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Le 20 décembre 1816 (1% janvier 1817 ) au soir, nous eùmes connaissance d'une terre ; nous en déterminames la position à 105 de latitude nord, et 188! 50 à l'ouest de Greenwich (190° 20° O. de Paris ). Comme il était assez tard quand nous nous en fümes approchés, nous tinmes le large pendant la nuit. L'ile nous parut petite, longue au plus de deux milles marins, large d’un et demi, basse et boisée. Les cocotiers Ss'élevaient au-dessus des autres arbres; et nous remarquämes qu'il n'y en avait pas un qui fut tres-vieux.
Le or, de bonne heure , nous étant approchés de File, nous ne tardames pas à y apercevoir de la fumée ; indice que cette terre était habitée. Effectivement , quelques instants aprés, nous vimes venir à nous plusieurs pirogues à la rame, chacune montée par quatre à cinq hommes. Ils nous accostérent sans mon- “er la moñidre crainte, et, nous faisant des gestes d'amitié, nous montrerent des eocos et des fruits de baquois, ainsi que des écales de cocos pleines d'eau douce. Nous leur jetämes des cordes: ils y attacherent leurs marchandises, et nous les offrirent. Nous leur donnämes des grains de verroterie et du fer. Ils eurent l'air de ne faire aucun cas des verroteries, et témoignérent au contraire beaucoup d'empressement pour le fer. Nous obtinmes
d'eux plusieurs parures en coquillages qui étaient tres-artistement
(2) faconnées ( pl. IE), quelques lances faites d'un mauvais bois, les unes pourvues, au-dessous de la pointe, de crochets retournés en arriere ( pl HE, fig. 2.3. 4), d'autres garnies de dents de requin, et une arme qui ressemblait à un sabre pl. D, fig. 1): du coté tranchant elle était munie de dents de requin. Is nous donnérent
enre MUreX, QUI avait SErVI de trom-
aussi un coquillage du ge
pette ( pl. Il, lie. 5,
Nous mimes bientôt nos canots dehors, et nous allimes à terre. Toutes les pirogues qui nous avaient accostés reprirent avec nous le chemin de File: d'autres vinrent à notre rencontre. Les insulaires se rassemblerent sur le rivage au nombre dune centaine , tant hommes qu'enfants US apercevions les femmes cachées dans les buissons.
Un banc de corail, partant de la cote, s'étendait à une centaine de brasses en mer: il était couvert de deux pieds d'eau tout au plus: et à son extrémité au large , nous avions peine à trouver fond avec une ligne de quarante brasses. La mer brisait sur cet écueil avec tant de force, que nous ne pümes essayer d'y aborder avec nos canots.
Autant les insulaires avaient montré de dispositions amicales et de bonne foi, en trafiquant à notre bord, autant ils devinrent perfides et insolents, quand ils virent que dans nos deux eanots nous étions quinze au plus.et que leur nombre était du double plus considérable. Ts nous vendirent des écales de cocos remplies d'eau de mer, au lieu de Fêtre d'eau douce; et ils voulurent nous arracher par force, les fruits de baquois que nous leur avions déja payés. D'autres saisirent nos canots, pour en enlever le fer dont ils étaient garnis. Alors nous fimes tous nos efforts pour nous éloigner; et, le vent ayant un peu fraichi, nous fûmes bientôt au large.
Nous nommames ces iles Ostrov Novaho Goda (iles du Nouvel an).
Nous apprimes par la suite que les insulaires les appelaient Wedid.
Le 23, vers midi, nous vimes la terre ; elle était composée de plusieurs petites iles couvertes d'arbres ; une seule offrait de vieux cocotiers. Quelques-unes s'élevaient à peine au-dessus de la surface de la mer, et consistaient en une plage sablonneuse d'une blancheur éblouissante. Le sol de toutes n'était pas à plus de cinq ou six pieds au-dessus de la mer, et ne présentait que du sable.
Le 24, nous étant approchés tres-près de terre, nous reconnümes que toutes ces iles, dont le nombre se montait environ à soixante, n'étaient éloignées lune de l'autre que d'un huitième, ou d'un quart de mille au plus ; quelques-unes même n'étaient séparées que par un espace large à peine de cent brasses ; et de lune à l'autre S'étendait un récif que sa couleur rouge faisait distinguer en différents endroits, à la superficie de leau, et sur lequel la mer brisait. Ainsi ces iles formaient réellement un anneau. Nous avons taché de trouver un passage dans le récif, afin de pénétrer dans son intérieur, où l'eau, abritée par la ceinture de rochers, était parfaitement tranquille, et formait un bassin qui avait quinze à seize milles de longueur. Bientôt nous avons apercu, à notre grande Joie, sous le vent du récif, trois passes, qui pourvaient avoir à-peu-près cent cinquante brasses de largeur.
