‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 101 sur 137 · PA NAT EU · texte numérisé non relu

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) assiégés se tiennent et se cachent pour lancer leurs traits avec sécurité.

Ces villages ont des rues ou des ruelles d’un mètre ou deux de large, qui séparent les habitations les unes des autres et servent à la circulation. La porte de chaque habitation est tournée vers le centre du village, espèce de place au milieu de laquelle se trouve le grand canotmédecine, tonneau à grandes dimensions rempli d'herbes mystérieuses, symbole de l'arche de Noé, qui sauva la race humaine du déluge. En face du grand canot-médecine et sur le côté oriental de la place est située la grande loge-médecine construite à frais communs, appartenant à toute la tribu, comme les églises dans nos communes; mais elle ne s'ouvre que pour les mystérieuses cérémonies, et n’a aucun des emblèmes extérieurs qui décorent la façade des maisons privées; car les principaux chefs de la tribu et les guerriers qui se sont illustrés dans les combats exposent sur des grandes perches plantées sur le seuil de leur maison les scalps et les sacs de médecine enlevés sur leur ennemis, Cestrophées sont les vrais titres de noblesse des Peaux-Rouges; ce sont ses droits à la considération publique.

Les fermes des Cuabajaïs ont ordinairement la forme d’un grand carré ayant deux portes, l’une à l'orient et l’autre à l'occident. Les maisons sont éclairées par des arches faites avec des branches de saule et sous lesquelles on s’abrite contre les grandes chaleurs. Les fenêtres sont à l’intérieur du carré et servent moins à donner de la clarté qu'à laisser passer la fumée des feux allumés par les différentes familles qui habitent la ferme. Pendant la nuit, des sentinelles veillent aux portes pour prévenir toute surprise du dehors.

Les cabanes des Mojaves ressemblent à nos chaumières européennes ; elles ont de dix à quinze mètres carrés; les murailles ont soixante centimètres d'épaisseur et se composent de terre et de nattes d'osier. De grandes jarres remplies de provisions sont alignées autour des murs; le toit, beaucoup plus vaste que la cabane, forme une galerie supportée par des poutres; cette galerie est le rendez-vous de la famille et des amis qui viennent y causer et flâner durant des heures entières. Près des maisons se trouvent d'énormes paniers cylindriques en osier, ayant un toit conique et servant de grenier pour y déposer le maïs et les fruits würs du mesquite. Ces fruits moulus et réduits en farine font

de bons gâteaux, dont les Indiens du Colorado et du Gila sont trèsfriands.

Les Chinouks construisent leurs maisons avec des planches épaisses et larges, qu'ils tirent avec beaucoup de peine des gros sapins qui croissent en abondance dans leur contrée. Les maisons sont oblongues, et contre les murailles sont placés deux rangs de couchettes l'un au-dessus de l’autre, comme on le voit dans les vaisseaux. En général, dans l’Orégon, les habitations des Indiens ne sont que des huttes de six à dix mètres de longueur, de forme conique, et traversées à l'intérieur par des poutres qui servent à sécher le saumon. Les huttes indiennes des bords du Colombia sont pour la plupart construites en écorces, branches de pin ou broussailles, quelquelois couvertes de peaux ou de haillons et d'un aspect vraiment misérable, Autour de ces méchantes cabanes gisent avec profusion les os des animaux, les abatis de poissons et des monceaux d'ordure de toute espèce. Dans l'intérieur on voit des racines entassées, des peaux suspendues à des perches et du saumon sec; puis, autour d’un chaudron d'osier, sont accroupis des êtres humains, à la face répulsive, enduite de graisse et de saleté, aux mains ignobles et à l'extérieur dégoûtant de malpropreté.

Les habitations des Pawnies sont circulaires ; leur circonférence est de cinquante mètres environ; elles sont formées de jeunes arbres plantés à distances régulières, et dont les sommets inelinés vieunent s'appuyer sur un nombre égal de poteaux plantés circulairement dans le sol. Cette charpente est ensuite recouverte d'écorces d'arbres, de terre et d'herbes vertes, qui donnent à ces cabanes l'apparence d'un monticule naturel de gazon ou de ruches gigantesques. La lumière et la fumée passent par une ouverture pratiquée au centre du toit de ces rustiques résidences, qui sont chaudes en hiver et très-fraîches en été.

