‹ Voyage pittoresque à Naples et en Sicile [microform]Chapitre 72 sur 96 · C.HAP. XI · texte numérisé non relu

C.HAP. XI

grande partie, on voit un bœuf avec une tête d'homme , surmontée d'une ou deux cornes très apparentes, emblème reçu chez les anciens, comme nous venons de le dire, pour désigner les fleuves ou rivières qui coulaient près des villes, et auxquels les habitans élevaient souvent des temples et des autels. On voit encore réunis sur quelques unes des grains ou des épis de blé, pour désigner la grande fertilité des cam- . pagnes qui entouraienF la ville de Gela , et au revers , un char à deux ou quatre chevaux , avec un guerrier ou triomphateur, que les antiquaires imaginent avoir dû représenter Hieron et ses victoires dans les* jeux olympiques.

Les médailles jointes sur la même planche sont celles des îles de Malte et de Gozzo,' quoiqu'en général elles soient très mal frappées , et d'une très faible exécution, on a cru devoir en réunir quelques unes, d'autant plus que le type de celles de Malte surtout peut être regardé comme un des plus singuliers; aussi les antiquaires ne sont-ils rien moins que d'accord pour en donner l'explication. Il paraît constant que l'île de Malte a été en premier lieu occupée par les Phéniciens , et c'est d'après les rapports qui ont pu exister anciennement .entre ce peuple et les Egyptiens , qu'ils s'accordent à croire que la tête gravée sur ces médailles représente une Isis ou Osiris; d'autres pensent au contraire que c'est Junon ou la nymphe Melita.

Quant au revers sur lequel est une figure de jeune homme coiffée d'une espèce de mitre-, avec quatre ailes attachées sur le dos, rien ne nous paraît plus difficile

Stbacvsb.

à expliquer. Francesco Abela, dans sa description de Malte, n'hésite pas cependant à croire que cette singulière allégorie doit représenter Mercure, le dieu du commerce étant Celui qui devait être le plus en honneur parmi un peuple navigateur et commerçant, comme l'ont été les Phéniciens. Fuit igitur oh hoc sculptas alatus , quoniam sic debent esse mercatores , ici est solliciti* dilii^entes et alacres, ' No» 555 et " On ferait un volume des médailles de Syracuse, si on voulait ou les donner toutes , ou entrer dans les dé- ^"^vT^" *' ^î**^s de celles qu'on connaît. Indépendamment de leur nombre, qui, dans quelques auteurs, tels que Paruta et Havercamp, va au-delà de quatre cents, on peut dire que c'est une des villes grecques de l'antiquité dont les médailles présentent le plus d'intérêt et de curiosité, soit pour la beauté et le grand caractère des têtes, soit pour l'élégance et la variété des revers , soit encore par le mérite et la pureté de l'exécution.

Sans en donner une aussi grande quantité que les auteurs que nous venons de nommer, le prince de Torremuzza en réunit cependant dans son ouvrage plus de trois cents différentes , dont trente-six sont en or , et cent soixante-trois en argent j le reste est en bronze, et presque toutes également bi«n frappées. Nous n'avons pu faire dans cette riche collection qu'un choix des plus curieuses , ou qui nous ont paru telles.

Celle n*'9,surlatablen''555,esten or, et d'un module considérable pour la grandeur, ce qui ajoute à sa rareté. On y voit , comme sur un grand nombre de

' F». Abbla , Melit. illust.

médailles de Syracuse, d'un côté, une tête de femme, qu'on croit être celle de la nymphe Aréthuse, en si grande vénération chez les Syracusains, et de l'autre un quadrige conduit par un guerrier ou un triomphateur; au-dessus est, en petit, le signe connu delaTrinacrie , et pour exergue., en caractères grecs , on lit le nom de Syracuse, ZïPAKOSmN. Plusieurs de ces médailles, telles que celles gravées n°' 12 et i4, également en or, n'ont d'autre différence que la grandeur du module , et représentent de même cette nymphe Aréthuse, soit de face ou de profil, et au revers un bige ou quadrige.

