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ET SES HABITANTS

{Lat. nord, 37°/|8’ ; long, ouest , i'i/|“ 28’ i5”.)

i->£ 20 septembre 1816, vieux style (2 octolire ), nous eûmes de bonne heure eonnaissance de la eôte de la Nonvelle-Californie. C’était la Pnnla-de-los-Heyes an nord dn l’nerto-San-Franeisco. Comme le vent nous était très-favorable, nous eûmes bientôt passé les Farellones, éeneils dangereux, et à tpiatre lienres apres iniili, lions entrâmes dans le poit San-Franeiseo. Le port, placé en dedans et sur la cote méridionale de l’entrée , est imini de tout ce ipii est nécessaire pour la défendre avec avantage.

Le Presidio de San-Franeiseo est à-pen-près à iiii mille marin de distance dn fort et dn même côté; sa forme est carrée; il a tleiix jiortes tonionrs occupées par une garde assez nombreuse; les fenêtres ne sont ouvertes <[iie sur la conr; il est babité par ([iiatrevingt-dix soldats espagnols, un commandant, nn lieutenant, un commissaire et nn sergent. La plupart sont mariés. Les hommes et les femmes sont grands et bien bâtis; très-peu de soldats ont épousé des Indiennes.

Tons ces soldats sont bons cavaliers; deux peuvent aisément tenir en respect cinquante Indiens.

A deux lieues au Sud-Est du Pi-esidio et à la côte méridionale du port, est la mission San-Fraucisco qui forme un village assez considérable. L’église est grande, et tient à la maison des missionnaires, tjiii est simple, passablement propre et commode. La mission a toujours une garde de trois à quatre soldats du Presidio. Le village est habité par i5oo sauvages; ils y trouvent protection, vêtement, nourriture abondante; en revanche, ils cultivent la terre pour la communauté. Le maïs, le blé, les fèves, les pois, les pommes de terre , en un mot , tous les proiluits sont apportés dans le magasin coinniun. Tous les jours le missionnaire fait laire, à une heure fixe, la cuisine commune, sur une grande place, au milieu du village ; chaque famille y vient chercher sa ration proportionnée au nombre de ses membres. On lui donne aussi une certaine quantité de denrées crues. Deux ou trois familles habitent une même maison. Dans les moments quils ont de libres, ces Indiens vont travailler aux jardins cpii leur sont assignés; ils y cultivent de l’oignon, de fail , des melons, des pastèques, des courges, et des arbres fruitiers. Le produit leur en appartient, ils en peuvent disposer à leur lantaisie.

Pendant fhiver , les sauvages viennent par troupes des montagnes à la mission pour y être admis ; mais au printemps la plupart rabandonnent. Cette manière de vivre ne leur plait pas ; ils s’ennuient de toujours travailler et d avoir tout en abondance. Dans leurs montagnes, ils mènent une vie libre, indépendante, quoique misérable; les rats, les insectes, les serpents, tout sans exception leur sert de nourriture, ainsi que des racines, mais en petit nombre; de sorte qu’à chaque pas ils sont à-peu-près surs de trouver quehpte chose pour apaiser leur faim. Us sont trop maladroits et trop paresseux pour chasser. Ils n’ont pas de demeures fixes ; un rocher, un buisson les met à l’abri de toutes les vicissitudes du temps. Ils vont absolument nus. Après quelques mois de séjour

(iiins les missions, ils commeiicenl ordiiiaireiiieiit à devenir cliiigi ms, imii^iisseiit , et à cliaque instant jettent iin coiip-d’œil triste siii les montagnes cjuils voient dans le lointain. Une on deux Ibis l’an, les missionnaires permettent aux Indiens, sur le retour desipiels ils peuvent compter, d’aller visiter leur patrie; mais souvent, et très-souvent, bien peu reviennent; d’autres, an contraire , ramènent avec eux de nouveaux habitants à la mission.

