‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 17 sur 137 · ROMANE · texte numérisé non relu

ROMANE

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RARÈRRÈSE

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serts américains, mais elles sont moins ondulées et plus fertiles, J'en ai traversé quelques-unes ayant plus de quatre-vingts kilomètres de longueur; elles me paraissaient comme un océan d'herbes courtes et sombres où pas un buisson n’arrôtait la vue, où rien ne marquait un commencement et une fin, où tout était immobile et muet. C’est en vain que l’on chercherait de la poésie dans cette nature, grande, il est vrai, mais de la grandeur mélancolique et sauvage des déserts. L'âme, comme sur l'Océan, est saisie par l’immensité du tableau; mais la mer a du moins les vagues et le vent qui l’animent, tandis qu'un silence morne et triste comme le silence des tombeaux règne ordinairement dans ces solitudes et remplit le cœur d’une sombre inquiétude qui semble rappeler le vide du néant.

On parcourt péniblement ces déserts pendant de longues journées sans entendre le chant d'un oiseau, sans voir autre chose que l'herbe jaunie, des fleurs fanées par la chaleur, des chevreuils, couchés nonchalamment, qui vous regardent avec étonnement en dressant les orcilles, des ossements blanchis par le temps, de rares fumnuli dorés par les derniers rayons du soleil couchant où noyés dans les vapeurs bleuâtres de l’atmosphère. Des tombes ignorées, baignées par des flots de lumière ou achées par les brumes du crépuscule, tels sont les seuls monuments, les seules traces du séjour de l’homme dans ces solitudes.

A l’ouest du Texas, entre Lavaca et Victoria, entre le Rio Seco et le Rio Blanco, on voit deux plaines, sillonnées de légères ondulations, allant de l’est à l’ouest; les plis du terrain figurent, à s’y tromper, les petites vagues du flux et du reflux de la mer, longues, égales et molles. De loin en loin, des mesquites, aux branches difformes, dressent leur feuillage d’un vert foncé; quelques bouquets d’acacias sont disséminés capricieusement sur cette plaine et ressemblent à d’immobiles ombrages penchés sur une mer pétrifiée et recouverte d'algues marines.

Ces régions sont d’une fertilité remarquable; l'herbe et les fleurs y croissent avec vigueur. Les perdrix, les cailles, les dindes sauvages et les chevreuils en ont fait leur séjour de prédilection ; d’un autre côté, les serpents à sonnettes, les scorpions et les tarentules y fourmillent, On en voit à chaque instant dans les plaines, dans les bois, sur le bord des rivières, partout. Il est impossible de se faire une idée de la quantité et de la variété des reptiles et des insectes malfaisants qui pullulent au nord

et au nord-ouest du Texas. Un jour, je me promenais en lisant mo bréviaire à côté de ma cabane, j'écrasais saus m'en douter les reins d'un serpent qui se trouvait sur mon passage. Si les reptiles et les insectes veniineux attaquaient l’homme dans ces régions, l'histoire des déserts ne serait qu'un long martyrologe; par bonheur, il n’en est rien, et les mouvements de ces animaux sont très-lents dans ces chaudes contrées. On en peut juger par ce fait. Un jeune sauvage voyageant à pied dans la prairie de la Léona s'arrêta sous un arbre pour se reposer. En cherchant une place commode, il marcha par mégarde sur la queue d’un serpent à sonuettes caché sous l’herbe. Le reptile leva aussitôt la tête et allait mordre l'imprudent, lorsque celui-ci, sans se troubler en présence du danger qui le menace et qu'il n’a pas le temps de fuir, tire rapidement son couteau et le laisse tomber perpendiculairement sur la tête du serpent, que la lune traverse de part en part.

