‹ Voyage pittoresque autour de mondeChapitre 10 sur 34 · PI. VIII · texte numérisé non relu

PI. VIII

Phoque dti détroit de Behring, blanc , tacheté de petites marques noires; il diffère cependant de celui des des Aléoutiennes qui est d’un blanc sale, et n’a presque point de taches. Dans les des Kouriles on en trouve encore une autre espèce, mais tout-à-fait noire, marquetée de petites taches blanches en forme d’annelets. Sa grandeur toutefois est généralement de quatre pieds à quatre pieds et demi.

l,e 3i juillet, (ly août j, ou mouilla (|uaranle milles plus loin, à cin(| milles de distance de la cote. Quand on fut descendu à terre, on y rencontia une cahane en cuir de latpielle les Indiens firent aussitôt sortir les femmes. Il n’y resta que le maître, <pii nous montra beaucou]) de méfiance. On s’efforça par des présents de lui faire comprendre (pi’on ne lui voulait pas de mal, et qu’on |>ouvait lui donner le double de tout ce qu’il demanderait ]>our les objets qu’il vendrait; il profita anqjlement de notre bonne volonté, car il manifestti une avidité insatiable; nous nous serions trouvés dépourvus de tout , si nous avions satisfait à tout ce qu’il exigeait.

Sa cabane était très-artistement construite, et de foiane conique: des percbes disposées en rond soutenaient les peaux qui la revêtissaient. Des peaux étendues à terre tenaient lieu de lit ; des lignes à pêcher en fanons de baleine, des armes, un bateau et plusieurs pots de terre coniposaient rameublemeuf de cette butte, et annonçaient la ricbesse du propriétaire. Il était trèsbien vêtu, de même que la plupart de ses comjjatriotes. Deurs habits étaient en peaux de rennes, de phoques et d’oiseaux de mer très-artistement cousues.

Des que nous l’eiimes quitté pour rentrer dans notre canot , il démonta sa cabane, empaqueta ses effets, mit tout dans son bateau, et s’en alla.

Nos matelots étaient fatigués de ramer ; le vent était contraire pour retourner à bord ; nous avions envie de rester la nuit à terre; elle nous passa bien vite. Une troupe nombreuse d’insulaires vint flébarquer à un mille et vis-à-vis de nous, et eut l’air de faire des préparatifs pour s’y établir jusqu’au lendemain. Comme ils nous regardaient toujours d’un œil défiant, et qn’ils étaient armés, nous avions lieu de craindre qu’ils ne nous attaquassent; ainsi, pour éviter toute espèce de désagrément, car nous n’avions pas

de pierrier à bord de nos canots, nous limes un grand ten , et, après avoii pris tpiekpies instants de l epos , nous nous eiubai’cpiàmes au moment où il (atnnnencait à faire obscur. Nous étions déjà assez éloignés de terre ipiand le vent devint très-fort; l'excès de la lassitude ne permettait pas à nos matelots de ranieiavec assez de vigueur, nous avancions à peine; la mer était trèsgrosse; le canot dn capitaine endiaiapiait beaucoup d’eau cpie l’on était sans cesse occupé à vider. Ce ne fut (pi’ii quatre heures du matin que nous arrivâmes à bord.

A sept heures ])lusieurs bateaux .se détachèrent de terre, malgré la force du vent. Quand les insulaires furent arrivés le long du navire, ils attachèrent de chaque coté de leurs bateaux des outres de |)eaux de phoque gonflées d’air, afin de ne pas chavirer par l’agitation de la mer. Ils se mirent à trafiquer avec nous. Lorsque nous leur eûmes dit que nous allions quitter le pays, ils nous invitèrent à descendre à terre, en nous donnant <à conrprendi'e que nous y trouverions des femmes poirr notre service.

Le 3 août nous r'evimes la baie de Chichmareff, et le 5 les Mes Gvosrleff. Le vent soufflait avec violence. Nous u’étions pas loin de la côte d’Asie; la rner était couver-te de morses. Le capitaine dotrrra soir ttom au golfe <pre nous venions de parcourir.