Mais les plus parfaites, et qu'on peut regarder comme formant autant de superbes médaillons , sont en argent; tel est le n° 5 ; on voit toujours la même tête de la nymphe Aréthuse, ainsi que cela paraît prouvé par le nom même apeoosa , gravé au-dessus d'une de ces têtes , n"* y. Quant aux poissons qu'on aperçoit sur un grand nombre de médailles dé Syracuse, il est assez vraisemblable qu'ils y ont été ajoutés pour faire allusion à ces poissons consacrés à Diane, dont la fontaine d'Aréthuse était remplie, et auxquels il était défendu de toucher.

Dans le nombre des divinités représentées sur les médailles de Syracuse , une de celles qu'on y rencontre le plus souvent est Diane, que la fable nous a désignée comme la déesse tutélaire de cette ancienne ville. Souvent elle est représentée au revers d'une tête d'Apollon, n° 6, avec ce mot sûteipa, Servatrix, pour désigner que Syracuse se regardait comme étant sous sa protection particulière. Sur d'autres , nous voyons

Chap. XIY.

Diane en chasseresse, et lançant une flèche: un chien courant est à ses pieds ( voir le n" i ).

Jupiter, Mars, Neptune et Minerve, ainsi qu'Hercule, sont les autres divinités dont on voit le plus ordinairement les empreintes gravées sur beaucoup de ces médailles, comme dans les n" 3, 8, i3, 19, 87, etc. Sur quelques unes. Hercule est représenté serrant ou étouffant un lion entre ses bras, ainsi que dans les médailles d'Héraclée, et ici n°» i5 et 17.

Il paraît au reste que le culte des Egyptiens avait été aussi adopté par les Syracusains , ainsi qu'il y a lieu de le présumer par le n° 82 de la planche n" 556, qui, au revers d'une tête de Jupiter, représente une femme tenant un sistre dans une main, et coiffée comme sont souvent les divinités égyptiennes. Cette médaille, qui est en bronze , est fort rare.

Nous n'étendrons pas davantage cette notice sur les médailles de Syracuse; ces sortes d'explications, qui nous paraissent presque toujours très hasardées, le sont encore plus lorsqu'elles portent sur des empreintes remarquables par leur bizarrerie et leur singularité, telles que les n"" 36* et 38. Le prince de Torremuzza les cire comme les ayant vues, l'une dans le cabinet Lucchesi, à Agrigente, et l'autre dans le muséum de l'abbaye de Saint-Martin , près Palerme.

L'ancienne ville de Camarina, dont quelques vestiges existent encore , était située sur la côte méridionale de la Sicile , entre Terra-Nuova et le lieu aujourd'hui nommé Santa Croce , près d'une petite rivière

CAM\RmA,

Mkgara

Lkostium. <îui ^ conservé le nom de Camarina. A en juger par la beauté et la perfection des médailles de cette ancienne

ville, elle doit avoir été une des plus riches et des plus puissantes de la Sicile ; et elles sont en assez grand nombre : on en trouve plusieurs d'un très grand module. Le prince de Torremuzza en a réuni vingt-une en argent et dix en bronze.

Hercule était sans doute le dieu le plus en vénération chez les anciens habitans de Camarina ; il est représenté sur un grand nombre de leurs médailles dans différens âges, et toujours coiffé de la peau d'un lion, avec une crinière formidable. On voit au revers un guerrier conduisant un char, avec une Victoire ailée, qui vient le couronner : au-dessous du char, et en place de l'exergue, on aperçoit un cygne, et à quelques unes deux vases d'une forme allongée; espèce de vases à deux anses qui servaient à mettre du vin, et appelés par les anciens Hfdria ou Diota. Il doit être fort difficile de déterminer ce qu'ont pu signifier ces deux vases placés ainsi à côté l'un de l'autre : serait-ce pour indiquer la situation de la ville entre deux rivières, ou plutôt, ce que nous serions assez portés à croire , l'indication d'une de ces manufactures de vases d'argile, fort en usage anciennement, et qui existait peut-être alors dans cette ville.î*

