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(16) plus éloignées de ces mêmes tribus en aient connaissance ou ÿ prennent part: souvent elles s'apaisent au bout d’un temps fort court.
L'autre espèce de guerre est de telle nature que chaque individu de la tribu considère chacun de ceux de l'autre tribu comme son ennemi né, comme la proie qui lui est destinée. Sans autre cause, il le poursuit et le tue partout où il le trouve. Cest là ce qui arrive entre les Patachos et les Botocudos. Les membres d’une même horde ou de plusieurs se réunissent pour les grandes entreprises : toutefois on voit plus rarement s'assembler ceux de plusieurs hordes. Le signal de la réunion est donné au son d’une corne de bœuf ou d’un autre instrument semblable, soit lorsqu'il est question de repousser une attaque dont on est menacé, soit lorsqu'il
imême à la recherche de l’ennemi.
faut marcher pour alier so
Des deux côtés l'attaque se fait avec des cris terribles, ou plutôt avec des hurlemens. Tout leur art militaire consiste à se mettre autant qu'on le peut à Pabri des traits des ennemis derrière des arbres ou des rochers, et à lancer sur eux ses propres flèches avec le plus grand succès possible. Rarement on en vient aux mains; les sauvages n’ont pour ce genre de combat d’autres armes que leurs pieds, leurs mains et leurs dents, dont ils se servent dans l’occasion chacun selon ses forces individuelles. Quand Fun des partis a perdu quelques hommes, il cherche son salut dans la fuite. Il paraît que l’on fait rarement des prisonniers, et dans le cas même où les Indiens parviennent à surprendre les cabanes de leurs ennemis, tout est massacré sans distinction d'âge ni de sexe. Quoique plusieurs voyageurs laient nié, il est hors de doute que les Indiens mangent parfois la chair de leurs ennemis : cet usage, cependant, n’est pas commun à toutes les tribus, et même chez celles qui le pratiquent, par exemple chez les Botocudos, les faits sont trop rares pour qu'on puisse leur donner le titre d’anthropophages dans l’'acception ordi-
naire de ce mot : ils ne regardent pas la chair de leurs ennemis comme un ali-
ment; Cest par haine et dans l'ivresse de la victoire qu’ils les dévorent. Ainsi que nous l'avons déjà dit plus haut, les Brésiliens prennent quelquefois les membres de leurs ennemis pour but lorsqu'ils s’excercent au tir. Il y a dans la collection de Blumenbach à Gættingen un crâne de ce pays, qui est bizarrement orné de plumes; mais nous ne connaissons dans les usages des Indiens rien qui puisse expliquer cette parure.
On voit bien, d’après tout ce qui a été dit jusqu’à présent ; qu'il nyaa »solument
aucun traité pour fixer les rapports des tribus d'Indiens sauvages avec les Portugais,
ou maintenant avec le gouvernement du Brésil. Tant qu'aucun de ces peuples n'aura
(17) de chef commun ni de centre de réunion, il ne faut pas y penser, et il serait tout-àfait inutile de négocier avec des chef isolés, personne parmi eux n'ayant ni le désir ni le pouvoir d'observer les conventions: d’ailleurs ces diverses troupes sont trop petites
pour que leur amitié puis
e être de quelque importance. La paix existe aujourd’hui il est vrai, entre les colons et la plupart des tribus indiennes; mais à chaque instant un hasard peut venir la troubler. Dans les derniers temps les hostilités contre les Botocudos furent les plus longues et les plus opiniâtres; elles durent encore sur quelques points. Ce qui démontre combien il y a peu d'unité entre ces peuples, c'est que les Botocudos du Rio doce sont en guerre avec les colons, tandis que ceux du Rio de Belmonte vivent avec eux sur un pied d'amitié. Les Puris ont aussi commis des hostilités dans ces derniers temps. Du reste, ils n’ont pas, à proprement parler, de dessein ni de vues politiques; il n’y a parmi eux qu'un petit nombre d'hommes qui savent comme une chose vague et générale que leurs adversaires forment un tout, un état sous un chef commun. [ls surprennent des plantations isolées, soit pour les piller, soit pour venger quelque offense. Dans ces occasions ils tuent, sans distinction, tous ceux qui leur tombent sous la main, et détruisent tout ce qu'ils ne consomment ou n’emportent pas. Il semble, au surplus, qu'ils attachent peu de prix au mobilier des colons : si lon en excepte les
haches et les
-outeaux, on ne trouve chez eux rien qui puisse être considéré comme provenant du butin fait dans ces pillages.
