondeur, et nous observâmes que la distance ou l'écartement qu'il y avait entre elles était égal au diamètre de la colonne elle-même. Tout l'emplacement de ce temple immense est couvert de blocs de pierres énormes, entassées les unes sur les autres; quelques unes, plus distinctes par leur position et la manière dont elles ont été renversées, laissent mieux apercevoir la place et le lieu même où elles ont dû se trouver. Nous mesurâmes, entre autres, plusieurs parties entières d'entablement , qui ont vingt - quatre pieds dix pouces de longueur, d'une seule pierre. Malgré Ja confusion et l'embarras qui devait résulter d'un tel désordre, notre architecte vint à bout de retrouver le plan du temple , et d'en dessiner les points principaux de la manière la plus satisfaisante et la plus incontestable. •

Le plus grand , le plus considérable de ces temples, celui qui était consacré à Jupiter Olympien, différait des autres par la manière dont les colonnes étaient distribuées , ayant à son péristyle deux entre-colonnemens de profondeur, ou deux rangs de colonnes isolées, ce qui le caractérisait périptère. Cest du troisième rang intérieur de ces colonnes qu'il en existe encore une

208 YOYAGE PITTORESQUE

en place, et presque entière, d'une seule pierre de quarante-cinq pieds de haut. L'intérieur du temple était décoré , comme celui de Pestum , d'un second ordre dorique dont nous avons encore trouvé quelques fragmens , ainsi que des parties d'entablement et de corniche. Les angles du mur, ou de l'enceinte intérieure, étaient formés par de grands pilastres , dans les proportions de l'ordre extérieur. Les colonnes du premier rang de la partie orientale étaient cannelées, et les autres du même péristyle ne l'étaient

point.

Nous remarquâmes encore que, parmi les colonnes qui régnaient autour du temple, une partie seulement était cannelée ; ce qui n'a pu être une décoration déterminée, et prouve que si le projet était de les canneler toutes , le temps et les circonstances n'ont pas permis l'achèvement d'un si long travail, ce qui malheureusement est assez ordinaire pour les grands édifices qui exigent qu'on emploie a leur construction et un temps considérable et des sommes immenses. On s'étonne vraiment que de simples républiques aient pu se livrer à des entreprises et à des dépenses aussi prodigieuses.

Plus nous étions occupés à considérer ces masses de pierres énormes , et plus nous nous attachions à rechercher quels avaient pu être les moyens dont les anciens avaient fait usage pour

rit

il:

les soulever;. quelle était la forme et le genre des machines avec lesquelles ils venaient à bout de transporter ces colonnes et de les mettre en place. Nous remarquâmes que plusieurs de ces blocs de pierre étaient percés dans toute leur épaisseur, que d'autres avaient seulement des trous carrés dans lesquels devaient entrer sans doute des crochets qui serraient la pierre à proportion de sa pesanteur, et que le plus grand nombre était sûrement enlevé par des chaînes de fer ou des câbles qui se trouvaient placés dans des rainures d'une forme cylindrique, avec lesquels on soulevait les pierres par les deux côtés, comme on aurait pu faire avec deux anses.

Ces différentes observations nous parurent assez intéressantes pour nous engager à retourner presque sur nos pas, afin d'aller voir, à six milles de ces ruines, les carrières d'où les anciens habitans de Selinunte avaient retiré les matériaux de leurs édifices, ayant négligé de nous y arrêter sur notre route. Ces carrières que nous trou- ^ .,

A •!• j> 1 . Carrières de

vamesau milieu d une plaine assez fertile, appe- CampoBeiio, lée Campo Bello, sont pour ainsi dire dans le '''^^'*' même état où elles étaient lors de la construction de ces temples , puisqu'on y voit encore des parties entières de tronçons ou tambours qui devaient former les fûts des colonnes toutes taillées, et tenant au roc même d'où on devait les enlever.

3io VOYAGE PITTORESQUE

Cette roche, entièrement composée d'une pierre de la plus excellente qualité , et sonore comme du méul, se prolonge dans toute l'étendue de la plaine, et est coupée perpendiculairement dans quelques endroits à la hauteur de quinze ou vingt pieds. C'est là qu'on peut être vraiment étonne, non seulement des travaux qu'il a fallu employer pour tailler ces colonnes, comme on les voit encore en place , mais des moyens dont on a dû se servir pour les détacher du bloc principal , et les conduire ensuite à Selinunte.

U est certain que les arts étaient déjà arrivés à un degré fait pour étonner, et peut-être même embarrasser nos artistes modernes , malgré tous les progrès que la mécanique a faits depuis. Indépendamment de la difficulté qu'il y avait à transporter par terre, à deux ou trois lieues de distance, des masses d'un poids aussi considérable , et de mettre en place des colonnes dont quelques unes avaient quarante-cinq pieds de hauteur, d'un seul bloc ; il devait être encore plus difficile d'élever au-dessus de ces colonnes , c'està-dire à cinquante ou soixante pieds , les pierres qui formaient l'entablement, et dont plusieurs que nous avons mesurées ont vingt -quatre à vingt-cinq pieds de longueur.