Deux de ces médailles de Camarina portent pour empreinte une tête de fleuve désignée, comme nous lavons remarqué plusieurs fois, par une ou deux cornes sur le front. Celui-ci était le fleuve Hyparis, ainsi qu'il est écrit sur la médaille même, innAPis. Le revers représente l'enlèvement de Lécfe par Jupiter , sous la forme d'un cygne, avec le nom de la ville KAMAPINA. Le même type est représenté sur plusieurs

570 DESCRIPTION DES MÉDAILLES autres de ces anciennes médailles, sous des formes différentes, mais toujours avec gràçe et élégance. Quelques autres portent une tête de Minerve ou Pallas, et au revers une chouette ou un hibou , tenant dans ses serres un lézard.

La ville de Megara, dont on voit plusieurs médailles sur la même planche, était située sur la côte orientale de la Sicile, près du lieu où on a construit la ville moderne d'Augusta, un peu au-dessus de Syracuse. ta tête représentée sur la première indiquait vraisemblablement un fleuve qui coulait dans les environs de Mégare, et que le prince de Torremuzza pense devoir être la petite rivière Cantara , autretois nommée Alabus. Sur le revers est l'oiseau de Minerve, et pour inscription on lit mefapa, le nom de

la ville.

Pèlerin nous en a fait connaître une qui, au revers d'une tête d'Apollon, présente la figure de ce même fleuve Alabus, sous la forme d'un taureau à face humaine , avec les lettres initiales du nom de Jllegara, MEFA. Il en est de même de deux autres petites fort curieuses, dont l'une rappelle l'excellence du miel d'Hybla Megara, par la représentation d'une abeille, avec ces lettres ME. Et l'autre ayant entre deux poissons les quatre lettres MEFA: au revers, à ce quon peut croire, est une poupe ou partie d'un

vaisseau.

Nous terminerons cette description des médailles de la Sicile par quelques mots encore sur celles de Leontium , une de ses villes les plus célèbres , et qui conserve encore à peu près son ancien nom , sous ce-

luideLentini; presque toutes portent pour empreinte la figure d'un lion, en entier, ou plus ordinairement la tête seule de l'animal. On voit aussi sur presque toutes des grains de blé qui environnent cette tête, et sont l'emblème naturel de la fécondité et de l'abondance des plaines de Leontium, qui forment encore aujourd'hui une des parties les plus fertiles de la Sicile. L'inscription de toutes ces médailles est AEONTINON.

Cette abondance , cette étonnante fertilité des champs léontins est encore désignée sur beaucoup d'autres médailles de la même ville, soit par la tête même de Cérès, soit par des gerbes entières, ou plusieurs épis de blé groupés et liés.

Mais aucune de ces médailles ne nous a paru être aussi précieuse que celle sur laquelle on voit, au revers d'une tête d'Apollon , la figure d'un cygne, et pour inscription AEO. roPriAS, qu'on doit expliquer ainsi : a Gorgias le Leontin, Nous avons vu que ce Gorgias, né à Leontium, avait été un des orateurs les plus célèbres que la Sicile ait produits, et qu'envoyé à Athènes pour demander des secours contré les Syracusains, les Athéniens furent tellement charmés de son éloquence, qu'ils lui firent élever une statue en or. Cette statue n'existe plus sans doute depuis long-temps; mais cette simple petite médaille, frappée en son honneur, lui a survécu, et devient aujourd'hui du plus grand intérêt ; elle est en bronze et se trouve rapportée par plusieurs auteurs, ainsi que. dans le Tesauro hritannico.

N» 558 et dernier.

Iles de Li-

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