VOYAGE VERS LE HAUT-ISER ET DANS LE COMTE
DE VERDENFELS.
En quittant Munich vous vous dirigez sur la route d'Inspruck, qui passe à Wolfershausen et Bénédict-Bayern. Vous côtoyez presque toujours l'Iser qui coule avec rapidité dans un vallon quelquefois resserre' et très -pittoresque, et quelquefois aussi il arrose une plaine que la funeste turbulence de ses eaux a souvent ravagée.
Tous les endroits bas qui avoisinent cette rivière, l'une des plus considérables de la Bavière sont jonchés de cailloux roulés qu'elle y a entassés à d'assez grandes profondeurs.
Ea plupart de ces cailloux sont des marbres détachés des montagnes où l'Iser prend sa source; mais il y a aussi beaucoup de granits, de grès, de pierres puantes, de roches ferrugineuses, de quartz, et même des grenats assez beaux. Toute la plaine qui environne Munich est un vaste amas de ces cailloux , qu'une couche de terre qui n'a que trois à quatre pouces d'épaisseur recouvre, et qui n'accorde qu'une nourriture peu abondante aux W taux qu on y cultive. b
Cependant le voisinage de la capitale a fourni les moyens de lutter avec quelque avantage contre k sterihte de ce sol ingrat, et les environs de Munich offrent d'assez beaux pâturages. Ma 1S en gênerai, la végétation y est souffrante, les arbres y sont moins beaux et le voisinage de plusieurs grands lacs et des hautes montagnes, réceptacles des ora-es des vents et des nuées pluvieuses, rend cette partie de la Bavière une des moins fécondes de ce royaume.
En revanche, si le fonds est moins fertile, la snrfaee est extrêmement attrayante. Des p mes fréquentes entretien, la verdure ; de belles forêts , où les Pinus syljtris , abies et pl cea, es BetUla alla «pendula, le Quercu, robur, le Fagas syhaùca, XAoer pseudo-plalanus et un grand nombre d'arbustes variés se reneontrent presque partout confondus; des eh^ps où le froment, l'orge et le seigle se succèdent; de belles prairies itificelles dont le Tnfohum pratense fait la base , voilàles objets qui se présentent succ .vement a vos yeux. Eu avançant vers les montagnes on trouve la cuit re des avoines presque uniquement en vigueur.
Wolfertshausen où l'on change de r„p V;i „v ■„„* ir w enange ae chevaux, est un assez gros bourg, bâti au pied d'une
mesablonnense.anconfluentdel'IseretdebLoisacl. Cette dernière rivière vient comme
Wo fe T Z erdeDf t' " ? P ™'' ™ k Cotisée , se jette dans l'Iser a Wolfertshausen ■'. Comme l'Iser, jusqu'à cet endroit elle est flottable, mais non navigable , et même plus bas presque toute la navigation de l'Iser se fait sur des radeaux.
Son cours incertain et rapide, l'inconstance de son lit nrinci™l .s „ „ , , „ ,. , ... . .. ; " l principal , y rendent une navi-
gation régulière impossible.
apmocîI°fr h T n ' B ™f Cl - B ^™< •» «»«e est riante et pittoresque , surtout en ppiocl ant de ce dernier endroit. Le grand rideau des Alpes se déploie toujours davau-
Ueue Bcnédta tl yCT " *" "'"i PlUS *** *° ** baSe «™ dWo » ™ fl«« *> heue. Benedict-Bayeru est une superbe abbaye de Bénédictins que je ne m'attacherai point
a décrire. *
Nous y trouvâmes une hospitalité très-attentive, et nous n'eûmes à nous plaindre que de 1 excès des soins qu on prenoit pour prévenir nos désirs. Mon intention était de monter
10 11 12 13 14 15 16 17 li
sur la Benedictenwand , la plus haute montagne de ces environs , et d'y faire une herborisation avec mon ami M. le professeur Duval, membre de la Société' Botanique de Ratisbonne. Nous partîmes le i4 août à cinq heures l6 du matin ; le temps, qu'un terrible orage avoit gâté la veille, e'toit redevenu serein, et nous vîmes les nue'es qui embrassoient les sommets et les flancs des montagnes, se précipiter dans les vallons, et se fondre dans les forêts. Bientôt le soleil levant fit apercevoir ses premiers rayons à la cime des grandes Alpes. Notre petite caravane le salua par des acclamations d'une joie vive et pure. Deux religieux qui avoient fréquente' ces environs , nous accompagnoient ; deux hommes portoient nos provisions; nous avions en outre deux chasseurs , un jeune pâtre de la montagne et quelques personnes qui s'e'toient lie'es à notre partie. Rien n'est si agréable que ces sortes d'excursions faîtes par un beau jour avec des gens honnêtes et simples, ou avec des amis qui partagent vos goûts.
La botanique e'toit le principal but de cette course , c'est pourquoi nous nous appliquâmes surtout à la recherche de plantes qui fussent nouvelles pour nous. La première qui frappa nos regards dans un bois peu eleve' sur la montagne , fut le Galiinn rotundifolium ; en bas nous avions recueilli le Dipsacus pilosus ; plus haut je trouvai la Monotrapa hypopitis et le Taxus baccata formant un bel arbre , mais dont les baies n'ëtoient point en maturité. Il n'est pas inutile de dire que toute cette montagne est calcaire; à sa base seulement j'ai remarqué des couches d'un schiste bitumineux, qui décèle le voisinage du charbon de terre, dont on a découvert plusieurs échantillons de la plus belle qualité, dans ces contrées 1? . La pluie qui étoit tombée la veille, rendoit notre marche assez pénible. Les sentiers dans les bois étoient très-glissans , nous y trouvâmes Y égarions violaceus , le Boletus suave-olens. Enfin, parvenus plus haut , nous rencontrâmes la Cacalia alpina qui ne nous quitta plus jusqu'au sommet.
Environ au quart de la montagne est une alpe , où un vieux pâtre veille sur un troupeau de génisses et de jeunes taureaux. 11 passe dans la hutte solitaire qui lui sert d'abri, trois a quatre mois de la belle saison et rentre dans la plaine avec son troupeau, lorsque les premiers froids se font sentir, ce qui a lieu vers la mi-octobre.
Le plateau où la hutte est située, est couvert d'une plante trop commune dans les pâturages des Alpes , extrêmement désagréable aux bestiaux , et dangereuse même pour eux. C'est le Senecio alpinus , (Lin. Cineraria alpina, Pers.) qui répand une odeur fétide et forte ; mais la forme et le port en sont très-beaux. Nous y vîmes aussi le Feratrum album mais sans fleur. Ce n'est qu'après cette première alpe (on donne ce nom à toutes les places consacrées dans les montagnes au pâturage des bestiaux) que le chemin et la montagne commencent a prendre un caractère plus sévère. On descend dans un vallon élevé, creusé par le cours d'un torrent qui forme plusieurs cascades magnifiques , et fait entendre au loin dans la montagne le bruit de son onde impétueuse. Après l'avoir franchi, on monte presque sans interruption jusqu'au sommet de la montagne.
Nous nous arrêtâmes souvent pour jouir de la superbe vue qui s'offroit à nos regards et se déployoit toujours davantage. Déjà nous rencontrions plusieurs plantes alpines , la Saxifraga rotundifolia , le Phleum alpinum , la Silène rupestris , la Mœringia muscosa. La Cacalia alpina croît en quantité tout le long du sentier. Enfin on arrive au pied d'un rocher immense qui s'élève à une grande hauteur en s'étendant comme une muraille , et dont le pied tombe dans une ligne presque droite jusque sur un autre plateau de verdure où une hutte plus considérable que la première est construite. C'est là qu'habitent les gardiens du troupeau principal. Nous devions y descendre pour dîner, après avoir été au
cm
haut de la montagne. C'est ce grand rocher de marbre dont la blancheur éblouit , qui a donné à cette montagne le nom de Benedicten-Wand (nmraiMe de Saint-Benoît).
C'est la proprement que commence la véritable région des Alpes; là on respire un air plus pur ; la une végétation toute nouvelle s'offre à vos regards.
