‹ Voyage pittoresque dans le BrésilChapitre 24 sur 38 · Div., 2.° Cah. — 7.° Liv · texte numérisé non relu

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C12) quittent la place que fort lentement. Quand ils ont fait de la sorte un court trajet, ils courent avec précipitation se remettre à l'endroit d’où ils sont partis et recommencent la même marche. En même temps ils exécutent avec la partie supérieure du corps, avec les hanches et avec leurs mains; qu'ils joignent en les tenant devant la partie inférieure du corps, des mouvemens uniformes de l’un à l'autre côté, Ils accompagnent ce genre de danse, si toutefois on peut l'appeler de la sorte, d'un chant monotone qui tient du hurlement; car ils répètent sans cesse quelques mots et quelques exclamations. Le sens de ces paroles varie selon les diverses causes de la fête. Ainsi les Pasuris, après un combat contre les Botocudos, en célébrèrent une, pendant laquelle ils répétaient sans cesse : Ho, ho, Bugre ita najy! ce qui veut dire : Ho, ho, le Botocudo a été renversé! De pareilles fêtes, surtout lorsqu'elles sont célébrées la

nuit, ce qui arrive presque toujours, font sur Européen une impression qui n'est

rien moins qu'agréable, et la manière dont ces hommes expriment leur joie a quelque chose qui fait horreur. Plus ils sont échauflés par l'usage du chica, plus leurs hurlemens deviennent confus et sonores, plus aussi la danse et les mouvemens du corps s'animent et s’accélèrent. Quand une de ces fêtes précède une entreprise guerrière, les chefs en profitent souvent pour exciter l’ardeur de leurs compagnons par des allocutions conformes à la circonstance. La maraca joue un grand rôle dans ces fêtes; c’est une gourde vidée, qu’on a soin de remplir de cailloux, afin de battre la mesure en l’agitant comme une crécelle. Les sauvages du Brésil ont aussi une sorte de flûte à l'usage des femmes. Parfois les enfans et les jeunes gens s'amusent à l'exercice du tir : le plus souvent on prend pour but le bras ou la tête d’un ennemi renversé, que l'on élève au bout d’une perche. Le jeu appelé Tumarim, est plus paisible : on lance de la main de longues flèches contre une autre flèche fichée en terre.

Une solennité d’une autre espèce consiste dans les duels à coups de perche, qui sont usités chez les Botocudos sous le nom de Giacacica; ils ont ordinairement pour cause des querelles de chasse entre les diverses hordes d’une même tribu, chacune se réservant une certaine étendue de territoire pour y chasser. Les duels ont lieu aussi par suite de contestations entre les membres d’une même horde, ou bien pour des différends qui s'élèvent entre le mari et la femme, dont les parens prennent le parti. Au surplus, ce que quelques voyageurs rapportent d'un roi des Botocudos et des grandes fêtes qui accompagnent lopération des lèvres pour les jeunes garcons, n’est absolument qu’un conte ridicule.

En général, les maladies sont rares parmi les tribus sauvages des Indiens : les bles-

sures sont plus fréquentes, et surtout celles des yeux, qui sont atteints par des branches d’arbres ou des épines. La médecine des sauy ages, ainsi qu'on peut le penser, est entièrement simple. Leur remède ordinaire est de se coucher dans leur hamac et de demeurer quelques jours tranquilles et sans prendre de nourriture. Quand cela ne les guérit point, ils s'adressent aux Pajas, qui sont à la fois médecins et conjurateurs ou magiciens. Les véritables moyens curatifs pratiqués par eux, consistent en fumigations, en. frictions, en saignées, en ventouses. On suspend dans un hamac et sur un brasier de charbon ceux qui ont la fièvre, et pour faire transpirer le malade par la fumée, on jette sur ce brasier des herbes fraiches et des branches de diverses espèces. On couche dans la cendre chaude celui qui est aflligé de rhumatismes; on lui masse et on lui frotte tout le corps, tandis qu'en même temps on lui souffle de l’haleine dans la bouche et dans le nez; parfois aussi on le frotte de salive. On se sert, pour les saignées, d’un petit arc et d'une flèche à pointe de verre ou de cristal, et cette pointe n’a que la longueur nécessaire pour atteindre le but qu'on se propose. Il est rare que lon manque la veine. La ventouse se fait au moyen d’un couteau ou d’une pierre aiguisée, après que l’on a fouetté avec des orties la partie où on veut l'opérer. Les sauvages connaissent peu, où même pas du tout, les remèdes intérieurs. Quand les moyens curatifs ordinaires ne réussissent pas, ils ont recours aux Conjurations.

On trouve chez la plupart des Indiens la croyance en de méchans esprits qui apparaissent sous diverses formes; ils ont aussi Popinion que les morts reviennent:

mais ces superstitions sont plus fréquentes chez ceux qui sont en relation avec les

colons ; c’est pourquoi il est vraisemblable qu'ils doivent à leurs voisins civilis ces idées, qui, dans la réalité, constituent tout ce que l'on pourrait en eux qua-

lifier de c

ance en des êtres d’un ordre supérieur. Les Pajas, au surplus, ne

jouissent pas parmi les Indiens d’une grande considération, et il n’est pas rare de voir des parens se venger sur le malheureux médecin quand une cure ou une conjuration ne lui réussit pas et que le patient succombe. On consulte aussi les auteurs de ces conjurations sur le succès d’une chasse, d’une opération guerrière, sur le choix d’un lieu pour y séjourner, sur le nombre des ennemis et sur le but qu'ils se proposent. Pour répondre à ces questions, les Pajas citent les esprits de leurs ennemis, et ceux-ci apparaissent et s’évanouissent sans être vus que de l’auteur de la conjuration ; leur voix alors fait entendre diflérens sons, elle imite parfois le cri des animaux : caché derrière un buisson, le Paja les interroge à haute

voix, et recoit leur réponse.

