‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 20 sur 137 · NUE · texte numérisé non relu

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qui l'arrosent, Suivant la formation géologique du terrain, les extrémités de ce plateau sont perpendiculaires et dentelées comine au Llano Estacado et sur plusieurs autres points, où bien elles descendent par une pente douce jusqu'au lit des rivières, comme vers Arkansas et la Canadienne,

Lutre les montagnes de Santa L'é et la Sierra Madre, il existe un autre plateau également ineliné vers Pest, ayant une étendue de quatre cents kilomètres, et qui est traversé dans sa partie orientale par le Rio Grande et le Rio Pucrco, Cette région se compose de rochers assis par couches horizontales et creusés plus ou moins profondément par les cours d'eau, La Sierra Madre est comme lépine dorsale de ces déserts; elle en est le point culminant ; c'est de là que partent vers l'est et vers l'ouest ces deux grandes inclinaisons qui forment le caractère distinctif de ces contrées,

Cinq chaînes de montagnes traversent ces latitudes, La première est formée par les monts Sandia, les monts d'Or et les montagnes de Santa lé, Cette chaine est coupée en plusieurs endroits par des passages bus et très-larges. Les monts Sandia ont un aspect alpestre maguilique, et leurs sommets atteignent la hauteur de quatre mille mètres au-dessus du niveau de la mer. Cette chaîne présente des escarpements presque pependiculaires vers l'ouest, et, vue d’Albuquerque ou de ses environs, elle ressemble à la fameuse Table du cap de Bonne-Espérance. On y trouve, dans dés couches carbonifères ou d’argiles noires, des fossiles du genre productus giganteus, terebratulæ, polypes, spiriferæ, orthocera, saphrentis crinoïdes. La seconde est la Sierra Madre, quelquefois appelée Sierra de Zuñi; elle forme le point de séparation entre les eaux qui coulent vers le Mississipi et celles qui se dirigent vers l'océan Pacilique; on la franchit au Campbell Pass, qui est à deux mille six cents cinquante mètres au-dessus du golfe du Mexique. Les trois autres chaînes de montagnes sont la Sierra de. Aztèques, dont la hauteur est de deux mille trois cent cinquante mètres, et les monts Aquarius, trèsirréguliers dans leur forme, la Sierra de Gerbat, et la Sierra des Paï Ute où Pai Utahs, qui sont un peu moins élevées que les précédentes. Ces cinq grandes lignes ont une direction à peu près uniforme, allant parallèlement du nord au sud, et se perdant soit dans les montagnes Rocheuses, soit dans les provinces septentrionales du Mexique, ou bien dans les différents bassins encore inexplorés des déserts du sud-uuest.

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Telle est la contiguration générale de ces solitudes couvertes de ruines et de débris de populations indiennes autrefois très-nombreuses, Les Indiens qu'on y rencontre encore ont pour la plupart des habitations fixes et d'un genre tout particulier; ils différent également plus ou moins des autres Indiens qui les entourent par leurs costumes, leur théogonie et leur manière de vivre,

l'our aller des Etats-Unis au golfe californien, en passant par le Nouveau-Mexique, la route la meilleure et la plus courte à suivre est celle que la nature elle-même a tracée en creusant la vallée de la Canadienne, qui est un des principaux affluents de l'Arkansas,

C'est au fort Smith, situé sur les froutitres de J'Arkansas, que commencent, géographiquement parlant, les grands déserts du sud-ouest, Ce fort est bâti sur la rive droite de l'Arkansas et près de l'embouchure du Poteau, par le 30° degié 22° 35" de latitude nord et le 94* 29° de longitude ouest méridien de Greenwich, Sa hauteur au-dessus du niveau de la mer est de cent cinquante mètres, et la distance qui le sépare de Memphis sur le Mississipi est d'environ quatre cent vingt kilomètres. La colline qui sert de base au fort est en grès d'un gris sombre et micacé ; elle s'élève à dix mètres tout au plus au-dessus de la rivière,

Aussitôt après avoir quitté le fort Smith, on traverse le Poteau, qui a plus de cent-vingt-cinq mètres de largeur, et qui est assez profond dans la saison des pluies. On pénètre ensuite dans un bas-fond formé de terrains d'alluvion, très-boisé et souvent rempli d'une espèce de roseaux (arundo phragmites). Pendant plus de deux cents kilomètres, le pays que l'on parcourt ést arrosé par de nombreux ruisseaux de toutes dimensions; il se compose de plaines et de collines recouvertes de frênes, d'ormes, de noyers noirs, de pacaniers, de saules (sa/ix angustifolia), de cotonniers (populus canadensis, et p. monolifera) et de plusieurs variétés de chênes. Les plaines sont inégalement ondulées ; on y trouve beaucoup de plantes très-belles; des euphorbes argentées, des tournesols, des euphorbia marginata, des eupatoria purpurea, des veronica fasciculatr, ete. Les prairies sont parsemées de champs de maïs et de beaux pâturages qui nourrissent de grands troupeaux de bœufs et de chevaux appartenant aux Chactas, aux Pawnies et aux Belawares, dont les fermes se succèdent presque sans interruption à l'entrée du désert.