Mais le plus grand de tous les inconvénients pour le voyageur qui traverse ces solitudes, c’est ie tèck, espèce de punaise des prairies. Cet insecte, dont là : uantité prodigieuse étonne, s’insinue sous les vêtements, s'accroche à la peau, s’incruste dans la chair, suce le sang, vous tourmente par une démangeaison incessente, et ne peut être arraché du corps qu'avec la plus grande difficulté. Souvent il m'est arrivé de compter jusqu'à cinquante de ces insectes qui avaient établi leur domicile sur mes jambes pendant un campement d’une heure ou deux.

Uu autre tourment inséparable des longs voyages dans les prairies des grands déserts, c’est le manque d’eau. Les ruisseaux et les rivières, dans ces régivus, sont généralement assez éloignés les uns des autres pour laisser les voyageurs sans aucun moyen de se désaltérer pendant des journées entières. La soif fatigue, épuise et rend inutiles les animaux bien plus vite qu’elle n’accable les hommes, Néanmoins, ceux-ci souffrent horriblement de la privation d’eau; la chaleur les tue quelquefois sans que leur gosier, contracté par les ardeurs du soleil, puisse se désaltérer au contact d’un liquide rafraichissant. J'ai vu dans les bois les squelettes desséchés de malheureux bluncs morts de soif près d'une source où d’une mare d’eau qu'ils croyaient encore loin ou vers laquelle ils n'avaient pas eu la force de se traîner. Souvent j'ai dû m'étendre sur l'herbe pendant la nuit pour humecter mes lèvres brülantes en susant les

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Saus parler des animaux féroces, dont la vue fait toujours tressaillir l'homme le plus éprouvé, il est encore un danger qui plane sans essse sur la tête des voyageurs dans la partie septentrionale du Texas, c’est la flèche ou la lance des Comanches, Ces sauvages ont été si maltraités par les Américains depuis l'annexion du Texas aux États-Unis jusqu'en 1850, qu'ils ne respirent plus que vengeance et meurtre contre les /aces pdles. Cuaque année, le nombre des victimes qui tombaient sous le fer des Indiens dans cet État était si considérable, que personne n'osait se hasarder seul dans ces déserts sans nécessité.

La rivière Rouge et le haut plateau du Llaro Estacado forment les limites septentrionales du Texas, et le séparent en partie de la Louisiane, de l’Arkansas, du territoire des Chactas, des Chickassas et du Nouveau- Mexique. Avant 1852, personne n'avait encore parcouru scientifiquement ces vastes contrées; les seuls renseignements que l'on possédât sur elles provenaient de quelques Indiens ignorants et de marchands à moitié sauvages qui faisaient le commerce avec les tribus voisines du Nouveau- Mexique.

Dans ces régions, 0. l'argile, le sable et les dépôts ferrugineux teignent toutes les eaux d’une couleur rougeûtre, il n’est pas étonnant de voir plusieurs rivières porter le même nom, emprunté à l'apparence de leurs eaux. Les Mexicains et les Indiens du Texas et du Nouveau-Mexique ont l'habitude d'appeler Rio Colorado toutes les rivières dont les eaux sont d’un jaune rouge : la Canadienne, plusieurs fleuves et ruisseaux du Texas et du Nouveau-Mexique ont reçu cette appellation, ce qui explique l'erreur du baron de Humboldt, du colonel Long et du lieutenant Pike dans leur topographie des sources de la rivière Rouge.

Au commencement du dix-neuvième siècle, le gouvernement français avait envoyé des officiers expérimentés pour explorer la rivière Rouge ; mais les explorateurs n’allèrent pas au delà du pays occupé par les Natchitochès de la Louisiane. Trois ans après la cession de la Louisiane aux États-Unis par le premier consul, on organisa une nouvelle expédition, commandée par le capitaine Sparks, et composée du lieutenant Humphry, de M. Freeman et du docteur Custis, à l'effet de remonter la rivière Rouge jusqu'à ses sources. Mais, partie près de Natchez, le 3 mai 1806,

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l'expédition rencontra tellement de difficultés, qu'elle fit abandonnée peu de temps après, Celle commandée par le lieutenant Pike, dans la môme aance, ne fut pas plus heureuse, L'honneur de cette exploration était réservé au capitaine Randolph Marey, qui vérilia la situation géographique des sources de la rivière Rouge lors d'une reconnaissance scientifique qu'il fit, en 4852, par ordre du gouvernement des États- Unis.