Les enfants des sauvages sont plus enclins à adopter la vie des missions ; ils apprenent aussi à fabriquer, avec la laine des montons, des draps grossiers pour la communauté. J’ai vu vingt métiers qui Otaient constamment eu activité. D autres jeimes Indiens sont formés par les missionnaires à la pratique de différents métiers. On voit aussi à la mission une maison dans laipielle habitent deux cent cinquante femmes, qui sont les veuves ou les lilles des sauvages défunts. On les occupe à filer. Cette maison renferme aussi plusieurs lemmes de sauvages qui sont en campagne par ordre des padrès; ceux-ci les y font entrer à la demande des sauvages, et les y retiennent jusqu’au retour de ces boimnes qui sont très-jaloux. Les padres se conforment volontiers a cette requête pour préserver les femmes du désordre, et veillent avec beaucoup de sévérité sur cet établissement.

La mission a deux moulins que des mulets mettent en mouvement ; la farine qn ils produisent ne sert qu’à la consommation des Espagnols, qui sont obligés de l’acheter des padrès. Le Presidio a souvent besoin de gens de corvée , comme pour jiorter du bois, travailler aux constructions , et à d’autres ouvrages. Alors le missionnaire leur envoie des sauvages, qui sont payés pour leur peine; mais l’argent est remis à f église qui est chargée de faire face à tous les frais relatifs à l’établissement.

Les dimanches et les jours de gramles fêtes, on célèbre le service divin. Tous les sauvages de l’im et l’autre sexe, n’importe

leur âge, sont obligés d’aller à l’église: ils s’y mettent à genoux Les enfants élevés par le missionnaire et qui , au nombre de cinquante, l’entourent toujours, l’aident pendant 1 office quils acconq^agnent aussi du son des instruments de musique : ce sont sur-tout des tambours, des trompettes, des tambours de bas([ue et d’autres du même genre. C’est par leur bruit que l’on cherche à ébranler l’imagination des Indiens, et défaire des hommes de ces sauvages. En effet, c’est le seul moyen (pii puisse agir sur eux. Quand les tambours commencent à battre , ils tombent tous a terre comme s’ils étaient à demi morts. Aucun n’ose se remuer; tous restent étendus à terre jusqu’à la lin de l’office, sans hure le moindre mouvement, et il faut même alors leur répéter plusieurs fiiis ipie la messe est dite. A chaque coin de l’église sont placés des soldats armés.

A la messe, le missionnaire adresse a son troupeau un sermon en latin. Le dimanche, tpiand elle est finie, les Indiens se réunissent dans le cimetière, vis-à-vis de la maison du missionnaire, et se mettent à danser. La moitié des hommes se pare de plumes, et de ceinlnres ornées de plumes et de morceaux de coquillages, (jui passent parmi eux pour des pièces de monnaie. Ou bien ils se peigueut sur le corps des lignes régulières, noires, rouges et blanches. Quelques-uns ont la moitié du corps, depuis la tete jusqu’en bas, harhouillée de noir, et l’autre de ronge; le tout croise par des raies blanches, d’autres se poudrent les cheveux avec du duvet d’oiseaux. Les hommes ordinairement dansent six à huit ensemble, làisant tous les mêmes mouvements; tous sont armés de lances. Leur musiipie consiste à chupier les mains l’ime contre l’autre, à chanter, à produire, en agitant des morceaux de bois fendus, un fracas qui a des charmes pour leur oreille; enfin le tout est suivi d’un cri horrible qui ressemble beaucoup au bruit de la toux et à un sifflement.

Les femmes dansent entre elles sans mouvements violents.

AtR CALIFORNIEN.

Les sauvages sont très-adonnés aux jeux de hasard; ils lisqueni leurs |)arures, leurs ustensiles, leurs pièces de monnaie, et souvent même les vêtements cjue les missionnaires leur ont donnés. Leurs jeux consistent à jeter de petits morceaux de bois qui doiveni retondrer en noml)re pair ou inqjair, ou d’autres ([ui sont arrondis dun coté; et, suivant (pi’ils tombent sur la partie plate ou arrondie, on perd ou l’on gagne.

A la mort de son père, fie sa mère ou d’un parent, le sauvage se barbouille le visage de noir en signe de deuil.

