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ILES ALEOUTIENNES
Ije 2g mars ( lo avril) 1817 le vent commença à souffler avec force du snd-onest; bientôt il sauta à l’ouest et au nord-ouest , et devint tl’une violence épouvantaltle. La tempête souleva les flots à une hauteur extraordinaire: poussées et emportées par l’impétuosité du vent, les pointes des vagues remplissaient l’air d’une humidité excessive et désagréable. Une lame vint frapper le beaupré et le fracassa. Cette tourmente dura un jour entier; enfni , le 3i le vent commença à s’apaiser.
Le 2 avril, il avait neigé abondamment; le vent nous était favorable; de sorte que le 4 nous espérâmes d’avoir le lendemain connais, sance des des Aléoutiennes. Nous le dîmes à Radon. Il n’ajouta pas foi à nos discours ; mais tpielle lut sa surprise, (juand le 5, de grand matin, nous aperçûmes effectivement les hautes montagnes de ces des, couvertes de neige! Nous avions devant nous Yonnaska : sur sa partie sud-est il s’en élève une cpii vomit continuellement de la fumée. Radou , déjà très-disposé à concevoir pour nous un respect profond, ne revenait pas de son étonnement de voir que nous possédions la science d’indiquer avec précision le moment on l’on découvrirait la terre. Il le dit à notre capitaine avec un air d’admiration qui n’excluait pas une certaine terreur.
Lèvent de iiord-esl, extrêmement fort, ne nous permettant pas d’avancer, nous ne vîmes que le 8 avril les Tchetirekli-sopotchmiya-ostrova , c’est-à-dire les îles des quatre piques.
Le temps était très-heau, le soleil dorait les cimes des montagnes couvertes de neige ; la température était assez froide. A dix heures du matin, nous découvrîmes Oiinalachka, à 3o milles île distance. Nous mimes toutes les voiles dehors, pour profiter ilu veut làvorahie; mais hientôt il fraichit de plus en plus et souffla avec iuqtétuosité ; la hrume vint obscurcir l’air, et la neige tomba si abondamment que toute la terre en fut couverte. Etant trèsprés de File d’Ouuuiac, nous courions le plus grand ilanger, car nous pouvions calculer que dans quelques moments nous serions jetés sur les rochers qui l’entourenl; heureusement une forte rafale venant de terre nous tira de péril. Après avoir louvoyé pendant toute la nuit, nous avons passé le 12 le détroit entre Ounalga et Ounalarhka. Le courant parcourait huit nœuds jtar heure ; le vaisseau voguait donc avec une très-granile vitesse, puisque nous avions vent arrii'i'c; ainsi nous eûmes déhouqué en très-peu de temps. Le vent augmenta ensuite de force, et devint contraire, de sorte ipie ce ne fut cpi’avec nue extrême difficulté et en courant les ])lus grands dangers , tpie nous pûmes, à huit heures du soir, entrer dans le port du Capitaine dans Ounalachka, oii nous laissâmes aussitôt tomber Faucre.
Le i'3, des canots du pays nous reinoripièreut ilans le port, et nous mouillâmes à quelques brasses tie la côte, prés du village d’Ouhdnk , principal établissement russe, sur les des Aléoutieunes. Tout le pays était encore couvert de neige. M. Krukoff, agent de la compagnie, et les habitants du village, vinrent nous complimenter.
On se mit sur le champ à réparer tout ce qui avait été endommagé dans la traversée en venant de Radak. M. Krukoff
MOUS donna un très-bon tronc d’arbre, dont nous limes un tnàl de J)eau|>ré.
Notre séjour en ce lieu devant être long, puisque nous étions obligés fl’altendre que la saison fût plus avancée, et que notre dessein était d’y prendre des boinnies et des embarcations pour nous aider à continuer la reconnaissante du détroit de Bérins;, que nous avions entreprise l’année précédente, on commença à construire pour nous de grands bateaux de cuir, et l’on fit des [trovisions pour les vingt-deux Aléoiites tpû devaient nous accompagner.
Oimalacbka est le siège principal de la compagnie d’Amérique, dans les des .Aléoutiennes. Le plus grand village aiu|uel les Aléoutes donnent le nom d’üululuk, reçoit des Russes celui de Seleniyé Dobrabo Soglasiya. Il renferme une cbétive église en bois, quatre maisons aussi en bois , et <à peu près une trentaine de cabanes lies indigènes, en terre. La |)opulation se compose de seize Russes, et a peu près de cent-cliK|uante Aléoutes.
