‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 11 sur 137 · EE · texte numérisé non relu

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Turquie, basanés en Espagne et en Portugal, olivâtres en Syrie et dans la Chaldée, et cuivrés dans l'Arabie eten Égvpte.

Ce qui a été dit pour le changement de la peau peut également s’appliquer aux cheveux et aux traits du visage et à tous les détails du corps humain. La chaleur” des climats comme celle du feu frise et rétrécit la chevelure ; l'humidité, au contraire, la détend et l’allonge. L’extrème froid contracte les nerfs et diminue la stature, comme l'extrême chaleur la rend grêle et chétive. La figure étant la partie du corps la plus exposée et celle qui reçoit depuis la plus tendre enfance toutes les impressions de l'air extérieur, elle est aussi celle qui offre le plus de variété dans les différentes zones. Une preuve sensible de l'influence du climat sur les êtres organisés, c’est le même arrèt de développement des hommes et des plantes occasionné par le froid en Laponie aussi bien qu’au Groënland et chez les Esquimaux. Buffon et plusieurs autres écrivains de nos jours ont écrit des pages éloquentes sur les influences du climat, de la nourriture et de la civilisation, sur la coloration des cheveux, du poil et de la peau. Ces changements sont lents, il est vrai, mais quand on pense qu'il a fallu plus de dix siècles pour civiliser l'Europe, pourquoi nous étonnerions-nous s’il en faut davantage pour changer la couleur et la physionomie d’un peuple ?

L'effet du climat est encore augmenté par l’état sauvage ou corrigé par la civilisation. Ceci est une vérité que personne ne saurait nier. Le sauvage à peu près nu, rarement protégé par une misérable hutte, respire par tous les pores l’air atmosphérique et les exhalaisons de la terre; en outre il reçoit les rayons du soleil, qui ont sur lui une influence d’autant plus puissante qu’elle est directe. À cela il faut encore ajouter les fatigues de leur mode d'existence, leur nourriture , la qualité des herbes et des racines qu’ils mangent habituellement, et enfin leurs habitudes, leurs nécessités, leur manière d’être et la physionomie du pays qu'ils habitent, La civilisation, au contraire, tend à corriger les influences du climat; la commodité des habitations et des vêtements, une nourriture saine, hygiénique et régulière, un pays bien cultivé, des habitudes de propreté et de toilette sont autant de préservatifs pour l’homme civilisé et tendent à embellir l'espèce humaine. L'état moral d’une société influence également la physionomie des individus. Chaque objet qui impressionne les sens et chaque émotion qui s'élève en nous affectent

les traits de notre visage et s’y reflètent comme dans un miroir. Une figure indifférente révèle ordinairement un caractère indifférent, une intelligence bornée, comme une figure expressive indique une âme sensible, impressionnable et douée des nobles facultés qui font de l’homme le roi de la création. La vue d’une nature riante et gaie anime la physionomie et la rend agréable. Le nombre et la qualité des idées suffisent souvent pour changer l'expression du visage et distinguer un être civilisé, instruit et intelligent de celui qui ne l'est pas.

Les délicatesses de la vie sociale donnent de l'élégance aux formes et de la douceur aux traits; les travaux pénibles des champs ou de l'atelier, une constante exposition aux injures de l’air leur donnent, au contraire, un caractère rude et grossier. On voit souvent plus de différence entre une femme du monde et une femme de la campagne qu'il n’y en & entre un Européen et un sauvage. Chaque peuple d’une même race a, selon ses habitudes, ses capacités intellectuelles, le degré de civilisation, le climat et la physionomie du pays qu'il habite, un type particulier qui le distingue des autres peuples. On remarque même que les différentes classes qui composent la société dans une même nation ont souvent un type à part qui indique le rang et même les occupations des individus. En Amérique, on aperçoit cette différence de physionomie d’une manière frappante parmi les esclaves occupés dans les champs et ceux qui servent leurs maitres dans l'intérieur des habitations. Les premiers retiennent très-longtemps leur aspect africain et misérable; les seconds ont des traits plus adoucis, une peau moins foncée et moins grossière.