Nos canots ayant sondé la profondeur de ces passes , trouvèrent dix-neuf, vingt-deux, et mème vingt-six brasses d'eau dans le plus proche. En dehors, tout auprés, on ne trouvait pas fond à cent brasses ; dans l'intérieur, on y atteignait à vingt-huit. La profondeur de l'eau était tres- variable sur le récif formé de corail rouge ; elle différait de deux brasses et demie à six brasses.
Le 24 décembre, nous sommes entrés heureusement, à l'aide du flux. Par-tout nous avons trouvé vingt-cinq à vingt- huit
brasses, fond de madrépores et de bancs nombreux de corail,
que lon distinguait de loin, parce que la mer paraissait blanche
au-dessus. Nous nous sommes approchés d'une petite ile au
(4) Nord-nord-ouest du groupe ; et ayant trouvé dix brasses de profondeur sur un assez bon fond de sable, nous avons laissé tomber Fancre.
Bientot nous avons vu trois hommes marcher sur la plage sablonneuse dune ile peu éloignée de nous.
Nous avons débarqué sur a plus proche, que nous avons nommée Ostrov Rojestva Christova de de Noël). Le rivage était composé de sable formé de débris de corail et de madrépores. On voyait par-tout des cocotiers et des baquois. L'ile avait à peine un demi-mille marin de long. La végétation y était visiblement plus vigoureuse dans la partie sous le vent .que dans celle qui lui était exposée, où les plantes étaient flétries et basses.
Une grande pirogue qui portait une immense voile triangulaire, ne tarda pas à savancer vers notre vaisseau. Tout le monde retourna aussitôt à bord. et nous attendinies impatiemment la visite des insulaires 2 mais ils amencrent leur voile et resterent en place, a deux portées de fusil de distance. HS nous montrerent cependant des cocos et des fruits de baquois, en eriant souvent le mot Zidara. Nous apprimes par la suite qu'il signifiait ami. Nous les appelames : DATE ils ne vouluient pas s'approcher. On leur CHVOYA OUR petit canot, qui fit des échanges avec eux. ES ne prenaient pas volontiers les grains de verroterie ; au contraire, ils échangeaient avec plaisir leurs fruits contre du fer. Le trafic ter mine, ils Sen allerent.
Le 26, li meme pirogue sortit: mais tous nos efforts pour lengager à nous accoster furent inutiles. Notre canot, dans lequel se trouvaient notre Heutenant. ME Schischimaretf et M Chamisso. naturaliste, alla vers Pile d'où elle était venue. Nos cens v débarquerent : les insulaires de Ta pirogue descendirent aussi à terre. Nos gens ne trouverent sur le rivage que trois femmes et quel-
ques enfants qui, à l'aspect des étrangers, Senfuirent dans Îles
bois; mais tous en sortirent quand ils virent débarquer les hommes de la pirogue. Ces insulaires paraissaient tres-craintifs: néanmoins ils ne tarderent pas à se familiariser, quand on leur ent fut présent de morceaux de fer. Is nous mencrent dans des cabanes tres-propres et nous offrirent des fruits de baquois , ainsi que du jus de ce fruit qu'ils exprimerent en notre présence. dans de grandes coquilles.
Ou leur donna diverses graines, entre autres de melons et de melons d'eau, en leur indiquant comment il fallait les semer, et on leur demanda de Feau fraiche. HS montrérent une citerne. dans laquelle ils recueillaient l'eau de pluie, et où elle se conservait tres-pure ,; mais avec un gout assez fort. Nos canots revinrent bientôt à bord.
On avait parcouru toute cette ile, et pourtant lon nv avait rencontré que treize personnes.
Deux jours apres, les canots retournérent à terre: les insulaires ny étaient plus 5 ils s'étaient embarqués sur leurs pirogues , et avaient fait voile vers les iles situées au Sud-ouest. Nous laissames sur ile cing chevres, avec une poule et un coq, el nous semames différentes graines. On y voyait plusieurs maisons qui étaient assez grandes. Les rats y étaient en quantité prodigieuse, et ne semblaient pas avoir du tout peur de nous.