C'est un autre sol, un autre climat, ce sont d'autres productions. La première plante qui frappa nos yeux fut le Rhododendron hirsutum, qu'on ne rencontre qu'à de grandes hauteurs.
La Gentiana punctata et asclepiadea se montroient de tous côtés; le Poa vivipara, le Mespilus chamaemespilus , le Ranunculus aconiti folius ,1e Myasotis montana, décoraient de leurs charmantes fleurs les rochers voisins.
Qu'on se figure ma joie, mon ravissement, de me trouver entouré de tous ces êtres intéressans et nouveaux! La douce température de la journée, le superbe horizon qui s'offroit à mes regards , les trésors que la flore des Alpes présentoit de tous côtés , le bruit des clochettes suspendues au cou des bestiaux , leurs troupes errant paisiblement sur ces herbages, tantôt divisées, tantôt réunies , l'un de ces animaux couché derrière un buisson dont il broutoit les feuilles, l'autre gravissant des roches escarpées, d'autres s'enfonçant dans l'épaisseur des bois, ou se désaltérant à l'onde d'une source vive, bordée de joncs et de Carex (Laiches) vigoureux ; tous ces tableaux si frais , si rians , si nouveaux pour moi , avoient quelque chose de ravissant pour mon cœur. C'est là que j'aurais voulu me trouver avec tous ceux que j'aime, pour partager avec eux de si douces jouissances.
Encouragés par tout ce qui s'offroit à nos regards, nous continuâmes de monter le dernier sommet de la Benedicten-Wand. Nous croyions n'avoir plus que peu de chemin à faire • mais il nous fallut encore plus d'une heure et demie, d'une course pénible à travers des rochers et des buissons de Pinus pumilio , pour parvenir jusqu'au point le plus élevé.
Pendant cet intervalle, je n'ai presque rien trouvé d'intéressant. Les bestiaux parviennent jusqu'au sommet, et ils avoient enlevé la plupart des plantes; le Pinus pumilio qui rampe sur les rochers étouffe d'ailleurs toute autre végétation. Cependant dans les fentes des rochers j'ai trouvé le Thesium alpinum , et plus haut dans une petite enceinte marécageuse le Leoniodon aureum.
Enfin en arrivant vers la cime de la montagne nous avons eu le plaisir de cueillir le Satyrium nigrum qui sembloit nous attendre à la dernière hauteur. Cette plante répand le parfum le plus suave, entièrement analogue à celui de la vanille, et est un des plus agréables ornemens des Alpes.
Le Galium pusillum occupe les fissures de tous les rochers ; YJndrosace lutea, les Saxifraga stellaris et aizoon, se trouvoient à la plus grande hauteur, de même que la Centaurea montana dont le superbe bouton étale avec orgueil l'azur qui le décore.
Dans les buissons qui couvrent les pentes où les bestiaux ne peuvent pénétrer, Flore se montrait dans toute sa splendeur. Là j'ai recueilli le Polygonum viviparum , les F~aleriana tripteris et montana , VAconitum lycoctonum , etc.
Ces plantes et beaucoup d'autres dont je donne en note un catalogue plus détaillé ,8 , chargèrent nos mains de leurs trésors. Mais je ne puis refuser un hommage plus particulier à la charmante Veronica integrifolia , au Sedum atratum {rubens : Schranck) et aux belles touffes de Betula rotundifolia {nana) dont les flancs de la montagne étoient parés.
Nous nous arrêtâmes près d'une heure à la sommité de la Benedicten-Wand , que nous atteignîmes à onze heures du matin , conséquemment après six heures de marche continuelle.
iS VOYAGE PITTORESQUE
Mais si tant d'objets intéressais que j'ai déjà indiqués, ne nous avoient pas dédommagé de nos peines, combien ne Faurions-nous pas été par le magnifique tableau qui s'offrit alors à nos regards !
La montagne voûtée du côté du sud s'arrête à pic vers le nord. Là, quand vous avancez jusqu'à l'extrémité, vous plongez perpendiculairement sur la petite plaine où est la hutte dont j'ai parlé; vous voyez au pied de l'énorme muraille que forme là la montagne, des neiges que le soleil ne fond jamais , quoiqu'elles soient bien au-dessous de la région des neiges permanentes.
En étendant vos regards vous découvrez l'immense plaine de la Bavière , et une partie de la Souabe. Sept lacs étendent à vos pieds leurs ondes pures comme des miroirs. Ce sont le Vurmsée , 1' X A 'mmersée , le Stajfelsée avec les sept îles qu'il renferme dans son sein, le Cochelsée , le Wallersèe , YEibsée , et vers l'est, à vingt-six lieues de distance , le vaste Chiemsée qui paroit comme une mer qui termine l'horizon.
L'œil peut suivre le cours de l'Iser, de la Loisach, de plusieurs torrens, qui, partant des montagnes, vont s'unir à eux. Là on peut observer la marche de ces eaux qui s'échappent de chaque gorge de montagne, en torrens plus bruyans que riches, qui se réunissent ensuite dans les plaines dans un moindre nombre de canaux plus profonds et plus paisibles et vont ainsi augmentant de volume, et diminuant de nombre, jusqu'aux mers qui doivent les engloutir.
La sagesse de cette distribution n'échappera point à votre pensée. Dans les lieux hauts , et où le sol a une pente rapide, il est nécessaire que des eaux nombreuses les arrosent, et s'y subdivisent en beaucoup de canaux : autrement la forte inclinaison de leurs surfaces ne leur permettroit pas de conserver long-temps L'humidifié des pluies qui ne font qu'y couler avec rapidité , tandis qu'elles pénétrent à loisir les plaines qui les ont reçues.
Après avoir pris sur le haut de la Benedicten- Wand quelques rafraîchissemens que la fatigue et la bonne humeur nous firent trouver plus agréables, nous commençâmes notre retraite, et nous descendîmes sans nous arrêter jusqu'à la hutte où le dîner nous attendoit. Un lait pur et onctueux, le beurre le plus frais, quelques mets simples, furent pour nous un repas délicieux. Mais le jour s'écouloit, et le ciel menaçoit de nous devenir moins favorable. Il fallut se diriger vers notre asile. Le retour fut pénible et difficile ; aucun de nous ne fut exempt de chutes assez rudes ; mais on se relevoit gaîment, se promettant bien d'être plus adroit ou plus heureux.
Nos guides nous conduisirent par un autre chemin, pour nous faire voir plusieurs belles cascades. Notre marche étoit trop rapide pour qu'il nous fût possible d'herboriser. Je ne recueillis plus que le T^eratrum album , une des plantes, sans contredit, les plus majestueuses et les plus agréables qui décorent les montagnes. Enfin, vers les six heures du soir, nous arrivâmes à Benedict-Bayern, bien fatigués, mais bien satisfaits de notre excursion.
Une chose qui m'avoit frappé sur les montagnes , c'est la bonté et l'ingénuité des gens qui les habitent.
Dans le pays de Berchtesgaden , le paysan est excellent, simple, laborieux, industrieux et hospitalier. Le peuple de cette contrée a un genre d'industrie qui lui est particulier : ce sont de petits ouvrages en os , bois et ivoire , travaillés avec une délicatesse inexprimable. Ce sont autant de difficultés vaincues, sans utilité pour la plupart, mais étonnantes pour leur délicatesse , et qui supposent une patience et une adresse infinies. Ce genre d'industrie est la source d'un commerce assez considérable pour ce petit pays, et contribue à l'entretien de seshabitans.
cm
DANS LE TYROL. ig
Dans le comte de Verdenfels où je conduirai tout à l'heure le lecteur, le caractère est moins bon, parce que les habitans s'expatrient, vont chercher ailleurs dans un commerce quelquefois frauduleux , une fortune qui altère leurs mœurs , et rapportent dans leurs paisibles vallées un luxe nuisible, et des principes destructifs de cette simplicité qui fait le plus doux apanage de l'habitant des montagnes. Cette classe d'hommes est presque toujours pauvre. Les montagnes plaisent à Flore et à Pan , mais elles conviennent rarement à Plutus. D'immenses espaces n'y rendent qu'un médiocre produit. Les neiges , les orages les grands météores de la nature s'en emparent la plus grande partie de l'année. C'est là que s'élaborent les principes de la fertilité des plaines. Mais l'homme qui a peu de besoins y trouve un asile paisible , et un entretien suffisant. Eloigné des grands foyers des habitations humaines , le cercle de ses jouissances est borné ; mais ces jouissances ont quelque chose de grand, de simple, et d'imposant par leur simplicité même. A de pareilles gens, il ne faut qu'une civilisation moins élaborée , les principes d'une religion douce , qui tempère l'âpreté primitive de leurs mœurs , et développe le germe des vertus hospitalières communes à tous les montagnards. L'habitude de vivre dans des retraites où les tracasseries de leurs semblables ne les poursuivent jamais , fait qu'ils se livrent sans contrainte aux penchans que la vie pastorale contribue à développer.