Pour toute mesure de sureté contre ces attaques, le gouvernement se borne à placer dans les pays les plus exposés, et dans les lieux où la route traverse des forêts, ce qu’on appelle des Quartales ou Presidios; ce sont des postes de quelques soldats commandés par un sous-oflicier ou par un porte-drapeau. Le plus souvent ces postes sont logés dans de misérables huttes; leurs fusils sont en très-mauvais état : le gibao de armas est leur principale défense : c’est une camisole de cuir, rembourrée de laine, qui descend jusqu'aux genoux, qui couvre le corps, le cou, les cuisses et le
haut des bras, et met ces parties à l'abri des traits des Indiens. Chaque poste pos-
sède un ou plusieurs de ces gibaos. Quelquefois ces soldats ont avec eux des Indiens civilisés, et les gros chiens ne leur manquent jamais. On met ordinairement plusieurs de ces postes sous l'autorité d’un capitaine ou d’un colonel. Quand les Indiens ont commis des hostilités sur quelque point, ou bien, comme cela arrive parfois, quand ils ont surpris un poste, on fait, pour les punir et les effrayer, ce que l’on appelle un entrada. On réunit quelques postes; le capitaine du district se
met à leur tête; on recherche les Indiens, et on les attaque partout où on les trouve;
(18) on aime surtout à les surprendre dans leurs campemens, et quand on est parvenu à les découvrir, on les cerne la nuit, et au point du jour on fait feu de toutes parts sur les Indiens endormis. Quand on le peut, on tire tout droit dans les cabanes remplies d’Indiens, de femmes et d’enfans plongés dans le sommeil. Surpris de la sorte, les sauvages s’échappent et tâchent de se sauver par la fuite. En règle générale, le soldat massacre tout ce qui tombe en son pouvoir; rarement il épargne les femmes et les enfans, et cela seulement quand toute résistance a cessé : souvent cette résistance est fort opiniâtre. Les Indiens sont avertis quelquefois de l'approche des soldats par leurs chiens ou par leurs cochons, et alors tout s'enfuit, femmes, enfans et les hommes eux-mêmes.
Il arrive aussi dans ces entradas que les soldats sont surpris par les sauvages; car ils savent habilement poser des embûches dans les lieux favorables, et ils éclaircissent le bois jusqu’à une certaine distance, afin de pouvoir lancer leurs traits plus sûrement, sans cependant qu'on puisse les voir. Alors les soldats qui n’ont point de vêtemens cuirassés se trouvent dans une position d'autant plus fâcheuse que la plupart du temps leurs fusils ne valent rien. En général, ces sauvages ne sont pas des ennemis que l’on doive mépriser, et c’est un bonheur pour les colons qu'ils se réunissent rarement en grand nombre. Toutes les fois qu'ils lont fait, les presidios ont été d’un mince secours, forcés qu’ils étaient à se retirer dans les grandes villes avec les colons qu'ils devaient protéger, et à abandonner les plantations aux sauvages.
Lors même qu'on ne se ferait des forêts primitives du Brésil qu'une idée imparfaite, on se convaincrait qu’il ne faut pas même penser à soumettre ces peuples par la force, aucun corps, tant soit peu nombreux, ne pouvant seulement rester quelques jours dans ces forêts, et l'usage de l'artillerie et de la cavalerie étant de toute impossibilité. Les armes à feu ne donnent elles-mêmes aux soldats que peu d’avantage sur les sauvages, parce que dans les forêts il est rare que le coup puisse être ajusté d'assez loin pour que le trait n'ait pas autant d’effet que la balle, sans parler de ce que l'humidité fait souvent rater les fusils, tandis qu’elle permet aux sauvages l'usage de leur arc. Quel que fût d’ailleurs le résultat d’une pareille guerre, la perte des colons serait incalculable, tandis que les sauvages n’ont rien à perdre.
