‹ Voyage pittoresque dans le BrésilChapitre 28 sur 38 · Diy., 4° Cah. — 15° Liv · texte numérisé non relu

Diy., 4° Cah. — 15° Liv

(36) plus grandes violences et les crimes les plus atroces, jusqu’à ce qu’enfin ils se fussent attiré la colère d’une famille influente, et que cette famille, pour obtenir satisfaction,

invoquät la puissance des lois et la force publique : ou bien ces excès duraient jusqu’à

it opposer la force de son caractère à leur audace. Dans un pays

ce qu'un particuli comme le Brésil, l'influence de la religion et celle du clergé doivent être grandes, et déjà elles ont produit les plus heureux effets, surtout à la campagne. IL serait même inutile de tenter sur les colons aucune espèce d'amélioration, soit morale, soit matérielle, sans le concours du clergé. Un séjour de quelque durée au Brésil, des liaisons plus particulières avec les colons et avec les ecclésiastiques de campagne, donneront à tout observateur non prévenu l'idée la plus favorable des qualités personnelles de ces derniers. La position sociale de ces prêtres est un trait des plus beaux et des plus caractéristiques de l’état moral des colons du Brésil : ils sont les conseillers , les amis des familles, les consolateurs, les protecteurs des opprimés, les conciliateurs des différends et des inimitiés. Partout on les recoit avec confiance, partout on les honore. La conversation est le seul délassement de la vie des colons, et comme ils n’ont point de connaissances et que leur esprit est fort peu cultivé, ce sont les événemens que la jour-

née à fait naître dans la famille, chez les voisins ou dans le district, qui font tous les

frais de l'entretien. Au milieu d’un genre de vie si simple, ces sujets ont assez d’importance, et leur intérêt se trouve dans l'esprit naturel, dans la vivacité, dans le caractère des interlocuteurs. Il est rare que parmi les meubles d’une plantation il ne se trouve pas une mandoline : la musique et la danse viennent à leur tour égayer la vie domestique.

La monotonie de cette existence n’est guère interrompué que par les fêtes d'Église ; elles ont d'autant plus d'importance qu’elles sont une occasion de réunion pour tous les colons de la contrée ; ils y viennent terminer leurs affaires et en négocier de nouvelles. Rien n’est plus animé que le dimanche dans un aldea ou dans une petite bourgade qui possède limage révérée d’un saint. Les familles de colons y arrivent de toutes parts. Les hommes viennent à cheval, les dames également à cheval ou dans des litières que portent des mulets ou des esclaves. Les grandes fêtes de l'Église sont célébrées avec beaucoup d'appareil : il y a des feux d'artifice, des danses et des spectacles, qui rappellent beaucoup les premiers essais mimiques, et dans lesquels les grossières plaisanteries des acteurs satisfont pleinement les spectateurs. Dans ces occasions on n’épargne point les liqueurs spiri-

, si les assistans ne se contiennent pas toujours dans les bornes de

tueuses : toutefoi

s la tempérance, les excès et les violences qu'une pareille conduite amène chez la

plupart des nations de l'Europe, sont infiniment plus rares. L'ivresse est beaucoup

(37) plus fréquente, ses conséquences se présentent beaucoup plus souvent chez les esclaves et davantage encore chez les Indiens, pourvu qu'ils trouvent l’occasion de prendre part à ces fêtes, ce qui est d’autant plus aisé qu’on y exerce l'hospitalité la plus étendue; car les frais de la fête sont supportés à tour de rôle, tantôt par un, tantôt par plusieurs des plus riches colons. C’est l'ecclésiastique du lieu qui les désigne, et ils tiennent ce choix à grand honneur.

Pour faire goûter les bienfaits de l'Église aux plantations les plus lointaines et les plus solitaires, ainsi qu'aux esclaves qui les habitent, il est des prêtres qui à certaines époques de Pannée parcourent le pays avec un petit autel, qu'ils placent devant eux sur leur cheval ou sur leur mulet. Au moyen d’une légère rétribution, ils disent la messe dans les maisons des colons et des pâtres. Il ÿ a une autre espèce de prêtres

errans, qui ne sont pas néanmoins des plus considérés ; ce sont des hermites, qui

bâtissent une cabane dans un endroit sauvage quelconque, pour y exposer à la vénération des croyans une relique qu’ils sont parvenus à se procurer. Si les pélerins ne viennent pas, ils parcourent le pays, et quoiqu'ils reçoivent en l'honneur de leur

saint des aumônes considérables, ils ne paraissent pas se fier entièrement à sa protec-

tion, et se munissent le plus souvent de moyens de défense trè

matériels. Lorsqu'un

de ces dignes frères monte un bon cheval ou un mulet, et que, sa cassette de reliques sous le bras, il paraît armé d’un fusil, de pistolets et d’un large couteau de chasse, cet extérieur n’est pas précisément très-propre à inspirer la piété à ceux qui le rencontrent:

la peur et la défiance sont plus naturelles en cette occasion, et ces sentimens, très-

opposés à celui de la piété, pourraient n’être pas toujours dénués de fondement.