L’enterrement des morts donne lieu quelquefois à une sorte de cérémonie fu-

nèbre. Un chef prononce quelques paroles, et les femmes jettent des cris lamentables. Dans quelques tribus les morts sont enterrés assis, et lon met des armes dans leur tombe.

Nous avons exposé aux yeux de nos lecteurs les rapports domestiques et de famille des Brésiliens, leurs mœurs, les besoins de leur existence et leurs usages : il nous reste encore à jeter un coup d'œil rapide sur leurs relations civiles et politiques, si toutefois elles méritent d’être qualifiées ainsi. La seule espèce de lien politique que l’on trouve chez les Indiens sauvages, est celui qui existe entre les diverses hordes et leurs chefs, que les Portugais appellent Capitaos. I n’y a néanmoins, pour déterminer l'autorité de ces chefs, aucune espèce de loi ni d'usage : il west pas plus possible de rien dire de précis sur le mode et les conditions de leur nomination. Le plus souvent, il est vrai, ou même toujours, elle a lieu par voie d'élection; du moins lon n’a pas jusqu’à présent découvert la moindre chose qui pût faire penser que cette dignité est héréditaire. Toutefois lélection se fait sans aucune espèce de solennité ni même d’ordre. On dirait, au contraire, que par un consentement tacite on regarde comme chef de la troupe le plus audacieux, le plus rusé et le plus fort. Au surplus, sa place ne lui rapporte absolument aucune espèce d'avantage; on ne lui paie aucun tribut, et toute son autorité consiste dans ce genre d'influence qu'obtient partout sur les autres le plus fort, le plus sage, le plus habile à manier l'arc, à la chasse et à la guerre. C’est lui qui fait les dispositions nécessaires aux chasses, aux attaques et aux défenses entreprises en commun : il fixe le moment de quitter le lieu où l’on campait, et détermine celui vers lequel se dirigera la horde, soit pour y trouver sa nourriture, soit pour échapper à l'agression de l’ennemi.

Le gouvernement du Brésil fait, comme antérieurement celui de Portugal, consister sa politique à l'égard des sauvages à se procurer quelque influence sur le

choix des Capitaos, et à le faire tomber sur des Indiens chez lesquels on remarque

lisation, ou qui du moins montrent moins d’aversion et de mé-

un germe de ci

fiance envers les blancs. Afin d'atteindre ce but, on cherche, le plus souvent, à engager quelques Indiens à se rendre dans les grandes villes; on les y traite bien, et on les renvoie avec des présens et le titre de Capitaos. Il ne faut pas croire cependant que les Indiens confirment formellement un chef nommé de la sorte; la horde peut, selon qu’il lui plaît, le reconnaître ou ne le reconnaître pas : cependant il arrive naturellement que le contact des sauvages avec les blancs leur apprend

uels sont les avantages qui résultent pour eux d’avoir un chef reconnu par ceux-ci OR F ?

qui soit avec eux en relations d'amitié, et qui puisse, en cas de besoin, procurer à ses compatriotes leur protection ou des vivres. Nul doute que, si ce système était suivi avec plus de constance, il ne contribuât beaucoup à déterminer les Indiens à se réunir librement en aldéas.

Il est encore plus difficile d'indiquer avec précision quel est le lien qui réunit diverses hordes, et quelle est leur composition, qu'il ne l'est de déterminer l’autorité exercée par le Capitao. Ces hordes sont au surplus la seule espèce de réunion connue des Indiens : celles qui appartiennent à une même nation ne sont obligées par aucune espèce de devoir à prendre part à une action commune. Toutefois nous trouvons dans l’histoire primitive de ces peuples des exemples de mouvemens généraux, qui permettent de conclure qu’il existait un degré de civilisation plus élevé, telles sont les migrations des Aymores vers la côte, et celles des Tupinambas de la côte vers l’intérieur.

Déjà nous avons fait remarquer qu'avant la découverte les hordes étaient plus nombreuses, que leurs demeures étaient plus fixes, et que par cela même la puissance et la considération des chef étaient plus étendues et mieux, déterminées. Si, sur ce point, l'état actuel des Indiens ne nous présente que les débris de leur ancien ordre social, on en peut dire autant à l'égard de leurs usages religieux et de leurs prêtres. Il n’est pas douteux qu'au temps de la découverte les prêtres ou magiciens maient exercé une grande influence sur les tribus indiennes, qu'ils n'aient formé une sorte de corporation, dans laquelle on m'était reçu qu'après de nombreuses et dures épreuves. On redoutait les malédictions des prêtres, on recherchait leurs bénédictions. Au milieu d’une multitude de cérémonies, les guerriers se faisaient inspirer le courage par eux. Les magiciens et les médecins actuels des Indiens ne sont, à ce qu’il paraît, que les misérables successeurs de cette caste; ils semblent avoir partagé le sort de la maraca, qui jadis était le signe révéré de leur puissance, et qui s'est conservée à la postérité, sans qu'on y attache d'idée précise; car on s'en sert aujourd’hui dans les danses et dans les fêtes comme d’un instrument de musique, et cependant on l’emploie aussi dans les conjurations et dans les cures comme un appareil magique.

Les différentes tribus n’ont pour l'ordinaire entre elles que des rapports d’inimitié. Toutefois on peut facilement distinguer les hostilités nées d’une offense quelconque de tribu à tribu, de celles qui se sont perpétuées depuis plusieurs siècles. Les premières peuvent avoir lieu entre deux hordes de différentes tribus pour une pièce de gibier où pour d’autres sujets de ce genre, sans que pour cela les hordes

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