Depuis ses sources jusqu'à Fulton, dans l'Arkansas, la rivière Rouge se dirige toujours de l'ouest à l'est, puis elle descend brusquement du nord au sud jusqu'à son embouchure dans le Mississipi, vers le 41° degré de latitude septentrionale et le 91° 50° de longitude occidentale, Sa longueur totale est de deux mille huit cents kilomètres, À l'exception des monts Witehita, toute l'étendue du pays parcouru par cette rivière m'est qu'une vaste plaine our laquelle sont disséminées quelques collines pea élevées, Pendant près de six cent quatre-vingts kilomètres, cette plaine, à l'ouest, est très-aride et presque dénudée, Des sécheresses périodiques rendent ces régions impraticables à l'agriculture, à moins de créer des travaux d'irrigation fort dispendieux, La rivière Rouge coule constamment sur un lit de sable fin et mouvant, qui rend le passage des gués très-dangereux, surtout pour les voitures, Elle traverse la plus grande couche de charbon bitumeux et d'anthracite qui se trouve peut-être dans tout le globe, Cette couche commence au 28° degré 4° 54” de latitude N., et Sctend jusqu'au 43° degré 30”, en couvrant presque toute la superficie des régions comprises entre le 24° degré 30° de longitude $S., jusqu'au 4109, Ses limites sont le Rio Grande et le Brazos, dans le Texas, au sud : le fort Smith, dans l'Arkansas, à l'est; le Nebraska au nord, et le DAYS des Navajos, dans le Nouveau-Mexique, à l'ouest. Ce qui donne une tendue de treize cent trente-cinq kilomètres du nord au sud, et de neuf cent cinq kilomètres de l'est à l'ouest,

Avant d'entrer dans les grandes prairies du sud-est, la rivière Rouge passe au travers d'un rideau de bois appelé Cross Timber ; c'est un terrain d’alluvion d'une fertilité remarquable et sur lequel croissent des arbres d'une dimension gigantesque, Cette vallée se bifurque dans le Texas; sa largeur est de huit à dix kilomètres et sa longueur de ein cent trente-cinq kilomètres. C’est comme une transition entre les pays fertiles et civilisés et les déserts, qui ne renferment que des tribus

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nomades. Toute cette contrée est fréquentée par les Comanches et les Kioways, qui viennent y faire paître leurs chevaux et leurs mulets,

Depuis Jefferson, un peu au-dessous de Fulton, jusqu'auprès du Mississipi, on voit un: <aite de lacs étroits et longs côtoyer la rivière Rouge. Ces lacs, comme les resacas du Rio Grande, ont été sans doute produits, par les ravages de la rivière, qui change de lit à l'époque des inondations. Ces inondations sont périodiques; elles ont lieu en hiver et vers le mois de mai ou de juin. La région des lacs est triste, mais pleine de charmes. Chacune de ces nappes d'eau est entourée d'une large ceinture d'herbes et de fleurs aux couleurs de l'arc-en-ciel, Des arbres chargés de nids semblables à de petites conques azurées, où les oiseaux ont déposé des œufs jaune d'or, se reflètent majestisusement dans ce: vastes miroirs de la création, Des papillons aux couleurs d'émeraude et de topaze tapissent les buissons fleuris; des scarabées au ventre de saphir, des oiscaux-mouches, des colibris se balancent nonchalamment, au souffle de ja brise, sur le sein des fleurs nuancées comme les plus beaux feux du soleil couchant, Des lilas de Chine (syringa chinensis) ombragent de longs buissons de roses exhalant des parfums suaves, La veuve et la colombe gémissent dans les arbres, et le moqueur siffle ses chansons originales. Leurs voix douces, tristes et harmonieusement perdues dans le silence du désert, parvenaient à mes oreilles comme les derniers soupirs d'une vierge qui se meurt, et remplissaient mon cœur d'une profonde mélancolie, Dans ces vastes solitudes, tout impressionne l'homme ; il ne saurait rester indifférent devant les spectacles que lui présente la nature dans son inépuisable magnificence, À moins qu'il n'ait une âme grossière ou stupidement blasée, il faut qu'il pleure ou qu'il admire, qu'il laisse par la pensée aux bords du chemin un lambeau de lui-même, ou bien c'est un être incomplet qui ne doit pas profaner par sa présence ces déserts où le Créateur est si près de sa pauvre créature.

