INTRODUCTION
JliTABLi depuis long -temps à Ratisbonne où, pendant les orages de la révolution, j'avois trouvé l'asile le plus agréable et le plus hospitalier, j'avois cherché à me consoler des dégoûts de la politique par l'étude des sciences naturelles. Bientôt des rapports de goût et de sentiment m'unirent particulièrement aux professeurs Hoppe et Duval ; et plus tard au célèbre comte de Sternberg. Nous étions alors jeunes, sans renommée, et plutôt avides du savoir qui la donne, que de la gloire qui en est le résultat.
La Société Botanique de Ratisbonne, aujourd'hui si justement célèbre, dut sa naissance au concours et a l'union des personnes qui viennent d'être nommées , et surtout aux soins et à l'infatigable activité de Dav. Henr. Hoppe , de Funck et de Martius , père du savant voyageur de ce nom.
Quelques contributions volontaires formèrent les premiers fonds de la société, qui, ensuite richement dotée par le Prince-Primat , et plus tard par S. M. le Roi de Bavière , a obtenu de ce dernier prince des privilèges et un appui qui ont établi son existence suides bases aussi honorables que solides. C'est avec ces compagnons chéris que j'ai multiplié d'agréables excursions dans les charmans environs de Ratisbonne. Il n'est pas un seul point à huit ou dix lieues de rayon de cette ancienne capitale des Agilolfmges , qui n'ait été soigneusement exploré dans ces courses animées par l'étude et l'amitié.
La vallée de la Naab, avec ses coteaux calcaires, et les rians environs qui la décorent depuis son embouchure dans le Danube à Marien-ort jusqu'au-dessus d'Edertshausen, les vallées delà Laber , du Regen, et les coteaux calcaires au-dessus de Ratisbonne, et au-dessous de cette ville, en commençant à Schvabelveiss jusqu'à Donau Stauf, où le terrain primitif de granit et de gneiss commence , ont souvent été le théâtre de leurs excursions. C'est auprès d'Edertshausen qu'est la fameuse grotte de ce nom : son enceinte formée par la nature dans la roche calcaire, est spacieuse et élevée. Sa forme presque circulaire lui donne l'apparence d'un temple mystérieux qui s'ouvre à une égale hauteur sur la vallée que la Naab arrose, et d'où l'oeil suit avec ravissement les contours de cette tranquille rivière. Les environs de Donau Stauf sont peut-être les plus agréables de toute la Bavière. Cet ancien domaine des comtes de Pogen de la maison d'Abensberg , depuis seigneurie immédiate appartenant aux princes-évêques de Ratisbonne, a été réunie dans les derniers temps, ainsi que la ville de l'évêché de ce nom , à la monarchie bavaroise à laquelle ils avoient jadis appartenu.
Du haut du rocher granitique couronne' par les ruines pittoresques d'une ancienne forteresse, on domine la contrée la plus variée, la plus riante et la plus riche. Le Danube embellit et féconde la plaine et les coteaux que Bacchus et Cérès enrichissent à l'envi de leurs présens. C'est le seul point du duché' de Bavière où la vigne soit cultivée en grand; au-dessus des vignobles s'élèvent de belles forêts et des sites variés, où le botaniste vient recueillir ses trésors.
Mais après avoir épuisé tout ce que la belle nature de ces environs pouvoit offrir à ses recherches, j'éprouvois le besoin d'aller l'interroger dans les Alpes de la haute Bavière et dans celles du pays de Salzbourg et du Tyrol : c'est ce qui a donné lieu à ce voyage.
VOYAGE A SALZBOURG, HALLEIN ET BERCHTESGADEN.
Dans l'été de 180 j je suis parti pour faire une tournée à Salzbourg, Hallein, Berchtesgaden et Reichenhall. Mes compagnons de voyage étoient, S. E. M. le baron de Montgelas, premier ministre d'état de S. M. le Roi de Bavière , M. le conseiller intime de Zentner 1 , et M. le professeur Duval 2 . Arrivé à Salzbourg, mon premier soin fut de me rendre chez M. le baron de Moll. J'avois déjà fait la connoissance de ce savant à un premier voyage. Le gouvernement bavarois, toujours attentif à ce qui peut concourir aux progrès des sciences et des lumières , s'est depuis attaché M. de Moll qui transportera sûrement à Munich la précieuse collection qu'il avoit à Salzbourg. Cette collection faisoit de sa maison une des curiosités les plus intéressantes de cette ville. Je trouvai que M. de Moll avoit beaucoup perfectionné son cabinet. Ce qui en fait surtout le prix, c'est qu'il renferme la plus grande partie des productions du pays, de sorte qu'un voyageur peut, chez M. le baron de Moll, voir en peu d'instans tout ce que la nature a créé dans les limites du pays de Salzbourg, en animaux, minéraux , et végétaux.
De Salzbourg nous nous rendîmes à Hallein , ville située à trois lieues de Salzbourg sur les bords de la Salza. C'est dans le Dûrrenberg qui domine cette ville, que sont les fameuses salines qui s'étendent depuis Hallein jusqu'à Reichenhall en Bavière ', c'est-à-dire dans un espace de plus de six lieues en ligne droite.