Les fenêtres des maisons des Busses ont des carreaux de mica an lieu de verre; celles des .Aléoules sont garnies de vessies ou d’intestins d’animaux.
La compagnie tait tuer par les Aléoutes, les renards et les loutres marines. I.es peaux de renard sont extrêmement belles; il y en a beaucoup de noires: les peaux de loutre .sont aussi trèsrenonnnées; mais ces animaux sont j)lns rares. La compagnie paie ces peaux en marcbandises qui sont, du tabac, de Feau-de-vie, du nankin, du tlié , du café, du sirop de sucre et de la fai'ine, ainsi qu avec des vêtements en peaux d’oiseaux. Un renard se paie de trois à quatre roubles; une loutre de mer cinq roubles évalués en marcbandises : une baleine se partage ordinairement entre la compagnie et le chasseur. Quand l’Aléoute veut vendre sa part, il reçoit cinq roubles en marcbandises
L’Aléoiite peut tuer les phoques et les oiseaux, sans être obligé d’en rendre compte à la compagnie. On fait avec les intestins et avec les vessies des animaux de mer , des habits que l’on met par-dessus les autres tpiand il pleut, ou lorsque Ion va en mer. On façonne aussi avec les peaux des oiseaux, des vêtements tpii sont trè.s-chauds.
La compagnie d’Améritpie, qui a son siège principal à Sitka,
( Norfolk-Sound ) envoie presque tous les ans des navires à Ounalachka , [)onr prendre les peaux qui ont été rassemblées , et débarquer les choses nécessaires aux habitants.
Les Russes exercent rinspection sur les Aléoutes , sous les ordres d’un agent qui, de même que tous les autres, est subordonné au gouverneur résidant à Sitka. A cette époque , ce poste était rempli par M. de Baranoff. Les Russes qui demeurent à Ouualachka, sont généralement des hommes sans éducation , que leurs dettes ou même leur mauvaise conduite ont forcés <1 abandonner leur patrie. La compagnie tâche de les gagner à son service, leur avance de fargent, leur tait de grandes promesses, et les envoie dans ces contrées lointaines, oit ils restent ordinairement toute leur vie. Quoiqu’ils soient très-misérables, ds ne laissent pas tpie de jouer un certain rôle parmi les insidaires ; car, de même cpie dans les possessions espagnoles et ailleurs sur le continent américain , le nom de blanc suffit pour leur attirer des marques de respect de la part des indigènes. Un Russe reçoit tous les quatre ans au plus, i5oo à 2000 roubles, valeur en papier, eu marchaudises , parce que la compagnie n’arrête ses comptes que tous les quatre ans. On déduit les Irais, et sur le produit ou paie tous les employés; mais ils n’ont pas d’émoluments fixes. On leur donne ce que l’on appelle des parts, qui diminuent suivant les pertes de toute nature que la compagnie éprouve. Quelques employés u’ont qu’une part; d’autres
en ont deux; les diiecteui’s en ont jusqu’à cinq et six, et niènie vingt, suivant l’importance des places. Il n’est pas [tennis aux Fuisses de coinmercer avec les navires (jui arrivent; et leur interet leur ordonne de veiller à ce que les Aléoutes s’en abstiennent aussi.