Les facendas de criaz ou les pâturages sur les collines dépouillées de forêts des

hautes regions de l'intérieur, méritent qu’on en fasse une mention particulière. Les (o} > il Ï plus remarquables sont ceux des provinces de San Paulo et de Minas Geraes. Ceux qui appartiennent à un même propriétaire ont souvent une étendue de plusieurs legoas, et souvent aussi le nombre du bétail, soit en chevaux, soit en bêtes à cornes, s'élève à plusieurs milliers. Cependant il est rare que les grands propriétaires de troupeaux habitent ces facendas ; ils en abandonnent le soin à un fermier, qui partage avec eux les produits dans une proportion donnée. Ce genre d'industrie est très-lucratif, le propriétaire ne pouvant connaître au juste ses affaires. La garde des

troupeaux est l'affaire d’un pâtre supérieur (vaqueiro) et de plusieurs valets (pides) :

néanmoins ils sont tous libres. On se sert fort peu d'esclaves dans ces contrées, et

on ne les emploie qu'aux petits ouvrages domestiques.

La vie de ces vaqueiros est encore plus retirée, plus grossière que celle des

roceiros où colons proprement dits. Leurs fonctions exigent beaucoup de courage et d’habileté, tant pour saisir et dompter les chevaux sauvages, que pour les soins à donner aux bêtes à cornes, si toutefois il peut être ici question de soins. Les troupeaux errent librement, et ce n’est que dans certaines saisons de l’année que les pides à cheval les réunissent dans des lieux entourés de clôture (rodeio). Une fois renfermés, on recherche les taureaux de deux ans, et on les châtre; on marque d’un fer chaud ceux d’un an, pour leur imprimer la marque du propriétaire; enfin on prend, pour les tuer, ceux qui sont âgés de plusieurs années. On observe dans cette dernière opération une méthode qui prouve beaucoup d’habileté. Le berger à cheval poursuit l'animal, et quand il l'a une fois atteint, il tâche de lui jeter un fort lacet autour des jambes pour le renverser, ou bien il le terrasse d’un coup de-perche et lui noue ensuite les pieds. Les fonctions du berger consistent de plus à visiter tous les jours les différens pâturages, pour empêcher le bétail de se perdre, et pour le protéger contre les animaux féroces, et surtout contre les loups, qui sont fort nombreux dans les campos. Cette inspection, vu la grande étendue des pâturages, ne peut se faire qu’à cheval, car le pâtre a très-souvent quinze ou vingt legoas à parcourir en un jour. Il y a près de la fazenda un pâturage entouré d’une haie (corral); on y tient toujours un certain nombre de bêtes apprivoisées, et principalement de vaches, dont le lait fournit un fromage qui dans ces contrées est un article de commerce fort important.

L'éducation des chevaux n’exige pas plus de soins que celle des bêtes à cornes, mais elle demande tout autant de fatigue et d’habileté. Ordinairement les chevaux courent çà et là par troupes de vingt à trente. Pour les approcher, les marquer ou les vendre, les

et les

pides, à certaines époques, poursuivent ces troupes, les unes après les autres font entrer dans une enceinte. Là on prend avec des lacets les chevaux qui ont l'âge requis ; on se sert de pinces pour les tenir par les oréilles.ou les lèvres ; on leur met un cavecon, et tout aussitôt le pido s’élance sur leur dos; puis on lâche le cheval ainsi monté : alors il s’'élance à la course, et par les sauts les plus vigoureux il cherche à se débarrasser de son cavalier, jusqu’à ce qu'épuisé de fatigues et de coups de fouet, il commence à obéir à la bride. Le lendemain on renouvelle le même traitement, et en très-peu de jours le cheval est dressé. Dans chaque fazenda il y a quelques ânes de bonne qualité pour la propagation des mulets; à quel effet on tient toujours un certain nombre de jumens à proximité de l'habitation et dans

un pà Le urage séparé.

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