A huit kilomètres au-dessous de la jonction des deux branches de la rivitre Rouge, qui se réunissent à l’ouest du Cross Timber et au sud-est des monts Witchita, on voit un cotonnier venu naturellement sur un monticule de sable situé à dix-sept mètres de la rivière. Cet arbre est marqué aux quatre points cardinaux des inscriptions suivantes :

Au sud : Texas, 100° degré de longitude 0.

À l'est: méridien, 100% degré 048" de longitude 0,5, 44° 44 06" de latitude N,

Au nord : nation des Chaet:

À l'ouest: capitaine Re Ma 29 mai 1852,

En cet endroit, la rivitre Rouge a plus de six cents mitres de largeur,

et sa profondeur m'est que d'un mètre trente centimètres, D'un côté, on

voit les monts Witehita, dont les silhouettes bleues se dessinent à lho-

von; de l'autre, dans le delta formé par les deux bras do la rivivre, se

trouvent des collines élevées et sablonneuses, que lon aperçoit de très-

loin, Le sol de cette région est une suite de prairies ondulées, sablon-

nouses, et par conséquent aridoss les bords des rivières et des ruisseaux

sont ordinairement très-pou boisés, Les arbres les plus communs sont

le cotonnier, poprdus anqulata; V'ormeau, ulmns americana : W ehône, quercus macrocarpa, et quelques broussailles à fruits, telles que le grosoillier, le framboisier, Le prunier sauvage, prunus chicusa, ete,

Les monts Witehita sont d'une grande beauté pittoresque ; ils ont une apparence à peu près uniforme dans leur formation, Composés de granuits de différentes durotés et de différentes couleurs, ils s'élèvent brusquement d'une plaine unie à la hauteur de deux cent cinquante à trois cents mètres, Plusieurs de ces monts sont isolés et ressemblent à des cônes tronqués; d'autres, au contraire, sont groupés et joints ensemble

. tout en conservant leur forme cireulaire, À distance, ils paraissent polis à leur surface, mais, de près, ils représentent une masse de rochers confusément entassés les uns sur les autres, Néanmoins, dans quelques endroits, le granit a conservé sa position primitive, Le porphyre rouge

? et des morceaux de felspath de même couleur s'y trouvent en abon-

| dance, Tous ces rochers sont traversés par des veines de dortte et de quartz; celui-ci est ordinairement coloré par l'oxyde de fer, Les pentes

Tan de ces montagnes sont fréquemment coupées par de grands précipices

recouverts de plantes pariétaires. Les plaines du milieu desquelles surgissent ces montagnes possèdent de nombreux et magnifiques échantillons de calcédoines, de jaspes et d'agates. Les sources qui jaillissent du sein des rochers où du gazon sont claires, et l'eau a un goût alcalin très-prononeé,

Une herbe épaisse et longue de trois à quatre mètres couvre le sol des

vallées ombragées par des châtaigniers noirs, des frônes, des cotonniers ‘ ‘ ? 9

de largeur, an côté, on ent à l'hoarivitre, 80 voit de très- ‘os, sablon- *S T'UHISSOAUX nmuns sont r'luchône, que le groete, :ilsont une sés de gralovent brusiante à trois iblent à des its ensemble aissent polis de rochers ns quelques phyre rouge it en abonliorite et de Les pentes s précipices quelles surques échanui jaillissent goût alcalin

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