Après avoir démontré les causes modificatrices de l'espèce humaine pour en faire de nombreuses variétés, après avoir vu que les types humains correspondent exactement par la nature de leurs caractères aux variétés ou races qui diversifient une même espèce animale, et dont la domesticité, l'influence de l’homme portent si loin les différences, nous allons terminer ce sujet en réfutant avec l’auteur de la diversité des types les objections que les partisans de la diversité des origines tirent de la persistance des types. On a dù déjà remarquer, par ce que nous avons dit, que la persistance des types est une loi trèsgénérale qui ne régit pas seulement les types généraux, mais aussi et presque tout autant les races particulières. En présence de cette loi de persistance qui descend dans ses applications jusqu'aux moindres

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groupes de la famille humaine, conclurons-nous que les types de diversité du genre humain sont des types créés, des espèces ? Soit; mais alors soyons conséquents, allons aussi loin que la loi de persistance; déclarons non-seulement que les nègres, les Mongols et les peuples caucasiques sont d'espèces différentes, mais qu'il y a au milieu de nous plusieurs espèces d'hommes, une espèce gaële, une espèce kimrie, une espèce ibère, que nos Bretons kimris ne sont pas de la même espèce que nos Bourguignons gaëls, que les Basques représentent une espèce à puit, que les Provençaux d'Arles et de Marseille, venus de la Phocide, sont d'une autre espèce que leurs voisins de la Provence ligurienne et du Languedoc. Notre raison et notre cœur se révoltent contre de pareilles conséquences, et pourtant le fait de persistance nous contraint à les accepter, du moment que nous donnons à ce fait la signification que lui

accordent les partisans de la pluralité des espèces humaines. Voyons

maintenant si la loi de persistance des types nous conduit nécessairement à la séparation absolue et originelle de ceux-ci. Et d'abord, en réalité, qu'est-ce que cette loi? C'est un fait de génération et d’hérédité qui transmet l'empreinte des parents à leurs descendants, qui ajoute, remarquons-l bien, les qualités acquises aux qualités premières et naturelles, qui convertit les différences individuelles en différences plus ou moins générales, les modifications accidentelles en modifications permanentes.

Les partisans de la pluralité des espèces humaines s'arrêtent au fait de la persistance ; non-seulement ils ne donnent pas à ce fait sa vraie signification, et ne nous le montrent pasr. nt d'une loi d’hérédité qui embrasse à la fois les qua’ités naturelles et les qualités acquises, mais aucune hypothèse ne leur coûte pour exagérer la permanence des tvpes, et tout ce qui lui assigne des limites, tout ce qui prouve des modifications apportées à ceux-ci n’est accueilli dans cette école qu'avec le regard du dédain ou de la défiance. Voici, par exemple, et textuellement, un des arguments qui nous sont donnés comme décisifs sur la question : « Des hommes, habitant depuis des époques vraisemblablement antérieures aux temps historiques des îles situées sous les mêmes latitudes, et même au voisinage les unes des autres, sont restés différents de couleur jusqu’à nos jours. Comparez les habitants des îles Viti, Salomon, Nouvelles-Hébrides, aux Polynésiens des îles Tonga, Otahiti, Noukahiva : les premiers sont couleur de suie; leurs voisins (depuis trois ou

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quatre mille ans peut-être) n’ont point pris la teinte éthiopienne!.» Deux races distinctes, celle des nègres océaniens et celle des Polynésiens, habitent les mêmes parages maritimes, sont placées dans des conditions climatériques identiques, et demeurent néanmoins distinctes. Depuis quand? C’est ce qu’il importe de savoir pour qu'il vaille la peine d’aller chercher si loin un fait dont nous trouverions plus d’un exemple près de nous. Or, sur ce point, nous pouvons tout supposer; et pourquoi ne supposerions-nous pas trois ou quatre mille ans de durée à cette cohabitation des deux races? Voilà ce qu'on appelle un argument décisif, En voici un autre : « La plupart des pays de l’Europe ont envoyé dans des régions lointaines une partie de leur population; or, quel que soit le terme écoulé, dit Desmoulins, ni l'Angleterre, ni la France, ni l'Espagne, ne méconnaissent dans les colons les traits des habitants de la mère patrie. » La raison qui engageait l’auteur de ce passage à étendre à trois ou quatre mille ans le séjour des deux races principales de l'Océanie au voisinage l’une de l’autre aurait dû l’avertir que l'exemple des colons européens pèche par la date trop récente de leur expatriation; c’est bien peu de trois siècles dans un cas, s’il en fallait trente ou quarante dans l’autre. Des faits aussi négatifs et aussi insignifiants que celui-ci, empruntés à l'argumentation de M. Bérard, ne pourraient avoir quelque opportunité, et rien de plus, que répondant à des personnes qui croiraient qu’un changement de climat suffit pour transformer une race, qui ne sauraient rien de l’opiniâtre hérédité des caractères de variétés, ou qui enfin seraient capables d'attendre une modification profonde de ces caractères au sein d’une colonie qui se recrute sans cesse de nouveaux émigrés de la mère patrie.

