‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 119 sur 137 · REX FORTIS · texte numérisé non relu

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destinées des hommes et de tous les êtres créés. Les forêts, les solitudes. les lacs, les fleuves, les prairies, en un mot toute la nature est ainsi peuplée, par l'imagination vive des Indiens, d'un monde invisible, de géaies subalternes , toujours prêts à venir en aide aux hommes bons, aux cœurs braves et honnêtes qui les invoquent avec confiance. C'est la théorie de l'dme de l'univers qui anime toute la création. Les grandes voix de la nature, telles que le vent et le tonnerre, ne sont autre chose pour eux que la voix du Grand-Esprit. Cette théorie ainsi que l'habitude qu'ont les sauvages de porter des amulettes sous le nom de sacs de médecine ont fait supposer à plusieurs écrivains que les Peaux-Rouges étaient idolâtres, polythéistes ou panthéistes; mais une étude approfondie de leur religion nous prouve qu'il n’en est rien, car le culte et la vénération qu'ils rendent aux nuages, à la foudre, aux éléments, aux esprits inférieurs et à tout ce qu'ils appellent médecine où mystère, est fort différent de celui qu'ils rendent à l'Etre suprême. Du reste, le culte des esprits secondaires est une conséquence naturelle dr caractère craintif et timide des Indiens, qui sont sans cesse entourés de dangers contre lesquels ils peuvent rarement se défendre. Ces dangers de toutes sortes. ainsi que les phénomènes et les scènes imposantes de la nature dont ils sont témoins tous les jours, ont beaucoup de prise sur leur imagination exaltée mais faible; alors, pour ne pas être continuellement dans un état de crainte et d’anxiété, les Peaux-Rouges se mettent sous la protection de tous ces esprits fantastiques dont ils ont peuplé l'espace, les forêts, les solitudes et les eaux,

De toutes ces puissances invisibles, les plus redoutées sont : l'esprét des tempêtes et l'esprit de feu. W est rare de voir un Indien entrer en été dans une prairie aux grandes herbes sans descendre de cheval pour conjurer les esprits des braves de le protéger contre l'espret de feu, c'est-à-dire de lui permettre de continuer sa route sans assister à l’effrayant et dangereux spectacle d’une prairie en feu. La prière que les Peaux-Rouges adressent dans cette circonstance aux ombres des braves n'est autre chose qu'une peinture vive et poétique de letfroi que leur inspire le réveil de cet esprit méchant, qui dort heureusement la plupart du temps. Nous traduisons ici cette prière en entier et littéralement, afin de ne rien lui ôter de son-originalité : « Au-dessus de cette belle prairie demeure l'esprit de feu. H est là-bas, là-bas. à

cheval sur un nuage; sa ignre « ivcit par la colère ei: citendant le bruit du sabot des chevaux ; son are de fe cest dans ses mains, il le met à travers le sentier de Findien, et, L'ouiptes comme la foudre, des milliers de flammes s'élèvent de toutes parts pour l'anéantir, N'est-ce pas ici qu'ont péri tant de guerriers illustres? 1s revenaient vainqueurs des combats, ils ont passé par cette vallée de là mort, et l'esprit de feu décida de leur sort en entendant le piétinement des chevaux qu troublaient le silence de la prairie aux grandes herbes. Un cercle de fumée s’éleva autour des guerriers, et c'est dan: cette plaine d'herbes brûlantes qu'ils trouvèrent là mort, Amis, c'est la saison du feu, et j'ai peur, d'après l'odeur du vent, que l'esprit ne soit éveillé; venez à mon aide, afin que je trouve un sentier libre et sans danger. »

Les tribus du Nord et du Nord-Ouest ont des manitous, qui ne sont autre chose que ïes esprits des autres tribus. Le mot #anitou est algonquin, et veut dire simplement (lorsqu'il n'est pas lié à un autre mot) pouvoir mystérieux ou spirituel, Les hommes peuvent acquérir la puissance des #anitous, mais jamais au degré de celle que possèdent le Grand-Esprit (Gezha-Manitou) et les esprits inférieurs dont nous avons déjà parlé. Ce pouvoir surnaturel chez les sauvages nous paraît répondre, dans la doctrine chrétienne, à celui de la grdce conférée aux hommes par la miséricorde de Dieu et le mérite des bonnes œuvres. Dans un précédent chapitre sur les mœurs et les coutumes des Peaux-Rouges, nous avons vu, en parlant des sacs de médecine, comment les jeunes gens s'y prenaient pour s'assurer cette grdce, et comment ils s'apercevaient que leurs prières étaient exaucées, lorsque dans un songe ce pouvoir mystérieux leur apparaissait sous la forme matérielle d'un animi. Le chose digne de remarque, €'est que les sauvages admettent linegalité de la puissance spirituelle qui leur est accordée, de même que les chrétiens admettent l'inégalité dans les qualités et leflicacité de la grâce, aussi, les uns et les autres cherchent-ils à rendre cette puissance

spirituelle la plus grande possible par la pricre, le jeüne, lt mortin-

cation et les bonnes actions.

