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Cette inscription était en l'honneur de Constantin et de son propre fils , du même nom que lui, et en même temps de ses deux fils adoptifs Delmatius et Crispus. On remarque, sur le marbre, que le nom de Delmatius est en partie effacé; on croit que ce fut du temps de Constantin même, et parce que cet empereur le fit mourir sur des soupçons mal fondés.
Ce tronc de colonne antique est hors de terre de trois pieds, et a quatorze pouces et demi de diamètre. Cette découverte, qui nous parut mériter quelque attention , nous engagea à faire d'autres recherches dans les environs. Nous trouvâmes encore dans- une vigne un grand morceau de mosaïque, avec un fragment de mur qui décrivait une forme circulaire ; mais , quelques informations que nous ayons pu prendre dans le pays, il fut impossible de découvrir à quoi avaient pu appartenir des ruines qui semblaient annoncer des constructions assez considérables. •
Nous montâmes à cheval , et , après avoir doublé la pointe délia Saelta, nous fûmes bientôt arrivés à celle dell' Armi, autrefois Leucopetra, ou finis JpenninL C'est effectivement là que vient aboutir la principale chaîne de l'Apennin. La vague, en battant la montagne à cette pointe, y a causé des éboulemens qui découvrent la tranche intérieure et les différens lits qui la corn-
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posent. Depuis le sommet jusqu'à leur base, ces rochers ont plus de deux cent cinquante pieds d'escarpement perpendiculaire. Leurs couches régulières et symétriques semblent attester que cette montagne, à des époques inconnues, a été coupée et séparée d'une suite ou d'une chaîne d'autres montagnes plus étendues. Au reste, la nature de la roche est par tranches et friable, et par conséquent impossible à tailler et à polir, de ce genre de pierre qui approche du grès , et qui se trouve d'ordinaire dans l'intérieur et les scissures des rochers.
^oitdeMt^ Après qu'on a passé cette pointe, qui a deux sine du côté ccnts pas de diamètre , le terrain s'élargit , les
de.IaCalabre o '
en arrivant à montagncs s'éloigncnt , et la campagne devient n«S.' fertile, couverte d'orangers, de mûriers et d'habitations où l'on élève les vers à soie. C'est surtout de ce lieu qu'on découvre le beau bassin que forment l'extrémité de la Calabre, d'une part, et la pointe du cap Pélore en Sicile, de l'autre, en se croisant au phare de Messine; ce qui donne à ce détroit l'aspect d'un immense et superbe lac , couvert de bàtimens, bordé en amphithéâtre parles plus belles montagnes les mieux cultivées, et orné de chaque côté par les deux villes de Reggio et de Messine. Le vaste de ce tableau, sublime à peindre, ne peut être rendu dans un dessin.
Plus on approche de Reggio , plus le paysage
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devient agréable. Presque toutes les maisons sont entourées et séparées les unes des autres par des bois de citronniers et d'orangers en taillis, et par de longs berceaux impénétrables au soleil. Une végétation abondante et active rend tout le paysage d'un vert prononcé, et d'autant plus riche à l'œil qu'il fait davantage ressortir la couleur des oranges dont tous ces arbres sont couverts; elles sont suspendues à la hauteur de la main , et semblent inviter a les cueillir. Aussi on peut dire que les environs de Reggio , ainsi que le chemin qui les traverse , forment un jardin continuel, et un des plus délicieux.
Chaque maison est ornée de grandes treilles, Vne prise
,. , " » ' dans les envi-
. élevées sur des terrasses etsoutenues de colonnes , rons de Rc-ce qui leur donne un caractère tout-à-fait pitlo- n^^seV resque. Nos dessinateurs ne manquèrent pas d'en profiter, et on peut en juger par notre vue des environs de Reggio, dans laquelle l'artiste a représenté ces oisifs et tranquilles habitans dans leurs costumes les plus ordinaires.
