‹ Voyage pittoresque à Naples et en Sicile [microform]Chapitre 51 sur 96 · IH · texte numérisé non relu

IH

26o VOYAGE PITTORESQUE

« digieuses. Sur l'une des faces, du côté de rorient, « on a représenté en sculpture un combat de « géans, ouvrage admirable par la force et Fex- « pression des figures ; du côté de l'occident , on « voit la prise de Troie, rendue avec tant d'art « qu'on y distingue tous les héros par la diffé- « rence de leurs habillemens et de leurs armes. » ' Ce vaste et immense édifice n'ayant pu être achevé ni couvert dans ces temps anciens , avait , ainsi que les autres n)onumens de la Sicile, souf-

» Olympii Jovis templo , cum jam prope esset uti tectum induceretur, bellum impedimentofuit. Ab eo deinceps tempore , exciso oppido, numquam postea, colophonem œdificiis imponere Agrigcntini valuerunt. Fanum idpedum CCCLX longitudine porrectum est , ad LX vero pedes latitudo patet , et ad CXX pedcs altitudo y fundamento tamen excepto , attoUitur. Maximum hoc omnium est quœ per insulam hahentur et magnitudine substructionum , cum exteris quoque comparari meretur. Nam, etiamsi molitio ista adfinemperducta non fuit , tamen quanta mole institutumfuerit adhuc apparet. Cum enim alii ad parietes usque templa producant , aut columnis œdes complectantur y utriusque structurée genus huic fano inest ; quippe uiui cum parietibus columnœ adsurgunt , rotunda extrinsecus et quadrata intus forma. Ambitus harum ab exteriori XX pedes habet ; tanta striarum amplitudine , ut corpus humanum inserere se apte queat. Intrinsecus vero XXII pedes continet. Magnitudo portarum et sublimitas stupenda est, in quarum parte orientali Gigantum conjlicius est. Cœlatura magnitudine et elegantia operum excellens ; ad occasum Trojœ expugnatio efficta est , ubi heroum unumquemque est videre ad habitas suifonAam elaborate fabricatum est. (Diod. dk Sic. , Lib.XII,c.XXIY.)

fert plus ou moins par le laps des temps et les différentes révolutions arrivées dans le pays; mais enfin il s'est écroulé entièrement dans le commencement du quinzième siècle, sans doute par l'effet de quelque violent tremblement de terre. Il semble que l'énormité de sa masse n'a fait que contribuer encore plus à sa destruction totale; car, sans deux demi-chapiteaux, quelques triglyphes et le morceau de l'entablement que nous avons dessiné , il ne serait plus possible de distinguer aucune forme parmi cet énorme amas de ruines , et de se faire la moindre idée de son architecture.

Nous mesurâmes une de ces cannelures à l'endroit où elle se terminait au chapiteau ; elle avait dix- huit pouces de largeur prise au fût supérieur de la colonne, et, comme l'observe Diodore, il serait possible à un homme de s'y placer et d'y tenir tout entier : Inserere se apte queat. Mais ce qui nous parut surtout fort extraordinaire, c'est qu'il nous fut impossible de rencontrer ni de pouvoir distinguer, au miUeu de toutes ces ruines, une seule des premières assises de ces colonnes. Comment un de ces chapiteaux s'était-il conservé dans sa partie supérieure sans que rien de ce qui composait le fut do la colonne dans toute sa hauteur n'existât? *

' Tout ce que nous pûmes apprendre à ce sujet , c'est que, vers le commencement de ce siècle , on avait abandonné les

If

^6i VOYAGE PITTORESQUE

11 paraît, au reste, relativement à rancienne construction du temple , que les colonnes s'étant trouvées, autant qu'il est possible d'en juger aujourd'hui, d'une proportion trop colossale pour être élevées par assises d'une seule pierre^ quoiqu'elles fussent engagées et saillantes seulement d'une demi-circonférence , on avait pris le parti de les accoupler , ainsi que le prouvent les demi-chapiteaux qui restent à l'angle méridional de la partie orientale. On trouve même encore un chapiteau et trois assises de l'entablement qui se sont écroulés en masse et sans se séparer. Ce fragment, si prodigieux et si colossal que de près on a peine à en distinguer la forme , est certainement très curieux, en ce qu'il atteste, à n'en pouvoir douter, l'élévation du temple, et qu'il peut conduire à donner une idée des proportions et de la hauteur du plus vaste des édifices que les hommes aient jamais entrepris de construire.