Toutes ces choses ne permettent pas de douter que les tribus indiennes sauvages ne puissent, surtout dans le cas où elles se réuniraient, devenir funestes aux établissemens européens, et lon a d'autant plus de sujet de s'étonner que le gouverne-
© ment portugais ait donné si peu d'attention à ce danger, négligeant le seul moyen
qui pouvait non-seulement l'écarter, mais encore le changer en une source de pros-
(19) périté publique : ce moyen ne peut exister que dans une civilisation des Indiens, opérée sagement et successivement ; il conviendrait de les arracher peu à peu à la vie
errante des chasseurs, et de les accoutumer à des demeures fixes et À l'agriculture.
Le gouvernement portugais a fait, il est vrai, depuis le milieu du di -septième siècle, plusieurs lois et plusieurs réglemens pour parvenir à ce but, et ces lois font honneur, sans doute, à ses bonnes intentions; mais elles ont été conçues en grande partie sans connaissance de cause, et pour la plupart elles n’ont pas été exécutées. L'état des Indiens qu’on dit civilisés (Indios mansos), aussi bien que les rapports dictés par l’impartialité et rédigés par des hommes au fait de ce suiet, demontrent À OS Jere jusqu’à l'évidence que jusqu’à présent il a été fait peu de chose, ou même rien du tout, pour remplir les intentions bienfaisantes du gouvernement. Conformément ; I 5 aux lois existantes, et sur l'ordre de ce gouvernement, qui a pour cet objet dé- ; 8 20 F
pensé des sommes considérables, plusieurs hordes d’Indiens de toutes les tribus,
et même des tribus entières, se sont déterminées à accepter des présens, et se sont
laissées entraîner par des promesses à abandonner les bois et à se réunir en aldéas sur des terres que le gouvernement leur assignait; et afin de pourvoir, par tous les moyens possibles, au bien-être physique et moral de ces sauvages, on mettait toujours à leur tête un directeur et un ecclésiastique. Ce n’est point ici le lieu d’indiquer avec plus de détails quelle fut la destinée de la plupart de ces établissemens. Toujours est-il certain que les directeurs et les ecclésiastiques détournaient souvent les sommes qui leur étaient confiées, et que par-là les Indiens se virent successivement amenés à un état qui ne différait que peu ou point de l'esclavage, ces directeurs et ces ecclésiastiques les faisant travailler pour eux-mêmes et les traitant avec une grande dureté. Il ne faut pas nous étonner que dans ces circonstances on n'ait rien fait pour instruction religieuse des Indiens, qu’on n’ait même rien pu faire, et qu'ils se soient enfuis dans leurs forêts dès qu’ils en ont trouvé l'occasion. Ajoutez à cela que les colons avec lesquels ils sont en relation ne sont pas seulement des hommes
grossiers, mais que très-souvent ce sont de véritables criminels, qui cherchent à se sous-
traire à l'empire des lois dans les contrées de la colonie les plus éloignées; aussi ces colons, loin de favoriser les vues du gouvernement, rendent les sauvages toujours plus hostiles et toujours plus défians, tant par leurs tromperies que par les mauvais traitemens qu'ils leur font essuyer. Pour ce qu'il a fait en faveur de la civilisation des Indiens, le colonel Marlier mérite une mention honorable : il a fondé plusieurs aldéas de Coroados, de Coropos et de Puris dans la province de Minas-Geraes; et ces aldéas promettent de prospérer beaucoup plus que la plupart des autres. L’essai de joindre
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quelques Indiens déjà civilisés, soit de la même
aux établissemens d’Indiens sauvages
tribu, soit de tribus alliées, paraît avoir produit un très-bon effet. Jusqu’à présent néan-
moins ces Indios mansos semblent différer très-peu des Indiens sauvages : ils portent, du moins dans les occasions solennelles, de larges pantalons et des camisoles; quelque-
] “ e a 1 D à mi fois ils ont des chapeaux de paille. Les femmes ont des robes d’indienne de couleurs
;au lieu de haches
bigarrées. Les cabanes sont un peu plus grandes et mieux construites de pierre, ils en ont de fer; ils cultivent un peu de maïs, de bananes, de citrouilles et autres choses semblables. Quand leurs provisions et leurs moissons se trouvent
consommées, ils vont à la chasse dans les forêts, et n’en reviennent bien souvent
qu'après plusieurs semaines. Alors ils en rapportent de la cire, des racines d’ipécacuanha et quelques espèces de gomme, qu'ils vendent aux colons ou à ceux qui font le commerce de ces objets; mais c’est pour eux, surtout quand ils ne peuvent résister à leur penchant pour les liqueurs spiritueuses, une occasion d’être horriblement trompés ou maltraités. Souvent il en arrive autant à ceux qui louent leurs services aux colons et à leurs journaliers.
