‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 102 sur 137 · CON LORS ENS · texte numérisé non relu

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attaché au bras gauche, comme cela se pratiquait sur le vieux continent avant l'invention de la poudre, et les Indiens s’en servent admirablement bien pour parer les coups de lance et de tomahawk et se garantir des flèches de leurs ennemis. Nous avons eu entre les mains quelques-uns de ces boucliers qui étaient à l'épreuve de la balle, La confection de cette arme défensive se fait avec beaucoup de soin; avant de servir, elle reçoit toujours une espèce de consécration religieuse, Les Comanches peignent, pour la plupart, leurs boucliers avec un jaune brillant qui doit leur donner une certaine ressemblance avec le soleil; puis, après leur avoir attaché tous les ornements et accessoires exigés par la coutume, ils les suspendent à des lances et les exposent aux premiers rayons du soleil levant ; ce baptème des feux de l'aurore doit, disent-ils, rendre ce bouclier invulnérable. D’autres Indiens les laissent vingt-quatre heures ainsi exposés. Aucun guerrier des tribus qui ont conservé intégralement leurs anciens usages ne se servirait d’un bouclier qui n'aurait pas encore reçu une consécration divine de ce genre.

La lance et la flèche sont les principales armes offensives dont les Indiens se servent, pour la chasse comme pour la guerre. Les lances ont ordinairement de trois à quatre mètres de longueur, et sont maniées par les Peaux-Rouges avec une adresse tout à fait remarquable. Le bois de cette arme est généralement de frène ou tout autre bois léger et solide en même temps. Avant l'importation des matériaux métallurgiques parmi ces peuplades, les lances n'avaient à leur extrémité qu'un silex, une obsidienne où autre pierre dure, aiguisée, pointue et tranchante, dont la longueur et 1a argeur variaient selon les tribus ; aujourd'hui elles ont une pointe en fer qui a près d’un mètre de long, sauf quelques exceptions. Ainsi les Corbeaux, les Dacotas, les Pieds-Noirs, les Mandans et autres peuplades du Nord, ont à leurs lances un fer assez court, mais large; les Comanches, les Wécos, les Lipans, les Caddos et la plupart des Indiens du Sud préfèrent une pointe longue et cffilée : c’est ordinairement la lune d’une épée, attachée solidement à la hampe. Cette hampe est toujours garnie d’ornements, tels que cuirs de différentes couleurs, chevelures, plumes d’aigle ou de corbeau; souvent même on y suspend de petits sacs-de-médecine, Au Texas, plusieurs tribus attachent à la lance une longue corde dont l'extrémité est noue à la ceinture, ou à la selle du cheval, de cette facon le cavalier peut jeter

482 VOYAGE PITTORESQUE st lance et frapper l'ennemi ou le gibier à une plus grande distance.

La flèche, instrument non moin: redoutable entre les mains des Peaux-Rouges, est longue d'environ un mètre, également en bois de frène ou autre bois blanc et léger : à l’une des deux extrémités son: attachées trois barbes de plume, pour donner de la vélocité et de la précision au trait, l'autre extrémité est armée d'un fer aiguisé et très-pointu, Ce fer était autrefois et est encore, dans plusieurs peuplades de l'extrème Ouest, remplacé par un silex où une obsidienne, ou bien encore par des serres d'aigle, des griffes de vautour, des ongles d'ours où de paithère, des arètes de poisson et des os de différents animaux. Ces substituts du fer font ordinairement des blessures venimeuses et mortelles, On a dit que les Indiens empoisonnaient avec le suc de certaines herbes les flèches dont ils se servaient contre leurs ennemis, cela nous à même été aflirmé au Texas, et on nous à montré ne de ces plantes dont le venin était mortel; malgré toutes ces assertions, nous avons acquis fa conviction que cette croyance est une erreur. Les auteurs américains qui ont fourni le plus de détails sur les mœurs et coutumes des Indiens pe font mention nulle part de cette coutume qu'on prête aux sauvages, La flèche la plus dangereuse est celle qui est bardelée de fer en forme de côtes aiguës; elle hache la chair dans laquelle elle pénètre, et laisse presque toujours une plaie mortelle : peu de tribus s’en servent, et même celles-là l'emploient rarement. Une singularité digne de remarque, c’est qu'il y a des peuplades qui font des cannelures au bois de leurs flèches : celles des Lipans, par exemple, ont quatre cannelures noires droites: celles des Comanches, deux cannelures droites noires et deux rouges spirales ; celles des Wécos en ont quatre rouges en spirale. Néanmoins cette coutume n'est pas générale, et nous possédons des flèches qui n’ont aucune marque de ce genre.