Nos comrnnuications avec ce peuple étaient assez difficiles parla défiance mutuelle qui régnait eutr-e rtons, ce qiti nous empêcha d’étudier lenr-s mœur-s et leur car-actère, n’ayant en aucune (Occasion de les observer darts leur intérieur. Ils se rnoutrèr-eut toujours brusques, paraissant compter beaucoup sur leurs forces. Dans le trafic qu’ils firerrt avec rrons, ils témoignèrent beaucoup d’avidité pour les objets <[ue rrons possédiorrs; mais ils en calcrrlaient d’abord la valeur; et, qitelque fût lerrr extrême désir de l’obtenir, ils s’obstinaierrt avec force à n’en point dorrrrer pins ipr’ils rre l’avaient estimé; ils aiment beaucoup à se

(jiii'cr; maisjil.iMs le elioix des haj’alelle.s (|iie r)ous avions à leiii' usage, ils préféraient avec raison le solide à l'agréable.

Malgré leur pauvreté, et le peu de connaissance (pi’ils ont des couleurs, ils emploient avec l)eaiK t)np d’intelligence le peu rpi’ils ont à leur disposition. Le rouge, le jaune, le brun et le noir sont les seules teintes qu’ils peuvent mettre en usage pour leurs vêtements; mais ils les nuancent et les marient parfaitement. Leur goût pour le dessin est très-|M'ononcé. Les planches III, IV et V re|>résentent des objets dessinés et scidptés par eux, à la vérité bien grossièrement, mais pourtant bien caractérisés.

Sur les rochers des hauteurs de l’ilc Saint-Laurent, nous tivoiis trouvé un crâne humain; dans la baie de Saint-Laurent, nous trouvâmes aussi des restes d’ossements brûlés, rassemblés en petits monticules, sans pouvoir déterminer à quels individus ils durent a|jpartenir. Plusieurs de nos compagnons conjecturèrent que ce lieu était sans doute destiné aux funérailles : le fait est que les Tcboittkcbis sont encore dans l’usage de Im’iler leurs morts.

Dans le golfe de Rotzebue, nous trouvâmes encore, sur une hauteur, une grande (piantité de tombeaux, que l’on reconnais- ,sait de loin par les pilliers jtlits ou moins nombreux qui les entouraient. Les ossements de chaque individu étaient rama.ssés sous la mousse en nn petit tas au pied de ce pillier. Dans chaque tombeau, on voyait une grande quantité d’ustensiles brisés, de traineatix, de llècbes, et de ces cailloux taillés en pointes dont ils forment le bout de leurs flèches. On avait enterré avec eux les objets (pi’ils affectionnaient de leur vivant et dont ils se servaient avec succès. Ce qui parait extraordinaire, c’est que nous trouvâmes jtlusieurs têtes, mais jamais notts n’y viines la mâchoire inférieure. Le crâne tpie j’ai rapporté dut appartenir à une femme, à en juger par sa forme allongée. ,I’ai eu riiouneur de le présenter

à M. le docteur Gall, (|iii a eu la boulé de me dicter les observations suivantes.

PI. VI et Vil.

B Le docteur Gall n’ose jamais ex|)lif|uer le caractère national d’un peuple ou d’une horde, par une seule tete; il pense cpie, pour ce but, il Faut toujours un certain nombre de tètes pour s’assurer quels sont les organes développés à un certain degré le plus généralement : c’est pourquoi il a probté en même temps de quatre dessins que le lecteur verra PI. II.

« Dans la tête dont j’ai fait cadeau à M. Gall , l’organe de l’instinct de la propagation se trouve extrêmement développé pour une tête de femme.

«L’organe de la musique très-peu développé, l’organe de rapports des couleurs développé comme chez les Chinois, l’organe de la mécanique très-bien développé.

« Les facultés intellectuelles supérieures peu développées, ayant le front court et déprimé de haut en bas. L’opiniâtreté ou la fermeté extrêmement développée.

« L’organe de la vanité bien développé.

« Quant à l’organe de l’instinct carnassier on du penchant au meurtre, le développement n’est que très-médiocre.

« L’organe de l’amour des enfants bien développé. En général, M. le docteur a trouvé que cette tête de femme présentait une organisation aussi heureuse que celle de la plupart des femmes d’Europe.