De tous les caractères différentiels des types et des races, les plus remarqués sont ceux qui portent sur la couleur; ils méritent, disent quelques personnes, d’être mis au premier rang. Telle est l'opinion des adversaires de l’unité de l’espèce, et c’est d'autant plus étonnant que la coloration est de tous les caractères celui qui se montre le plus indépendant des autres. Non-seulement les teintes des races les plus constamment brunes varient beaucoup, niais les nuances foncées apparaissent dans tous les types, et acquièrent chez quelques peuples du nôtre

1 Bérard, Cours de physiologie, t, À, p, 457.

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autant d'intensité que partout ailleurs. On se rappelle que, parmi les Abyssins, on compte des sémites parfaitement noirs, et qu’on retrouve, dans les Indes, des tribus arianes qui réunissent à des traits européens des teintes africaines prononcées. Nous n'avons pas non plus oublié que, chez une même race, les nuances de la peau et des cheveux, foncées dans les plaines basses, s’éclaircissent dans les régions élevées. Tel est le cas des Indous de l'Himalaya, des Arabes des montagnes de l'Yémen, et des Berbères du mont Aurès dans la régence de Tunis. Pour expliquer la présence de ces hommes au teint clair, à cheveux blonds, au milieu des tribus kabyles, on a supposé que les Berbères de l’Aurès étaient des descendants des Vandales; c’est une supposition et rien de plus, une hypothèse au service de ceux qui ne veulent pas qu'une race puisse perdre sa couleur'. Admettons toutefois que cette tribu kabyle soit une tribu vandale, c'est-à-dire de souche indo-germaine; nous demanderions encore pourquoi elle a conservé son teint clair, ses cheveux blonds, ses yeux bleus, tandis que dans les villes d'Allemagne, dans celles du Danemark, dans la plaine suisse, du canton de Soleure au lac de Constance, les cheveux et les ’ux noirs sont si communs. A moins de nier l'évidence, on ne peut dire que ia race indo-germanique ait conservé partout l'intégrité de son type. Tous les touristes qui ont voyagé dans l'Oberland bernois ont pu remarquer l’étonnante différence physique qui existe entre les habitants des vallées et ceux des villages de la montagne : dans le bas Hasly, aussi bien qu’à Interlaken, on rencontre souvent le teint demi-basané et les cheveux noirs de la race ligurienne, tandis qu’à quelques lieues de là la population du haut Hasly est généralement blonde, comme celle des Alpes suisses en général.

Ces différences locales ont le mérite de nous dénoncer l'altitude d'un pays comme étant dans un rapport étroit avec les caractères physiques de ses habitants et comme pouvant les modifier. Ce serait insister sur un lieu commun que d’ajouter que l’ensemble de la stature et des formes, le développement de la poitrine, sont autres chez les montagnards que chez les hommes de la plaine, et comment en serait-il autrement,

1 Et quand on leur dit que c'est une hypothèse : « Peu importe! répondent-ils avec une « \mirabie impassibilité. » Puis ils poursuivent, et tirent les conséquences... de l'hypothèse,

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puisque l'altitude change toutes les qualités de l'air, sa densité, son hygrométricité, sa température moyenne, son état électrique ‘?