Chaque bergère des Alpes de ces contrées a son amant. Tous les samedis, lorsque les travaux de la semaine sont finis, ou la veille des fêtes, chaque pasteur s'achemine vers la hutte de sa bien-aimée. Elle l'entend chanter de loin la chanson accoutumée.
Alors sa fenêtre s'ouvre, et bientôt l'heureux berger est dans les bras de sa maîtresse. Ils vivent ainsi plusieurs années; les enfans surviennent , ils les élèvent à frais communs et ils finissent par s'épouser après avoir vécu long-temps comme époux. Rarement ces liaisons forment des infidèles! Pourquoi changeroient-ils? qui les a forcés à s'unir? qui les contraindroit à se séparer ? Leurs chansons , préférables selon moi à celles d'Anacréon , contiennent toute leur morale, et indiquent un mélange de simplicité et de finesse remarquables: car la naïveté qui n'est pas de la bêtise, ressemble souvent à la finesse la plus consommée, puisqu'elle fait dire avec grâce des choses que l'homme du grand monde enveloppe dans des périodes péniblement travaillées. M. le conseiller Hazzi, dans un ouvrage statistique très-bien fait qu'il a publié sur quelques bailliages delà Haute -Bavière, a recueilli plusieurs de ces intéressantes chansons des troubadours bavarois.
Le costume de ces environs est assez élégant; les filles portent des chapeaux verts, pour les distinguer des femmes mariées qui en ont de noirs; les hommes sont généralement beaux, ils ont une physionomie gaie et ouverte.
L'espèce de bestiaux est sensiblement plus belle dans les montagnes que dans les plaines voisines. Les pâturages des Alpes sont plus succulents, plus féconds; les troupeaux s'y abreuvent à des sources plus pures; ils n'y sont point tourmentés par ces essaims de mouches et d'insectes, que la fange des plaines et leur atmosphère pesante, produisent et entretiennent; ils n'y sont point inquiétés par le concours des passans, ni persécutés par des enfans ou des chiens importuns. Aussi est-ce une chose remarquable que la douceur et la confiance qui caractérisent ces animaux dans les Alpes.
Dès qu'ils voient un homme, ils s'approchent, ils l'entourent; ils semblent l'accueillir comme un ami dont ils n'ont que quelque présent à attendre. En effet les pâtres ont toujours avec eux, ou du sel, ou une espèce de poudre composée de plantes aromatiques desséchées et que les bestiaux mangent avec beaucoup de plaisir.
Parmi les animaux sauvages qui se rencontrent dans les forêts qui occupent la région
inférieure des montagnes, sont le chevreuil, le cerf, le lièvre, l'écureuil; et parmi les insectes, j'ai remarqué la belle Chrisornela gloriosa : Fabr.( CA/ys. cacaliœ : Scfir. ). On la trouve presque sur chaque feuille de la Cacalia alpina. Les ruisseaux qui arrosent la plaine, sont féconds en belles écrivisses , le seul insecte que l'homme mange habituellement et sans dégoût.
Les lacs des environs abondent en oiseaux aquatiques dont Schranck donne l'énumération dans sa Fauna Bavariœ.
Il ne me reste plus qu'à parler de ma dernière excursion dans le comté de Verdenfels , et de là, par Ettal et Mournau, jusqu'à Munich.
A une petite lieue de Bénédict-Bayern, est le lac dit Cochelsée 19 . Son étendue est médiocre, mais ses bords sont variés, pittoresques et agréables.
La Loisach le traverse , elle s'y jette en sortant du comté de Verdenfels , et en sort pour suivre un cours lent et sinueux, dans une plaine que ses eaux inondent souvent, jusqu'à ce qu'elle se jette à Wolfertshausen dans l'Iser.
Le chemin que nous suivions, est la grande route du Tyrol. Pendant une demi-lieue vous côtoyez les bords du Cochelsée ; enfin on l'abandonne pour s'enfoncer dans les montagnes qui font les limites de la Bavière. Là il faut mettre pied à terre pour jouir de la beauté des sites, et de la fraîcheur incomparable du lieu. Vous suivez pendant une heure environ , une montagne assez rapide et où l'on a ouvert à grands frais une route spacieuse et sûre 2 °.
A gauche s'élèvent d'immenses rochers , ou des monts couverts de sapins ; à droite vous entendez mugir un torrent que vous ne découvrez point encore. Enfin après quelques minutes, vous avez devant vous une des plus belles cascades que l'on puisse voir.
Le Jochbach se précipite avec un fracas épouvantable , et en formant plusieurs chutes successives entre des rochers, et au milieu d'une masse d'arbres penchés sur son lit orageux.
Ses eaux se divisent et semblent se multiplier en vingt canaux divers. Enfin elles se réunissent en grondant, sous un pont que leur impétuosité ébranle et menace d'entraîner, et elles roulent au loin de chute en chute dans la profondeur des abîmes qu'elles ont creusés, jusqu'à ce qu'elles se perdent dans le Cochelsée.
L'oreille les entend , les suit , lorsque l'œil a cessé de les voir De dessus le pont , et mieux encore du haut des rochers d'où le Jochbach se précipite , vous découvrez au bout du long canal que forme la gorge de la montagne, une partie du Cochelsée et de la grande plaine de la Bavière. A vos pieds mugit le torrent, et au-dessus de votre tête des arbres, vieux de plusieurs siècles, balancent leurs têtes majestueuses.
On s'arrache avec peine à ces scènes sublimes, où tout est action et mouvemeut, au milieu de la solitude la plus profonde. En continuant de monter le Resselberg , vous parvenez à la source du torrent qui jusqu'ici a accompagné votre marche. Il sort par une gradation insensible , à travers un lit de cailloux , dans un petit enfoncement de la montagne. Bientôt sans que l'on puisse remarquer aucune source principale, le volume de ses eaux s'est accru par le tribut de mille filets insensibles, et à vingt toises de là, il mugit, il gronde et roule déjà une masse d'eau redoutable.
Enfin, en continuant la route, dont la montée est très -rapide, mais où il n'y a aucun danger, vous parvenez sur une petite éminence , d'où vous plongez à la fois , et sur le Cochelsée, et sur la vaste profondeur du Wallersée.
Ce dernier lac est à plus de quatre cents toises d'élévation au-dessus du Cochelsée. Ses eaux, emprisonnées dans un vaste bassin, ont pour digues l'énorme masse du Kesselberg; mais les habitans du pays croient, ce qui est très - vraisemblable , que le torrent que j'ai décrit
cm
est une émanation du Wallersée, dont les eaux minent, disent-ils, sourdement la montagne, et doivent un jour en précipiter les débris dans la plaine, et l'abîmer dans un horrible déluge. On voit que ces bonnes gens n'ont pas été en Hollande, où des digues de quelques pieds d'épaisseur, ouvrage de la main des hommes, arrêtent l'Océan furieux, et le forcent à respecter ces plaines populeuses, qui, à l'abri de cette étroite barrière, se couvrent, au-dessous du niveau de ses eaux , de tous les dons de la nature et de toutes les créations de l'industrie.
Rien n'est imposant comme les bords du Wallersée : la grande route se prolonge sur ses rives, et termine les montagnes élevées qui les bordent.