Le 31 décembre, le temps fut tres-variable, par rafales et par
13 )janvier 1817, nous avons mis nos canots dehors,
et nous sommes partis dans le dessein d'examiner plus attentive-
ment le groupe d'iles, et de faire connaissance avec leurs habi-
tants. Arrivés à un lot éloigné d'environ un demi-mille marin €
de notre mouillage, nous y avons vu plusieurs cabanes qui tom-
baient en ruines, et, sous un arbre, une petite provision d'eau
fraiche conservée dans des écales de cocos : une pirogue était tirée
(6, a terre, elle avait dix -sept pieds sept pouces de long, un pied dix pouces de large, trois pieds sept pouces de profondeur, Le mat était long de dix-sept pieds six pouces, la vergue avait vingt trois pieds quatre pouces de long. Cette pirogue était munie d'un balancier, qui glisse dans la mer avec le batiment et l'empèche de chavirer: un autre balancier ne serc qu'à porter les vivres.
Un coté de la pirogue était perpendiculaire, l'autre arqué : le premier est toujours sous le vent quand on navigue, afin d'empêcher le batiment de dériver, car ceux de cette espece ne sont destinés qu'a voguer contre le vent : il était fait de plusieurs planches cousues ensemble.
Quand les insulaires veulent faire changer de route à la pirogue, ils mont pas besoin, ainsi que nous l'avons vu par la suite. de virer de bord, ils se contentent de tourner la voile qui est attachée au haut du mat.et lon transporte d'un côté à l'autre la partie inférieure, Le grand balancier est toujours du côté d'où vient le vent. Un gouvernail placé à Farricre de la pirogue, dirise sa marche.
Nous avons passé la nuit sur cette petite ile, et le 2 (14
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vers nudi, nous étions prets a continuer notre voyage , quand NOUS avons apercu deux urandes pirogues arriver sur nous a pleines voiles. Bientot elles ont amené leur voile et sont restées tranqui es. usIeurs insulaires se sont Jjetes à la met et ont na-
ue vers nous. Un vieillard, le plus faible de tous, fut celui qui se hasarda le premier à venir à nous. tint un long discours, dans lequel il prononca souvent le mot aidara !amt,. Nous avons invité les autres à venir nous trouver et nous leur avons donné beaucoup de fer. Ayant appris que nous avions un chef, ils nous montrerent aussi le leur, qu'ils nonmmaient Yi et Ferut. Us nous firent remarquer qu'il avait non-seulement la poitrine et le
dos tatoués comme eux. mais aussi les côtés.
Ils étaient une quinzaine ; ils rirent avec nous, nous regardérent d'un air de curiosité craintive. Leur ayant annoncé que nous voulions aller à l'ile d'où ils étaient venus ils eurent Pair de nous y inviter.
Quand nous nous assimes dans nos canots, et que nous leur fimes signe de naviguer de conserve avec nous, ils semblérent y consentir ; mais ils se dirigerent vers notre vaisseau , pour le considérer de plus pres.
Avant fait route au Sud, nous avons vu plusieurs iles trèspetites, toutes plantées de jeunes cocotiers et de baquois. Nous apercümes sur chacune des cabanes, une quantité de rats, mais pas un seul habitant.
Le 4 (16; janvier, nous sommes retournés à bord. Le lendemain nous avons fait route vers les iles du groupe les plus éloignées; mais les fréquentes rafales ne nous permirent pas davancer beaucoup.
Le 6 (18, nous avons débarqué sur une ile qui, de toutes celles que nous avions visitées jusqu'alors, nous parut La plus abondante en cocotiers.
À peine étions-nous à terre , que huit hommes armés de lances s'avancerent vers nous. Un vieillard nous donna des cocos et des fruits de baquois, et y Joignit quelques fruits à pain. Les femmes s'étaient cachées dans le bois: elles revinrent bientot, et nous firent présent de guirlandes de fleurs et de coquillages. Nous vimes en tout vingt-trois personnes.
Le 7 [19 ,, nous sommes allés presque tous à terre; les insulaires nous accueillirent très - amicalement, et nous offrirent du jus de coco pour nous rafraichir.
Nous avons trouvé un tombeau qui avait quinze pieds de long sur dix pieds de large ; il était tout entouré de pierres : il rest
permis à personne de marcher dessus. lgnorant cette particula-
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rité, nous voulions monter sur élévation que le tombeau formait: aussitôt tous les insulaires nous crierent : emo éme. Nous apprimes par la suite que ce mot avait ie la mème signification que celui de tabou dans les autres archipels du Grand-Océan.
Ces hommes nous considérerent avec la plus grande attention. Is Sétonnerent beaucoup de ce que notre poitrine n'était pas de la méme couleur que notre visage et nos mains. Souvent en regardant nos habits, ils Sécriaient : #70, tro (admirable, admirable)
Les noms de nombre de ces insulaires sont: