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Le 14 mars nous avons quitté les iles Radak, et nous nous sommes dirigés vers les iles Aléoutiennes.
Kadou ne tarda pas à saccoutumer avec nous, et se conduisit
absolument comme un Européen. Etant naturellement imitateur .
il nous divertit beaucoup ; il apprit, en très - peu de temps,
plusieurs mots russes, et comme nous avions retenu un orand nombre de mots des iles Radak. nous parvenions à nous comprendre mutuellement.
[nous parla beaucoup d'Ouléa, sa patrie, ainsi que des iles voisines, QUE nous connaissons sous le nom d'archipel des îles Carolines. Kadou les avait parcourues toutes, et avait même visité les iles Pelew. Ses récits nous apprirent que ses com patriotes étaient des navigateurs hardis, et cntreprenaient souvent de grands voyages par mer. En effet, nous sûmes aux iles Mariannes que les habitants des Carolines font tous les ans , au mois de mai, le voyage de File de Guaham pour y échanger, avec les Espagnols, leurs pirogues et leurs coquillages contre du fer.
Kadouw nous raconta que ses compatriotes faisaient un long voyage à une ile, dont il ignorait le nom, pour % aller chercher du fer; elle était visitée par de grands navires comme le nôtre, et les insulaires nommaient le fer la -lu; cest le nom que les naturels de Guahaim donnent à ce métal.
Nous nous convainquimes que Kadou était tres-versé dans la connaissance des étoiles; mais il lui préférait nos boussoles, car il voyait que, méme dans les temps brumeux et couverts, on pouvait régler sa route avec cel instrument, tandis que les habitants des iles, n'ayant que les étoiles pour se conduire, sont fort au dépourvu quand ils ne les apercoivent pas.
Les insulaires de Radak sont aussi de bons navigateurs : leurs pirogues , de mème que celles des Carolines, sont construites pour pouvoir marcher contre le vent, et leur ressemblent beau-
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coup. Les planches XL et XIE montrent les pirogues de Radak : la planche XVII celles des Carolines.
D'apres les récits de Kadou et nos propres observations, les habitants de Radak ne rendent pas un culte publie à un être suprème. Cependant on voit ordinairement dans le coin oriental de leurs cabanes divers objets entassés, tels que de petits cailloux, des feuilles de cocotiers, des cocos, des têtes de poissons. Lorsque nous Y touchions , où même lorsque nous les regardions , les insulaires montraient de Pimpatience et nous criaient aussitôt émo! émo! Nous primes donc juger que cétaient pour eux des choses sacrées.
Nous vimes aussi plusieurs fois, autour du cou des chefs, des cordons de feuilles de baquois noués d'une manière particulière
pl. LE), I nous parut qu'ils avaient aussi quelque chose de sacré; enfin le tatouage nous sembla aussi appartenir à ce qui concerne la religion: car quelques-uns de nos compagnons de voyage avant demandé à être soumis à cette opération, ne purent y parvenir, les chefs la différant toujours. Kadou nous dit que cela ne pouvait se faire sans la permission de la divinité, et qu'il fallait Fimplorer pendant plusieurs nuits consécutives; alors on entend un sifflement qui est le signal de Fapprobation. Cependant tous les hommes âgés de plus de vingt ans sont tatoués: les fenmes recoivent cette parure quand elles arrivent à dix-sept ans ; mais ce nest que dans l'ile d'Aour que le tatouage est pratiqué.
Suivant le récit de Kadou, un homme peut épouser plusieurs femmes ; ordinairement il se contente d'une seule; les chefs en ont deux. Les femmes sont extrèmement fécondes ; mais la mere tue sans pitié tous les enfants qu'elle met au monde, quand elle en a déja trois ; elle se défait de mème de ceux qui naissent faibles où mal conformés.
Comme chez la plupart des peuples dans l'enfance de la civi-
lisation, la pudeur et la chasteté sont étrangeres aux idées de ces
(19) insulaires, un homme peut offrir sans déshonneur, à un autre. les faveurs de sa femme: un pere livre sans rougir sa fille aux embrassements d'un étranger.
Toutefois ils sont moins déréglés que Îles habitants des iles Sandwich. Nous n'avons pas apercu parmi eux de maladies vé-
nériennes ; cependant Kadou nous dit qu'ils en connaissent une
qui lui ressemble beaucoup. Si celui qui en est attaqué ne se
hâte pas de recourir aux vieillards qui connaissent les vertus des simples, il meurt en peu de Jours.
Il parait que la guerre régne ordinairement dans les iles Carolines , excepté néanmoins dans File Ouléa, où l'on jouit d'une paix continuelle. Éap est au contraire la plus troublée; elle est partagée entre plusieurs petits chefs. Quand l'un d'eux, où un de ses sujets, se croit offensé par un autre, il sonne aussitôt de la conque , rassemble tous ses sujets, déclare que la guerre est inévitable, et envoie à l'instant instruire ses adversaires de cette détermination, On met en ordre les armes, qui consistent en javelots de bambous, en longues piques de bois et en frondes. Chacun se barbouille le corps de rouge, de noir et de blane, et le visage de sue jaune de curcuma, pour avoir l'air plus terrible, et orne sa tête de fleurs ; on chante et on danse toute la nuit: au lever du soleil, tout le monde se rend au lieu fixé pour le combat, et où le parti opposé est déja arrivé. Alors commence la bataille , qui se donne avec le plus grand ordre. Les chefs ont des conques pour trompettes.
Au coucher du soleil ils donnent le signal, et tout le monde fait retraite. On ne songe plus qu'à danser, à se divertir, à se reposer; mais quand le soleil reparait sur lhorizon, les deux partis se montrent de nouveau sur le champ de bataille. On fait des deux côtés les plus grands efforts pour s'emparer du corps
d'un chef ennemi, après lavoir tué ; si l'on y parvient , on le coupe
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en petits MOrCeUx que l'armée mange sur le lieu avec une espéce de fureur, Quand on à, de part et d'autre, dévoré de cette maniere un ennemi, la guerre se termine: on s'envoie respectivement de jeunes filles en ambassade : elles sont couronnées de fleurs et apportent des fruits en présent. On commence une fête générale.
Nous avions vainement essaye, pendant plusieurs semaines, de demander à Kadou ses idées sur Dieu: il faisait tous ses efforts pour nous comprendre, mais inutilement. Enfin, un jour il y réussit; son visage était enflammé, tout son corps tremblait; «ah: S'écria-t-il, vous voulez savoir le nom de celui que nous ne voyons ni mentendons»; en même temps il se bouchait les yeux et les oreilles: €son nom est Faoutoup »: lui ayant demandé où il demeurait. il montra le ciel.
Kadou croyait beaucoup à la vertu magique de plusieurs chansons pour calmer les vents. Quel fut son étonnement, lorsque parvenus dans les mers au nord du tropique en allant aux iles \léoutiennes. il vit que les vents, malgré ses longues ballades, malgré les gestes dont il les accompagnait pour leur montrer de quel coté ils devaient se diriger, malgré ses crachements fréquents, ne lui obeissaient pas. ne pouvait revenir de sa surprise; «Oh! nous disaitl, dans les iles d'où nous venons et dans ma patrie, les vents ne peuvent pas durer plus de temps qu'une chanson ». L'assertion de cet insulaire n'était pas dénuée de fondement; car on sait qu'en général, entre les tropiques, les coups de vent ne durent souvent que quelques minutes, Où au plus quelques heures.
Le froid génait beaucoup Kadou, nous en étions incommodés nous-mémes: le thermometre marquait 18 degrés, et nous étions
obligés de changer nos vêtements légers des tropiques contre
d'autres plus chauds. Kadou était aussi vètu fort chaudement :
il vit pour la premiere fois tomber de la neige, quand nous fümes par le parallele de 50° nord: ce phénomène le surprit beaucoup.
Quand nous le primes à bord, nous lui dimes que nous serions deux mois en mer sans voir la terre. il n'en parut pas effravé: mais avant passé plusieurs semaines Sans apercevoir, il n'ajouta plus foi à nos discours : il crut que nous étions, de mème que lui, poussés loin de son pays par les vents, et que nous le cherchions en vain. Cependant, avant observé que nous étions tranquilles et que rien ne manquait à bord, ses imquictudes cesserent bientot.
I portait à son cou un cordon sur lequel il marquait le Letnips par des nœuds ; mais son calcul manquait l'exactitude, I attachait un grand prix à son collier de coquillages. 1 nous raconta que dans la derniere QUCrre , lorsque les insulaires d'Arno vinrent pour piller Nour, il prit part au combats il avait vaincu un ennemi et se disposait à lui couper le cou avec un coquillage: tout-àcoup une jeune file éplorée accourt. se jette à ses pieds et lui demande grace pour son pére: ému par ses larmes, Kadou éparona la vie du pere. La jeune fille, éperdue de joie de voir son pére sauvé, pria Kadou d'accepter son collier en témoignage de sa reconnaissance: Kadou le recut avec plaisir. Le pere lui proposa d'épouser sa fille et linvita à venir demeurer à Arno, où il l'appellerait son fils. Quoique li jeune fille plat beaucoup à Kadou, il rejeta l'offre, ne voulant avoir rien de commun avec les ennemis de Radak : mais il promit de porter le collier toute sa vie.
Durant les premiers jours qu'il fut à bord, sa curiosité était excessive : 1} voulait tout voir. Bientôt il examina tout avec indif férence , étant rassasié de nouveauté : et enfin il regarda tout comme possible.
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Kadou était gai, savait se faire amer des officiers et estimer des matelots. Souvent il nous chantait toutes les chansons qu'il savait il était fier d'avoir tant voyagé: il aimait sur-tout à chanter un air de File d'Eap, qui ressemble beaucoup à un autre de Radak. Cet air à souvent retenti sur la cime des monlignes neigeuses d'Ounalachka ; Kadou passait quelquefois des heures entières à le répéter: alors le souvenir de sa patrie et
de ses voyages le touchait jusqu'aux larmes.
ISLES CABOLINE