La compagnie semble t’avoriser les dispositions des Musses qui veulent s’endetter; ceux ([ui ont perdu l’es[toir de retourner dans leur [tatrie [trenuent tout ce qu’on veut leur donner, et tout ce qui se trouve dans les magasins; la compagnie le voit avec plaisir; cependant elle ne le permet pas volontiers aux vieillards. Une fois nous avons assisté à la vente publi(|ue des effets d’un Musse ([ui, à sa mort , devait beaucouj) à la compagnie. Ses compatriotes avaient l’air de mettre de l’opiniâtreté à pousser les guenilles du définit à un prix du double plus élevé que celui auquel on aurait pu se procurer facilement des vêtements neufs; Fencbère resta au plus entêté, et la dette du défunt fut transférée au vivant. La compagnie laisse souvent ses employés inanijner des choses les plus nécessaires, par exemple de farine et de médicaments, et envoie souvent des objets ([ui ne peuvent nullement servir à ces gens. On vit arriver une fols une graiule (piantité de poudre à poudrer, de pommade, île boucles d’acier, de cbaines de montres, et d’autres antlijuailles; les magasins étant vides à cette époipie, les Musses prirent ces marcliandises , comme si elles eussent été tie première nécessité, et s’endettèrent. Dejiuis que M. Baranoff est gouverneur de Sitka, ces événements scandaleux ne se renouvellent plus ■. il fait des échanges avec les navires des Etats-Unis, et n’expédie à Ounalacbka que des objets utiles, à moins que les .Vmcricains ne le forcent de recevoir en paiement une si grande quantité de rhum ou de siroji, ([u’il est obligé à son tour de ne pas envoyer autre chose aux des. Les Américains prennent de M. Baranoff, les fourrures en échange de marchandises de Chine. La com-
pagiiie n’ayant pas ici de navires , on n’en ayant tpie de mauvais, ils portent ses fourrures à Okhotsk et se font payer en nature, ou bien ils les transportent à Canton pour son compte et gagnent prodigieusement.
Les Aléoutes sont traités différemment ; on ne les laisse pas s’endetter ; il y en a au contraire plusieurs dont les pères étaient créanciers de la compagnie.
Les des sont partagées en petits districts; chacun doit fournir à la compagnie les hommes dont elle a besoin [tour aller à la chasse aux renards, aux loutres et aux oiseaux. Les femmes Aléoutes font avec la peau des oiseaux, et avec les intestins des animaux de mer, des vêtements pour le compte de la compagnie. Chaipie femme reçoit en paiement, suivant la générosité du directeur, deux à trois aiguilles à coudre, et souvent il y ajoute le cadeau d’une feuille de tabac. Ces habits sont remis aux chasseurs; on en déduit le prix sur la somme qu’on leur donne tous les ans, et qui peut se monter à cinquante roubles en marchandises.
Il n’est pas aisé de peindre le caractère des .Aléoutes; ils sont doux, polis et même ranq)ants, faux, vindicatifs ; ils ont les vices et les défauts des hommes dépravés par les mauvais traitements. Ils croient toujours qu’on vent les tromper, .savent dissimuler, aiment à faire des présents et à en recevoir en retour, et les attendent des mois entiers; mais quand ils voient qu’on ne leur donne rien, ou que ce qu’on leur offre n’a pas une valeur assez haute suivant leur idée, ils redemandent, même après un très-long intervalle, les choses qu’ils ont données.
Ils aiment à flatter, mais non pas gratuitement. Quand ils conçoivent de l’inimitié contre cjnelqu’un, ils ne le font pas paraitre; ils attendent pendant des années l’occasion de se venger , la guettent, la saisissent , et prouvent leur ressentiment d’une manière atroce. Deux Aléoutes qui ont de l’animosité l’un contre l’autre,
vivent long-temps sons le même toit, ne s’adressent pas la parole, on, si cela leur arrive, ils se font des reproehes, toutefois sans s’éelianffer; ils ne parlent jamais tons les deux à-la-fbis; chacun laisse le temps à son ennemi et l’écoute tranquillement; tpiand il voit que son antagoniste ne lui dit [)lus rien, il commence à son tour; les heures et les jours jteuvent ainsi se passer sans f|ii’il survienne le moindre cliangement; il n’y a qu’un événement extraordinaire tpii puisse les réconcilier.
Les Vléoutes sont très-snperstitieux; ils croient à tontes sortes de sortilèges. Depuis rpie les Russes les ont convertis au christianisme, ils sont devenus très-dévots, et sont pénétrés de la vérité des dogmes de la religir)n. Tons vont à l’église les dimanchi'S et les fêtes; le plus âgé des Russes Ut la messe. Ils sont fermement persuadés que ce n’est que depuis le tenqis qu’ils ont connu cette religion, qu’ils ont pu être heureux.