Les habitations indiennes différent selon les tribus; chacune à sa forme, ses matériaux et son genre de construction, qui se distinguent des autres tribus. Ainsi les loges des Omahas, qui sont cireulaires comme celles de plusieurs autres peuplades, ont cela de particulier, qu’elles ont des décorations de couleurs vives d’un bel effet et que les peuplades voisines n’ont pas; celles des Uamaths n’ont qu'une ouverture au sommet et qui sert de porte, de fenêtre et de cheminée, au moyen de laquelle on pénètre à l’intérieur. Les Natchez se construisaient de

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solides maisons quadrangulaires de cinq metres sur chaque facade, avec un mortier composé de bois, de boue, de sable et de mousse appelée par les créoles barbe espagnole. Le toit, formé de roseaux et d'herbes, pouvait durer vingt ans sans demander aucune réparation; une porte excessivement basse et étroite, comme celles que l’on rencontre dans les pueblos du Nouveau-Mexique, était la seule ouverture pratiquée dans la maison,

La plupart des Comanches vivent comme les Sioux du Missouri dans des demeures qui n'ont rien de comparable à celles des Mandans : c'est le wigwam traditionnel, qu'on peut dresser pour l'instant du repos et emporter ensuite à des distances considérables; pour la forme, c’est toujours celle de l'entonnoir renversé; les matériaux sont des peaux de buffle ou l'écorce du bouleau; ses dimensions ne sont jamais trèsgrandes : qu'il y ait pour chaque membre de la famille une place pour dormir, c’est assez; le reste de la vie se passe en plein air.

Les Cœurs-d'Alènes et plusieurs tribus de la Colombie font ordinairement leurs tentes avec des nattes de roseau enfoncées dans le sol, et relevées au milieu par une légère charpente. Dans le sud de la haute

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Californie, du Nouveau-Mexique, de l'Utah, et sur les bords du Gila et du Colorado, on voit quelques peuplades qui habitent de grands

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cylindres en écorce de bouleau ou en nattes de roseau, comme les

marchands d'oranges de Sassari dans l’île de Sardaigne.

Mais, de toutes les habitations indiennes, les plus curieuses comme les plus intéressantes et les plus considérables sont celles des peuplades du Nouveau-Mexique, à l’ouest de Santa-Fé, habitées actuellement par les Zuñis, et sans doute autrefois par les Jèmez, les Moquis et autres tribus vivant dans les gorges de Chelly, du Chaco, de la Sierra-Madre et des nombreux tributaires du Colorado de l'Ouest et du Gila. Ce pays immense et à peu près désert fut très-peuplé avant et pendant la conquête, à en juger par la quantité de pueblos ! que l’on rencontre depuis Santa- Fé jusqu'au 414° degré de longitude ouest, c’est-à-dire sur une étendue de 8 degrés environ. Ces pueblos ou villes indiennes se composent de

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bâtiments en pierre comme on n'en trouve nulle part dans les Etats- Unis, le Canada, l'Orégon et la Colombie. Leur forme est généralement

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1 On donne souvent ce nom aux habitations, villes et villages de ces latitudes, aussi bien qu'aux populations qu'elles renferment.

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celle d’une grande maison, ayant deux ailes à angle droit, égules en hauteur et en largeur au corps principal; ces deux ailes sont liées ensemble par un mur semi-cireulaire, qui renferme une vaste cour dans laquelle setrouvent une ou plusieurs constructions cylindriques appelées es/rfas, et sur lesquelles nous avons déjà donné quelques détails; quelquefois ces estufas sont bâties dans l’intérieur même du bâtiment, au lieu d'en être isolées. Ces pueblos, qui contiennent souvent une population considérable, ont de deux à quatre étages, peu élevés, ressemblant, de l'intérieur, à un escalier colossal de deux à quatre marches, car chaque étage a une terrasse qui sert de plain-pied à l'étage supérieur; un marchepied donne une idée exacte de la singulière apparence de ces monuments étranges. La façade extérieure représente une muraille très-élevée, percée de distance en distance d’une suite de petites fenêtres qui répandent l'air et le jour à l’intérieur des chambres. Le rez-dechaussée de l'édifice contient ordinairement autant de rangées de chambres qu'il y à d’étages : les unes reçoivent l'air et la lumière par des ouvertures ménagées soit sur la façade extérieure, soit sur celle qui donne dans la cour, ou bien sur le toit, Comme il n’y a aucun escalier dans tout le bâtiment, on monte du rez-de-chaussée au premier étage par le moyen d'échelles de bois parfaitement semblables aux nôtres; on monte ensuite de la même manière du premier étage au second, et ainsi de suite jusqu'au dernier. Les étages inférieurs servent de terrasses, sur lesquelles les familles viennent se reposer, causer ou fumer et passer de longues heures dans l'inaction et le dolce far niente. Ces terrasses ou plates-formes servent également à étendre le maïs, les légumes et toutes les provisions d'hiver, dont on ne se sert qu'après les avoir longtemps exposés au soleil.

Les Navajos vivent pour la plupart dans des chaumières cunéiformes , assez semblables à celles des Pawnies : les unes sont en adaubes ou briques cuites au soleil; les autres sont faites avec des branches d'arbre ou des roseaux recouverts de boue, mais d’un gracieux aspect; elles sont parsemées au milieu de beaux champs de maïs ou de beaux vergers d'arbres fruitiers.

