‹ Voyage pittoresque autour de mondeChapitre 3 sur 34 · DE CRÜNSTADT AU CHILI · texte numérisé non relu

DE CRÜNSTADT AU CHILI

J-^E 17 (29) juillet i8i5 le Navire le Riirick étant prêt à mettre à la voile, le comte Rmnanzoff vint à bord, et, après avoir tout examiné, nous dit adieu et nous souhaita un bon voyage. Le 18 on leva l’ancre et on partit.

Le 28 (g août) on arriva sur la rade de Copenbague, où M. Cbamisso et M. Wormskiold s’embarquèrent. Le 7 (ig) août on sortit du Rattegat; le 26 septembre on mouilla devant Plymoutb,et le 18 (3o) octobre on quitta l’Europe.

Après avoir aperçu, en passant, les Salvages, rochers situés entre Madère et les Canaries, on vit, le i5 (27) octobre, le majestueux pic de Teyde qui était encore à 80 milles de distance: le lendemain on laissa tomber l’ancre devant Santa-Cruz; on embarqua du vin et des rafraichissements , et le 20 (i novembre ) on remit à la voile. Ce ne fut que le 22 que l’on perdit le pic de vue. Le 28 on eut connaissaztce des iles de Brava et del Fuego, c[ui font partie de l’archipel du Cap-vert.

On parla, le 8 (20 novembre), au Bombay, vaisseau de la compagnie anglaise des Indes, qui dans sa traversée de Bombay à

Sous ce climat équatorial la ferre est, comme ou le sait, cultivée j)ar des nègres. Au Brésil leur condition est moins mailieureusc chez les propriétaires pauvres que chez les riches. Ils ne travaillent pas le dimanche. Pendant les fêtes de Noël on les laisse jouir d’une liberté presque illimitée. Ils se rassemblent en troupes de dix à vingt; leurs maîtres les habillent en soie avec des ornements bizarres qui consistent en plumes, en rubans et en petits miroirs. Chaque troupe a un chef qui est armé d’une épée; les antres ont des cimbales, des flûtes, des tambours, des morceatix de bambous tailladés de coches transversales; on passe dessus un bâton avec beaucoup de vitesse, et l’on produit ainsi une sorte de son rauque. Cette espece d’instrument se retrouve aux des Sandwich et à Taïti.

Ces troupes vont d’une maison à l’antre en dansant; et plus les trois jours s’approchent de leur terme , jdns ils mettent d’emportement dans leurs jtlaisirs; ils semblent qu’ils veulent remplir le temps par tics excès de tous les genres.

Les nègres aiment la danse, ils prennent ce divertissement le soir. Un nègre et nue négresse dansent seuls, souvent an son d’un instrument nommé Carimba par les Portugais , et Bansa par les nègres (pl. IV, fig. i ) ; il est représenté de- face. C’est une planchette, longue d’un pied , à l’extrémité de la([uelle des baguettes de fer aplaties sont fixées les unes à côté des antres sur un petit chevalet de fer on de Ijois qui les soutient: la planche est attachée à une moitié de calebasse. Des trous praticpiés de chaque côté dans celle-ci , servent pour la tenir, et pour lui faire rendre un son. On presse le bout fies baguettes de fer avec le ponce, et il en résulte une sorte de son plaintif. L’homme tpii joue de cet instrument .s’en sert pour accompagner un chant qin fait fréquemment verser des larmes aux nègres, de sorte que l’on voit les danseurs chanter et pleurer à-la-fois. (Planche IV, fig. 2, le meme instrument vu de profil.)

Parmi les arbres les plus cominims de Tîle Sainte-Catherine on remarcjne le Cocpieiro ( pl. V et VI). Ce palmier est peut-être le même (|ue le Cocos Chilensis de Molina.

Une partieularité commune au coqueiro et au cocotier du Chili, c’est tpie le premier, sur la eôte orientale, comme le second sur la côte occidentale de I .Vinérique, croissent au-delà du tropique. De plus, les représentations grossières du palmier que l’on voit dans les églises de la Conception au Chili peuvent convenir au coqueiro, et les Espagnols du Chili ayant vu mon dessin de ce palmier, le reconnurent pour celui de San-Yago. Nous avons donc pu siqjposer que c’était le même arbre.

Cependant comme nous n’avions pas la possibilité de résoudre le doute, nous avons préféré de faire une nouvelle espèce de coqueiro, et de la dédier à l’illustre personnage auquel notre expédition doit son existence:

Pl. V et VI,

COQUEIRO DE BRÉSIL.

('Cocos Romanzofjiana , Cham.J

Flos 9 gemmæformis, clau.sus. Calix auct. flore caso persistens, foveolam spadicis marginans, a-sepalus; sepala coriacea, brévia, interiüs paulo inajus, acutum. Cor. auct. sepala 6, semicalytræformia, arcte imbricata , coriacea, sidjlignosa. Geriuen pyramidale, obsolète triquetrum. Stigmata tria, sessilia stigma trilobum Juss. ). Drupa fibrosa, succo insipido, eduli tamen, monopyrena, magnitudine juglandis vel major ( mibi deest ).

Fhs c? Calix auct. sepala exteriora ,3 , minima , dentiformia , acuta. Corol. auct. sepala interiora 3, lanceolata , concava, val-

vata , coriacea. Stamitia (i. Filanienta hrevia. Aiitheræ adiiatæ, introrsæ , liiieares, bilociilares.

Le Spadix représenté dans la planche avait six pieds de loniJuenr. Il fut coupé avant son développement, et s’onvrit de luiinème en séchant. Ses l'ruits étaient toinhés.

Note de M. Kunth , sur le Coqueiro de Sainte -Cathenne.

«LeCo(|ueiro de Sainte-Catherine appartient prohahlenient au Retire Cocos , mais pour en avoir toute la certitude, il faudrait que ce palmier fût mieux connu. La description que M. de Chamisso a pu donner, surtout celle du fruit est trop incomplète. La noix a-t-elle les trois trous que l’on rencontre dans les cocos ordinaires? S’ils existent, qu’elle est leur situation? L’emhryon est-il basilaire, latéral ou terminal ? Comment les fleuis mâles et femelles sont-elles rlistrihuées? Y a-t-il des individus mâles et femelles, on les deux sexes sont-ils réunis sur le même |ialmier? et alors le palmier |)orte-t-il des spadices mâles et femelles ou un tnéme spadice présente-t-il les deux sortes de (leurs? Ce dernier cas me parait le plus probable, parce qu’il a lien dans le genre Cocos auquel M. de Chamisso lui-même rapporte le Cocpieiro du Brésil. Dans im ovaire, que j’ai analysé , j’ai trouvé au centre un grand creux et vers la périphérie trois cavités à égales distances, qui me paroissent être autant de loges, mais dans lesquelles je n’ai pas pu voir des ovules.

«Le Coqueiro a beaucoup de ressemblance avec le Cocos nucifera de Linné et le Cocos butyracea du supplément. Mais il en diffère principalement par la petitesse de son fruit et par la structure de ses fleurs mâles. Les trois divisions intérieures du calice ( corolle de Linné ) sont plus étroites que dans le cocotier ordinaire et pins larges que dans le Cocos butyracea.

«Le Coi'os eliileiisis de MoliiKi est un piilinier très-iiiiparfaiteinenl ('oiinu. S’il esl le même que notre .liihæa speetabills ( Nov. Gen. et Spec. plant, æquin. tom. i. p. 3o8j, comme j’aime à le croire, il ne peut point être confondu avec- le Coqueiro de Ste. Catherine. Le témoignage des habitants du Chili, qui ont reconnu le Coqueiro pour leur |jahnier, ne me parait mériter aucune attention , (piand il s’agit d’une famille île plantes oii les genres et les espèces se distinguent souvent par des caractères très -difficiles à saisir, même pour un botaniste hahile.

«Je regarde par conséquent le Coqueiro comme une nouvelle espèce ; et le nom de Cocos RomanzolFiana , proposé par M. de Chamisso.me parait propre à rappeler le protecteur de l’intéressante expédition de M. de Ivotzebue. »

Nous vîmes presque continuellement, surtout aux environs des des Falkland et depuis la rerre-de-Fen jusqu’au caj) de la Victoire, llotter à la surface de l’eau une espèce de Goémon que M. de Chamisso a dessiné, et dont, avec son agrément, je donne la figure.

Le y (ig) janvier 1816, on eut connaissance île la Terre-de- Feu. Le .3i (i 1) février, on laissa tomber l’ancre devant le village de Talcaguano dans la haie de la Conception. Ainsi nous n’avons mis que quarante-cinq jours à venir de Ste. Catherine au Chili, en douhlant le cap Horn , traversée extraordinairement courte.

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