Outre le directeur européen, chaque aldéa a son capitao, dont la considération dépend beaucoup de ce directeur. 11 y a beaucoup d’aldéas dans lesquels les Indiens n’ont point encore tout-à-fait oublié leurs inimitiés de tribus, et lon commet cà et là des hostilités envers des tribus sauvages voisines. Tous les Indios mansos sont baptisés; mais il est facile d'imaginer que c’est à cela que se borne tout leur christianisme. Ils viennent à la messe quand ils savent qu'après cela ils auront à boire et à manger, et ils regardent cette affaire comme un travail dont ils s’'acquitteraient au profit des blancs. Leurs mœurs et leurs usages ne sont pas fort différens de ceux de leurs frères des tribus sauvages, surtout là où ils n’ont eux-mêmes abandonné que depuis peu
de temps la vie sauv: La civilisation, à ce premier degré, ne paraît pas exercer
une influence favorable sur leur caractère : loin de perdre cette sombre férocité de leur premier état, la contrainte qu'ils s'imposent les rend encore plus chagrins, encore moins sociables, et leur haine contre les blancs se manifeste dans toutes les occasions où ils croient pouvoir la laisser agir sans danger d’être punis. Les mauvais traite-
mens qu'ils ont si souvent éprouvés et auxquels ils sont encore exposés, ont fait sur
eux une impression trop profonde pour être effacés par les bienfaits isolés de quelques individus. Leurs véritables sentimens envers les blancs se montrent surtout quand ils sont échauffés par quelque boisson spiritueuse; ils proférent de violentes imprécations, même contre ceux qui ne leur ont fait que du bien. Pour citer un exemple
connu, nous dirons que le colonel Marlier lui-même en a été l'objet un jour qu'il
(21) donnait une fête aux Indiens d’un aldéa fondé par lui. En vain on leur prodigue les soins les plus empressés dans leurs maladies, en vain, quand ils sont dans le dénuement, on leur fournit des alimens et des boissons, ils vous quittent sans la moindre marque de reconnaissance. Les Indiens paraissent sous un jour plus favorable dans le voisinage des grandes villes, où déjà depuis plusieurs générations ils ont abandonné leur état sauvage, où ils se sont en grande partie mêlés à d’autres races, où, enfin, ils diffèrent peu des classes inférieures du reste de la population. Toutefois le mélange du sang américain avec celui des blancs est rare; les Indiennes ont peu d’attraits, et jamais une femme blanche ne songerait à s'unir à un Indien. Il paraît que dans les premiers temps de la découverte et de la conquête les Européens sadressaient plus souvent aux Américaines, tant parce qu'ils n'avaient ni femmes blanches ni Négresses, qu’à raison de ce qu’alors peut-être les Indiennes étaient plus attrayantes. Il est fort ordinaire de voir des descendans de Nègres et
d'Indienn
car celles-ci préfèrent de beaucoup les Nègres aux hommes de leur race : les Indiens, au contraire, méprisent les Nègres, et croiraient se déshonorer
s'ils entretenaient des relations avec une Négresse.