Les Indiens habitent peu leurs wigwams. La préparation des peaux, qui est le principal travail des femmes, se fait en plein vent ; les hommes sont ordinairement à la chasse ou à la guerre ; lorsqu'ils revienuent aux

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villages, ils fument et causent par groupes sur l'herbe des champs et ne rentrent dans leurs demeures que pour prendre leurs repas ou pour dormir; les hivers seuls les forcent à s’enfermer durant de longues heures dans ces frêles habitations qui les garantissent mal de l'intempérie des saisons et les empêchent de contempler la belle nature, pour laquelle ils ont une vraie passion, même lorsqu'elle semble être en convulsion et vouloir tout détruire.

Quelquefois les villages indiens sont fortifiés, comme nous l'avons vu parmi les Mandans : les retranchements usités par les sauvages lorsqu'ils craignent une attaque de la part d’un ennemi très-puissant consistent le plus souvent en murailles de terre ou en amas de bois qui environnent le camp ou le village menacé. Plusieurs tribus indiennes du Sud et surtout les Natchez plantaient profondément en terre d'énormes troncs d'arbre ayant au moins trois mètres d’élévation au-dessus du sol, et leur sommet coupé en pointe. Des tours extérieures en bois protégeaient ces fortes palissades percées de meurtrières et complétaient ces fortifications, que le canon seul pouvait détruire.

Nous ne doutons pas qu'autrefois il ne dût exister, vers les grands lacs, des marchés périodiques où les Peaux-Rouges se rendaient des différentes parties du continent américain pour échanger leurs produits et les fruits de leur industrie respective. Nous assignerons au voisinage des grands lacs ce lieu de réunion à cause de la facilité de s’y rendre par la multitude de rivières et de cours d’eau qui prennent leurs sources dans ces latitudes, avant d'aller se jeter dans la vallée du Mississipi. Une autre raison pour nous est l’uniformité des objets trouvés dans les collines artificielles et les tumuli, tels que haches de cuivre, pipes de la carrière du Coteau des Prairies, monnaies en coquillages, ete., que l’on retrouve parmi la plupart des peuplades sauvages, les plus éloignées les unes des autres et des lieux d’où la matière première de ces objets est livrée, Malheureusement, nous n'avons aucune preuve certaine historique ou idéographique de ce fait; mais on peut conclure par voie de déduction que ces marchés généraux existaient, et qu’ils ont même été une cause de cette ressemblance de mœurs, de coutumes et d’idéologie que l’on retrouve chez quelques-unes des tribus qui diffèrent le plus entre elles par le typé, la religion, la langue et le caractère.

Nomade par nécessité, réduit quelquefois à aller chercher bien loin

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les aliments nécessaires à son existence, lndien, sans être bien inventif. à su se créer des armes terribles pour combattre ses ennemis, pour tuer les bôtes fauves qu'il rencontre souvent, et les animaux à riches fourrures dont la dépouille précieuse sert à le couvrir, où au commerce lucratif qu'il fait avec les blancs. Il est parvenu à se forger et se confectionner tous les instruments nécessaires pour se défendre ou pour renverser les obstacles qui se présentent dans ses courses et dans ses chasses lointaines. Enfin, laissez l’Indien étaler devant vous son bouclier, son are, ses flèches, sa lance, son tomahawk, sa massue de guerre, son couteau à scalper, son calumet, etc., et, si simplement que soient faits ces divers objets, vous serez tenté de lui demander dans quel arsenal européen il s’est approvisionné, ou quel est l'artiste qui lui a enseigné la fabrication de ces armes primitives et de tout cet attirail rustique qui l'accompagne dans ses longues pérégrinations.

Dans quelque tribu que l’on puisse aller, on ne rencontre jamais un seul sauvage sans armes; il est prudent, méfiant et toujours sur ses gardes, c’est là sa première force ; mais, quoique vindicatif à l'excès, il n’est pas naturellement méchant, comme on s’est plu à l'assurer : quand on l'attaque, il se défend : plus tard il venge le sang répandu des siens, dans les combats, parce que toutes les lois humaines disent que le sang demande du sang ; et c’est ainsi que se perpétuent dans les déserts, de génération en génération, la haine et l'esprit de vengeance. La guerre acharnée, les cruelles tortures que certaines peuplades font subir aux blancs et à leurs ennemis, ont eu pour origine une agression antérieure ou un droit lésé. La répulsion instinctive qu'ont les Peaux-Rouges pour la race européenne est motivée par les cruautés et les injustices que les premiers conquérants leur ont fait subir. C’est une haine héréditaire, nationale, aveugle, sauvage, qui les retient et les empêche de serrer cordialement la main de leurs ennemis, car cette main est teinte de sang.

L’unique arme défensive que portent les Indiens dans les combats est le bouclier : c’est un granu disque de deux pieds environ de diamètre, fait avec du cuir de bufle tanné; du côté qui fait face à l'ennemi il est ordinairement peint et garni de plumes d’aigle; les bords ont le plus souvent des franges en mèches de scalp, et au centre se trouvent des ornements divers, des amulettes ou petits sacs-de-médecine, auxquels les Peaux-Rouges attribuent une grande vertu préservatrice, Ce bouclier est

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