Les ares des Natchez étaient en bois d’acacia et la corde en écorce d'arbre ou en peau d'animal, Leurs flèches en roseaux, comme celles d'un grand nombre de tribus des régions qui s'étendent au delà des montagues Rocheuses jusqu'à l'océan Pacifique, avaient des arêtes de poisson ou des os pointus pour la chasse. Quant à leurs haches pour couper le bois, elles étaient en silex. À son départ pour la guerre ou la chasse, l'indien emporte avec lui une grande quantité de flèches, qu'il perte sur ses épaules dans un sac où carquois, fait ordinairement en peau de pan-

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L'arc est confectionné avec le maclura aurantiaca, appelé par les Canadiens bois d'arc : il est fort et souple; ou bien encore en os de poisson et quelquefois même en corne de moufflon ou de bélier des montagnes. Cette corne est chauffée et mouillée alternativement de manière à la rendre molle et à pouvoir l’allonger; puis elle est râclée, diminuée et polie jusqu'à ce qu'elle ait pris la forme et la souplesse voulues. Les Indiens estiment et recherchent beaucoup les ares en 6s ou en corne, et ceux qui ignorent l’art de les confectionner les payent très-cher lorsqu'ils peuvent en acheter. La longueur de l'arc est à peu près celle de la flèche ; il est ordinairement enveloppé de lanières de cuir qui lui donnent de la force, ou de peaux de serpents à sonnettes qui lui servent d'ornement.

Lorsque les lances sont brisées, que les flèches et Ta poudre (pour les Indiens qui ont des fusils) sont épuisées, le combat se continue alors par une horrible mélée, dans laquelle chaque guerrier dispute chèrement la victoire à son ennemi, Dans ce moment on ne fait plus usage que du tomahawk, de la massue de guerre et du couteau à sealper, qui termine cette affreuse tragédie en enlevant la chevelure du vaincu, prix du triomphe, preuve irrécusable de la victoire.

Le tomahawk, dont se servaient les Peaux-Rouges avant de connaître les haches en fer dont ils ont été abondamment pourvus par les Faces- Pâles, était fait d'une grosse pierre tranchante des deux côtés, ayant dans sa partie la plus épaisse, c’est-à-dire au milieu, une profonde et double rainure, dans laquelle en mettait, pour servir de manche, un ou deux morceaux de bois flexible et longs de cinquante centimètres environ. Cette arme terrible est encore en usage parmi les tribus trop pauvres pour se procurer des haches de fer, Le tomahawk, primitif ou moderne, est unie arme terrible entre les mains des Indiens; ils le manient avec une habileté phénoménale, ils frappent avec une dextérité et une justesse vraiment extraordinaires, ils le lancent même parfois contre un ennemi qui, dans cette circonstance, peut difficilement éviter la mort; mais ce cas est exceptionnel, L'Indien connaît trop bien l'adresse et l'agilité de son ennemi à parer, à éviter les coups, pour qu'il s'expose à se trouver désarmé devant lui dans le cas où il le manquerait.

Indépendamment du tomahawk, les chefs de tribus où de villages * possèdent encore le casse-tête où massue de querre : cet instrument est à peu près la propriété exclusive des chefs, nous n’en avons jamais vu entre les mains des simples guerriers; mais nous n’affirmons pas que dans le Nord cette coutume ne souffre quelques exceptions. Cette espèce de massue est d'invention moderne; vlle est longue de cinquante à soixantequinze centimètres ; son extrémité a la forme d’une crosse de fusil ayant, à la place où se trouverait la bauerie, une lame d'acier triangulaire de vingt-cinq à trente centimètres de longueur et large de quinze à vingt, aiguisée et tranchante des deux côtés comme la lame d’un gratoir, avec laquelle elle a beaucoup de ressemblance. Le manche est orné de petits clous à tête de cuivre. I y en a d’autres qui sont de fabrique indienne: ces casse-tète ont la forme d’un pistolet; dans la partie recourbée se trouve une pierre ronde, garnie d'une pointe grosse, mais courte, dans le genre d'une tête d'oiseau; ou bien encore à la place de la pierre est attaché un os gros et pointu qui fait des blessures toujours dangereuses, sinon mortelles.

De toutes les armes usitées par les Indiens, le casse-tôte est la plus ter. rible; c’est elle qui tue le plus souvent ; mais elle leur coûte cher, car, elle est ordinairement fabriquée par les Faces-Pâles ; ce sont eux qui les leur vendent, et cela à des prix exorbitants. On pourrait, du reste, er dire autant de tous les instruments de fer ou d’acier que nous trouvons dans les mains des Peaux-Rouges; ne sachant pas travailler les minéraux, ils tirent toutes ces armes des manufactures anglaises et américaines. Le couteau à scalper, par exemple, n’est autre chose qu'un prosaïque coutean de cuisine ou de boucher; il équivaut au prix d’un cheval. Le

tomahawk s’échange contre deux chevaux, quelquefois plus, ou des fourrures de grand prix. Les Comanches au Texas et plusieurs peuplades du Nord ont des tomahawks-pipes (petites hachettes dont la tête est creusée comme le foyer d’une pipe, et dont le manche est perforé dans toute sa longueur pour servir de tube); ceux-là, véritables objets d'art pour es sauvages, se payent beaucoup plus cher; ils ne s’acquièrent qu'au prix de trois, quatre, et même six chevaux.

Les pasteurs de Sandia et de quelques autres pueblos du Nouveau- Mexique font usage de frondes pour se défendre contre les malfaiteurs et les animaux sauvages: ils se servent de cette arme dangereuse avec

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