Les missionnaires ont caractérisé ces peuples de la manière suivante: ils sont paresseux , stupides , jaloux, gourmands, peureux; jamais je nen ai vu rire aucun, jamais je n’en ai vu un seul qui regardât (pielquun en face. Ils ont l’air de ne prendre intérêt à

rien.

On compte dans tribus d’indiens :

les Klioulpouni ; les Kosmiti ; les Bolhonès ; les Khalalons ;

cette seule mission plus de quinze différentes

les Oumpini ; les Lanianès ; les Pitemèns ; les Apatamnès ;

ils parlent la même langue et habitent le long des bords du Rio

Sacraniento ;

les Tainals ; les Sonons;

les Guirneu, pl. VI,f. i,3; les Oiitchiouns , pl. VI , f. 2 ; les Oloinpalis , pl. VII, f. 4 ; ils parlent la iiièine langue; ces tribus sont les plus nombreuses dans la mission de San-I' rancisco ;

les Sakians, pl.Vl, 1’. 4 et 5, les Onloulatines , pl. VII, f. 1;

f. des l'emmes; les Noumpolis , pl.VlI,f. 2;

les Soiiissouns , pl. Vil. f. 3.

ils parlent des langues différentes;

Une autre tiabn , celle des Tcbolo\oui , pl. VII, f. 5, dilfère beaucoup de toutes les- autres par les traits du visage , par sa physionomie, par un extérieur assez agréable; elle habite les montagnes; elle a fait alliance avec les Espagnols contre toutes les tribus de sauvages. Elle façonne de très -belles armes, qui sont des arcs et des flèches. Les pointes de ces dernières sont garnies de cailloux taillés avec beaueou]) d’art. Pl. VllI, I. 5.

Des lièvres très- fortes rt'gnent ordinairement parmi les Indiens; ces maladies en enlèvent ordinairement un très-grand nombre. Depuis vingt ans, plusieurs missions de la Californie méridionale ont cessé d’exister, parce que tous les Indiens sont morts.

Lés Indiens des missions au sud de San-Francisco , et sur-tout ceux dé la niission de Santa-Barbara , fabriquent avec les pétioles de d iverses plantes rampantes , de jolis vaisseaux et des vases qui retiennent l’eau ; ils savent leur donner des formes élégantes , et même faire entrer des dessins agréables dans le tissu; ils les ornent avec des morceaux de coquilles et de plumes. Pl. VIII, f. 1,2, 3, 4.

Les Indiens font leurs pirogues à l’instant où ils veulent entreprendre un voyagé par eau'; elles sont en roseaux. Lorsque I on y entre, elles s’emplisse'nt à moitié d eau ; de sorte qu assis. Ion en a jusqu’au gras de la jambe, on les fait aller avec des avirons extrêmement longs, et pouttus aux deux extiéimtés.

Les missitms (le Saii-Friincisco , (Je Sanla-Claia, de Saii-.)osepii. de Santa-Cniz relèvent du IVesidio de San-Franeisco; il est tenu de secourir et d’aider les padrès, et, lorscjue le cas l’exige, de leur fournir des soldats, sur-tout pour faire des excursions dans le pays. Quel([ue temps avant notre arrivée, il était revenu une de ces expéditions consistant en deux padri’s et douze soldats ; on avait voulu remonter le Rio- Sacrameuto (|ui se jette dans la baie au nord-est de la uiission. Par- tout les Espagnols avaient rencontré des ])eupladcs armées; mdle part ils n’avaient trouvé un bon accueil; ainsi, au bout d’une (piinzaiue de jours, ils avaient été obligés de revenir sans avoir pu essayer la moindre tentative.

Les rocbers, dans le voisinage de la baie San -Francisco sont ordinairemeul couverts de lions marins pl. XL

Sur terre les ours sont très - communs. Quant les Espagnols veulent se divertir, ils les prennent rivants, pour l^s faire battre contre des taureaux.

