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CHAPITRE X

SUITE DES MONUMENS ANTIQUES d'aGRIGENTK.

Ruines du

temple d'Es

culape ,

Après avoir examiné avec la plus grande attention le temple de Junonet celui de la Concorde, nous nous mimes en route pour continuer nos recherches dans l'emplacement et les campagnes de l'ancienne Agrigente, où nous apercevions, dans réloignement, les restes de plusieurs autres édifices épars et abandonnés. Nous sortîmes par une brèche que le temps avait faite dans les antiques murailles de cette ville immense, et entrames dans la campagne qui en bordait les dehors

du côté du midi.

Nous rencontrâmes d'abord des fondations ou des débris sans nombre de tous ces tombeaux qu'lmilcon, général des Carthaginois, fit détruire lorsqu'il vint faire le siège d' Agrigente; moyen dont ce général s'était servi, a ce que dit l'histoire , pour combler les fossés de la ville , et en faciliter l'approche à ses machines de guerre.

En suivant les restes de ces anciens tombeaux, le long d'un ravin qui était alors à sec , nous arrivâmes a d'autres ruines plus intéressantes, celles

du temple d'Esculape, dont la position, dans les dehors et à cette distance d' Agrigente, est effectivement indiquée par Polybe, dans la description qu'il fait du siège d' Agrigente par les Romains. '

11 ne reste plus de ce monument qu'un pilastre d'un des angles du temple, du côté qui était opposé au nord et au couchant. On y voit encore deux colonnes engagées dans la partie du mur qui formait lé fond du temple; elles étaient cannelées, et n'avaient d'autre base que trois gradins qui régnaient autour de l'édifice. Ce temple, dans son entier, pouvait avoir eu quelque ressemblance, pour le plan , avec la Maison Carrée de Nimes, un des plus beaux monumens qui nous restent de l'antiquité et de la perfection de l'art. On a appuyé sur ces ruines une maison de fermier, appelée la Casa di Favata. Il existe encore, dans l'intérieur de cette construction moderne, un escalier du temple dans tout son entier, mais qui n'a rien de curieux que sa conservation. *

• Cumque Carthaginienses jam non amplius in Romanos exirentj sagittis tcmtummodo eminus pugnantes ^ consules in duos partes diviso exercitu , alteram ad Msculapii templum posuerunt , alteram ad eam partem quce ad Heracliam spectat , castra metati sunt ; quod vero inter duo castra médium erat ex utra^ue parte urbis , duplici cinxere vallo. ( Polyb. , L. I. )

» Dans le nombre des rapines et des brigandages que Verres

Cétait, comme nous venons de le dire, au midi de ce temple qu'était campée Tarmée romaine, lorsqu'elle assiégeait en même temps la ville et la partie de Tarmée carthaginoise, commandée par Annibal, qui campait sous les murs à la porte de Mer, entre le Campo Romano et le monte Toro; car les deux armées, divisées chacune en deux, étaient naturellement assiégées Fune par l'autre : celle des Romains par les Carthaginois campés vers le mont Torô, celle d' Annibal par les Romains, sans que Tune d'elles osât rien entreprendre sur l'autre; jusqu'à ce qu'enfin Annibal , manquant de vivres près d'une ville où, suivant le même historien, il n'y avait pas moins de cinquante mille hommes enfermés, prit le parti de l'abandonner et de défiler le long de TAgragas, pour s'embarquer et retourner à

Carthage.

A peu de distance des ruines du temple d'Es-

exerca dans toutes les villes de la Sicile, Cicéroa lui reproche, entre autres, le vol d'une statue très précieuse d'Apollon, qui était conservée dans ce temple d'Efculape, et que le préteur avait fait , dit-il , enlever eu secret. Cicéron remarque à ce sujet une singularité digne d'être observée. Cette statue était du célèbre Myron , et le nom du sculpteur grec était gravé en petites lettres d'argent sur la statue. Quid ! Jgrigento nonne ejusdem P. Scipionis monumentum , signum ÀpoUinis pulcherrimum, cujus infemore, litterulis minutis argenteis , nomenMyronis erat inscriptum, ex jEsculapii reliogissimofano sustulisti? (Cic, in f^er. , Lib. IV.)

Si-- %

culape, et en se rapprochant des murs d'Agri- Tombeau angente, on rencontre un petit monument antique, *'q°e , vnigai-

" ' r T ' rement appe-

auquel on donne ^ on ne sait trop pourquoi, le ^ê tombeau de nom de tombeau de Theron, quoique le peu de n''49o.' pureté de son architecture doive lui faire refuser d'abord l'honneur d'être un ouvrage grec. Mais le tombeau de ïheron était placé à l'une des portes d'Agrigente, appelée la porte de Mer : ce fut le seul , dit l'historien, qui échappa à la fureur d'Imilcon : ce petit édifice se trouve à peu de distance de la mer; il fallait là un tombeau aux antiquaires, c'est le seul qui existe, donc c'est le tombeau de Theron , en dépit de son architecture, qui n'a ni régularité, ni noblesse, ni rien qui le caractérise.

Un grand et massif pilastre carré, terminé par une corniche surmontée d'une autre fabrique également carrée , avec une croisée figurée à chaque face , une colonne cannelée à chaque angle, une base attique , avec un chapiteau ionique , l'entablement d'un autre ordre avec des triglyphes; le tout forme un assemblage monstrueux et baroque, d'un mauvais style, d'un mauvais effet , et qui ne répond nullement à l'idée de ces superbes tombeaux dont les Agrigentins se plaisaient à embellir leur ville : monumens qu'ils élevaient non seulement à leurs princes, à leurs principaux citoyens et à tous les particuliers riches de leur ville, mais encore à ceux de leurs .

chevaux qui avaient remporté le prix de la course , et jusqu'à des oiseaux; suite du luxe prodigieux, de l'oisiveté et de l'excessive abondance qui, suivant tous les historiens, régnaient chez cet ancien peuple. '

Quoi qu'il en soit enfin de ce petit monument antique et de sa première destination , nous voyons dans l'histoire qu'après qu'Annibal eut renversé Selinunle et saccagé Himère , dont il immola les habitans aux mânes d'Amilcar , il entreprit le siège d' Agrigente ; que ce général s'étant aperçu que les tombeaux qui entouraient la ville du côté de l'attaque servaient de retraite et de poste assuré aux assiégés, il donna ordre qu'on les renversât tous; mais qu'un orage aflreux survint tout à coup au moment où l'on abattait celui de Theron , et que le tonnerre étant tombé au milieu des travailleurs, l'épouvante se répandit parmi les soldats, et le tombeau de Theron fut

conservé. ' ^

11 est dit encore que cette quantité de sépultures ouvertes ayant corrompu l'air, et mis la

. Sepulchrorum ornamenta quoque sumpius inœstimabilis sint argumento quantis deliciis opibusque prœpoUebant , quœdam enim conspicere erat olim cursoribus eqiiis magnificentissime exstructa , nonnulla quoque ai^iculis quas puellœ virginespuerique intra œdes in deliciisque , ut fit, educassent , quorum quœdam Timeus asserit se vidisse œtate sua adhuc exstantia. (Diod. di Sic. , Lib. XUI.)

peste dans rarmée, on ne douta point que ce fléau ne fut une vengeance céleste, et un signe certain delà colère des dieux. Les soldats croyaient voir dans les ténèbres des ombres errantes, des spectres et des divinités vengeresses. Annibal luimême fut emporté par la contagion, etimilcon, qui resta alors seul commandant de l'armée , offrit des sacrifices aux dieux, où, selon la coutume des Carthaginois, on immola des victimes humaines; les historiens disent même que les prêtres furent offerts en holocauste.

Du tombeau de Theron nous revînmes dans Tenceinte de la ville par la porte de Mer. Il ne reste rien de la construction de cette porte , mais on distingue parfaitement la route à laquelle elle conduisait , entaillée dans le rocher. C'est à Rnînes da droite de cette porte, en entrant, qu'on voit les ^cS^à^Agri-

restes du temple d'Hercule, dont il n'existe en ^5°*®»

. . , ïi 491.

place que trois assises d'une seule colonne, avec

le fragment d'une partie du mur intérieur, et quelques débris des fondations. Mais ces fragmens de colonnes , ces chapiteaux renversés et groupés au hasard lés uns sur les autres, forment un tableau de ruines le plus pittoresque qu'on puisse imaginer.

Malgré l'élat de délabrement et de destruction presque totale de ce monument, notre architecte , tant en observant ce qui existe encore en place , et ce qui est renversé , qu'en calculant les

assises qui recevaient les colonnes , et mesurant les différens morceaux de fûts répandus sur le lieu même, parvint a connaître toutes les proportions de ce temple ; et, d'après le résultat de ses opérations , il nous parut que cet édifice avait dû être un des plus beaux et un des plus nobles de tous les temples de ce genre.

Indépendamment de la magnificence de sa construction extérieure , c'était un des édifices d' A grigente qui avaient renfermé le plus de raretés et de richesses. Cest dans ce temple que Cicéron dit qu'on conservait une magnifique statue d'Hercule ; elle était de bronze , et une des plus parfaites connues alors. Verres ayant donné ordre à ses soldats d'enlever cette statue, le peuple d'Agrigente regarda ce vol comme un sacrilège horrible. Tous les citoyens , jeunes et vieux, prirent les armes , et firent tant qu'ils mirent en fuite les soldats de Verres, et conservèrent la statue de leur dieu. '

• Herculis templum est apud Jgrigentinos , non longe aforo, sont sanctum apud illos et religiosum. îhi est rex œre simulacrum ipsius Herculis , quo non facile, qui dquam dixerim me vidisse pulchrius {tametsi non tam multum istis rébus Intelligo quant multavidi), usque eo , judices , ut rictum ejus ac mentum paulo sit attritius, quod inprecibus et gratulationibus non solum id venerari , verum etiam osculari soient. Ad hoc templum cum esset iste (Verres) Jgrigentini, duce Timarchide, repente, nocte intempes ta, servorum artnatorumfit coneursM atque impetus. Clamor a vigilibus faniqut custodibus

EN SICILE. a $7

Pline dit aussi que c'était dans ce temple d'Hercule qu'était placée une célèbre peinture de Zeuxis, représentant ce dieu encore enfant, et étouffant dans son berceau deux serpens, en présence d'Alcmène et d'Amphitryon. Zeuxis, ajoute l'historien, estimait ce tableau au point que, ne voyant pas qu'il fût possible de le payer sa valeur, il en fit présent aux Agrigentins.

En remontant , à trente pas de la porte an-

tollitur. Qui primo cum obsistere ac deffendere conarentur , maie mulcati clavis ac fustibus repelluntur. Postea conduisis repagulis , effractisque valvis , demoliri signum , ac vectibus labefactare conantur. Interea ex clamorefama tota urbe per-^ crebuit , expugnari deos patrios , non hostium adventu nec opinato , neque repentino prœdonum impetu , sed ex domo , atque cohorte prœtoria , manum fugitivorum instructam armatamque venisse.

Nemo Agrigenti, neque œtate tam affecta, neque viribus tam infirmis fuit , qui non illa nocte , eo nuntio , excitatus surrexerit, telumque , quod cuique Jors offerebat , arripuerit. Itaque brevi tempore adjanum ex urbe tota concurritur. Hora amplius jam in demoliendo signo permulti homines moliebantur : illud interea nulla lababat ex parte : cum alii vectibus subjectis conarentur commovere , alii deligatum omnibus membris rapere ad se Jïinibus. Repente Agrigentini concurrunt : fit magna lapidatio : dant sese injugam istius prœclari imperatoris noc~ turni milites. Duo tamen sigilla perparvula tollunt ; ne omnino inanes ad istum prœdonem religiontim reverterentur. ISumquam tam maie est Siculis , quin aliquid facete et commode dicant ; velut in hac re aiebant in labores Herculis non minus hune immanissimum Verrem , quam illum aprum Erimanthium referri oportere. (Cic. , in Ver. , or. VI.)

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