Notre arrivée à Reggio nous parut tenir de la Pon et ville féerie, par la gaité, l'agrément et la richesse du no368'.°' pays que nous eûmes à traverser, et toutes nos fatigues furent bientôt oubliées. Le chemin que nous avions à faire nous semblait préparé pour un triomphe de Bacchus; il nous conduisit ainsi jusque dans la ville même, qui, quoiqu'elle n'ait plus rien de son ancienne splen-
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deur, est encore agréable, ouverte et assez peuplée.
Notre premier soin , en arrivant à Reggio , ftit de demander le chanoine Morezzano, auquel nous avions été recommandés. C'était eflfectivement l'homme le plus instruit , ou , pour mieux dire , le seul qui le fût dans cette ville , des antiquités et de l'histoire de ce pays ; mais malheureusement il venait de mourir. Tout ce que nous pûmes avoir pour le remplacer fut un ouvrage assez considérable , écrit en latin , que cet habile antiquaire avait de composé sur les inscriptions de Reggio , et c'est presque le seul genre d'antiquités qui y existe. On trouve une grande quantité de' ces inscriptions incrustées dans les murailles de plusieurs maisons modernes; il y en a, dans le nombre, de fort curieuses, par les inductions qu'on en peut tirer sur la forme du gouvernement de cette ancienne république.
Il paraît que cet antiquaire, loin d'adopter tous les systèmes qu'on a composés sur le nom de Reggio, s'en tient à croire que ce nom a été donné à cette ville a cause de sa constitution monarchique et des rois qui l'ont gouvernée dans son origine. Il se fonde, dans cette opinion , sur les passages de plusieurs historiens qu'il cite , tels que Justin et d'autres *. Il prouve ensuite que
• Cet ouvrage du chanoine Morezzano mérite d'être consulté, pour la quantité de recherches savantes dont il est
l'ancienne ville de Rhegium ne fut jamais comprise au nombre des villes libres de la Grèce , et que la nature de son gouvernement en fut la cause , ces anciens Grecs ayant eu en horreur tout ce qui était monarchie , et regardant les rois comme autant de tyrans , ou faits pour le devenir.
Dans les siècles postérieurs , et quelque temps après Pythagore, Reggio se forma en corps de république, et il paraît qu'elle se modela sur celle d'Athènes. Ainsi qu'à Athènes, des archontes lui donnèrent de§ lois; c'est ce qui est prouvé par des inscriptions grecques placées et incrustées dans les murs de plusieurs palais de cette ville , sur lesquels on voit les noms de ses différens magistrats.
La quantité des médailles de l'aiitique Rhegium , et dont le plus grand nombre représente différens attributs de Diane et d'Apollon % prouvent que cette ville était plus particulièrement sous la protection de ces deux divinités. U y a même lieu de penser que le peu de ruines antiques qu'on trouve à Reggio , sont les débris d'un temple magnifique qui y avait été élevé à Apollon. Cette opinion se trouve encore justifiée par une inscription fort curieuse rapportée par Mo-
rerapli. Il a été imprimé à Naples , en 1770, sous ce titre : Inscriptiones Beginœ dissertationibus illustratœ. ' Voir la planche de médailles, n" Q97,
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rezzano, et qui se trouve gravée sur un marbre incrusté dans le mur, à Tangle d'une maison du Mont-de-Piété ; la voici :
t. hervewvs t. f. sabinvs trivir. ied.
pot. ii. testamento legavit. mvnicipi
bvs reginis ivl. in prytaneo statvam
4eream mercvri. trvllam argenteaui
anaglyptam. p. ii. s. lares argenteos
septem p. ii. s. pelvim aeream corinthiam.
Item in templo apoi.lonis maiors
pvgillares membranaceos opfercv
lis eboreis pyxidem eboream. tabv
LAS PICTAS XVIII.
Heredes EIVS PONENDA
rVRAVERVNT.