« Même le front, pour un front de femme, avait pins de hauteur que les têtes dans les quatre dessins de la planche II (habitants du golfe de Kotzebue).

« IJans les lèles (jiic nous avons dessinées dans les des Aléonliennes, le docteni' Gall a tmnv(- eonllrmé ce (|n’il a observé elle/, (miles les antres nations, c’est-à-dire, tjii’il y a des différences d’organisalion très-considérables d’iin individu à nn antre. Par exemple, dans la PI. ITI i baliitants des Iles ,'Vléonliennes), la tète 3' à droite le frappa par son beau froni élevé; celte têle |)résenle réellement nn homme doué d’nn cai-actère excellenl et d’autant de connaissances , snriont concernani l’histoire et les intérêts de son pays.tpi’on peut en attendre d’nn homme d’mie pareille nation. Les antres |)résentent nn front tri's-dépriiné, surtout les crânes de la PI. VI ( crânes des hahitants des des Aléoutieimes), nn développement extrêmement faible des facultés propres à l’homme; nn développement , an contraire, de tontes les qualités animales dont le siège est nécessairement dans les parties postérieures et inférieures dn cerveati, que l’homme a de commun avec les animaux.»

Le V ( If) août ) on se rapprocha du cap Oriental sur la côte d’Asie. Des Tchouktchis en bateau vinrent à nous, en criant tamma.taroma, qui est peut-être une altération du mot russe Zdorovo (soyez les bien venus). Ils montèrent à bord .sans crainte. Ils étaieni robustes; leurs traits, leurs vêtements ressemblaient à ceux des habitants de la côte d’Amérique; mais les Tchouktchis ii’avaient aucun ornement à la bouche. Ils nous montrèrent beaucoup de pelleteries pour nous les vendre; nous ne pûmes cependant en acheter que très-peu, parce que nous n’avions pas de coutelas à leur donner. Ils avaient les mêmes armes que les Intliens de la baie de Kotzehue; et beaucoup jiliis fie fer, ainsi que fies piques dont les pointes étaient tle ce métal, ce (pii n est pas surprenant, pui.stpi’ils |)ortent leurs marebandises à Tigbil où ils font des échanges avec les Russes.

Sur leur invitation , nous allâmes à terre; leurs compatriotes

vinrent an-devant de nous; lenr eondnite hit tres-ainieale ; ils nous |nésent('rent de l'eaii avec de la glace: tons avaient nn coutelas an côté. Quand nous retonrnànies à bord, plusieurs bateaux nous accompagnèrent ; on lenr fit présent de tabac. Ils examinèrent notre navire en gens intelligents. Un vieillard nous montra une tabatière avec le portrait de rini|)ératrice Catberine II, qui provenait sans doute de l’expédition de Billings et Sarytclielf. Ce vieillard but volontiers de l’eaii -de-vie , elle fit aussi trèsgrand plaisir aux autres Tcliouktchis. On dit que ce peiijde , de même que d’antres fiabitants de l’Asie boréale, sait préparer une boisson enivrante avec des champignons.

En allant ensuite au sud vers la baie Saint-Laurent, nous viines la mer couverte de morses, qui jouaient à la surface; des baleines entouraient le vaisseau et lançaient l’eau en l’air par leurs évents. C’était nn singulier spectacle (pie celui de tous ces animaux monstrueux réunis eu foule dans ces parages peu fr<'cpientés.

Le vent contraire ne nous permit d’arriver que le 8 dans la baie Saint-Laurent, oii nous mouillâmes en vue d’un village de Tcbouktchis situé sur une bauteiir.

Deux liateaux vinrent aussitôt nous accoster: ensuite on descendit à terre et Ton visita le village; les maisons étaient en cuir. Les Tcbouktcbis, sans nous témoigner beaucoup d’amitié, mirent néanmoins des égards dans la récejrtion qu’ils nous lîrenl : les femmes étaient présentes; ils nous servirent de l’eau fraicbe et de petits morceaux de chair de baleine. Nous étions dans la maison d’un vieillard, (|iii paraissait exercer le commandement dans cet endroit; car, au moindre signe qu’il taisait, chacun s’empressait de lui obéir , il était comme nn père de famille au milieu des habitants de ce village.