Ils racontent diverses fables sur la création de fhonnne et sur leur origine. Les unsdisentqu’il y avait à Ounalachka, une chienne; un gros chien y vint de Kadlak à la nage. C’est de ces animaux qu’est issu le genre humain. D’autres rapportent <[u’il y avait à Ounalachk;i une chienne nommée Makakh ; un vieillard nommé Iraijlidadakh ai riva du nord et engendra avec elle un fils et une fille. Ces enfants étalent moitié homme et moitié renard. Le fils se nommait .-Icagnikakh. Ce couple a tlonné naissance à la race humaine. Le vieillard savait faire des hommes avec des pierres; il a aussi pourvu la terre de quadrupèdes , l’air d’oiseaux , la mer de poissons en y jetant des pierres. Il avait de l’afléction pour le genre humain, (pii se multiplia extraordinairement, de sorte (pie l’on voyait à peine des quadrupèdes et des poissons, parce qu’ils avaient tous été mangés par les hommes. Ceux-ci se voyant sur le point de mourir de faim, prirent le parti d’abandonner le pays, et d’en chercher un autre. Ils allèrent au nord; ils furent long-temps en
mer sur
leurs bateaux; plusieurs manquèrent de eourage et rebroussèrent cbemin; les autres ayant continué à avancer, virent une terre au nord et s’y arrêtèrent ■. plusieurs allèrent ensuite à l’est, trouvèrent un fleuve, s’établirent sur ses rives et y vécurent longtemps en paix. Un jour, un jeune homme lança, en jouant, une flèche de l’autre côté du fleuve : elle tomba malbeureusement sur un homme et le tua. Il s’ensuivit une querelle , on prit les armes; les premiers furent vainqueurs et chassèrent les autres dans les montagnes.
Voici ce qu’ils racontent de l’origine des loutres de mer ; Un jour un frère et une sœur devinrent amoureux l’im de l’autre; ne pouvant se marier ensemble, ils se précipitèrent du haut d’un rocher de la pointe orientale d’Onnalachka dans la mer, et furent métamorphosés en loutres de mer. C’est pourquoi les Aléoutes, qui mangent la chair de tous les animaux marins, s’abstiennent de celle des loutres.
Ces peuples sont très-adonnés anx plaisirs des sens et même à un vice infâme; cejtendant, depuis que les Russes se sont établis chez eux, il a beaucoup diminué i il est encore assez commun à Kadiak. Autrefois, quand des parents avaient un fils d’une jolie figure, ils l’élevaient comme une fille, lui en faisaient porter l’habillement, et le formaient aux travaux particuliers aux femmes; ([uand il avait atteint l’àge de quinze à .seize ans, ils le donnaient en mariage à un homme riche.
Kadiak a aujounniui un établissement très-considérable; on y a bâti une église ; il s’y ti'ouve deux moines qui instruisent les jeunes gens des principes de la religion et leur enseignent à lire. On dit que presque tous savent lire, et qu’à Ouualachka il s’en trouve aussi beaucoup qui sont parvenus à ce degré d’instruction. On s’y est pris d abord d’une singulière manière avec les .ôléoutes pour en faire des chrétiens i on les rassemblait par douzaines; on les
poussait dans une rivière, et on les y baptisait. On leur donnait une croix et une clieniise Itlanclie, propre. Plusieurs Aléoutes se sont présentés à diverses reprises pour être baptisés de nouveau, afin de recevoir la croix et la chemise.
Les Aléoutes représentent souvent dans leurs danses, lâchasse, la guerre, la marche des canots, et des événements entiers, ou leurs fables. Nous avons vu une de ces danses qui attira notre attention. Un .Aléoitte, armé d’un arc, faisait le chasseur, l’autre faisait l’oiseau, le premier se réjouit d’avoir trouvé un si bel oiseau, et le témoigne par sa pantomime; cependant il ne veut pas le tuer. L’autre imite les mouvements d’un oiseau <pii cherche à éviter le chasseur; celui-ci, après avoir long-temps résisté, bande son arc et tire; l’oiseau chancèle, tombe et meurt; le chasseur tlanse tie joie; cependant il finit par se chagriner, se repent d’avoir tué un si hel oiseau, et pleure sa mort : tout-à-coup, l’oiseau se relève, se translorme en une jolie femme, et devient sa bien-ainiée. Cette pantomime est accompagnée de chants et du .son des instruments.
Les Aléoutes aiment le chant et la danse. Leur tambourin est semblable à celui du détroit de Béring. Les danseurs se dépouillent de leurs vêtements jusqu’au nombril, et sautent alternativement avec les lènmies, en ayant les mains abaissées; la femme tient de chaque côté son long vêtement avec la main, afin tle sauter plus légèrement; leur physionomie u’exprime jtendant la danse ni joie, ni plaisir; on remarque seulement qu’ils sont hors d’euxmêines, et (pi’ils semblent d’avoir perdu le sens. Ils chantent presque toutes leurs chansons sur le même air.
ilB DES II.ES VLÉOÜTIESNES.