Titus Herfen US, Jils de Titus y Sabin^ triumvir, deux fois édile, a, par son testament, légué aux magistrats municipaux des Régiens Juliens, U7ie statue de Mercure en bronze, pour être placée dans le Prytanée. Un vase d'argent ciselé propre aux sacrifices , du poids de deux sesterces , sept dieux Lares du même métal, et du même poids de deux sesterces. Un bassin d'airain de Corinthe. En outre a légué au grand temple rf' Apollon des tablettes pour écrire , couvertes d'ivoire , avec Vécritoirejaite de la même, matière ^ et dix-huit tableaux,
Èes héritiers d*HERFENUs ont eu soin de déposer tous ces dons.
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Quelques recherches que nous ayons pu faire, soit dans Fintérieur et les dehors de Reggio, soit dans les environs de la ville, nous né trouvâmes d'autres vestiges d'antiquité, que deux portions d'un grand cercle, qui paraissent être les restes d'une vaste rotonde et d'un temple qu'on assure avoir été consacré à Apollon ; ce qui , comme nous venons de le dire , paraît assez probable, d'après toutes les médailles. On nous fit voir encore quelques autres fragmens antiques, tels qu'une petite colonne cannelée en marbre, un autel orné et festonné de guirlandes, un piédestal engagé dans un mur, et un tronc de colonne de granit de quatre pieds de diamètre. Mais il ne se rencontra rien dans tous ces restes de monumens qui méritât beaucoup d'attention, et nous aurions quitté Reggio sans en avoir emporté une seule vue, m celle de son port ne nous eût arrêtés; cette vue devint même intéressante par le mouvement qu'elle nous présenta et la variété des costumes que le hasard y amenait.
Les diverses fabriques qui forment, d'une part, l'entrée et la porte de la ville, ses magasins de blé et d'huile placés sur le bord de la mer, et surtout la vue des côtes de la Sicile , qu'on aperçoit de l'autre côté du détroit, forment un tableau dont l'ensemble nous parut d'un effet très piquant, et que notre dessinateur a rendu avec exactitude.
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Cette disette de monumehs, assez extraordinaire dans une ville jadis si puissante, et qui, d'ailleurs, n'a sûrement point changé de sol , comme plusieurs autres de la Grande- Grèce, peut s'expliquer par la manière dont sont construits les murs qui entourent la ville, et que le comte Roger a fait rebâtir. Il est facile de voir , par les énormes pierres qui les composent , par les mattoni , et tous ces anciens matériaux aisés à reconnaître, qu'ils ont été formés en entier, dans ces temps barbares, des débris de plusieurs monumens antiques, peut-être très précieux.
Nous eussions désiré retrouver le tombeau de la fameuse Julie, fille d'Auguste et femme de Tibère, qui mourut si malheureuse à Reggio; mais, suivant toute apparence, elle n'y a jamais eu ni tombeau, ni aucun monument pour conserver sa mémoire à la postérité; mais l'histoire a consacré la célébrité de ses amours et celle de ses m aU heurs.
Cette ville, une des premières de la Grande- Grèce, et peut-être antérieure à tous les établissemens et aux plus anciennes colonies des Grecs en Italie, passa successivement entre les mains de différens maîtres, et finit par tomber au pouvoir des Romains, auxquels elle resta fidèle quand toute l'Italie les avait abandonnés. Elle fut dans la suite ruinée par Totila, et rebâtie par Roger dans
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le onzième siècle, puis saccagée par le corsaire Barberousse en i543 , et quelques années après , en i558, par le bâcha Mustapha. Enfin Reggio est aujourd'hui réduite à dix ou douze mille habitans, qui, dans l'heureux oubli où on les laisse, sont uniquement occupés de la nourriture de leurs vers à soie, dont ils font un grand commerce, ainsi que de leurs fabriques d'huile et de toutes sortes d'essences.