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LA LL plus foncées, et à mesure que nous nous éloignons de cette zone, les où nuances deviennent plus claires. Tout incontestables que soient ces coïn- de F1 cidences, il est des personnes qui veulent encore que la couleur des n'e | races soit originelle, que le soleil n’y soit pour rien, ou que toute son We influence se réduise à hâler un peu le teint du campagoard, à ajouter s upe nuance de plus à une couleur déjà plus ou moins prononcée. Ces k | ritrépides contempteurs de l’action colorante du soleil oublient que des ei UE peuples de race syro-arabe sont devenus tout à fait noirs sous le ciel de ne k 14 l'Abyssinie, que les Hottentots ne sont, en dernière analyse, que des nè- thé gres revenus à une teinte plus pâle sur le plateau élevé de l'Afrique ds | F bi australe. Ils aiment mieux se rappeler qu’au nord du tropique du Cancer : cu il et jusque sous les latitudes du cercle polaire on trouve des peuples plus des fin colorés que nous, et nous citent, en Asie, toutes les nations de type 0 AE mongol, dont un des caractères est une teinte jaune nuancée de brun; : LIN SE ARE en Europe, nos Lapons, qui appartiennent au même type et qui ont le Lors | cn | teint enfumé; dans l'Amérique septentrionale, les nombreuses tribus ‘ gai Fa à comprises sous le nom de Peaux-Rouges. : KBM pe C £ r o re BTE ': k jus pi ni es exemples, dont on prétend s’autoriser pour diminuer Enpor î d FH tance de l'intervention du soleil dans la coloration, ne seraient admissi- À pol l bles qu'autant qu’on concevrait cette intervention d’une manière étroite, î SR: exclusive, en la considérant comme la cause unique des couleurs et en À A: ne tenant compte d'aucune des circonstances qui la favorisent ou la li- 4 su mitent, Mais c’est précisément quand on veut à tout prix que la couleur fa soit un caractère naturel chez les races humaines qu’on tombe dans cet ah exclusivisme. De ce que la nuance un peu brune des Lapons ne peut être attribuée à une forte action solaire, on conclut alors que cette couleur Hi est originelle. Malheureusement pour cette manière de conclure, nous an savons aujourd'hui que si les Lapons cat le teint enfumé, ils ne le doi- ESS vent pas plus que leur petite stature à leurs ancètres, les Lapps; nous 4 n'avons aucune raison de penser que ceux-ci se distinguassent par leur leu vol

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Partout où, à défaut d'une latitude équatoriale, nous rencontrerons der conditions climatériques qui fassent passer l'honime par des températures tour à tour très-chaudes ct très-froides, nous pourrons nous attendre à ce que la peau se ressente de ces influences, qui, pour être opposées, n'en sont pas moins des causes de surexcitation; et l’action des tempéraiures extrêmes sera d'autant plus prononcée que le peuple qui la subira appartiendra de plus près à la nature,

Pour expliquer les différentes couleurs, les types variés, les agglomérations des êtres vivants en Amérique et dans les îles diss‘minées sur la

uriece du glohe, nous n'avons donc pas besoin de nous créer des théories obscures, embarrassées, merveilleuses ou sophistiques. Ces raisonnements reposent sur un parti pris, des préjugés de croy. ce, une étude superficielle du sujet traité, ou bien encore une ignorance réelle des faits qui militent contre un système adopté trop légèrement, En considérant les objections élevées contre la cosmogonie de la ‘Bible, nous avons été étonné de leur faiblesse et de leur peu de valeur, surtout lorsque ces objections sont mises en parallèle avec les théories et les arguments qui les combattent. Dans la conclusion de son ouvrage sur les races humaines, M. Hollard, que nous nous plaisons à citer à cause de la justesse de ses observations, nous dit : « Quelques naturalistes ont cru pouvoir opposer à la doctrine de la commune origine du genre humain une prétendue analogie entre la répartition des types généraux sur des régions spéciales du globe et la distribution géographique des animaux et des plantes en un certain nombre de systèmes locaux, qui font admettre pour chacun de ces deux règnes plusieurs centres de population avec la valeur de centres de création, »

Quelques ethnographes ont pensé que la dispersion des peuples était un fait trop considérable, surtout en ce qui concerne les terres très-éloignées de l’ancien continent, pour qu’on püt croire que le monde a été peuplé par voie de migration. Enfin il paraît plus physiologique à quelques personnes de considérer les races humaines comme placées dès leur origine dans les diverses conditions climatériques où nous les trouvous, que d'admettre leur acclimatation sous des ciels aussi différents que ceux de la Sibérie et de l’Afrique équatoriale. Quelques mots suf-

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