( lo )
Quok|irils aiment à chanter, ils veulent alors être seuls, ou se trouver avec leurs amis; s’il arrive quelqu’un qui les dérange, ils cessent aussitôt, deviennent de mauvaise humeur, et ne recommencent que lorsqu’on s’est éloigné. Il ne faut pas non plus les troubler quand ils causent amicalement avec un ami. Ils sont constants dans leur amitié, mais jaloux.
Les Aléoutes se nourrissent de coquillages, de baleines, de poissons, notannnent île morues; en été ils les mangent frais; et en font sécher pour l’hiver. Quelquefois ils les font cuire. Ils se servaient autrefois de pots de terre qu’ils fabriquaient; aujourd’hui ils emploient des vaisseaux de cuivre.
Ils sont bons chasseurs; ils tuent les animaux de mer avec un javelot qu’ils lancent par le moyen d’une petite bascule. La chasse aux oiseaux est la plus dangereuse, parce que ceux-ci, plaçant leurs nids dans les rochers sur le bord de la mer, il est trèsdifficile d’y grimper : quelquefois on ne peut pas s’y tenir. On gravit aussi sur ces rochers du côté de terre; oji se fait attacher autour du corps avec une courroie; et on prend avec soi une corheille pour y déposer les œufs des oiseaux. La courroie est empoignée par plusieurs hommes robustes, qui la lâchent peu à peu, et tiennent le chasseur suspendu en le dirigeant, d’après ses cris , à droite on à gauche, le soulevant ou l’abaissant, suivant qu’il rencontre des nids. Très-souvent les courroies se cassent, et le pauvre chasseur est déchiré par les pointes des rochers sur lesquels il tombe. Malgré ses dangers, cette chasse est celle que les Aléoutes préfèrent.
Ils vont ordinairement à celle des loutres de mer , dans de grands bateaux. Quand ils aperçoivent un de ces animaux, ils forment tout à f entour, un grand cercle (pi. IV); et comme la loutre marine nage avec beaucoup de vitesse , elle cherche à s’échapper hors de cette enceinte. Alors il dépend de l’agilité fies ramein-s fie décrire
de nouveau le cercle autour de l’aniuial. Étaul obligé de respirer souveiit, il se inoutro à la surface de l’eau ; alors ou le tue eu lui jetant de tous côtés des lances. Quand c’est une femelle avec ses petits, ou la voit se défendre jusqu’au tiernier moment. Elle les prend avec ses pattes de devant; et comme elle ne peut pas nager avec autant de vélocité, on la tue plus aisément.
La planche VIII re|irésente les bateaux des Aléoutes. Une des figures eu montre la carcasse, et l’autre le représente revêtu de peau. On les fait aller à l’aviron : ils marclient avec beaucoup de rapidité; mais cbavirent aisément, et ne se maintien nent droits que par fadresse du rameur. Cependant les Aléoutes s’en servent pour de longs voyages. On envoie des bateaux d Ounalaclika a Ivadiak et meme a Silka. Ils ne s’éloignent pas de terre; .s’il survient un gros temps, on attache plusieurs bateaux les uns à côté des autres : alors ils peuvent défier les vagues les [)lus furieuses. Les .Aléoutes, quand ils sont en mer, mettent devant leurs yeux une espèce de visière pour les préserver de l’atteinte des flots (pl. IV, V et VII).
Les femmes sont très-adroites à tous les ouvrages des mains; elles cousent avec beaucoup de délicatesse. Leurs fils sont faits de fibres de baleines. Elles tressent de jolies corbeilles avec de l’berbe qu'elles leigueut en orange, en rouge, en brun et en noir; et les décorent d’ornements très-agréables (pl. X).
Elles ont l’air très-modeste : cependant leur conduite ne répond jias à cette apparence. Les bommes n’ont pas l’air de se soucier beaucoup de leurs infidélités.
Apri‘S avoir fait à notre vaisseau les réparations nécessaires, voyant que la saison nous permettait de poursuivre notre navigation au nord, nous primes à bord les Aléoutes ipii devaient nous servir tie chasseurs et de rameurs dans le détroit de Béring et le 27 juin ( 10 juillet) nous mimes à la voile.