‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 125 sur 137 · MER SE · texte numérisé non relu

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imaginable, qu'il mit dans un beau calumet; puis, se plaçant à la tête des manitous qui marchaient en ordre les uns derrière les autres, portant chacun sous leur bras un sac fait avec la peau de différents animaux et rempli de médecines précieuses, il alla auprès de Manabozho pour le convier à une fête, Celui-ci se découvrit la tête, nettoya son visage et suivit les manitous dans la loge sacrée. En entrant, on lui offrit une liqueur composée des médecines les plus exquises, comme un rite imitatif de propitiation. Manabozho le but d’un seul trait, et sentit aussitôt sa douleur et sa tristesse s'évanouir tout à coup. Les manitous commencèrent alors leurs danses et leurs chants, qui furent suivis de plusieurs cérémonies et de tours d'adresse et de magie, ayant pour but de rendre la sérénité d'esprit à l’inconsolable protecteur et ami du genre humain. Cesr ainsi que le mystère de la danse et de la grande médecine fut introduit sur la terre.

Les manitous réunirent ensuite toute leur puissance pour rappeler Chibiabos à la vie, ce qu'ils firent sans difficulté; mais il lui fut défendu d'entrer dans la loge sacrée, et lui donnant un tison enflammé, on l’envoya présider dans l'empire des morts. Manabozho, entitrement consolé, mangea, but, dansa, fuma la pipe sacrée, s'en alla vers le Grand- Esprit, et revint sur la terre enseigner aux hommes les arts utiles, les mystères de la danse et de la médecine, et les propriétés curatives des plantes. C'est lui qui fait germer les herbes médicinales; c'est lui qui a tué tous les monstres dont les solitudes étaient remplies. IL à placé aux quatre points cardinaux des esprits pour protéger le genre humain : celui du nord envoie de la neige et de la glace, pour faciliter aux Indiens la poursuite du gibier en hiver; celui du sud fait pousser le maïs, les fruits et le tabac ; celui de l’ouest donne la pluie, et celui de l’est la lumière, en commandant au soleil de se promener autour du globe terrestre. Le tonnerre est la voix de ces quatre esprits, auxquels on offre du tabac en remerciment des biens divers qu'ils distribuent aux habitants de la terre.

Les Cherokies conservent encore l'usage, dans leur tribu, d’avoir une famille consacrée au sacerdoce, comme celle de Lévi l'était chez les Hébreux. Après la naissance d’un fils de cette famille, on le fait jeûner pendant sept jours. Dès que le jeune lévite est en âge de comprendre ce qu'il fait, on l'instruit de ses devoirs et plus tard il devient prêtre, c’est-

à-dire homme-médecine. Lorsqu'on projette une entreprise importante,

968 VOYAGE PITTORESQUE on le consulte pour un augure. Pour la plupart des Peaux-Rouges, sept est un nombre magique. Les Cherokies ont comme les Comanches sept jours de jeûne dans l’année, et la tribu est divisée en sept clans. Le septième fils est toujours considéré comme un futur prophète. Depuis un temps immémorial, les Cherokies ont l'habitude de baptiser leurs enfants avec de l’eau le troisième jour qui suit leur naissance; ils croient que sans cette cérémonie le nouveau-né ne pourrait vivre, et comme les tribus du Nord et de l'Ouest, ils ont des sacrifices et des holocaustes, dont la victime est un chevreuil le plus souvent; quelquefois le cœur et certaines portions des entrailles sont seulement brülés; d’autres fois, l'animal entier est consumé par le feu. Les Cherokies croient aux récompenses futures, mais non aux châtiments éternels; l’idée du mauvais esprit ne leur est venue que depuis leurs relations avec les blancs; ils admettent que les méchantes actions sont punies sur terre par les maladies, la pauvreté, la guerre et la mort; mais ils ne pensent pas que la punition encourue par des fautes se prolonge dans l’autre monde.

Les Delawares placent la création du premier homme de leur tribu par le Grand-Esprit immédiatement après celle de la terre, de l'eau, des animaux et des plantes. Cette création de l'homme n’est qu’une variante de celle racontée par les Osages; néanmoins nous l’esquisserons en quelques mots. Le Grand-Esprit plaça un escargot sur le bord d’une grande et belle rivière, qui avait sa source dans une montagne située près du soleil levant. Après douze lunes l’escargot produisit un homme à peau rouge. Celui-ci, mécontent d’être seul de son espèce au monde, fit un ‘anot d’écorce, et descendit la rivière pour aller à la recherche d’une créature semblable à lui. Le troisième jour de son voyage il rencontra un castor, auquel il raconta que le Grand-Esprit était son père et l'avait constitué le maître de toute la création. Le castor se fâcha, se prit de querelle avec le Peau-Rouge et se disposait à se battre avec lui, lorsque sa fille unique, effrayée par le bruit qu'elle entendait, sortit précipitamment de sa loge et sépara les deux interlocuteurs. A la voix de la jeune enfant leur colère s’apaisa, ils s’embrassèrent affectueusement, et leur récente amitié fut bientôt cimentée par l’unior de l’homme avec la fille du castor, C’est de ce mariage singulier que naquit le premier Delaware.

En général, les Peaux-Rouges n’ont aucune idée de l’inmutabilité de l'Étre suprême et de l'intégrité divine de ses jugements; ils pensent

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