C'est à huit kilomètres sud-ouest du fort Smith qu'est situé Scullyville,

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résidence actuelle de l'agent du gouvernement des États-Unis auprès des Chactas, Ce village consiste en une trentaine de maisons étant pour la plupart des magasins ou entrepôts de marchandises à l'usage des Indiens.

Avant d'arriver à l'embouchure de la Canadienne, on laisse à droite le fort Coffee, probablement ainsi nommé en l'honneur du général Coffee, célèbre par ses combats contre les Creeks (prononcez Cricks) en 1812, Près du fort, on voit des collines de grès carboniféres à couches égales et horizontales, qui s'élèvent au-dessus de l'Arkansas comme un vaste escalier dont chaque marche représente une terrasse ombragée d'arbustes de toute sorte. On traverse ensuite la rivière Sans-Bois, qui n'a guère plus de trente mètres de largeur. Cette rivière coule à travers une épaisse forêt d'arbres très-beaux, du milieu de laquelle s'élaincent à six cent cinquante mètres de hauteur des montagnes dénudées à leur sommet, appelées Sans-Bois par les trappeurs.

De l’autre côté de la rivière, on entre aussitôt dans la vallée de la Canadienne, que les Mexicains et les Indiens appellent aussi Aiviére-Rouge. La Canadienne a souvent plus de cent cinquante mètres de largeur, mais sa profondeur est insignifiante; quand les pluies ne viennent pas en augmenter le volume, on peut la passer à cheval dans bien des endroits. Son inclinaison est de deux mètres environ par kilomètre, Son eau est blanchâtre, presque claire, légèrement alcaline ; elle coule sur un ln de sable, de grès, de chaux et de gypse, suivant sa latitude; comme la Rivière-Rouge du Texas, elle coupe le Cross Témber et l'immense couche de charbon dont nous avons déjà parlé dans le chapitre précédent. La vallée qu’elle arrose est d’une grande beauté ; on y trouve des chênes, des ormes et des cèdres gigantesques, des plantes très-variées et peu connues; la vigne sauvage y produit de belles grappes de raisin; les roches renferment des coquillages fossiles et les ruisseaux des poissons fort curieux; on dirait un pare anglais de plus de cent kilomètres de longueur,

Le matin, ce nouvel Éden présente un spectacle aussi gracieux qu'’animé. Longtemps avant les premières lueurs de l'aurore, les chênes et les pins des solitudes se remplissent de notes confuses et de gazouillements mystérieux ; des gouttes de rosée tombent sur l'herbe et les fleurs

avec un bruit harmonieux et triste. Partout on entend des voix douces

comme le murmure d’une source qui jaillit du milieu d’une prairie, plaintives comme le frémissement du feuillage des cèdres, étranges comme le frôlement d'un reptile sur le gazon. Quand les blancheurs dorées de l'aube colorent la pointe des rochers et la cime des collines à lorient, les arbres et la vallée se couvrent d’une teinte azurée, le chant des poules se répète de distance en distance, l’écureuil ailé (pteromys volucella) saute de branche en branche, l'antilope bondit dans la plaine, le renard rouge et la panthère vont se désaltérer sur le bord des ruisseaux et des rivières dans lesquels se baignent le castor et la loutre.

Peu à peu l’on aperçoit entre les collines cuivrées par les premiers rayons du soleil des paysages bleuâtres qui se perdent dans les brumes d’un horizon sans bornes, et les grandes lignes de cette nature vierge prennent des contours adoucis et veloutés, où le grandiose de l’ensemble le dispute au sublime des détails. Vraiment les déserts du nouveau monde sont remplis de tableaux enchanteurs et de scènes émouvantes qui font aimer autant qu'admirer cette terre si féconde en merveilles; les formes, les tons, les couleurs et les voix s’y mêlent avec une harmonie pleine de charme et de variété, bien digne de la toute-puissance du créateur de l'univers.

Plus à l’ouest, la vallée de la Canadienne prend un caractère tout à fait sauvage; la rivière serpente au pied d’une longue chaîne de collines de sable et de grès poreux, surmontées d’une terrasse de grès vésiculaires en couches horizontales de six mètres d'épaisseur. Quelques-unes de ces collines sont très-élevées et très-escarpées; autrefois elles ne formaient qu'un plateau continu, que les pluies, avec le temps, ont coupé et façonné de la manitre extraordinaire qui nous frappe et nous étonne maintenant. Dans les bas-fonds on rencontre parfois des sables mouvants et dangereux à l’époque des grandes pluies; mais, en général, tout ce pays peut être parcouru avec des voitures, quoiqu'il soit sillonné de ravius profonds, de larges ruisseaux, qui se jettent dans ia Canadienne, et parsemé de monticules de grès houillers ou de schiste gris noirâtre qui s'étendent jusqu'au mont Delaware. Le sel est arable et très-fertile, surtout auprès des cours d’eau; les Chactas, les Shawnies et les Delawares y cultivent avec succès les céréales, le maïs, la patate douce, la pomme de terre, le riz. le tabac, etc. Dans les plaines, les arbres croissent isolément où par bouquets; ce n'est qu'au bord des rivières qu'ils se réu-

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