‹ Voyage pittoresque a travers l'Isthme de SuezChapitre 17 sur 17 · VOYAGE PUT O UE S Q L E · texte numérisé non relu

VOYAGE PUT O UE S Q L E

arrivage sur un marché où les produits indiens s’accumulaient jadis? Cet exclusivisme oriental donna naissance à des projets qui témoignent de l’impatience avec laquelle l’Europe supportait cette condamnation. Un Génois, par exemple , proposa de « faire venir les marchandises de l’Inde à Astrakan, pour leur faire remonter le Volga, les transporter à Moscou et ensuite à Riga, par les rivières de Mosca et de Duna, et de Riga dans l’Europe par la mer Baltique. »

Venise et Amalphi se firent remarquer par les entrepôts de produits indiens et chinois que leurs commerçants réussirent à former en dépit de toutes les difficultés. Le goût des marchandises orientales était d’autant plus vif, que l’on connaissait les obstacles à vaincre pour se les procurer. Marseille imita Venise et parvint à « nouer des relations avec le Levant. » Cette intervention des Marseillais fut signalée par un succès : ils étaient

parvenus h s’entendre avec les Orientaux. Mais les croisades vinrent compromettre ces résultats.

Les Génois et les Vénitiens luttèrent d’influence à Constantinople, et les derniers, battus, jetèrent les yeux sur Alexandrie. Le Pape autorisa les Vénitiens « à trafiquer avec les infidèles » et à équiper des vaisseaux pour les ports d’Egypte et de Syrie. La République conclut un traité de commerce avec les Soudans.

Florence créa la banque qui fit sa réputation et sa richesse, elle développa ses institutions commerciales, industrielles et financières, et s’empara de Pise pour avoir un port.

Ce fut un mouvement prodigieux, une émulation extraordinaire dans tout le bassin méditerranéen. La mer Rouge était de nouveau sillonnée de navires.

Cette renaissance eut en Europe un retentissement d’autant plus prolongé que les croisades avaient développé le goût des choses orientales et qu’un grand besoin de commerce existait partout. En traversant l’Italie, les défenseurs de la croix n’avaient pu s’empêcher d’admirer et d’envier les richesses des Vénitiens, des Génois et des Pisans. Et toutes ces richesses étaient la conséquence du commerce avec l’Orient!

On vit, à ce moment même où les relations avec l’Inde, par l’Egypte, se développaient rapidement; on vit au nord de la Baltique surgir de nouveaux marchands qui paraissaient résolus à prendre leur part du grand trafic. Unis en une confédération puissante, dite « Ligue anséatique, » les marchands du Nord s’installèrent à Bruges et accaparèrent tous les produits de l’Allemagne, notamment l’or et l’argent que des mines abondantes fournissaient, et les étoffes que les manufactures tissaient. Cet or et cet argent et ces produits manufacturés étaient indispensables aux Vénitiens, aux Génois et aux Pisans pour les échanger en Égypte et à Constantinople. L’entrepôt de Bruges seul pouvait fournir l'aliment d’échange pour les marchés orientaux. C’est ainsi que Bruges devint le « magasin général du commerce européen. »

On s’inquiéta alors des moyens à employer pour éviter l’intermédiaire des Orientaux. L’idée d’aller soi-même aux lieux de production se répandit. Marco Polo mit cette idée à exécution. Pendant vingt-six ans il parcourut l'Asie, négociant et trafiquant.

A TRAVERS L’ISTHME HE SUEZ

Marco Polo étaient le sujet de toutes les conjectures et l'on discutait activement la question des routes définitives à adopter, lorsque la prise

de Constantinople par Mahomet II, « sultan des Turcs », rendit toute hésitation impossible : les Génois sont chassés de Péra, et la route de l’Inde par la mer Noire est fermée. Venise triomphait : elle avait réellement le monopole du commerce oriental.

m siècle, 1 Angleterre commença à envoyer des vaisseaux dans la

Méditerranée.

Le monopole quasi despotique des Vénitiens excitait d’ardentes jalousies. Le non. de Marco Polo, dont les Vénitiens s’enorgueillissaient h juste titre, était sur toutes les lèvres, et chaque jour voyait éclore un nouveau projet de voyage par delà l’Égypte, vers ces pays privilégiés qui produisaient lant de richesses.

Christophe Colora h veut cc ouvrir une communication plus prompte avec l’Inde, en suivant une route directe à l’occident, » 11 découvre l’Amérique.

Vasco de Gama quitte Lisbonne - tl juillet 1497 — pour doubler l’Afrique. Il arrive

à Calicut, sur la côte de Malabar, le 22 mai 1498. La route nouvelle est acquise, l’ancienne route est condamnée.

! ne navigation continue, cependant, à exister dans la mer Rouge en faveur des Egyptiens et des Vénitiens; mais chaque jour, pour ainsi dire, on en constate la diminution. En vain, le souverain égyptien menace-t-il d’exterminer « tous les chrétiens d’Égypte, de Syrie et de Palestine si le Pape n’obtient pas des Portugais la renonciation a tous droits de trafic en Orient » ; en vain le Soudan équipe-t-il une flotte pour détruire « les usurpateurs »; en vain Sélim 1er accorde-t-il aux Vénitiens d’exceptionnelles faveurs, édictant, par

exemple, que « les productions de l’Orient sont déchargées de tout droit dans toute l’étendue des Etats tuics quand elles viennent d Alexandrie et prohibées quand elles viennent de Lisbonne », rien ne pouvait lutter contre l’avantage réel que procurait la découverte du cap de Bonne-Espérance.

La mer Rouge semblait à tout jamais abandonnée.

A l’aurore du x i x° siècle, la navigation par le cap des Tempêtes était devenue comme une fâcheuse nécessité, presque un mode barbare de communication en face des progrès mécaniques accomplis, des entreprises poursuivies et exécutées en Europe.

L’heure était venue de renverser le seul obstacle qui s’opposait à la communication directe entre l’Occident et l’Orient, — l’isthme de Suez.

Voltaire avait écrit dans son Essai sur les mœurs : cc L’entreprise de renouveler en

Égypte l'ancien canal creusé par les rois et rétabli ensuite par frajan, et de rejoindre ainsi le Nil à la mer Rouge, est digne des siècles les plus éclairés. »

M. de Lesseps, lui, voulait plus, voulait mieux : « Il ne s’agit plus seulement, disait-il à Marseille, de mettre en communication le Nil avec la mer Rouge, mais bien de percer, en ligne directe, de la Méditerranée à la mer Rouge, une immense tranchée; de créer, en un mot, un véritable Bosphore. »

On recula d’abord devant la grandeur du problème, et l’Angleterre elle-même parut se contenter du chemin de fer de Waghorn , qui, du moins, permettait le transport des dépêches de Londres à Bombay.

M. Ferdinand de Lesseps n’eut, lui, aucune hésitation: il entreprit l’œuvre de l’union des deux mers, et il acheva son œuvre!

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