Le ciel orageux qui nous couvrait réfléchissoit sur ce vaste miroir le tableau mobile de ses nuages sombres. Les forêts qui, à notre droite, avoient ombragé les monts au pied desquels nous passions, dévorées l'été dernier par un grand incendie , nous présentoient les tristes débris échappés à sa fureur, une terre noircie par de vastes couches de charbon, des troncs mutilés et desséchés , d'autres essayant encore de ranimer un reste de vie et çà et là quelques frêles arbustes que leur petitesse avoit sauvés , et quelques plantes annuelles que la main réparatrice de la nature avoit semées sur ce champ de désolation
Quand on a de pareilles scènes sous les yeux, les momens passent vite. Nous arrivâmes à l'hospice, où un dîner champêtre nous attendoit. Cet hospice, fondé par les religieux de Bénédict-Bayern, est desservi par eux; les habitans du hameau appelé Wallersée, qui est à l'extrémité sud-ouest du lac, où on a établi une maison de poste, y vont entendre l'office. L'homme ennemi du tumulte du monde, celui que son éclat a rassasié, que ses perfidies ont navré, que sa frivolité a dégoûté, trouverait ici la retraite la plus belle, les tableaux les plus imposans, les scènes les plus majestueuses : mais l'impression constante de ces grands et pompeux objets ne produiroit-elle pas sur l'imagination des effets qu'il est plus sage d'éviter que de rechercher?
Je conçois que, par haine ou par dégoût du monde, on puisse venir chercher le repos au sein de la nature; maïs alors il faut que ce soit une nature douce et riante, une amie aimable et consolante , et non une maîtresse imposante et superbe. A Wallersée l'on se sent entraîner malgré soi vers de sombres méditations, et les pensées, refoulées en quelque sorte par les masses énormes qui vous entourent de toutes parts , et ne laissent aucune communication entre le monde et vous , se rejettent toutes sur elles-mêmes, et vous fatiguent par leur inquiète activité.
Mais un séjour de quelques jours, de quelques semaines, dans un lieu pareil, doit avoir bien des attraits! De combien d'idées et de sentimens ne doit-on pas pouvoir s'y enrichir si on y porte une tête réfléchissante et un esprit observateur !
Les moines qui habitent cette belle retraite n'ont rien fait pour l'embellir. Il n'y a point de jardin, point d'arbres fruitiers, rien qui annonce un esprit de prévoyance ou un goût cultivé.
L'hospice est bâti au bord du lac, sur une presqu'île qui avance considérablement dans son sein. On traverse en bateau le petit golfe que forme cette presqu'île, en face du hameau de Wallersée, et l'on s'effraie de la profondeur de ses eaux, que décèle la teinte sombre de leur cristal, quoiqu'il soit d'ailleurs d'une transparence parfaite.
Nous fûmes accueillis par une décharge de boîtes , qui nous fit admirer l'écho le plus étonnant peut-être qui existe. Après l'explosion, il y a quinze secondes environ de silence; puis on entend le bruit du coup répété une seule fois, et comme si c'étoit un second coup; seconde époque de silence, puis un roulement effroyable qui se prolonge
10 11 12 13 14 15 16 17 li
aa
dans la chaîne des monts qui environnent le lac au sud, à l'ouest et au nord; troisième époque de silence, et ensuite un roulement sourd, et semblable au bruit d'un tonnerre lointain, dont les éclats viennent mourir dans les profondes vallées, et troublent à peine par un murmure majestueux le silence qui les habite.
Nous trouvâmes dans l'hospice dont je viens de parler un logement commode et un fort bon dîner. Ce dernier consistoit surtout en poissons du lac, entre autres une espèce de salmone nommée salbïing en allemand ( salmo salvelinus ; BlochJ , qui est extrêmement délicat, et dont la chair ferme et d'un beau jaune rosé est en même temps très-succulente , et le renken (salmo renhej. Ces derniers atteignent quelquefois le poids de cinq à six livres. Les autres poissons du lac sont le brochet (esox luciusj , la lotte (gadus Iota) , la perche (percha fluviatilisj , la truite saumonée (salmo trutta) , il y en a qui pèsent jusqu'à quarante livres ; le cyprinus lenciscus , et quelques autres petites espèces moins marquantes.
En général, ce lac, à cause de son extrême profondeur et de la frigidité de ses eaux, est peu poissonneux; le salbïing même ne lui appartient point d'origine. Les premiers ont été apportés en 1 5o3 du Tegernsée : d'abord on n'en apporta que six ; quelques années plus tard, Balthasar, abbédeBénédict-Bayern, en fit mettre trois cents, et c'est de cette colonie que descendent ceux que l'on y pêche aujourd'hui.
La pêche du Wallersée est très -peu productive, quoiqu'il ait près de cinq lieues de circonférence. La plupart de ces grands espaces d'eau, si imposans, si ravissans pour le coup d'ceil et l'imagination , considérés sous les rapports économiques , sont très-peu profitables. Si l'on fait attention à l'étendue de terrain qu'ils couvrent , et si l'on compare ce que la même surface en champs , bois, ou prairies , pourroit rendre, avec les revenus de la pêche, ou les autres avantages que ces lacs procurent, (tels que le flottage des bois et la facilité des communications , avantages qui ne se rencontrent d'ailleurs que chez les plus grands, et eu égard à leur situation) on est effrayé de la différence des produits.
Toute la pêche du Wallersée ne rend pas 5oo flor. ( 1100 francs ) ; cent arpens de prairies rendroient bien davantage.
Mais en considérant la chose sous le point de vue physique; en rattachant, comme ils doivent l'être, ces grands réservoirs à l'économie de la nature; en les regardant comme d'immenses magasins où. les sources environnantes se réunissent ; en songeant qu'ils entretiennent une fraîcheur qui vivifie au loin la contrée, et qu'ils laissent presque toujours échapper de leur sein, ou des fleuves ou de fots ruisseaux, qui vont fertiliser les plaines , et fournissent à l'homme uu moyen toujours renaissant d'aider et d'activer son industrie, on se convaincra que le plus souvent les lacs sont non seulement une beauté, mais un avantage pour le pays qui les recèle.
Je dis le plus souvent , car il n'est pas douteux que , lorsque leur nombre est trop multiplié, comme dans cette partie de la Bavière, ainsi que dans quelques cantons dç la Suisse, dans le Mecklenbourg, et surtout en Finlande, il en résulte une humidité, qui, en refroidissant sensiblement l'atmosphère, nuit à la variété des productions, et condamne la végétation à une uniformité que le travail de l'homme ne sauroit vaincre.
Après le dîner, nous poursuivîmes notre route vers Mittenwald dans le comté de Verdenfels ai . Le chemin, qui est très-bon, conduit à travers des bois, et vous ramène sur les bords d'un second enfoncement du Wallersée. Après avoir passé une montagne assez haute , vous vous trouvez dans la vallée de l'Iser , qui là n'est encore qu'une rivière médiocre, mais roulant avec rapidité sur un lit de marbre, une eau verte comme la
çhrysoprase. Dans cette vallée étroite bordée d'immenses montagnes, et que vous suivez jusqu'à Mittenwald, j'ai recueilli le tamarin germatiica , qui y croit en abondance.
Mittenwald est l'endroit le plus considérable du comté de Verdenfels. Les maisons en sont proprement bâties ; leurs toits dépassent de six à huit pieds le niveau du mur, et ménagent un abri contre les pluies abondantes qui tombent souvent par torrents dans ces contrées élevées.
De longues poutres creusées, et servant de gouttières, se prolongent jusqu'au milieu de la rue, de sorte que quand il pleut chaque maison fournit sa cascade, et que le milieu de la rue ressemble au lit d'un torrent.
On compte environ trois cents bourgeois à Mittenwald. La plupart sont des laboureurs qui cultivent les vallons étroits, mais assez fertiles, qui les environnent. La température de ces cantons n'admet pas d'autre culture que celle des grains d'été, l'orge, l'avoine, rarement l'épautre (triticum speltaj , jamais le froment ( triùicum hybernumj. Les choux, la bette, le navet ou turneps, la pomme de terre, et la plupart des espèces ordinaires de légumes, y réussissent assez bien; mais aucun arbre fruitier ne saurait y prospérer , a l'exception d'une espèce de prunier qui donne une prune longue et violette, laquelle mûrit fort tard.
Cet arbre est généralement répandu dans l'Allemagne, et se rencontre en Livonie et jusque vers les confins de la Russie ; les Allemands appellent cette prune zwetscJie. Dans les contrées méridionales où elle acquiert une maturité parfaite , cette prune est très -agréable au goût, et fournit d'excellens pruneaux. Cette espèce est très-productive, et d'une grande ressource pour le paysan dont presque toujours, surtout en Bavière, elle environne l'habitation, à peu près comme les pommiers dans les masures de Normandie. Le temps le plus favorable pour manger ce fruit est vers la fin de septembre, après que les premières gelées blanches l'ont frappé : alors il se ride, devient onctueux et véritablement succulent.
Une branche assez singulière de l'industrie des habitans de Mittenwald est la fabrication des violons : c'est la source du bien-être de cet endroit.
On ne se douterait pas que, dans le sein des Alpes de la Bavière, se construisent ces instrumens que l'on exporte par milliers jusque dans le fond de la Russie , et l'on n'iroit pas chercher la source de l'harmonie qui réjouit les oreilles moscovites , au pied des rochers du Garvendel et vers les sources de l'Iser. Cette branche de commerce, qui remonte à une époque assez reculée , et qui s'est conservée jusqu'à présent, fait vivre un bon nombre d'individus. Un violon ordinaire se vend douze francs, ceux qui sont plus soignés se vendent plus cher; les mieux travaillés coûtent deux louis ou vingt-deux florins
Une chose en général digne de remarque, c'est l'industrie variée qui se rencontre dans les pays de montagnes , surtout dans la Bavière , et particulièrement dans le Tyrol. Le principe de cette industrie et sa nature méritent que je m'y arrête un moment : cela me conduit d'ailleurs à donner préliminairement du Tyrol une idée générale, et à réunir sous un même point de vue des détails qui entraveraient le récit du voyage proprement dit.
10 11 12 13 14 15 16 17 li
DÉTAILS STATISTIQUES, GÉOGRAPHIQUES ET MORAUX, PRINCIPALEMENT SUR LE TYROL.
Les grandes Alpes qui offrent aux yeux du voyageur un spectacle si imposant, et des scènes si variées et si pompeuses, ne procurent à l'homme qui les habite que des ressources précaires et une subsistance difficile. Dans la partie septentrionale des Alpes, où la rigueur du climat n'est pas tempérée par les douces haleines des vents du midi , on ne rencontre plus, à des hauteurs médiocres, ni grains ni légumes; et les prairies, les pâturages et les bois sont les seules ressources de ces contrées.
Les vallons sont fertiles; mais du côté de la Bavière, jusqu'aux sommets qui dominent la vallée de lTnn , les vallons sont presque tous fort élevés , d'une température déjà très-froide, et exposés à des pluies si fréquentes, que souvent l'été s'écoule sans que l'on en ait ressenti les chaleurs, et sans que les grains aient pu acquérir une maturité complette.
Du côté de l'Inn , le versant des eaux se dirigeant vers le midi , une température beaucoup plus douce se fair sentir : c'est ce que j'aurai soin de faire observer en poursuivant le récit de ce voyage.
En quittant la vallée de l'Inn, et en se portant vers le sud, on atteint les hauteurs du Brenner, et alors la pente vers l'Italie continue sans interruption. Dans cette partie, les vallées sont extrêmement fertiles , et la végétation en est très -variée; mais elles sont si étroites et si populeuses, qu'il s'en faut de beaucoup qu'elles puissent nourrir leurs habitans.
En vain ces derniers, ont- ils arraché à la nature le plus petit coin de terre végétale, pratiqué des champs sur des précipices } gravi les sommets les plus escarpés , pour y défricher les plateaux qui s'y sont formés par la suite des siècles et le décroissement lent et successif des montagnes. Le sol qu'ils conquèrent ainsi sur une nature sauvage ne fournit pas à beaueoup près les moyens de subsistance et d'échange qui leur sont nécessaires. Dans le Tyrol méridional jusque vers Roveredo, où les vallées s'élargissent, on cultive la vigne dans les fonds et sur le penchant des montagnes, et quelques grains sur les hauteurs.
Dans le Tyrol septentrional et dans les Alpes Bavaroises, les pâturages, les bois et les produits des troupeaux qui habitent dans l'été les hautes Alpes , n'offrent que des moyens d'existence insuffisans. Les Alpes de la Bavière ne forment qu'une lisière étroite, excepté vers le comté de Verdenfels qui a été réuni à ce duché. La plupart des colons qui les cultivent appartiennent à des villages situés dans la plaine qui s'étend à leur base, et les habitans de ces villages ont ainsi une double source de prospérité, puisque la plaine remplit leurs greniers, tandis que la montagne leur livre des bois et de succulens pâturages.
Les Tyroliens, au contraire, lorsque l'approche de la mauvaise saison ( qui commence de très-bonne heure sur les hautes montagnes) se fait sentir, obligés de se renfermer dans leurs villages , où les neiges et les torrens les emprisonnent, et autour desquels la nature n'offre plus la moindre trace de reproduction, cherchent alors dans d'industrieux travaux un supplément à leurs besoins. On auroit peine à se figurer la diversité et la variété des branches d'industrie que ces honnêtes montagnards cultivent.
Dans le Vorarlberg, ils mettent à profit les immenses forêts qui les environnent ; le bois qu'elles leur fournissent est travaillé en charpente. On y construit des boutiques , des maisons entières, dont les pièces détachées et numérotées, sont transportées sur des irai-
cm
Beaux dans le temps des neiges jusqu'à Bregenz , et là sont chargé* sur des bateaux qui les transportent a 1 autre extrémité du lac de Constance », à Stcin et à Seuaffouse Un Lad nombre de bateaux du lac se construisent à Hart, bourg du Voralberg. Pendant ce temps les femmes brodent des mousselines pour les négocians de Botzen ou de Suisse, parti Lhercmen, de Samt-GaU, Trogen etHérizau; elles tricotent des bas e, des bonnets,' q„' £. deb.tent en Bavtére Ce geme d'industrie occupe surtout les habitans de Schwati Dan les paresses de Sche.degg et de Lmdenberg, il se fabrique une énorme quantitéde chapeaux et de corbeilles de padle, dont une partie est travaillée avec soin et élégance et se vend en Allemagne. La filature du lin occupe particulièrement les femmes de 1 W * Ï Montafon. C'est un coup d'œil intéressant „„„ A . , ,„ . P
d'un de ces mt „ I T mtéreSS f nt ' Tandon entre pendant l'hiver dans la demeure
le fuseau ouTetTl ' '° ,r ? Ue ' qUef ° iS & **"? -*•■*» <*» «J*. -mes
de ho7 Des o, a mam; ' " l0i " danS U " ^ ™ US «*■ ™ **** ** ««
des houpe , ou un jeune garçon q„, le dispute à sa jeune sœur pour l'adresse et l'activité
a m mer le fusean. Il y a des femmes des environs de Bregenz! qui d'une livre de coton filent jusqu'à cent trente fuseaux , chacun à deux mille aunes de Vienne
Il y a des villages entiers dans les vallées élevées du Tyrol oui cham,» pendant deux mois entiers, abandonnés par tout ce qui esfhomT ^ITclZ e la vallée de Montafon émigrent par bandes de trente et quarante, et vont exercer en W et en Allemagne les métiers de charpentiers ou de malus. Les etZZ^^Z vieillard, quittent aussi le toit narpm«l ^ n conduits pai un
moyen de leur travail Tl \1 T\ J ^ P GUvent § a § ner *■* subsistance au
moyen Jeui t ava 1. Ils partent munis d'une cornemuse et d'un havre-sac avec une netiie provision de pam d'avoine, et vont la plupart en Souabe s'engager comme ^ "n un salaire extrêmement modique. Là, ils passent Me au milieu des clips et de pâturages vivant d un pam grossier ou de quelques racines, et conservant au sein de cette vie pénible et solide une humeur gaie et une moralité constante. Vers la fin de l'autonm es mêmes vieillards les ramènent dans leurs sauvages hameaux; chacun d'eux rapporte 5 a 6 florins ( 1 9 a 1 3 francs ) pour fruit du travail de tout un été
Dans d'autres parties du Tyrol, le montagnard suit d'autres branches de commerce ou d industrie. L'esprit vif et gai de ces bonnes gens les rend susceptibles d'entre hardies, de courses lointaines et de spéculations ingénieuses.
Le séjour des montagnes, l'aspect de ces belles solitudes fait naître le penchant à la S^^?^^' «* ^imagination excitée^ le bes^
La mécanique a surtout un attrait particulier pour les Tyroliens, et ils y assissent dune manière souvent étonnante. Je pourrois citer de nombreux exemples de traZ vraiment merveilleux en ce genre. Je ne ferai ici mention que du célèbre Pierre A T qui de simple pâtre est devenu le meilleur géographe de l'Allemagne, et a construit"'™ la seule force de son génie, un globe d'une perfection étonnante, et que l'on voit encore au château d'Inspruck. Nous lui devons la meilleure carte du Tyrol. Bâcler d'Albe en a beaucoup profité.
La mécanique est une science éminemment amie de l'homme, si je puis m'exprimer ainsi ■ e e paroit être le partage du génie plus qu'aucune autre, puisqu'avec un esprit observateur et reneeni, 1 nomme fe plus dëpourvu dVtuCies et d'instruction peut surprendre les secrets de la nature et faire une application utile des moyens de force et de mouvement qu'elle lui présente Dans un pays où les eaux s'échappent et circulent de tous côtés, où chaj habitation domine sur un ruisseau, sur un torrent, ou dispose d'une source bienfaisante,
10 11 12 13 14 15 16 17 li
l'homme a dû songer de bonne heure à s'approprier la vertu de ces moteurs perpétuels et infatigables. Aussi, dans les vallons les plus élevés, vous voyez chaque ruisseau tomber d'espace en espace sur des roues grossièrement travaillées, mais dont le mécanisme simple remplit les fonctions les plus importantes du ménage. La mouture des grains, la fabrication des huiles, l'aiguisement ou le remoulage des outils, l'arrosement des prairies, tout cela est l'office des ruisseaux et des moulins qu'ils mettent en mouvement. Chaque paysan a son moulin, et disposant une fois de ce principe d'action, il le modifie suivant son industrie et ses besoins.
J'ai lu dans un ouvrage intéressant sur le Tyrol, écrit en 1796 par M. Rôhrer, auquel je dois une partie des détails contenus dans cette division de mon ouvrage, qu'étant entré dans la cabane d'un paysan, il n'y avoit trouvé personne, si ce n'est un enfant au berceau; que, frappé de voir ce berceau suivre un mouvement égal et constant, sans que personne le remuât, il avoit recherché la cause de ce phénomène; qu'en s'approchant, il avoit vu une corde attachée au berceau; et, qu'eu suivant cette corde qui traversoitle mur de la maison, il avoit reconnu qu'elle se prolongeoit jusqu'à une pièce de bois à laquelle une roue, mise en mouvement par un ruisseau voisin, imprimoit un balancement uniforme.
Les ruisseaux des montagnes sont donc les véritables serviteurs de ceux qui les habitent. On sent combien de temps , combien de peines épargnées par ces auxiliaires qui ne se lassent jamais, et ce n'est pas un des spectacles qui m'ont le moins intéressé dans les voyages que j'ai faits dans ces contrées.
Le Tyrolien applique les ressources que la mécanique lui offre à la préparation d'une quantité d'ouvrages industrieux qu'il va ensuite débiter dans l'étranger.
Ce sont de jolis ouvrages en menuiserie , des boites , des étuis, de la tabletterie, qui s'exporte jusqu'en Espagne et en Portugal ; ce sont des gants , des ouvrages en peau de chamois très-estimes et recherchés en Allemagne ( surtout ceux fabriqués dans le Zillerthal); ce sont de petites sculptures, des images, des gravures; enfin une foule d'ouvrages plus ou moins finis, plus ou moins ingénieux, que ceux qui les ont faits transportent eux-mêmes au loin. On peut estimer à trente et quarante mille le nombre de Tyroliens qui émigrent, et reviennent tous les ans dans leurs foyers. 11 seroit trop long et fastidieux d'énumérer tous les genres d'industrie auxquels ils se consacrent. Architectes, graveurs, sculpteurs, travailleurs en stuc, en plâtre, maçons, négocians. 11 y en a qui entreprennent l'exploitation et l'abattis des forêts en grand, et tout cela pour des prix très-médiocres : accoutumés à vivre de peu, un modique salaire leur suffit. Quelques-uns mettent à profit les plantes balsamiques et parfumées de leurs montagnes , et composent des sachets ou des poudres , où ils combinent les plantes auxquelles ils attribuent le plus de force et de vertu, et qu'ils intitulent thé pour la bile, ou pour la poitrine, etc.
Cette source de profit ne laisse pas que d'être productive. C'est surtout dans le Wipthal que ce genre d'industrie est en usage ; il en est qui se livrent à de plus grandes spéculations, et qui , poussant leur course jusqu'en Amérique et jusqu'aux Indes , en sont revenus après plusieurs années avec un pécule considérable. De retour dans leur village, ils ont partagé leur profit avec leurs rustiques associés, et cela avec une probité irréprochable, et sans même vouloir s'attribuer pour leur part une plus grande portion du gain. En général, presque tout le profit du négoce se partage entre des associés du même village ou de la même contrée ; une heureuse communauté unit toujours ces braves gens. Rarement l'absence dure plus d'une année; le plus souvent elle finit avec la belle saison pour les négocians comme avec la mauvaise pour les ouvriers.
cm
A leur retour, les associes se réunissent, et le Tyrolien voyageur jette sur la table son sac d'argent. Chacun prend la part qui lui revient en proportion de ce qu'il y a mis, et alors tous les comptes sont faits. L'assemblée finit par des serremens de main amicaux', et par un banquet fraternel où la gaîté règne, et où l'on discute les projets de commerce pour l'année prochaine. Dans le Tyrol septentrional, il y a peu d'exemples de dispute et de procès pour ces sortes d'affaires. Le Tyrol italien offre des mœurs différentes, un esprit moins franc, des manières plus civilisées, mais un caractère moins estimable. Cette habitude de voyager cultive et ouvre généralement l'esprit du Tyrolien, ajoute à ses connoissances , et le familiarise avec les usages des pays qu'il a visités. Aussi quelquefois on est tout étonné de trouver au fond des vallées les plus écartées des hommes raisonnant à merveille sur des choses tout-à-fait étrangères à leur état apparent, et parlant avec intelligence et agrément de ce qu'ils ont vu, et de ce qui se fait ailleurs.
Dans le voisinage de la Suisse et du lac de Constance, c'est une chose intéressante de voir au printemps les montagnards, qui étoient descendus dans la plaine, abandonner leurs villages et regagner par caravanes les Alpes qui doivent pendant l'été nourrir leurs troupeaux , et alimenter la source du lait onctueux qui leur sert à préparer leur beurre et leur fromage.
Lorsque le soleil du printemps a fait fondre les neiges des basses Alpes , toute la famille se met en mouvement ; femmes , enfans , vieillards, troupeaux, emportant leurs provisions dans leurs nouvelles demeures, et disant adieu à celles qu'ils quittent La caravane, précédée des troupeaux mugissans, se met en route en chantant, tandis que les patres font retentir les échos du son de leurs flûtes agrestes. C'est ainsi que dans toutes les montagnes du Tyrol la population est dans une fluctuation continuelle suivant les saisons, ou le genre d'industrie des habitans. Pendant l'émigration, les bourgs' les plus populeux paroissent déserts; on n'y rencontre plus que des femmes en petit nombre quelques vieillards et les plus petits enfans. Le reste est occupé au loin à recueillir avec peine l'honorable salaire qui doit alimenter la contrée.
Les Tyroliens sont en général très-dévots et même superstitieux. Partout où l'imagination est ébranlée par de grandes images et par le spectacle continuel de phénomènes imposans les idées superstitieuses trouvent un accès plus facile; la vie contemplative des bergers' les connoissances qu'ils acquièrent de certaines propriétés des plantes, l'habitude qu'ils ont d'observer le cours des astres dans les belles soirées d'été, leur ont souvent acquis chez le vulgaire la réputation de sorciers. Cependant il est extrêmement rare que dans le Tyrol on entende parler d'exercice de sortilèges ou de pratiques répréhensibles , tendant de la part des montagnards, à tromper les esprits foibles, ou à mettre à profit la crédulité de leurs semblables. A la vérité, il n'est guère de canton qui n'ait son histoire particulière, et dans lequel on ne vous indique quelque place célèbre, ou par l'apparition des esprits et du démon, ou par quelque fait merveilleux dont la tradition s'est conservée d'âge en âge.
C'est ordinairement dans le creux de quelque rocher imposant et solitaire, au sommet
un mont presque toujours environné de nuages , ou dans les parties les plus reculées une sombre forêt, que les mystérieuses apparitions sont censées se passer. Mais je le répète, ces aberrations d'une imagination vive et mobile n'ont aucune influence funeste sur la tranquillité et la moralité des habitans. La classe des curés se composant chaque jour avec plus de soin, peu-k-peu une instruction claire et raisonnable fera disparaître ces restes d'une barbarie qui semble, dans son impuissance, s'être réfugiée dans les endroits du globe les plus inaccessibles.
10 11 12 13 14 15 16 17 li
Les chemins du Tyrol, les ponts, les maisons sont surchargés avec profusion d'images religieuses et de monumens de dévotion. Ce sont de petites chapelles , des vierges , des croix et surtout des Christs tout aspergés de sang, et auxquels les grossiers artistes qui les travaillent s'étudient à donner une figure lamentable et une expression effrayante.
Il n'y a P as une maison un peu considérable , qui n'ait son saint Florian, son saint George, ou son saint Sébastien. Les églises sont généralement assez belles, mais couvertes d'ornemens presque toujours d'assez mauvais goût. Cette multiplicité' de monumens mystiques prouve le penchant religieux des Tyroliens. Souvent le long des routes vous rencontrez des familles entières agenouillées devant ces saintes images, faisant leurs prières, et invoquant l'assistance de la Divinité, ou la remerciant d'avoir heureusement passé la journée. Presque toujours au pied de la statue d'un saint ou d'un crucifix jaillit une source rafraîchissante et pure, qui présente ainsi le bienfait à côté de l'image du bienfaiteur.
Cette disposition religieuse des montagnards du Tyrol et de la Bavière est un bien pour le gouvernement et pour eux-mêmes. Dans une contrée où la nature présente sans cesse à l'homme des images fortes, et donne à son caractère une teinte primitive plus énergique et plus âpre , il a fallu une religion aussi consolante dans sa morale, et aussi absolue dans ses dogmes que l'est la religion catholique, pour subjuguer et convaincre ces âmes rudes, mais droites. Les pratiques de cette religion ont attaché ces mêmes âmes, et ont fixé par l'habitude leurs idées sur un même ordre de principes et de vérités. Il falloit frapper les sens , ôter l'embarras du doute , occuper l'imagination pour convaincre , ou plutôt pour subjuguer les esprits.
Il y a long-temps qu'on a dit que la religion étoit la morale du peuple; un peuple sans religion seroit done aussi sans morale : mais jamais un peuple montagnard ne sera sans religion.
Les Tyroliens , scrupuleux observateurs des conventions sociales , ne sont pas moins sévères dans leurs mœurs. Leur extrême activité exclut l'idée habituelle du vice, et bannit le repos qui lui permet de se développer. Pendant la durée des longues émigrations dont j'ai parlé , il n'y a pas d'exemple qu'un mari ait à son retour retrouvé sa femme infidèle ou sa famille désunie. Après plusieurs années d'absence , le jour où le Tyrolien revient dans ses foyers est signalé par les caresses les plus franches de la part de sa compagne, et ce jour est un nouveau jour de noces pour les deux époux.
Les relations entre les garçons et les filles ne sont pas tout- à-fait aussi irrépréhensibles. La nature a des penchans auxquels on ne résiste pas toujours. On se rappellera ce que j'ai dit des bergers des montagnes Bavaroises, de leurs amours et de leurs mariages. En Tyrol, il y a plus de contrainte et de réserve ; lorsqu'une liaison entre une fille et un garçon est découverte, alors le couple amoureux devient l'objet de la risée de toute la commune; on épie les amans pour leur jouer des tours. Le plus souvent on habille une poupée ridicule que l'on place au-dessus de la porte du galant ; mais si la fille devient enceinte, le mariage s'en
suit toujours.
Il arrive souvent dans la chaleur du vin, ou des plaisirs d'un jour de fête, que des disputes s'élèvent, et se terminent par une lutte sérieuse : mais tout cela passe avec la cause qui Pavoit fait naître ; point de rancune, point de vengeance. Le lendemain , ou le dimanche d'après dans le parvis de l'église, l'agresseur tend à celui qu'il a offensé une main sincère, en lui disant : camarade , pardonne-moi , et cette excuse cordiale finit pour jamais la querelle.
Tout ce que je dis ici s'applique surtout aux montagnards des parties septentrionales
du Tyrol, et à ceux de la Bavière, quoique ces derniers aient an caractère moins distinctïf et moins prononce, et ne forment point corps de nation.
Les Tyroliens du midi, connus sous le nom de Welsch-Tyroler, avec les mêmes talens et la même industrie, n'ont ni la même pureté ni Sa même loyauté. Un climat plus doux plus d'abondance, plus de richesses, les habitudes du luxe, le voisinage de la riche et voluptueuse Italie, ont altéré et leurs mœurs et leur caractère. Dans le seul cercle, dit des Confins , on a calculé qu'il y avoit plus de procès et d'avocats que dans tous les autres cercles du Tyrol allemand pris ensemble. Il semble que les habitans de cette dernière contrée gagnent en prospérité morale ce que les autres ont en prospérité physique. Les vallées délicieuses dites Val di Non et Val di Sol , les bords enchantés du lac de Garde, où les citronniers et les orangers croissent en pleine terre , et répandent dans l'atmosphère le luxe de leurs parfums, énervent les âmes, et les disposent davantage au plaisir et à la mollesse. La aussi, le voisinage des nombreuses manufactures de la Lombardie et du Vénitien met en mouvement une foule de mains industrieuses , tandis que les habitans des sombres vallées du Nord, filent le chanvre et le lin, productions d'un sol plus sévère, les fuseaux des Tyroliens du midi se chargent de la soie dont la récolte est une richesse de leurs contrées.
Cependant ces nuances , résultat nécessaire de la différence du climat et des productions n'empêchent point que l'on ne remarque partout les principaux traits du caractère national'.
Le Iyrol est enfermé de tous côtés par de vastes montagnes, dont il est lui-même un assemblage et une masse continue, entrecoupée par trois vallées principales, et par vingtsix vallées secondaires; en tout vingt-neuf vallées habitables. Il forme un tout géographique et politique. Ses habitans ont été soumis, depuis des temps infinis, à une administration uniforme et ont joui des mêmes privilèges. Ce caractère de liberté, naturel à tous les montagnards, est encore dans toute sa vigueur dans le Tyrol. Le souverain n'en est en quelque sorte que le premier citoyen, et le protecteur; le Tyrolien n'étoit assujetti a presqu'aucune des obligations qui pèsent sur les autres provinces de la monarchie autrichienne.
C'est surtout eu égard à la conscription militaire que l'impossibilité de plier cette nation au joug imposé aux autres, a été reconnue.
L'empereur Joseph, ayant voulu, en i 7 85, assujétir les Tyroliens à des levées réglées pour le service militaire, malgré tous les soins de l'administration, on ne put venir à bout d'exécuter les mesures prescrites.