Gezha-Manitou, le Grand-Esprit, est ordinairement symbolisé pa un oiseau colossal ou par le sojeil, Matchi-Manitou, le Mauvais-Esprut, et l'antagoniste du premier, est souvent représenté sous la orme hideuse d'un serpent, Les Peaux-Rouges placent la résidence du Grand-Esprit,

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soit dans le soleil. comme les Comanches et les Dacatas. soit danis les nuages où l'espace, connue les tribus du Nord, soit euh dus leufer pour punir les méchants qui l'ont offense, Pour eux, l'Etre anprête, quoique juge intègre qui récompensera les bons et punira les Diehant,, respecte néanmoins la liberté des hommes, et durant leur #4 il laisse les individus parfaitement libres d'agir selon leur bon plaisir, fe crovunce dans ane vie future, et la rémunération où la punition après 1 most des bonnes ou mauvaises actions, sont généralement admises par tous les Indiens du nouveau monde. Leur culte extérieur consiste en jeûnes, S lices, tortures et mutilations qu'ils s'infligent, hymnes et prières qu'ils chantent en l'honneur du Grand-Esprit et des autres divinités.

Tels sont les traits principaux de la religion des sauvages en général, Nonobstant lunilormité de croyance et de culte que nous venons de constater dans ces préliminaires, il existe néanmoins, dans les rites et les détails du culte, des variantes que nous devons faire connaitre par l'exposé des traditions, des allégories et des cérémonies qui composent le système religieux des différentes tribus disséminées dans les solitudes américaines, Les narrations indiennes, quelle que soit leur nature, sont vrdinairement mélangées de fables mystérieuses et de récits cosmologiques tellement liés ensemble, qu'on ne peut les séparer les unes des autres sans détruire le caractere général qui leur donne autant d'intérêt : aussi nous sera-t-il diflicile de mettre de l’ordre dans les matériaux que uous avons recueillis sur ce sujet.

A chaque pas que lon fait dans l'étude de la religion des Peaux- Rouges on s'aperçoit que si son origine n'est pas chraiqu?, elle est du moins fortement trempée et mélangée de wat us billiques plus ou moins dénaturées par l'imagination fantastique et colorée de ces êtres simples, aimant l'extraordinaire et passionnés pour le merveilleux. Eu etlet, outre les dogmes généraux que nous n'avons fat u'esquisser el qui ont des rapports frappants, quoique déguises, avec les principaux dogmes des Hébreux, nous voyons encore que la grande majorité des ibus de l'Amérique septentrionale croient que la terre fut une fois couverte, pendant quarante jours, par les eaux du déluge, et qu il existe une montagne située du eôté de l'Est, sur laquelle s'arrêta un grand canot portant un homme blane, le seul qui s'était sauve de la catastrophe et qui devait repeupler le monde.

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Le déluge, chez les Mandans, est raconté de deux manières, Le: uns assurent que la terre n’est autre chose qu'une grande tortue immobile sur laquelle se trouve de la boue, puis les prairies, les fleuves et les montagnes. Un peuple, maintenant disparu, perça jadis l'écaille de celte lortue en creusant un trou au centre de la terre pour y chercher des blaireaux. Alors l’eau passa par ce trou, arriva sur la surface du globe et noya tous les hommes, à l'exception d’un seul qui se sauva dans un gros canot. D'autres certilient que le déluge fut occasionné par quatre tortues, situées aux quatre points cardinaux, chacune faisant pleuvoir à son tour pendant dix jours et dix nuits consécutivement.

Chez les Chactas on trouve, mélangée à l'idée du déluge, la tradition de l'existence des ténèbres dont parle la Bible dans la Genèse. Pendant longtemps, disent les Chactas, il y avait une obscurité profonde répandue sur toute la surface de la terre. Les docteurs de la tribu attendirent durant plusieurs années que la lumière se fit; mais, ne la voyant pas venir, ils tombèrent dans un grand chagrin, et toute la nation avec eux. Enfin la lumière apparut, et les pauvres Imdiens commençaient à se réjouir, lorsqu'ils s’apercurent qu'elle étuit produite par de grandes montagnes d'eau qui s’approchaient avec une effrayante rapidité, et uoyèrent toute la tribu, à l'exception de quelques familles qui eurent le temps de construire un grand radeau sur lequel elles se réfugièrent. Les Chickassas parlent également de ce radeau, qui sauva une seule famille du déluge, mais en ajoutant qu’un couple de tous les animaux y fut également sauvé. Dans l’Arkansas on voit encore des débris d'anciennes peuplades indiennes qui ont une singulière tradition sur le déluge. IL y a bien des hivers, disent-ils, que la terre était couverte par les grandes eaux. Un Æsprit, portant une robe en peau de buffle blanc, pêcha les hommes qui étaient au fond des abîmes, et, se plaçant à leur tête, ils partirent ensemble, dans un grand canot, à la recherche de la terre. Au bout de quarante jours ils rencontrèrent un castor qui plongea et revint bientôt à la surface de l’eau, portant du limon sur son museau; ils virent ensuite un aigle blanc qui tenait dans ses serres une branche verte de saule. Alors ils se dirigèrent du côté d’où venait l'aigle, et aperçurent la terre qui était froide et couverte de neige. L'Esprit abandonna les hommes en ce moment, en leur conseillant d’aller vers le nid. Les hommes suivirent ce conseil et arrivèrent dans l'Arkansas, après

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