Ayant avec nous un Kamtcbadale (|ui avait été à Tiglul,et cpii

saviiil i|iiel(|iH'.s mois de Tchoiiktcliis . nous dpimindàmes ;m clief s’il pouvait nous donner des rennes. Il nous en promit, et envoya an.ssitdt des messagers dans l’intérienr pour arnenei’ (pielipies-ims de ees animaux. Les Tehouktehis eu ont des troupeaux nombreux cpi’ils tiennent à (pieltpie distance de la côte.

Ils vinrent à leur tour nous voir à bord. Nous fûmes tri's-satisfaits de leur conduite; ils nous donnèrent des |)bo(pies et une grande (pianlitc d’oies sauvages. Eidin , ils nous annoncèrent que les rennes étaient arrivés : il y en avait cinq en vie et deux cpd avaient été tnés et préparés. Lbie foule nombreuse nous attendait sur le rivage. Ou nous demanda s’il fallait tuer les autres rennes; nous y consentirnes : aussitôt un homme robuste prit l’animal jiar sa ramure, un autre le perça au cœur avec une lance; puis ils le laissèrent courir en rond, attaché à la longe (pii le tenait. Tons les spectateurs regardaient avec beaucou]) d’attention ; (|uand le renne ne tarde pas <à tomber et meurt sans éprouver beaucoup de convulsions, ils en tirent des pronostics favorables pour l’avenir. Nos ciiK[ rennes n’ayant pas langui long-temps avant d’expirer, les l’chouktchis en témoignèrent leur satisfaction par des cris de joie, des danses et des chants qu’ils accompagnèrent du son du tambourin. Cet instrument est le même que celui de l’ile Saint-Laurent, du golfe de Ivotzebue et d’Ounalacbka. Il consiste en un cercle de bois recouvert d’uue vessie, et muni d’un rnancbe pour le teinr d’iiiic main; de l’autre on a une baguette qui sert à le frapper; le son qu’il rend parait très-agréable à tous ces peuples.

Nous finies beaucoup de présents à ces Tchonktcbis; les aiguilles surtout furent très-bien reçues des femmes.

Le i6, étant retournés à terre pour prendre congé de ces braves gens et surtout du vieillard, nous les priâmes tous devenir nous voir à bord de notre vaisseau. Le vieillard écouta cette invitation

avec l;)e;uicoi]p <it‘ C-ontiiie il ne jiouvait pas iiiarelier,

mi jeune homme le pril sm‘ ses épaules el le poiia pisipià nos canots. Il nous raconta (pie sa nation était eontinnellement en guerre avec les habitants de la céite d’Ainéi iipie , hommes eNtrèmement perfides, ipii attiraient les étrangers auprès de leurs femmes pour les tuer.

Le 17 (29), nous sortîmes du port avec un vent très-faihie. Le 28, étant au nord de l’ile Saint-Paul, nous vîmes une galiotte, qui portait le pavillon de la compagnie russe d’ Améri(pie, el suivait la même route que nous. Nous lui fîmes un signal, elle s’approcha de nous. Elle venait de l’île Saint- George, et allait à Sitka ( Norfolk-Sound ).

Le 24 ( 5 septembre 7, nous eûmes connaissance d’Ounalachka; nous ne pûmes entrer dans le port que trois jours après, aidés par des bateaux qui vinrent nous trouver. M. Krukoft, commandant russe, nous apporta du bœuf, des choux el des pommes de terre. Graees ,à ces soins obligeants^ chacun put prendre à terre un bain de vapeurs à la russe, ce (pii fut un grand soulagement pour des hommes (pii couraient les mers depuis si long-temps. Il fit tuer trois vacbes, dont la cbair était très-bonne; mais celle des cochons ne jioiivait se manger, tant elle sentait le poisson dont ils avaient été nourris.

Avant de partir, nous recommandâmes à M. RrukofI de nous faire préparer plusieurs baidares ou grands bateaux, revêtus de cuir, ipie nous devions prendre l’année suivante pour nous en servir à naviguer le long des cotes du golfe de Kotzebiie et des terres plus septentrionales.

Le 3(i5) septembre, nous passâmes devant file d’Oiinimak el nous times roule pour la Californie.

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