Nous dessinions tandis que l'architecte mesurait et prenait des notes de tous ces détails aussi curieux qu'intéressans : malheureusement l'im-

■ ,'»iWMiMIMSMiM#B'

EN SICILE. 2j,

pitoyable vent de sirocco continuait toujours, et nous couvrait au milieu de tous nos travaux d'une brume et d'une humidité que ne pouvait sécher le soleil d'août. L'atmosphère était d'un poids accablant, et nous fûmes alors dans le cas d'éprouver tous à quel point le climat peut influer sur le courage et l'esprit, comment il est la cause naturelle et unique de la mollesse orientale^ ou de l'apathie sicilienne.

Accablés de fatigue et n'en pouvant plus, nous fûmes contraints de recourir à nos méchans grabats, au risque d'être encore mangés par les puces, et de nous convaincre à nos dépens que ce n'est pas sans raison qu'on appelle tout ce pajs Terra de' Pulci, Heureusement le v^it ayant changé le soir, nous pûmes continuer nos recherches, et aller visiter l'autre partie de la ville, assise sur une éminence au couchant de celle que nous avions déjà parcourue : il est assez extraordinaire que les voyageurs ne parlent pas plus de cette partie de Selinunte que si elle n'y existait pas, et cependant elle est également curieuse à examiner.

Nous y trouvâmes les débris de trois autres temples , dont il est également possible de reconnaître et de distinguer les plans, à l'exception cependant de celui qui était plus près de la mer, et dont on a enlevé une grande partie des matériaux, parce qu'ils étaient d'une proportion beau-

uf

VOYAGE PITTORESQUE coup moins forte. Ce dernier édifice difïère en outre un peu des autres, en ce que les chapiteaux en sont plus aUongés, et que les cannelures des colonnes sont transversalement coupées de trois seconds filets creux à la hauteur de 1 as-

tragale. r*

Dans cette partie de Selinunte, nous fîmes

de nouvelles observations qui ne n<fbs laissèrent aucun ddute que tous les temples de cette ancienne Tille n'avaient pu être détruits que par un tremblement de terre. U est d'ailleurs aise de voir que des rangs et des faces entières des colonnes qui les entouraient , sont renversés du même sens, ce qui prouve qu'elles doivent être tombées en même temps et par un même eftor . Ces colonnes ayant d'aiUeurs trente-deux pieds et demi de hauteur, et d'une seule pièce, U est bien difficile que des hommes soient parvenus a les renverser toutes également et sans les briser.

En quittant ces antiques édifices, nous allâmes examiner le terrain où était située la ville même de Selinunte, et ce qu'on peut encore apercevoir de ses ruines. La partie fortifiée qui regardait la mer est absolument détruite, et suivant les apparences , l'est depuis le temps même du siège et de la prise de cette viUe par Annibal , puisqu'il ne permit aux habitans d y revenir qu'à condition que les fortifications ne seraient pas rétablies. Nous trouvâmes des co-

lonnes renversées jusque dans la mer : et dans tout ce qu'on peut croire avoir été occupé par les rues de la ville, nous découvrîmes plusieurs souterrains sans voûtes, mais faits de grandes pierres qui étaient posées carrément sur des piliers; il y avait encore dans des endroits, des petites colonnes de décoration intérieure, et du côté du couchant des murailles presque entières.

Mais ce qui nous parut mériter encore beaucoup d'attention , ce fut deux vastes rampes de gradins par où Ton devait monter du port aux temples ; de superbes glacis en pierres leur servaient de base, et devaient sans doute leur donner encore plus de noblesse. On pourrait à ce sujet remarquer que les anciens remportaient peut-être sur les modernes pour l'intelligence et l'entente de ces grands effets en architecture : presque tous leurs monumens étaient placés de manière à être aperçus sous les points de vue les plus avantageux, étant ordinairement construits sur des éminences, sur des bases élevées ou sur de grands bastions, ainsi que nous l'observâmes parmi les ruines de Selinunte.

Nous passâmes deux jours entiers à ces recherches, tant nous trouvions d'intérêt et de curiosité à examiner les débris d'une des plus belles villes que les Grecs aient élevées dans l'antiquité , et où les arts avaient été portés à leur

a 14 VOYAGE PITTORESQUE

perfection. Bâtie par les habitans de Mégare, cent ans après leur établissement dans la Sicile, toujours rivale de Segeste, Selinunte devint la première victime de la vengeance que les Carthaginois tirèrent de la perte de la bataille d'Himère et de la mort d' Amilcar.

Annibal, petit-fils de cet Amilcar, vint soixantedix ans après mettre le siège devant Selinunte. Les habitans se défendirent avec un courage infini; le dernier jour de ce siège, les Espagnols à la solde des Carthaginois s y introduisirent par une brèche; quelques femmes s'en étant aperçues, jetèrent de grands cris; les Selinuntins croyant la ville prise, abandonnèrent les murailles; ils se défendirent cependant jusqu'à la nuit dans les rues , mais il fallut enfin céder au nombre. La ville fiit pillée et brûlée, avec ce qui restait des Selinuntins.

Nous partîmes au milieu de la nuit , nos portefeuilles garnis de plans, de vues et de détails intéressans, mais mourant de faim , et n'en pouvant plus de fatigue. Nous traversâmes deux petits bois qui nous conduisirent sur les bords du fleuve Belici , autrefois le fleuve Hipsa , puis deux ruisseaux qu'il fallut passer à gué. Nous laissâmes à gauche Menfrici , et fûmes encore arrêtés par un autre fleuve appelé Corbo, autrefois Athys. Enfin, après avoir fait pendant la nuit dix-huit milles par des chemins détestables , dans un pays

où règne le plus mauvais air, et avec de mauvais guides qui nous égarèrent deux ou trois fois, nous arrivâmes le matin à Sciacca, ville située sur le penchant d'une éminence, et d'un aspect très agréable, mais dont l'intérieur ne répond pas à ce qu'elle promet.

Nous avons cru devoir placer à la suite des Table compa-

'^ . rative des dif-

délails que nous venons de donner des rumes férenstem-

-,-. -, •j.i pies et monu-

de Selmunte, une table comparative des temples mensamiet des principaux monumens dont on trouve les *^"*\ue,* restes en Sicile. Les plans de tous ces édifices, ''''^^'* présentés sur une même échelle, on pourra au premier coup d'œil se former une idée de leurs dimensions et de leurs grandeurs : car c'est , ainsi qu'on l'apercevra d'abord , la seule différence qu'il y ait entre eux, la forme et la disposition en étant absolument les mêmes.

C'est toujours un parallélogramme, le plus ordinairement long de deux fois la largeur de l'édifice; une galerie de colonnes ou simple ou double au pourtour de la nef intérieure ; six ou huit colonnes de face aux deux extrémités du temple, couronnées d'un entablement de la hauteur de presque la moitié d'une des colonnes, un fronton très bas, et des colonnes qui n'ont environ que cinq ou cinq fois et demie leur diamètre. Voilà la description et la forme presque générale de ce genre d'édifices grecs construits dans la Sicile à des époques vraisemblablement

,ir

iêïïi

peu éloignées les unes des autres, et dans Tori-

gine même de F architecture. *

Il y a tout lieu de croire que l'intérieur de ces temples était très simplement décoré, et que la statue de la divinité en faisait le seul et principal ornement. La nef, ainsi que le péristyle de colonnes qui l'entourait, étaient vraisemblablement couverts par des pièces de bois posées sur les murs intérieurs, à la hauteur de la corniche, et parallèlement à la hauteur du fronton, mais il n'existe plus rien des couvertures à aucun de ces monumens, le temps les ayant détruites

• Lorsque le temple était environné d'un seul rang de colonnes isolées, comme celui de Segeste, celui de Junon à Agrigente , et presque tous les temples de Sicile , il se nommait periptère. Ce rang de colonnes formait autour de l'édifice un promenoir de la largeur d'un entre-colonne. Ceux dont les côtés étaient décorés de colonnes engagées dans les murs au lieu d'être isolées , étaient appelés pseudo-periptères ; tels sont ceux de la Fortune virile à Rome , et de la Maison carrée à Nîmes.

Quelquefois le temple n'était entouré que d'un seul rang de colonnes sans aucun mur; alors on le nommait monoptèrc, tel que celui dont on voit les ruines à Pouzzol , et qui avait été, à ce qu'on croit, consacré à Jupiter Sérapis.

Si la partie intérieure du temple, la cella, était environnée de deux rangs de colonnes isolées , comme celui de Jupiter Olympien à Selinunte , alors le temple était diptère ; et si enfin un temple que sa façade annonçait pour diptère n'avait cependant qu'un seul rang de colonnes sur les côtés , alprs il devenait pseudo-diptère ou faux diptère. Nous avons vu un exemple d'un édifice semblable parmi les temples de Pestum.

beaucoup plus facilement que le reste de leur construction.

Le plus vaste , le plus étonnant de ces édifices était le temple de Jupiter Olympien dont nous nous occuperons lorsque nous serons arrivés à Agrigente. On sait que l'antiquité elle-même lui avait donné le nom de temple des Géans. Nous n'entrerons point ici dans les détails de ce monument , puisque nous en devons parler en faisant la description de cette ville , mais on peut voir seulement par les mesures indiquées sur le plan, que cet immense édifice avait plus de quatre-vingts toises de longueur sur trente-cinq de large; ce qui exigeait, d'après les proportions convenues de l'architecture , une hauteur et une force prodigieuses dans les colonnes dont il était entouré. Nous voyons par les restes qui existent de ses chapiteaux, réunis encore avec des parties entières d'architrave et d'entablement, que ces colonnes, qui, dans leur fut supérieur ont plus de dix pieds de diamètre, en avaient vraisemblablement quatorze à leur base , et par conséquent soixante-dix d'élévation.

Le plus grand de tous ces temples antiques , après le temple des Géans d' Agrigente, était celui de Selinunte dont nous venons de parler, également consacré à Jupiter Olympien : mais les plus entiers , les plus conservés de ces antiques et respectables monumens de la Sicile, sont le temple

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