Les loutres de mer abondent dans le port et dans les environs; leur fourrure est un oljjet trop avantageux, pour (jue les Espagnols l’aient négligée. Eu Chine, une peau de loutre, de grandeur et de (pialité moyennes, se paie trente-ciu(| piastres; une de première (jualité, soixante-quinze ]>iastres ; de sorte (pie, fune dans l’autre, leur prix est de soixante piastres. Les meilleures doivent ('tre grandes, de couleur foncée, bien garnies de poils dont les extrémités doivent paraitre blanchâtres , ce cjui donne à la surface l’éclat de l’argent.

Les Russes de Sitka ( Norfolk -Sound siège principal de la compagnie d’Amérique russe , se sont établis dans la baie de la Bodega , à do’ au nord de San-Francisco. Ils ont pour chef, dans cette nouvelle loge, M. Kou.skof, qui est très-versé dans le commerce des pelleteries. Ils sont au nombre de vingt, et ont avec eux cinquante JVadiaks. Ils ont construit un petit fort qui est

immi d’une douzaine de canons. Le port ne peut recevoir t[ue des navires qui ne tirent pas pins de huit à neuf pieds d’eau. C’était auparavant l’entrepôt des marchandises que l’on vendait en contrebande aux Espagnols. M. Kouskof a actuellement dans son établissement des chevaux , des vaches , des moutons , et tout ce qui peut s’élever dans ce beau et excellent pays. 11 a eu beaucoup de peine à obtenir des Espagnols un couple de chacun de ces animaux ; car le gouvernement avait sévèrement dél’endn d’en laisser sortir.

Tous les ans M. Kouskof, aidé du peu de monde qu’il a avec lui, prend sans peine à-peu-près deux mille loutres; il est d’ailleurs obligé d’employer les bras de ses gens aux constructions et à l’arrangement de son établissement. Ces peaux de loutres sont ordinairement vendues aux Américains qui font la traite des pelleteries ; quand ceux - ci n’ont pas leur chargement complet , ils vont à Sitka, où ils prennent des peaux en échange pour du sucre, du rum , du drap, du nankin; mais comme la compagnie russe n’a pas, tlans ce conqitoir, un nombre suffisant de navires, elle charge souvent les peaux à fret sur les bâtiments américains, pour la Chine ou seulement pour Okhotsk.

Deux cent cinquante navires américains de Boston, Nev-York, etc. , visitent annuellement cette côte. La moitié fait la contrebande avec un profit énorme , sur toute l’étendue des côtes île l’Amérique espagnole baignées par le Grand -Océan, depuis le Chili jusqu’en Californie ■. aucun lieu de débarquement n’est oublié. 11 arrive très-souvent t|ue les bâtiments de guerre espagnols poursuivent les navires américains; mais ceux-ci étant très-bons voiliers , ayant un équipage nombreux , et en outre des armes pour se défendre , il leur arrive rarement d’être arrêtés.

Les meilleures marchandises pour les sauvages de la côte nordouest d’Amérique sont les fusils , la poudre , les balles et le

plomb à tirer. Le.s ('oiiteaux, de grosse couvertures de laine; de la nacre de perle du Grand Océan, qui s’enqiloie à fitire des ornements de tète et de cou. Très - fréquemment les tiavires .sont attaqués par les mêmes armes qu’ils ont vendues, et le jour même ipi’ik les ont livrées; mais, la plupart étant montés de huit à quatorze canons , ils sont en état de se défendre. Souvent même ils,’ tirent avantage de cet incident; car, en s’emparant <fun des cliefs de ces sauvages , ils sont sûrs d’obtenir pour sa rançon une grande ([uantité de marchandises , et d’avoir plus de facilités pour leurs achats.

Que le ciel préserve un navire de faire naufrage sur cette côte! On dit que, chez plusieurs des tribus qui l’halntent, ri'gne encore la coutume barbare de dévorer leurs prisonniers. Quand on construit une maison, quand on termine une affaire importante, qn met |)lusieurs esclaves à mort, de même que lorstpi’unc guerre est terminée. A la mort d’un homme, on enterre avec lui sa femme et les esclaves qu’il aimait le mieux.

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