Quelques conscrits, quittant leurs chaumières, se mirent à errer comme des insensés dans les lieux les plus inaccessibles de leurs montagnes, couchant dans les bois et les cavernes, et vivant comme de véritables sauvages. D'autres commirent des vols et se firent criminels pour ne pas être soldats, parce qu'une loi sage déclare incapables de défendre la patrie, ceux qui l'ont déshonorée: d'autres enfin désertèrent par bandes nombreuses. Plus de quatre cents jeunes gens du seul district d'Ehrenberg passèrent à l'étranger, et né revinrent que lorsque l'empereur, pendant la guerre contre les Turcs, eut publié une amnistie générale, en déclarant qu'aucun ne seroit forcé de prendre du service contre son gré. Avec quel enthousiasme ils revinrent alors retrouver ces lieux qui avoient perdu pour eux tous leurs charmes , du moment où la liberté leur avoit été ravie !
Tous les efforts, toutes les tentatives que l'on a faites depuis, pour assujétir la natio tyrolienne à un service militaire régulier, ont été sans succès. Dans les momens de dana er on a fait la levée en masse; mais elle a beaucoup plus retenti dans les gazettes que dans le
cm
10 11 12 13 14 15 16 17 li
pays même. Le Tyrolien est cependant très- dispose' a se battre pour la défense de son pays, pourvu que l'on ne le conduise pas hors de ses frontières. Il lui faut une guerre de montagne, de poste; chasseurs déterminés et intrépides, et tireurs adroits, ils se mettent en embuscade, et sont excellens pour harceler l'ennemi, aller à la découverte enlever les postes avancés. Les corps de chasseurs volontaires, formés de Tyroliens, ont toujours servi avec courage, et se sont distingués particulièrement dans la dernière guerre contre les François, à Famars, à Courtrai, et dans le Tyrol même.
Aujourd'hui le gouvernement autrichien 2â ne s'occupe que d'un plan de défense général du pays. L'idée est de former un corps de vingt -quatre mille hommes levés dans le Tyrol, et qui ne pourroient jamais être employés qu'à le défendre. Le marquis de Chasteler, lieutenant-général et l'un des officiers les plus distingués de l'armée autrichienne est chargé de l'organisation de ce plan de défense ; mais il est douteux qu'il puisse jamais réussir à compléter ce corps.
Au surplus, il n'y a point de pays plus aisé à défendre que le Tyrol. On ne peut y pénétrer d'aucun côté, si ce n'est par des vallées ou des gorges excessivement étroites. Ce sont, vers le nord et l'est, celles de Finstermùnz, de3regenz et de Feldkirchen, de Renti, de Scharnitz et de Kufstein. La plupart sont bien fortifiées et presque inexpugnables.
La vallée de l'Adige est la seule qui présente un accès plus facile; mais une fois arrivé à Botzen, le vallon de l'Eisack, qui remonte en passant par Brixen jusqu'au Brenner, devient si étroit, que le plus souvent il n'a que la largeur du chemin, et celle de cet impétueux torrent, qui mêle ses eaux à celles de l'Adige, une lieue au-dessous de Botzen. Pour assurer cette vallée, le projet étoit de construire une forteresse sur les hauteurs qui dominent Brixen, et le but du dernier voyage que l'archiduc Jean a fait dans ce pays a été d'examiner cette position, et en général, de voir sur les lieux comment on pourrait encore ajouter aux moyens de cette grande forteresse naturelle , jetée en avant de la monarchie autrichienne.
C'est aussi sous le point de vue militaire , bien plus que sous celui des finances, que la possession du Tyrol est importante 1 pour l'Autriche : il n'y a aucune de ses provinces où l'impôt soit moins productif, et d'où le fisc ait moins à retirer.
Le Tyrolien paie très-peu d'impôts, et il n'y a nulle différence entre la taxe 24 du paysan et celle du noble. Le paysan jouit de temps immémorial de très-grands privilèges et il prend même sa place dans les municipalités des villes les plus importantes. Ce sentiment d'une honorable égalité, qui élève toutes les classes, en assurant à toutes des droits semblables, imprime au caractère de ces montagnards une sorte d'élévation, d'aisance et de dignité qui se remarque facilement dans leur maintien et leurs manières.
Le pays a des états; ces états se rassemblent (in pleno) en plein, lorsque le souverain les convoque, et alors ils sont composés des prélats, y compris le commandeur teutonique du bailliage de l'Adige, de tous les nobles immatriculés, des députés des villes, et de deux députés de chaque cercle d'arrondissement. Ces états se réunissent sous la présidence du souverain, ou en son absence sous celle du maréchal de la province; mais cette convocation n'a lieu que rarement.
Les états sont représentés habituellement par un comité qui est permanent depuis 1785. Ce comité est composé de deux prélats, deux nobles, trois députés des villes, trois des cercles , présidés par le gouverneur.
Je ne fais pas mention des évêchés de Trente et de Brixen, qui, avant leur réunion, avoient leurs députés, et faisoient partie des états, quoique leurs évêques, en leur qualité'
cm
DANS LE TYROL. g
de princes de l'Empire, eussent des privilèges et une juridiction sépares. Aujourd'hui ces evêques sont assujétis aux mêmes règles que le reste de la province.
Les états s'occupent de tout ce qui concerne îe bien du pays, particulièrement de la dette des impôts et du militaire 25 . '
Outre l'impôt territorial dont j'ai parlé, il y a des douanes dont le tarif est beaucoup plus modéré que dans les autres provinces autrichiennes; ce tarifa été fixé en 1786 Ces droits portent sur les marchandises qui sortent du pays, y entrent , le traversent ou y sont consommées. Les étrangers seuls paient le droit de transit. On estime à 5oo 000 fl le produit du passage des marchandises étrangères, ou vendues à l'étranger II existe aussi un impôt sur les vins. Les états perçoivent l'impôt foncier commun, l'impôt noble ou sur les dîmes et redevances, et l'impôt sur les boissons, à charge par eux de subvenir à certaines charges déterminées. Les agens du prince perçoivent le reste qui sert à subvenir a d autres dépenses.
La province du Tyrol, se composant de tous côtés d'une masse de montagnes énormes et souvent inaccessibles, n'offre, comme je l'ai déjà dit, à ses nombreux habitans qu'une quantité insuffisante de sol propre à la culture. On évalue la population du Tyrol à sept cents mille âmes ( ce qui fait quatorze cents par mille quarré), et le pays fournit à peine de quoi en nourrir la moitié. En estimant seulement à 3 fl. la quantité de grains qu'il faut pour nourrir chaque individu pendant la moitié de l'année, cela feroit par an , 1O0 000 fl pour ce seul article. , ' '
Les objets manufacturés, de luxe, et les denrées coloniales que les
Tyroliens tirent du dehors , doivent au moins être évalués ; T 5 00
Le Tyrol est obligé de tirer des pays voisins, même du foin et de la paille :
en portant cet article à . . .
cela fait en tout à peu près : * I
! rp ! 1 ,- ,\ 0,700,000 fl.
que le Tyrol est obhge de payer par an à l'étranger. Voici les moyens qu'il a de rétablir la balance :
i°. Les douanes de transit rendent par an r
, . v 000,000 fl.
le commerce des soies /r
, 4oo,ooo
la vente des bois dans l'étranger .,
( le droit de sortie est évalué sur cet article à 33,ooo florins.) En évaluant à trente mille le nombre de Tyroliens qui émigrent tous les ans, et estimant à 3o fl. le gain net que chacun rapporte, cela fait qoo 000
2°. Les vins avoient autrefois un débit étendu; mais aujourd'hui le goût pour ces vins est tombé, et on peut tout au plus calculer sur quinze mille eimer d'exportation annuelle en Bavière et en Souabe ; l'eimer de soixante pots à i5 fl
.^ Les manulactures du Tyrol, la vente des objets qui y sont fabriqués
et qui s'en exportent, les profits de commission qui ne laissent pas que d'être considérables surtout à Botzen et Rovérédo, le produit des foires de I3otzen
et de Hall, peuvent rendre net au moins 1 000 non
• ^ es m mes d argent de Schwatz sont exploitées depuis plus de deux cents ans. Dans le 17' sièc i e> e n es ont rendu jusqu > à l6ooo marcs d , t
par an. Ces mines et la ville de Schwatz ont beaucoup perdu de leur splen-
10 11 12 13 14 15 16 17 li