A l'égard de ces immenses bas -reliefs dont parle Diodore, représentant le combat des géans

ruines prodigieuses de cet ancien édifice k un ingénieur qui était chargé de bâtir le nouveau môle de Girgenti, et que cet architecte barbare, ayant obteau du gouvernement la permission de prendre tout ce qui pouvait lui convenir parmi ces matériaux , c'est par le plus grand de tous les hasards qu'il existe encore sur place quelques unes de ces pierres réunies.

d'un coté, et la prise de Troie de l'autre , il n'en existe plus le moindre vestige.

Après avoir parcouru les vastes et immenses débris du temple de Jupiter , nous revînmes sur nos pas pour rentrer dans la ville, et cessâmes alors de suivre les murailles d'Agrigente. Nous primes notre route vers l'intérieur de l'ancienne cité , observant tout ce qui pouvait se présenter. Une des premières rencontres que nous fîmes fut un riche fragment en marbre d'une corniche dont la forme était circulaire. On a imaginé depuis peu de la creuser pour en faire la cuvette d'une fontaine. U y a lieu de croire que ce fragment , dont la sculpture et les ornemens sont plus riches que corrects, était un ouvrage romain, et que cette corniche avait appartenu à un bain dont la source est voisine; quelques gradins, également de forme circulaire , jetés à quelque distance, semblent encore l'indiquer.

Non loin de là , et dans le centre de cette enceinte immense, nous arrivâmes à un couvent de Franciscains réformés , appelé San-Nicolo , bâti sur une éminence isolée , et avec les débris d'anciennes constructions que chacun baptise à sa fantaisie. On rencontre, dans le jardin de ces religieux, un petit édifice carré long, avec des pilastres aux angles , qui pourrait bien avoir été un petit temple particulier, appartenant à un grand palais. Ce monument devait être très avan-

a64 VOYAGE PITTORESQUE

tageusement placé au milieu de la ville, et sur une éminence qui la dominait. On prétend qu'il faisait partie de l'ancien palais de Phalaris; mais il est plus vraisemblable que cet édifice devait être, d'après le caractère même de son architecture , bien postérieur à Phalaris et au temps où tous ces grands édifices d'Agrigente ont été élevés. D'ailleurs , en observant la manière dont il est construit, un ordre dorique réuni avec des bases attiques , ensuite les moulures et les ornemens du chambranle de la porte , ainsi que tout le reste de sa décoration, on voit aisément qu'il ne tient en rien au style et au genre de ces premiers monumens grecs , si graves et si sévères : il est probable que ce n'était autre chose qu'un petit temple des dieux pénates de quelque préteur romain.

Nous avons donné le plan et l'élévation de ce petit monument sur la planche ou table comparative des édifices antiques de la Sicile , n" 4^'* On en fait aujourd'hui une chapelle , et on a cru tout changer en mettant le saint moderne à rebours de la divinité payenne. En conséquence, on a masqué la porte du levant, et on en a ouvert une autre au couchant, avec un cintre à ogive, d'une mauvaise forme gothique, qui dénature tout Tédifice. Les pilastres saillans, du côté de l'entrée, semblent appeler des colonnes et un péristyle qui y existaient vraisemblablement autrefois , mais ils ontété détruits. Nous ne pûmes,

au reste, obtenir des religieux aucune autre sorte de renseignemens sur les débris antiques qui leur servent de gîte; mais comme nous avions des lettres de recommandation pour eux , ils nous régalèrent de leur mieux, et nous firent manger des figues d'un goût exquis.

Après le diner, nous passâmes dans un champ voisin , où on croit qu'a été jadis le théâtre d' Agrigente : on n'y reconnaît cependant aucune forme de construction qui puisse appuyer cette opinion; mais a la quantité de débris et de fûts de colonnes de diverses grosseurs , qu'on voit éparses et employées dans les murs de clôture moderne ; à l'arrachement de grosses fabriques qui s'aperçoivent encore à la surface de la terre , on ne saurait douter qu'il n'ait existé dans ce lieu un édifice considérable, et c'était vraisemblablement un théâtre ; ce même théâtre où se jouaient les tragédies d'Empedocles, natif d'Agrigente , l'un des plus grands hommes qu'ait produits la Sicile.

Reprenant ensuite la ville où nous l'avions laissée, et tirant vers le couchant, nous trouvâmes près des murs (car tous les temples avaient été bâtis à l'entour de la ville, et chacun sur une éminence) les restes du temple de Castor et Ruines da Pollux, ou ce que l'on appelle ainsi, mais abso- Castore^tPoilument ruinés, sans aucune forme, ni rien qui n°T')3pût nous donner une idée de son plan et de sa construction. On y voit cependant encore en

•Jl

place les fûts de deux colonnes , mais si dégradés par le temps , qu'à peine en aperçoit-on les proportions. Ces débris renversés d'un côté, avec une petite construction moderne de l'autre, les plantes, les arbustes et les berceaux naturels que forment les plus beaux arbres dont les environs du temple sont couverts ; tout cela se compose si bien , que l'artiste qui en a dessiné la vue a pu , sans y rien changer, en former le paysage le plus heureux et de l'effet le plus agréable. Débris de C'est près des ruines du temple de Castor et "d'A. Pollux qu'on voit les restes de cette fameuse pis- ''JTt cine creusée par les prisonniers carthagmois après la bataille d'Himère; elle avait, suivant Diodore , vingt coudées de profondeur et sept stades de tour, c'est-à-dire quatre mille deux cents pieds, ou sept cents toises de circuit. '

Il parait, d'après cet historien, que le luxe prodigieux des habitans d' Agrigente les avait portes à faire creuser cette vaste piscine, autant que l'exigeaitl'utilité dont elle pouvait être pour l'ap-

' Le stade était une mesure itinéraire des Grecs, qui , suivant Hérodote , avait six cents pieds de longueur , et , suivant Pline, six cent vingt-cinq. Ces deux auteurs peuvent se concilier par l'inégalité du pied grec et du pied romam; outre que la longueur du stade a été comptée diversement par les anciens , selon la diversité des temps et des lieux. En donnant ici au stade six cents pieds de longueur , cette piscme en ayant sept de circuit, d'après Ihistorien, devait avoir quatre mille deux cents pieds , ou sept cents toises de tour.

provisionnement de leur ville. Indépendamment d'une immense quantité de poissons de toute espèce qu'on y nourrissait pour la table des riches citoyens, ils y entretenaient tous les oiseaux de rivière possibles ; la variété de leurs formes et de leur plumage était devenue un objet d'amusement et un spectacle pour les oisifs de la ville. *

Quoique le revêtissement de cet immense réservoir, qui devait être en pierres , ainsi que tout ce qui était en construction antique , soit absolument détruit, et que le temps ait comme sillonné et rongé en partie la roche dans laquelle il était creusé, on en voit encore très bien la forme et la grandeur ; le canal même qui y amenait les eaux d'une source voisine existe dans quelques endroits : l'eau coule encore dans ce canal et vient arroser des jardins abondans qui occupent aujourd'hui le fond de la piscine. La partie qui faisait digue aux eaux , et versait le trop plein dans le fleuve Agragas , est entièrement détruite, ce qui donne à présent à toute

• Erat quoqiie , e^ tempestate , lacus extra urbis rnœnia manu arteque effbssus , cujus ambitus stadiis septem circumferebatur, profunditas in cubitos vigenti demissa , in quem inductis aquis mirant multitudinem omnis ^eneris pisciumper arteminduxerunt adpublica convivia paranda cujus pabuli gratia , ut paludosœ aves soient , olorum catervœ reliquorumque alitum ingens frequentia eodem conjluere perpetuoque cibi qucerendi studio versari , quorum aspectus magna voluptate spectantes detinebat. (DiOD. DK Sic, Lib. XIII.)

cette antique excavation plutôt Fair d'un ravin formé par des éboulemens de terre que d'une construction quelconque.

De Tautre côté de la piscine d'Agrigente, et près de Fangle du mur qui suit le cours de TAgragas, nous trouvâmes plusieurs ruines qu'on nous dit avoir été celles d'un temple de Vulcain , quoiqu'il soit sans doute fort difficile et fort hasardeux de vouloir assigner un nom à tous ces

antiques débris. *

Il y a , près de ce temple de Vulcain ou Mons p^ulcaniusy une source qui, à ce qu'on nous dit, était mêlée d'huile de pétrole ; mais elle ne donne plus maintenant qu'une eau couverte d'un limon gras et blanchâtre, dans lequel on ne voit pas un seul de ces petits globules que l'huile forme ordinairement quand elle est jointe avec l'eau. Un de nos voyageurs, en ramassant avec la main le plus qu'il fut possible de ce dépôt surnageant,

« Il paraît que les auteurs ne sont pas d'accord sur le nom à donner aux ruines et aux débris antiques qu'on retrouve dans cette partie de l'ancienne Agrigente, et si on en croit les recherches du révérend père Pancrazio ,^et antiquaire prétend relever le bon homme Fazelli d'une erreur fort grave à ce sujet; s'étant fondé, à ce qu'il dit, sur un passage de Solin , où il est question d'une colline située sur le même lieu , qui portait le nom de Collis Fulcanius , mais en aucune façon d'un temple de Yulcain. Voyez cet auteur, ainsi que le passage de l'historien latin qu'il rapporte dans ses très longues et très savantes dissertations sur toutes ces antiquités d* Agrigente , tome 1 , part. II.

ne lui trouva aucune odeur ni aucun goût , mais seulement une sorte d'onctuosité pareille à celle que pourrait produire le savon. Au reste, cette source d'eau, empreinte de graisse et de sel, coule dans une petite vallée qui ressemble, par son étonnante fertilité, à la vallée d'Eden, ou à un coin de la Terre Promise.

C'est vis-â-vis de cet angle, et sur une élévation qui est du côté du couchant, que les Romains avaient placé leur camp lorsqu'ils vinrent faire le siège d'Agrigente. Ce lieu n'a pas même encore aujourd'hui d'autre nom que celui de Campo Romano, situé entre le Monte ïoro et une partie de la ville autrefois appelée Neapolis , sur l'ancien chemin d'Héraclée. Dans cette partie d'Agrigente, les murs antiques devenaient d'une forme irrégulière , et suivaient les sinuosités du fleuve ; on en voit encore clairement les ruines. Ils étaient alternativement l'ouvrage de l'art et celui de la nature. C'est dans l'intérieur de cette partie d'anciennes murailles qu'on rencontre un monticule appelé encore aujourd'hui la Meta ', nom qui sans doute lui a été conservé de son ancien usage, puisqu'on prétend que c'était dans cette partie qu'on célébrait les jeux gymnastiques, tels que la course des chevaux et des chars.

Derrière ce petit mont était un ravin profond

• Metœ y bornes qui étaient placées aux extrémités des cirques.

^rjo VOYAGE PITTORESQUE

fermé par une grande muraille, dont la base existe encore ; plus loin est un autre angle où le mur dérive à l'orient , en suivant le ravin appelé aujourd'hui le vallon de San Leonardo. A cet angle était un grand pont, dont on voit encore les premières assises des contreforts de la voûte, ou des piliers qui soutenaient les arches du pont : il avait été fait, comme nous l'avons dit, pour communiquer de la grande ville au quartier appelé la ville Jgrigentine ^ et à la citadelle bâtie sur le haut du mont Camico, où est aujourd'hui

Girgenti.

En suivant les murs le long du ravin Leonardo, nous arrivâmes à une des anciennes portes, où l'on suit encore assez long-temps la voie antique taillée dana le tuf, qui est la nature de la pierre de tout le pays, concrétion marine mêlée de coquillages de toute espèce, et parfaitement conservés dans leur incrustation. La route était très étroite, et dans certains endroits nous ne lui trouvâmes que sept à huit pieds de largeur. Enfin, après avoir traversé toute la vieille ville, nous nous vimes évidemment hors des murs, à en juger par la quantité de tombeaux et de sépultures qui étaient répandus près de la route; ces tombeaux étaient taillés dans le tuf à fleur de terre, et rangés, comme ceux de Solentum, à quatre pouces les uns des autres.

La nuit, qui vint nous surprendre au milieu

de nos recherches , nous obligea de nous retirer, et nous renvoyâmes au lendemain ce qui nous restait à voir de ces antiquités. La connaissance que nous en acquérions de plus en plus, et l'attention que nous mimes à parcourir à plusieurs reprises toute cette campagne d'Agrigente, nous mit dans le cas de vérifier sur les lieux mêmes le plan que nous n'avions d'abord fait qu'ébaucher, et d'y mettre la dernière main. Effectivement, la situation d'Agrigente, et tous ses détails sont si prononcés, tout ce qui y existait était tellement taillé en grand , qu'il est facile encore d'en distinguera forme au milieu de toutes les sinuosités du terrain qu'elle occupait , et d'y retrouver, de la manière la plus claire, tout ce que l'histoire nous en dit. Chaque monument y était ou taillé dans le roc, ou élevé sur une éminence, et il y avait pour ainsi dire autant de temples que de montagnes.

Le lendemain, nous nous remimes encore en marche pour achever de parcourir les anciens faubourgs d'Agrigente, en reprenant du côté des rochers appelés aujourd'hui la Rampe des Franciscains. A partir de ce lieu, les murs, après avoir suivi r Agragas et traversé le vallon San Leonardo, venaient aboutir à la Rr^pe Athenea^ et l'enfermaient dans leur enceinte. Cette roche , coupée à pic dans la partie du nord, formait de ce côté un rempart inattaquable pour la ville, et il est

ti il

ri

à croire que ce fut la raison qui la fît comprendre

et renfermer dans les murs mêmes d'Agrigente.

Rocherses- Une dcs partics , un des sites de l'ancienne

carpes qui en- . . , j .

touraient Agogeutc , qu On pcut regarder comme ayant Ag^dgême, le moins changé de forme , ni de ce qu'il était au- ^^^^^' trefois, c'est cette suite de rochers inaccessibles et absolument coupés a pic, et qui formaient cette rupe Athenea dont nous venons de parler, et c'est sans doute l'endroit que Poljbe désigne dans sa description de la ville d'Agrigente. Mœnia illius et naturali situ et structuris excellenter sunt munita; murus enim petrœ sublimi ac prœruptœ pavtim ex natura, partim structura impositus est.

C'est à la pointe de ce rocher qu'était le temple de Minerve, bâti par Gelias, celui où ce riche citoyen d'Agrigente se retira avec tous ses trésors, lorsque Imilcon entra dans la ville abandonnée. 11 avait espéré y trouver un asile; mais voyant que la fureur carthaginoise n'avait rien de sacré, il mit lui-même le feu au temple, et s'y brûla avec tous ses trésors. Il ne reste rien aujourd'hui de cet antique édifice, que quelques fragmens des premiers gradins et la plate-forme de l'atrium du temple; mais tout y est si morcelé et si détruit, qu'il est impossible d'y rien reconnaître, ni de sa fornje, ni de sa construction.

Depuis le temple de Minerve jusqu'à celui de

Cérès et de Pr-oserpine , on ne voit qu'une suite de rochers dont la pente est si nue et si rapide qu'il y a tout lieu de croire qu'elle ne fut jamais couverte d'habitations. C'est à peu de distance de cette partie de l'ancienne ville qu'on trouve encore dans les rochers les carrières où les Agrigentins mirent les prisonniers carth^iginois qu'ils avaient faits à Himère, et dont ils se servirent pour tirer toutes les pierres dont ils ont construit la plupart de leurs temples.

Le nombre de ces prisonniers était si-considérable, et surtout ce qui en échut en partage à Agrigente, qu'au rapport de Diodore il y eut des citoyens de cette ville qui en eurent cinq cents en leur pouvoir. Ce fut avec le secours de cette multitude d'esclaves qu'Agrigente s'embellit d'un aussi grand nombre d'édifices et de tenjples magnifiques. L'historien parle encore de vastes égoùts qui furent construits pour la conduite des eaux de la ville, et qui étaient d'une solidité admirable; il en existe des restes très entiers : on les appelait pheaces ^ du nom de Pheax leur constructeur. *

• Civltates autem eos quos sibi sors dederat pro servis habuere, publicaque per eos opéra et labores exercebant , quorum maxima Acragantinis multitudo cum obtigisset, urbem agrosque suos eorum opéra excoluere. Tantus namque numerus eis captworum erat , ut plerique inter eos prwati quingentos in vincuUs haberent. Cujus tantœ mullitudinis causam prœ-

Page 1