Je recommande de lire à ce sujet les ouvrages de Flurl et de Schranck 3 , le premier intitulé Description des montagnes de Bavière, le second Voyage dans le pays de Salzbourg et deBerchtesgaden 4 . On y trouvera des détails curieux sur l'origine et l'état actuel de ces salines. Je recommande aussi la lecture d'un excellent écrit de M. le comte de Marbois, actuellement pair de France. Cet écrit trop court, reproche qu'on fait à peu de livres, a été publié en France en 1797; il est intitulé Voyage d'un Français aux salines de Bavière et de Salzbourg; il m'a fourni plusieurs détails que je n'avois pas été à portée de recueillir moi-même.
Le point le plus élevé de ce grand amas de muriate de soude 5 se trouve à Hallein. On monte en partant de cette ville pendant trois quarts d'heure une montagne assez élevée (le Dûrrenberg), et qui offre les points de vue les plus pittoresques. Toute cette chaîne de montagnes qui traverse le pays dans les environs de Salzbourg, est calcaire, et fournit de très-beau marbre. A l'endroit où l'on pénètre dans la mine, et où l'on en sort, on a creusé les galeries dans des couches de marbre qui ont jusqu'à mille pieds d'épaisseur. Le point où
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l'on entre dans la mine est à environ deux mille pieds au-dessus du niveau de la Salza La première galerie où Ton entre est horizontale, et on vous y introduit sur de petits chariots à quatre roues, traînes par des mineurs. Vous avez auparavant pris la précaution de vous rêveur de leur costume, qui consiste en une veste et de grandes culottes de toile blanche un bonnet de feutre sans rebords, et un tablier de cuir qui s'attache par derrière, pour que 1 on puisse avec plus de facilite' glisser sur les plans inclinés qni VOUS conduisent dans 1 intérieur de la mine.
Ordinairement cette course se fait en assez nombreuse compagnie. Chacun porte un flambeau; et quand la file est longue, cela produit dans les souterrains un tableau qui auroit quelque chose d imposant et de funèbre , si le costume burlesque , et la gaîté des voyageurs ne donnaient ordinairement à cette procession une physionomie faite pour bannir toute idée mélancolique. Il y a dans les mines de Hallein qna tre grandes échelles ou couloirs , qui vous conduisent successivement jusqu'au plus profond de la mine Elles sont séparées par des galènes et des salles qui forment comme autant d'étages. On descend ces couloirs d'une manière assez inquiétante pour quelqu'un qui n'y est point accoutumé. On s'assied sur une espèce de coulisse qu'on appelle rolle. Ce sont des poutres rondes et lisses, de médiocre grosseur, doutées l'une à l'autre du haut en bas du couloir, et se prolongeant sur deux lignes droites et parallèles, à la distance d'un pied l'une de l'autre. Un gros câble est a droite : il suit le rolle du même côté. Vous écartez les jambes , étant assis dans l'intervalle entre les deux coulisses, mais de manière que les cuisses posent sur les rolles ou poutres rondes décrites plus haut; vous saisissez de la main droite armée d'un gant le cable que vous ramenez sur la cuisse droite, et qui sert à modérer la chute et à affermir votre position. On tient les jambes écartées et droites, et on renverse plus ou moins le corps en arrière , suivant que la pente du plan incliné est plus ou moins forte
De cette manière vous vous laissez glisser k des profondeurs énormes. Quand vous avez
descendu ainsi les quatre échelles, vous vous trouvez à seize cents pieds sous terre A
chaque étage de cet étonnant édifice souterrain, vous voyez le sel gemme qui s'ofl^e lut
les parois des galeries , tantôt en filons ou couches interrompues, tantôt en masses divisées
La gangue du sel est toujours une espèce de roche argileuse très -molle , où quelquefois
rceTle-d Z mUFiate ^ ^ SUlfate CalC3ireS ' ^ manière ^^^ lG SGl de Montagne
• ° n * creus ;.f/ mme ^s salles (il y en a trente- trois) d'une étendue et d'une forme xrreguliere et différente. Les parois, le mur et le toit de ces salles sont toujours de ce« argile chargée de muriate de soude, ou de cette dernière substance elle-même en masses considérables et presque homogènes. On introduit dans ces vastes réservoirs de l'eau douce, que l'on fait venir des sources intérieures par des canaux pratiqués à cet effet • on en bouche les issues avec soin , et on remplit d'eau les salles jusqu'à leur comble 11 y a une de ces salles qui contient sept cent mille eimer d'eau (Veimer a soixante pots'ou cent vingt pintes.) On laisse séjourner cette eau six semaines, plus ou moins, dans ces réservoirs. Son action dissout les parties salines attachées aux parois qu'elle baigne ; ces
dTZnï t e ' ; 7 vëritable —e - Par des conduits me ' aa ^ *» *«**
des sales, on s assure du degré auquel l'eau est imprégnée du muriate de soude et brsqui est suffisant, on ouvre les tuyaux pratiqués dans le fond de ces réservoirs' 1 eau salée s écoule par ces tuyaux jusque dans des bassins où elle est soumise à d'aiUres opérations, avant detre versée dans les cuves, où on la fait bouillir pour en obtenir ■ sel pur.
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Ordinairement on fait bouillir l'eau lorsqu'elle est chargée de dix-neuf parties de sel sur cent d'eau. Lorsque la saumure est conduite de l'intérieur de la mine dans les réservoirs d'Hallein , elle n'a pas les dix -neuf degrés nécessaires pour être soumise a la cuisson; on use pour la faire parvenir à ce degré, d'un autre moyen. On dirige cette eau dans de vastes bâtimens bien exposés qu'on appelle ateliers de graduation {gradierhaûsèr), et là on fait tomber cette eau imprégnée de particules salines, sur de vastes amas de fascines rangées symétriquement dans toute la longueur de l'édifice. L'eau en filtrant du haut de ces édifices jusque dans les bassins au-dessus desquels les fascines sont rangées, s'évapore en partie, de sorte que la portion qui tombe, se trouve imprégnée de la totalité des particules' salines qui étaient répandues dans toute la masse primitive. On répète cette opération au moyen de pompes , jusqu'à ce que la saumure ait acquis le degré nécessaire pour être soumise avec succès au travail des chaudières.
On demandera peut-être pourquoi on ne porte pas le degré de salaison plus haut, et aussi haut que possible , vu qu'il faudrait moins de combustibles pour précipiter le sel : mais c'est qu'il en coûte beaucoup de temps et de soins pour amener la saumure à un degré supérieur; tandis qu'en la faisant bouillir à un degré moindre, si on consume plus de combustibles, on gagne infiniment sur le temps et conséquemment sur la quantité.
Ces cuves sont de vastes bassins composés de fortes plaques de fer rapportées et soutenues par quelques étais du même métal. On en enduit les jointures , avec un ciment composé d'un peu d'argile, de terre calcaire, et demuriate de soude.
On chauffe ces cuves pendant sept jours consécutifs, et on y entretient toujours, au moyen de conduits pratiqués à cet effet, l'eau a-peu- près à la même hauteur, ensuite on en retire le sel avec de longs râteaux.
A Hallein , on le verse aussitôt avec de grandes pelles , dans des tonneaux coniques dont deux cent quarante forment ce qu'on appelle en style marchand une livre (ei/i Pfund). Mais cette méthode a des inconvéniens ; le sel sèche moins bien dans des tonneaux , et en général la forme des cuves qui sont circulaires, et du fond desquelles l'ouvrier enlève perpendiculairement avec de grands efforts le sel qui s'y est précipité, pour le verser dans les tonneaux dont je viens de parler, est bien moins commode, et moins bien entendue que celle de Reichenhall et de Trauenstein enBavière. Là on a construit de beaux édifices bien distribués , où les chaudières sont moins grandes , de sorte qu'elles se chauffent plus facilement ; la construction du fourneau annonce des connoissances pyrotechniques très-avancées , et l'ouvrier n'est plus exposé a la chaleur excessive des chaudières, comme à Hallein, où il est placé sur l'ouverture de la chaudière même, mais il en est séparé par un parapet en talus, sur lequel il attire et laisse égoutter le sel , avant qu'on le porte au séchoir.
En général, la construction des ateliers de Bavière indique des lumières et des progrès dans les connoissances économiques et mécaniques, qui font honneur à ce pays, trop peu
connu.
Mais revenons à la mine elle-même. L'eau en s'imprégnant des particules salines de la
roche qui compose les parois des salles où on l'introduit , enlève successivement des couches
de ces parois , de sorte que le plafond qu'on appelle le ciel ou toit , s'élève gradativement.
Mais les parties argileuses que l'eau a également détachées de la masse de la montagne, se
précipitent au fond, et y forment des couches qui en élèvent le niveau dans une progression
plus considérable , vu leur moindre degré de compacité, de sorte qu'on est obligé d'enlever
en partie cette argile , et de la faire sortir hors de la mine. Pour y parvenir , on la transporte
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dans des brouettes jusqu'à un puits profond de quinze cents pieds, creusé dans la montagne; on l'y précipite , et une eau courante dirigée à dessein , la délaie , et l'entraîne aussitôt par une ouverture hors delà montagne.
De cette manière on conçoit que le niveau de ces salles ou bassins monte successivement , et qu'ainsi par la seule aciion de l'eau, on déplace toutes les parties constitutives de la montagne où on la renferme, et que l'on convertit en sources salées la roche de sel dont elle est composée.
Il arrive donc qu'à la fin les places s'épuisent. Alors on forme d'autres salles, et ce foyer salin est si immense, que, depuis des siècles , à peine on s'aperçoit de quelque diminution dans les produits des mêmes localités.
On ne remplit d'eau les chambres qui viennent d'être décrites que tous les trois ans.
Comme leur niveau a été changé par l'élévation du ciel, et par celle du sol , il faut élever à proportion les galeries qui y conduisent. Le nombre des chambres étant de trente-trois , et l'usage ayant indiqué qu'il étoit bon de les laisser pendant trois ans sans être remplies, pour qu'elles puissent réparer leurs pertes 6 , au moyen de la végétation saline dont je parlerai plus bas, il s'ensuit qu'il peut y avoir onze salles remplies par année.
Rien n'est plus beau et plus imposant que le spectacle de ces vastes souterrains, de ces galeries commodes, que l'on parcourt rapidement et sans danger; où l'on admire partout l'audace et l'industrie de l'homme ; où vous voyez les mineurs errant comme des ombres ou travaillant comme des cyclopes ; où tous les élémens sont employés, pour arracher à il nature les trésors qu'elle sembloit avoir rendu inexpugnables ; où le tonnerre des mines , le bruit sourd des eaux qui coulent dans des canaux souterrains , le silence profond qui succède aux explosions les plus terribles, la sombre lueur des flambeaux, l'éclat des cristaux de sel frappés par les lumières, où tout enfin forme un ensemble magique et attachant à la fois pour l'imagination et la réflexion.
La couche de muriate de soude qui est au - dessus de Hallein , et qui alimente les travaux des chaudières de cette ville, est la plus haute de toutes celles qui composent le vaste amas compris comme je l'ai déjà dit , dans l'espace entre Hallein et Reichenhall, en passant par Berchtesgaden.
Ce dernier endroit peut être regardé comme le centre de ce grand foyer salin ; et à Reichenhall se réunissent les émanations des couches supérieures. Là ce n'est plus en effet comme à Hallein et à Berchtesgaden , une roche de sel, mais ce sont des sources qui, après avoïr filtré à travers les couches supérieures, en ont emporté les particules salines, et ont ainsi produit, par la seule disposition naturelle des choses, le même résultat qu'on obtient à Berchtesgaden et à Hallein, par l'introduction artificielle des eaux dans les salles décrites plus haut.
A Berchtesgaden on exploite la mine comme à Hallein, en introduisant dans des salles ou bassins, l'eau destinée à s'imprégner de parties salines. En outre on brise la roche de sel avec la pioche , ou on la fait sauter au moyen des mines. On transporte cette roche à Reichenhall, où on la fait dissoudre dans les eaux de celles des sources qui ne sont point assez salées.
^ C'est un spectacle admirable que le travail intérieur de cette mine. Lorsque nous y fûmes conduits, les galeries étoient illuminées, et l'œil ne pouvoit atteindre le terme de ces longs canaux souterrains , qui sembloient être les avenues de quelque temple consacré aux divinités infernales. Dans les chambres où l'on faisoit sauter le roc avec la poudre, ré<moit à l'entour de la fosse qui avoit été creusée, une galerie d'où l'on ne pouvoit en apercevoir
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la profondeur. Le bruit de la sonde et des pioches des mineurs interrompoit seul un lugubre silence. On avoit charge dix mines. On éteignit toutes les lumières avant de les faire sauter. Il est impossible de décrire Tenet de cette explosion, de la sombre clarté qui la précède, du tonnerre souterrain qui se fait entendre, de ce long et puissant ébranlement imprimé aux parois de ces obscurs caveaux dont les voûtes tremblent comme feroit la peau d'un énorme tambourin.
La détonation n'est répétée par aucun écho; mais la vibration résonne long-temps par la réaction des masses qu'elle a ébranlées, et qui tendent à reprendre une immobilité qu'on auroit pu croire indestructible.
La mine de Berchtesgaden est d'une richesse étonnante; la roche saline y est presque pure. Elle présente un aspect transparent et cristallin , mêlé de couleurs différentes , violettes, bleues, roses, jaunes, grises ou blanches. Ces couleurs sont presque toujours causées par l'oxide de fer.
Les travaux de Berchtesgaden et ceux de Hallein s'étant fait dans une direction convergente, déjà les galeries du premier endroit se sont prolongées au-dessous de celles du second et les mineurs pourraient facilement se rencontrer, quoiqu'il y ait plus d'une lieue de distance directe. Comme le produit des mines de Salzbourg appartenoit en grande partie à la Bavière qui avoit acheté celles de Berchtesgaden, on n'avoit eu jusqu'ici aucun intérêt à croiser les travaux l'un de l'autre. En effet Salzbourg était obligé de céder a un prix trèsmodique neuf cents ou onze cents livres {pfund) de sel à la Bavière, chaque pfund ayant deux cent quarante de ces tonneaux coniques dont j'ai parlé précédemment. A Berchtesgaden le fonds appartenoit au prévôt de la principauté de Berchtesgaden qui étoit un domaine ecclésiastique de l'Empire, dont le prince avoit voix et séance aux diètes de Ratisbonne. La Bavière avoit fait un arrangement sous le dernier électeur avec le prince et le chapitre de Berchtesgaden , et depuis ce moment, faisoit exploiter la mine pour son compte ?.
Reichenhall est situé dans l'enceinte de la Bavière même, et appartient entièrement au
roi de Bavière.
L'époque à laquelle toutes ces mines furent découvertes est très-éloignée , elle remonte au temps des Agilolfinges. Le duc de Bavière Théodori se démit de la jouissance de celles de Salzbourg et de Berchtesgaden en faveur de l'église. Depuis, les archevêques de Salzbourg plus ambitieux que reconnoissans ont voulu s'affranchir des restrictions apportées à la concession généreuse qui leur avoit été faite; mais les armes de la Bavière les ont enfin forcés de sanctionner une dette qu'ils n'auraient jamais dû refuser de reconnoître.
Reichenhall est une petite ville située dans un bassin très-reserré sur les bords de la Saale, torrent fougueux, qui s'échappe des monts voisins, et va se jeter dans la Salza à Lauffen, endroit rendu célèbre par le passage du général Moreau.
Reichenhall peut compter deux mille habitans ; presque tous doivent leur existence aux travaux des salines. La ville est adossée à une petite montagne sur laquelle est construite une ancienne forteresse qui sert aujourd'hui de caserne. Plus loin est une autre élévation que l'on appelle Sreitberg, parce que dans le temps des anciennes guerres avec Salzbourg, ce poste avantageux étoit principalement disputé. Le vallon où Reichenhall est situé ne s'ouvre que du côté de Salzbourg. C'est à Reichenhall que surgissent ces sources précieuses , qui pour la Bavière sont un véritable Pactocle.
On a construit un édifice propre aux travaux de ces importantes salines , au-dessus de l'endroit où ces sources s'échappent. On y descend par des escaliers commodes , et on en approche par des galeries spacieuses.
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Des machines hydrauliques d'une étendue immense, aspirent, recueillent, et dirigent ces eaux précieuses dans des canaux et des réservoirs diffërens, selon la qualité des eaux fournies par les sources. On en compte vingt-huit en tout. Ii y a trois ans qu'on a découvert la dernière en creusant une voûte que l'on vouloit réparer.
La plus riche de toutes, qu'on appelle die Gnadenquelle (la source de Grâce), est de 24 degrés L . Les plus foibles sont entre 5 et 6 degrés. Ce sont ces dernières dont on sature les eaux avec la roche de Berchtesgaden. Les eaux de la Saale , et celles que fournissent les sources souterraines de la montagne, mettent en mouvement les roues et les machines innombrables de ce superbe établissement.
Là, tout est vie, tout est activité et mouvement. En parcourant ces longues galeries pour la plupart magnifiquement voûtées, vous voyez agir les balanciers, les pistons, les longs embranchemens des pompes ; vous voyez se mouvoir d'énormes cylindres , l'eau courir avec rapidité dans de longues rigoles de bois , ou s'échapper avec furie sous des arcades souterraines. Partout vous distinguez les conduits des eaux salines , qui toutes se rendent à un réservoir commun, quoique séparé en autant de cases qu'il y a de degrés différens de saumure , pour de là être puisées par une pompe qui les transporte dans les réservoirs supérieurs , où elles sont soumises à d'autres opérations.
L'ordre admirable, la régularité de tous ces mouvemens, dont la cause est invisible, ont je ne sais quoi de frappant, d'imposant pour l'imagination. On ne sait si c'est aux hommes ou à la nature qu'il faut le rapporter; s'il faut plus admirer l'industrie des premiers que la puissance de la dernière; on se croit momentanément initié aux grandes lois du mouvement qui dirige le monde, et admis à contempler l'action de ces immenses rouages qui font aller la machine de l'univers.
Une chose bien remarquable, c'est que dans la même place, à la distance de douze à quinze pouces l'une de l'autre , surgissent des sources d'un degré tout-à-fait différent , l'une de a4, et l'autre de 6 degrés, par exemple : il est presqu'inconcevable que ces deux sources d'eau soient si voisines, et cependant si diversement saturées. On conçoit bien que l'une doit avoir traversé des couches plus riches ou plus étendues de muriate de soude ; mais on ne s'explique pas aussi facilement comment elles peuvent, à une si petite distance, couler depuis des siècles multipliés, constamment et sans déviation , sur un lit ou à travers une roche, l'une plus, l'autre moins salée, et offrir enfin des variétés aussi frappantes, et aussi permanentes.
Il y a plusieurs sources tout-à-fait douces, tout auprès de sources très-salées; enfin, le degré de saturation des sources, et celui de leur abondance, varient aussi selon le temps et les saisons. Lorsque les pluies ont été abondantes, les sources sont plus riches ; lorsque la saison a été sèche , les sources sont moins copieuses et quelquefois plus salées • ces phénomènes n'ont pas besoin d'explication.
Une partie très- remarquable des travaux souterrains de Reichenhall , est le bel aqueduc que feu l'électeur Charles-Théodore y a fait construire pour servir d'écoulement aux eaux de la mine. Ces eaux sont si abondantes qu'elles forment un torrent fougueux. Il falloit avant la construction de cet aqueduc , l'action permanente de pompes multipliées poulies vider, et encore risquoit-ou qu'elles n'inondassent les travaux. Aujourd'hui elles s'écoulent toutes par cet aqueduc , taillé dans une roche calcaire pendant près d'une demilieue, et qui débouche dans la Saale à une lieue et demie au-dessous de la ville. On peut descendre ce torrent ténébreux de la mine à la rivière dans une nacelle , et cette navigation souterraine n'est pas une des moindres curiosités de Reichenhall è .
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Les eaux salines que les pompes ont portées dans les réservoirs supérieurs, sont combinées de manière que les sources les plus riches, mêlées avec d'autres moins salées, donnent une saumure de treize degrés, qui est le terme propre au travail des chaudières.
Il y en a six à Reichenhall continuellement en activité. (On y consume jusqu'à trente mille cordes de bois, et on fabrique jusqu'à deux cent mille quintaux de sel par an 9 . )
Oh laisse le sel se refroidir et se sécher pour éviter qu'il n'attire l'humidité ; ce but n'a pas toujours été atteint, malgré les précautions qui ont été prises; de sorte qu'après un emraagasinement de trois ans et plus, surtout dans des magasins mal aérés ou humides, les sels de Reichenhall ont souffert quelquefois un déchet de trois à quatre pour cent. Cette quantité est sans doute très-petite eu égard a la longueur du temps et au prix du sel, qui actuellement est de 5 florins 36 kr. le quintal. On encaisse le sel dans des tonneaux pesant cinq quintaux et on le vend ainsi à des compagnies qui s'engagent à prendre annuellement à des conditions fixées une quantitée déterminée.
La vente du sel, dans le pays, se fait parla régie même des mines, et à un prix plus modique. Il est de 2 fl. 45 kr. (6 francs de France. )
Enfin on peut évaluer le produit des trois salines dont je viens de parler à 800,000 fl. de revenu net pour la Bavière.
Reichenhall offre une réunion complette de tous les ateliers nécessaires à l'entretien et a la poursuite des travaux des salines. Il y a des moulins à scie de la plus grande beauté. Un arbre y est dans un moment divisé en autant de planches que l'on veut, par un seul corps de scie, auquel on ajoute autant de lames qu'on le juge à propos. C'est là que l'on prépare les douves pour les tonneaux, qui sont tous en sapin.
Les douves circulaires, qui forment le fond du tonneau, sont travaillées par d'autres machines non moins ingénieuses.
C'est un charpentier bavarois qui a dirigé la construction de tout cet atelier. Cet artisan modeste et simple, cache sous le costume d'un ouvrier ordinaire, cette profondeur de génie pour la mécanique, qui semble être plus particulièrement l'apanage de ces hommes à qui la nature a donné une tête forte et pensante, et à qui le sort a refusé une éducation
soignée.
Plus loin sont les forges , pour les plaques de fer qui composent les chaudières. Leur mécanisme est également digne d'observation et d'éloge. Enfin plus loin encore sont les ateliers de graduation dont j'ai déjà parlé au sujet des mines de Hallein. Ici ils sont d'une étendue immense.
Ce sont les eaux de la Saale qui font aller toutes les roues, et les machines de ces nombreux ateliers.
Ainsi ce torrent dont les ondes portent partout ailleurs le ravage et l'effroi, est ici réduit
par l'art à la nécessité d'être utile.
Une question qui se présente assez naturellement, quand on songe à la longue série de siècles qui s'est écoulée, depuis que l'on exploite les salines dont je viens de parler, c'est comment elles ne se trouvent pas épuisées par les masses énormes de muriate de soude qui en ont été extraites, et qui surpassent de beaucoup en volume et en pesanteur, celles qu'il faudrait pour remplir les excavations qui ont été faites. Cette question mérite sans doute d'être méditée. Il paroît hors de doute qu'il existe dans ces mines une action reproductrice, qui, par de nouvelles combinaisons de Palkali minéral avec l'acide muriatique, répare les pertes que nos travaux leur font supporter. Cette roche argileuse et calcaire semble doi ' d'une aptitude à se charger des principes acides et alkalins contenus dans l'atmosphère;
louée et
la nature, par des procédés analogues a ceux qu'elle suit pour la production du salpêtre dans les nitrières,les y élabore sans cesse, et substitue des masses nouvelles a celles que les travaux des hommes, en d'autres circonstances, peuvent détruire. On a remarqué que les galeries pratiquées à travers la roche saline se rétrécissent sensiblement à la longue, de sorte qu'après quarante ans, par exemple, elles sont plus étroites d'environ trois pouces de chaque côté. Ce phénomène indique bien positivement l'action d'une végétation saline trèsconsidérable , et explique l'inépuisable fécondité de ces mines précieuses. L'action de cette végétation peut au surplus être arrêtée par divers obstacles ; par exemple , elle ne se manifeste pas par en bas, où la pression des canaux de bois par lesquels les eaux s'écoulent et le passage continuel, suffisent pour l'arrêter. Elle n'a lieu qu'aux parties supérieures et latérales.
Celte reproduction n'existe non plus qu'autant que les parois de la galerie sont d'une roche ou d'une gangue qui peut servir de matrice a la végétation saline. La galerie connue sous le nom Wolff Dietrich , qui est creusée à travers une roche de marbre, est étrangère à ce phénomène.
Je me suis arrêté long-temps sur cet objet important parce que j'ai pensé que les détails que j'ai donnés pourraient être de quelque intérêt 10 .
Je ferais un volume ,si je voulois entrer dans tous les détails que mes dernières excursions m'ont présentés.
La Suisse n'offre point de parties plus curieuses, plus attachantes que le pays de Salzbourg, celui de Berchtesgaden, et la région montagneuse delà Bavière.
La vous retrouvez toutes les scènes des grandes Alpes dans une proportion , si je puis m'exprimer ainsi, plus rapprochée de vos facultés. Ce n'est point l'incommensurable Mont- Blanc , ce ne sont point ses immenses glaciers, ni le silence éternel qui les environne.
Ce ne sont pas même les pics du Schrekhorn , du Wetterhorn , ni les scènes gigantesques du Grindelwald: mais au-delà de certaines limites, les masses, les volumes et les distances échappent au calcul ; et l'ensemble du tableau entre dès-lors dans le ressort de l'imagination et de la pensée.
Le Watzman , la plus haute montagne de Berchtesgaden , a sept mille pieds d'élévation. Plusieurs autres du pays de Salzboug et de la Bavière atteignent et surpassent cette hauteur. Là a déjà commencé la région des neiges éternelles. Là la nature a déjà revêtu ce caractère imposant et mâle, qui fait un contraste si frappant avec les traits si doux et si beaux dont elle se pare dans nos plaines, sur le bord des tranquilles rivières, des lacs paisibles, ou dont elle s'embellit sur le penchant des riches collines qui décorent la Champagne, l'Ile de France et la Normandie.
A deux lieues de Berchtesgaden est un lac fameux dans la contrée, et digne à tous égards de l'attention du voyageur. On s'y rend par une route très-pittoresque. Le chemin traverse un vallon resserré, mais où une végétation active entretient des aspects variés. Insensiblement le vallon se rétrécit davantage. Les grandes montagnes qui en forment l'enceinte se rapprochent; enfin à leur pied l'on découvre une nappe d'eau qui ne présente d'abord qu'une médiocre étendue.
C'est l'entrée du lac de Saint-Barthélémy, marqué sur les cartes d'Appian sous le nom de Kônigssee. Quelques maisons construites sur ses bords forment un hameau habité par des pêcheurs et des bergers. Là des bateaux appartenant au prince , sont préparés pour les voyageurs. Celui dans lequel nous entrâmes étoit très-spacieux et très-commode. Notre société étoit nombreuse ; nous avions de bons rameurs , et le plus beau temps du monde. Après
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quart-d'heure environ, nous doublâmes la pointe qui dérobe la vue entière du lac à l'endroit du départ.
Alors il se présente dans toute son étendue , et on découvre presqu'à l'autre extrémité l'église de Saint-Barthélémy et la maison de campagne du prince-abbé de Berchtesgaden, qui ne paroissent que comme un point, auprès des masses qui les environnent.
Je ne crois pas qu'il existe un lac aussi merveilleusement encaissé que le Kônigssee. D'immenses montagnes presqu'à pic l'enferment de tous côtés, et leur base semble se précipiter dans les profondeurs des eaux , dont la surface sombre , mais pure , réfléchit leurs cimes sourcilleuses.
La pente de ces murailles éternelles est si forte , qu'on n'a même pas pu pratiquer le plus petit sentier au bord du lac; dans toute la partie à droite, ses rives sont inaccessibles. La côte lavée par les torrens des pluies et des neiges, ne produit que par intervalles quelques maigres sapins , et quelques grêles graminées.
La côte orientale est moins roide et plus boisée, mais excessivement rapide , et accessible seulement a des hommes habitués à gravir sur les montagnes , et à braver l'aspect de leurs précipices.
Souvent du milieu du lac , on découvre dans de belles solitudes, quelques chamois errant et sautant ça et là. Rien n'égale l'agilité et la souplesse de ces animaux. Us franchissent les rochers les plus escarpés , et semblent planer sur les abîmes. Les chasseurs les plus intrépides ont peine à les poursuivre dans leurs redoutables retraites; mais quelquefois , serrés de trop près, on les voit s'élancer à d'incroyables hauteurs , dans les eaux du lac, et y rencontrer d'autres ennemis qui les attendent dans des bateaux légers , et les tuent lorsqu'ils s'efforcent de fuir à la nage.
Les deux énormes murailles que la nature a placées aux deux côtés du lac, l'emprisonnent , et y font régner un calme et une fraîcheur presque invariables. Le soleil ne peut en échauffer les eaux que pendant peu d'heures, et leur excessive profondeur contribue aussi à y entretenir une frigidité qui est nuisible à la propagation du poisson.
Plusieurs ruisseaux se précipitent du haut des montagnes et tombent en cascades presque perpendiculaires dans le lac. De loin elles forment de longs rubans d'argent qui semblent s'agiter sur des masses de verdure. Une de ces cascades tombe de plus de trois cents pieds de hauteur. Mais rien n'égale en beauté celle que l'on découvre au-dessus de la presqu'île de Saint-Barthélémy. Elle est formée par un ruisseau dont on a arrêté les eaux par des écluses, pour la faire servir à flotter le bois que l'on coupe dans les montagnes.
On se rend en bateau vis-à-vis l'endroit où le torrent tombe dans le lac. Le cours habituel de ses eaux forme déjà un très-beau spectacle : mais à un signal donné , lorsque les écluses ont été ouvertes , on voit à travers les cimes des plus hauts arbres , arriver une effroyable colonne d'écume blanche comme la neige. Elle bondit, se précipite en mugissant, se brise, rejaillit en mille formes diverses sur les rochers qui traversent son cours , et tombe de deux cent quarante pieds de hauteur presque perpendiculaire, dans la vaste profondeur du Kônigssee. Dans le temps où les coupes des bois ont lieu, on amasse des forêts entières dans les bassins qui sont au-dessus des écluses. Au moment où elles sont ouvertes, ces amas de bois se précipitent avec le torrent, tombent avec un fracas épouvantable, et projettent des paraboles immenses, jusque bien avant dans les eaux du lac. Au moment où cette masse se précipite, un sombre murmure se fait entendre, la forêt semble agitée par une tempête soudaine; les arbres balancent leurs têtes humides ; on croit qu'un terrible ouragan s'avance.
En effet, dès que le torrent atteint le Kônigssee , un vent violent écarte tout ce qui l'en-
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toure , les eaux du lac sont si fortement agitées, qu'il y auroit du danger à s'approcher du heu de la chute. A une dislance de plus de deux cents toises , notre bateau fut secoué avec violence, une poussière humide nous inonda, et un froid snbit nous saisit. Mais l'admiration que causoit un si beau spectacle enchaînait toute autre faculté; nous ne pouvions nous lasser d attacher nos regards sur ce magnifique tableau ; tout s'agrandissoit dans notre imagination. Là nous écoutions avec ravissement cette voix sublime, que la nature ne fait entendre que dans les déserts et dans les vastes solitudes.
La maison de Saint-Barthélémy est en effet le seul édifice qui existe dans cette grande et majestueuse enceinte; et il semble que sa position solitaire ajoute encore au recueillement du heu , et parle davantage a l'âme du spectateur. Je ne sais par quelle disposition mélancolique, je me peignes alors de pieux solitaires errant sur ces rives méditatives; je me transports moi-même en idée dans cette retraite sainte, et promenois sur ces rochers inhabitables et sur ces plages où le bruit des eaux et des vents se fait seul entendre, les souvenirs d'une Vie agitée et tumultueuse ! Ici tout se confond dans une seule idée. L'immensité de la nature touche a 1 éternité de son auteur. L'homme seul au milieu de si grands objets, rougit un moment de sa petitesse ; mais fier de sentir en lui la faculté de les admirer , il s'élance bientôt dans les plus hautes régions de la pensée. Il parvient à se figurer un monde encore plus «and des tableaux encore plus magnifiques , dont une voix secrète lui dit qu'il est appelé a jouir un ,o«r. Tout ce qui etonnoit auparavant, s'abaisse alors devant lui , et une seule de ses pensées, Dieu! est plus grande que tout ce qui l'environne.
Que l'on me pardonne cet écart involontaire. Il est si difficile de se défendre d'un vif enthousiasme, ou plutôt il est si doux de s'y livrer quand on est témoin d'un pareil spec tacle. Il fallut cependant s'y arracher, et regagner notre grand bateau que nous avions quitte. Nous y retournâmes pour revenir au point d'où nous étions partis. Un excellent dîner nous avoit été préparé; nous nous mimes à table au bruit d'une musique dont les sons répètes d'échos en échos, alloient expirer dans un triste lointain; imag'e frappan du passe, qm entraîne avec lui nos jouissances, nos peines, nos plaisirs, et à mesure qu'il s éloigne, les représente à notre mémoire avec des impressions qui se dégradent chaque jour ! ^
A travers les réflexions et les jouissances, nous regagnâmes le bord, après environ quatre heures de navigation. H
Nous quittâmes Berchtesgaden dans l'après-midi pour nous rendre à Reichenhall De ReichenhallaTrauenstein vous avez la route la plus intéressante etlaplus pittoresque. Cette route a ete ouverte avec des frais et des peines incroyables, par l'Électeur Maximilien I en ibio, lorsqu'il fit construire par son architecte Jean Reifenstuhl , le célèbre aqueduc oui transporte les eaux salées de Reichenhall à Trauenstein. Cet ouvrage qui a immortalisé et le prince qui Fa commandé, et l'artiste qui l'a exécuté, est une chose vraiment admirable Qu on se figure des tuyaux prolongés pendant sept lieues , à travers les plus énormes montagnes , au-dessus des plus affreux précipices , depuis Reichenhall, qui est dans un des points les plus bas de ces contrées , jusqu'à Trauenstein , à une hauteur de plus de deux mille pieds ! Huit pompes foulantes disposées de distance en distance, poussent l'eau que les canaux déposent dans les édifices où ces pompes sont construites, à de nouvelles hauteurs jusqu'à ce qu'elles viennent se décharger à Trauenstein dans les bâtimens où elles doivent être