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DANS LES DÉSERTS DU NOUVEAU MONDE. 115 nissent en assez grande quantité pour former des cordons de bois plus ou moins épais.
Avant et après.le vieux fort Édouard, situé par le 35° degré de latitude N. et le 96° 50° de longitude 0., on voit des villages shawnies indiquant un degré assez avancé de civilisation et de bien-être, Les maisons sont spacieuses, commodes, entourées d'arbres fruitiers et de jardins potagers. Les champs sont bien cultivés et révèlent de vrais progrès dans l'agriculture. Les Shawnies sont des Indiens intelligents et robustes; leurs femmes, actives et luborieuses, travaillent laterre, les hommes étant trop fiers ou trop paresseux pour se livrer à d’autres exercices qu’à celui de la chasse. Il y à des familles indiennes qui emploient des esclaves noirs ou mexicains pour les travaux des chamns et les autres corvées fatigantes ; dans ce cas, les femmes s'occupent uniquement des soins de leur méuage. Ces esclaves sont ordinairement achetés aux blanes ou proviennent des prisonniers et des enfants volés par les Commanches et vendus aux ludiens agriculteurs. Les jeunes filles de Shawnies ont, pour la plupart, le teint plus blanc que rouge et quelques-unes sont même très-belles. Les villes ou villages de cette tribu sont peu peuplés, mais très-étendus, les maisons étant bâties de cinq cents à mille mètres les unes des autres, ct reliées ensemble par des vergers, des jardins et des champs cultivés.
Les Delawares, les Kiowais et les Chickassas ont également des établissements dans ces parages. D'un village à l’autre on trouve des routes indiennes excellentes, traversant une forêt ou passant au milieu de quelques rochers d’un accès difficile. En voyant de tels ouvrages, on est étonné de ce que les Indiens actuels aient eu assez d'énergie, d'adresse et d'esprit public pour les entreprendre et les exécuter aussi bien. Les Delawares paraissent moins civilisés que les Chactas et les Shawnies ; leurs fermes sont aussi moins bien tenues. Ces trois tuibus vivent en très-bonne intelligence entre elles; des mariages viennent encore resserrer de temps en temps les lens qui les unissent, et finiront un jour par confondre complétement les différences d'origine. Les prêtres ou Aommes-médecine des Delawares se réunissent une fois par an pour renouveler la cérémonie du feu sacré, dont nous parlerons plus tard, et qui se conserve toute l’année avec le plus grand soin.
Le mont Delaware est tout près du 97° degré de long. O.; il forme la
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limite entre les plaines boisées du Sud-Est et les hautes prairies du Sud- Ouest. Aussitôt après avoir dépassé le mont Delaware, on entre dans une prairie élevée, ondulée, de formation arénacée et calcaire et à peu près entièrement dépouillée d'arbres, excepté dans les ravins et sur le bord des cours d'eau.
Les buffles venaient autrefois séjourner dans cette plaine, et le fort Holmes, plus fréquemment appelé fort Chouteau, du nom de ce célèbre Français qui a créé dans les solitudes tant de maisons de trafic pour les Indiens, le fort Holmes, disons-nons, recevait annuellement des souvages un grand nombre de peaux de buffle et d'autres fourrures; maintenant il n'en reste que le nom, les ruines même ont disparu comme les buflles,
A cet endroit, la plaine se recouvre de bois et l'on arrive bientôt dans la région du Cross Timber, Sur la rive droite de la Canadienne, à peu de distance de la rivière, on voit une série de tumuli naturels et de colonnes de grès de vingt à trente mètres de hauteur qui ressemblent aux piliers gigantesques d'un temple colossal, Parmi les tumuli les plus curieux, il faut citer le Rock Mary, qui représente un observatoire en forme de paiu de sucre, surmonté de deux tourelles d'un effet très-gracieux. Ces masses terreuses paraissent être les débris d'une formation géologique supérieure et plus ancienne que le sol actuel. Probablement elles sont dues à l'action puissante des grands cataclysmes de l'époque diluvienn*, plutôt qu'à l'action lente des pluies et du temps. Quoi qu'il en soit, une croûte supérieure, principalement composée de grès rouges, recouvrait, il y à bien des siècles, tout ce pays; cette croûte a été labourée et presque totalement emportée par des cours d’eau; il n'en reste plus maintenant que quelques vestiges, parsemés sur la surface du sol, et qui sont encore debout, comme pour inviter la science à pénétrer les secrets du désert.
Du Rock Mary on arrive aux Collines des Antilopes situées au 100° degré de longitude ouest en passant par un pays couvert de gypse; cette substance se trouve à fleur de terre, sous toutes les formes, terreuse, tibreuse, sélénitique et massive; c’est À sa présence que les eaux doivent leurs mauvaises qualités, surtout entre la Canadienne et le Washita. Les Collines des Antilopes forment un groupe de cinq monticules détachés : on les appelle quelquefois les monts Boundary (limites). Ils sont, comme
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le Rock Mary, le mont Delaware et les autres localités dont nous avons déjà parlé, des espèces de bornes itinéraires, des stations qui servent à guider les voyageurs dans les déserts du Sud. La hauteur des Antilopes varie de quarante à cinquante mètres au-dessus de la prairie. Deux de ces monticules sont coniques et les autres oblongs; leur composition est de grès poreux; ils sont surmontés d'une terrrasse blanche et unie de six mètres d'épaisseur,
Du sommet de ces terrasses on jouit d’une vue admirable, On voit à gauche le lit rougeâtre de la Canadienne, dont les plis tortueux viennent du sud-ouest, se dirigent un instant vers le nord et se perdent ensuite à l'est dans le lointain. L'horizon n’est qu'un immense cercle de verdure dont on occupe le centre, Par-ci par-là, quelques escarpements blancs et rouges s'élèvent au-dessus de la plaine coupée par des franges de bois, indiquant un ravin ou, plus souvent encore, un modeste ruisseau. Le soir, le vent souffle constamment sur l'herbe brûlée par la chaleur du jour; ilapporte les plaintes suaves de la nature qui rappellent les gémissements d'une âme souffrante ; leurs accents se renouvellent et meurent de minute ei minute, puis se perdent dans limmensité, La lune apparaît comme un globe d'albâtre noyé dans des brouillards azurés; sa lumicre blanchit les bords du crépuscule et la cime des chênes séculaires. A mesure que les teintes noires et rouges s’effacent du firmament, l'astre de la nuit peint la voûte étoilée d’une couleur d'argent. Alors on n'entend plus que la voix du grillon dans les gorges profondes, et le croussement des grenouilles à la surface du désert. L'homme, du haut de ces collines arides, se sent fasciné par la puissante mélancolie de la solitude, des ténèbres et du silence; son cœur se resserre tristement comme l’immortelle qui croit sur les tombeaux et que la neige d'hiver surprend dans tout son éclat ; sa pensée se plonge dans une méditation solennelle, dans une rêverie sublime qui l'élève au-dessus de lui-même et le transporte eu imagination dans des régions lumineuses où tout un monde nouveau se révèle à son âme étonnée.
Peu après les Collines des Antilopes on traverse la rivière Sèche, dont la largeur est de cent à deux cents mètres, mais qui ne contient généralement que du sable. De à, jusqu'aux premières saillies du Llano Estacado, la vallée de la Canadienne (que l’on a remontée sans cesse) n'offre qu'une suite de tumuli naturels et de petits cours d’eau insignifiants.