‹ Voyage pittoresque a travers l'Isthme de SuezChapitre 15 sur 17 · FERDINAND DE LESSEPS · texte numérisé non relu

FERDINAND DE LESSEPS

(( Si c’est impossible, cela se fera; si ce n’est, que difficile, c’est déjà fait. »

Capitaine J. Clerk.

« L’isthme principal du monde est l’isthme de Suez, qui sépare les plus grandes mers, l’Océan et la Méditerranée, qu’on ne saurait éviter sans faire le tour des sinuosités de toute l’Afrique. C’est le lien, la barrière, la clef, la seule entrée possible de deux parties du monde, l’Asie et l’Afrique. C’est le point de contact commun de l’Inde d’une part, de l’Europe de l’autre. »

Leibnitz.

En pénétrant dans les eaux de la mer Rouge, le canal maritime s’élargit en éventail jusqu’à atteindre 300 mètres de largeur au point où les fonds du golfe sont de 9 mètres. Une jetée, faite avec les pierres extraites des montagnes de l’Attaka, protège cette entrée.

Entre le canal et la rade émerge, à 1 mètre au-dessus du niveau des plus hautes marées, et, par conséquent, à 3 mètres 36 au-dessus du niveau des plus basses mers, le « terre-plein » de la Compagnie, couvert de baraquements et de construclions provisoires. Au détour du a terre-plein » s’étend la rade proprement dite de Suez , si bien abritée par les hauteurs environnantes. Immobiles dans cette eau lourde, les paquebots venus des Indes, de l’Indo- Chine , de la Cochinchine , de la Chine, du Japon, de l’Australie, de Maurice et de la Réunion, attendent les marchandises et les passagers que le chemin de fer égyptien, qui vient d’Alexandrie à Suez, va leur amener et aussi les packets postaux venus d’Europe, pour repartir. De |a rade à la ville, une flotte de canots à vapeur ne cesse d’établir des communications

entre les paquebots et le ce grand marché», pendant que d’innombrables barques arabes, la voile tendue ou frappant l’eau avec les rames, rentrent au port ou s’en éloignent, mettant le

caP vers §0^e Arabique. Des navires de guerre sont ancrés parmi les steamers des Messageries impériales, de la Compagnie péninsulaire et orientale, de la Bombay and Bengale Compagnv, de TAzizieh et de la British-India. Mais l’on aperçoit, dans cette flotte commerciale, d'énormes paquebots, français, anglais ou égyptiens , désemparés, mouillés en pontons , que de nombreux voyages ont fatigués et dont les armateurs hésitent à ordonner le retour en Europe par la lente voie du Cap.

On sent, on voit que ce golfe de Suez n’est qu’une impasse, et l’œuvre du percement de 1 isthme éclaté, la, dans toute sa grandiose utilité.

C’est une promenade intéressante que la cc revue » de cette escadre commerciale. Le canot du voyageur s’engage dans la flotte, passe sous les flancs des navires, va, vient,

décrit de grands cercles pour contourner ces masses flottantes qui font de grandes ombres noires sur les eaux.

Eu débarquant au «terre-plein», cet emplacement de la future ville de Suez, l’esprit est frappé des grands travaux qui s’y exécutent. Des jetées, faites par le gouvernement égyptien d’après le même système qui a été adopté pour les jetées de Port-Saïd, dessinent déjà de vastes bassins qui seront les ports de l’avenir, un avenir bien proche.

Au fond de l’un de ces bassins, les Messageries impériales ont construit un magnifique dock de radoub, entièrement terminé, et qui peut recevoir les plus grands navires. L’inauguration de ce dock eut solennellement lieu le 11 octobre 1866, en présence du premier ministre égyptien, S. Exc. Chéri f-Pacha; du ministre de la marine, S. Exc. Latif- Pacha; du gérant du consulat de France, M. Granier; des consuls d’Angleterre et d’Italie ; de l’entrepreneur, M. Dussaud ; de l’ingénieur, M. Mouchelet-Bey; de l’agent principal des Messageries impériales, M. Chambolle, et divers fonctionnaires égyptiens, le bassin, gouffre immense de 130 mètres de longueur, 29 mètres de largeur et 10 mètres de profondeur étant a sec. En deux heures, le bassin était rempli et le Taka, steamer appartenant au souverain de l’Égypte, y pénétrait, portant au grand mât le pavillon français.

A 1 autre extrémité du terre-plein, un bassin est creusé par la Compagnie du Canal de Suez pour y entreposer son matériel de transit. Le quai qui va de ce bassin vers la rade et longe le canal maritime est déjà délimité.

Le terre- plein est relié a J ancienne ville de Suez par une chaussée se développant en courbe gracieuse. Sur cette chaussée, des rails ont été posés, et le chemin de fer qui vient d’Alexandrie et du Caire, et qui passe à Zagazig, à Ismaïlia et à Chalouf, aboutit donc jusqu’à T extrême limite des terres égyptiennes. Le touriste préfère se rendre à la ville par eau : la route est beaucoup plus longue, mais le spectacle est plus beau.

Le canot revient à la rade, pénètre dans le grand chenal du canal maritime, suit le

quai du terre- plein jusqu’au bassin du matériel, et s’engage dans le bras de mer qui mène à la ville.

Sui le quai de débarquement deux constructions principales commencent la ville.

A- oiei , a I extrémité, le grand hôtel anglais ou tant de voyageurs à destination des Indes,

des îles océaniques et de l’extrême Orient sont venus prendre quelques heures de repos,

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