‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 23 sur 137 · SE PAR NE · texte numérisé non relu

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marnes blancs, jaunes, gris, verts et rouges. Les conches supérieures de cette pyramide de formation jurassique renferment de nombreux fossiles, parmi lesquels on remarque le gryphæa tucumcarii, qui est une nouvelle espèce ou une variété du gryphæa pitcheri, Outre cette pyr aide surmontée de deux tourelles, et dont la base est ornée d'une multitude de contre-forts en marnes à différentes teintes, on voit aussi dans la mème vallée des rochers de grès ressemblant à des tours ou forteresses du moyen âge, des castels gothiques, des cathédrales en ruine, des minavets, des colonnes brisées, ou bien à des vases énormes qui semblent avoir été fabriqués par des géants.

Après le Tueumeari on abandonne entièrement la Canadienne pour se diriger sur le Aion Pecos, qu'on laisse derrière soi un peu avant le 105° degré de longitude ouest, puis on arrive à Anton Chico où la route se bifurque; celle du sud-ouest conduit À Albuquerque et celle du nordouest à Santa-Fé, en côtoyant le Rio Pecos jusqu'aux ruines du vieux Pecos. Anton Chicoestla première vil: que l’on rencontre on entrant dans le Nouveau-Mexique; elle contient cinq cents habitants tout au plus, qui vivent dans des maisons d'adaubes ou larges briques séchées au soleil.

La vallée du Pecos est très-bien cultivée, le maïs y vient admirablement, et la route qui remonte la rivière jusqu'au vieux Pecos passe À travers une série de champs et de jardins potagers indiquant une grande fertilité du sol. À mi-chemin, on s'arrête à San-Miguel. Ce village est adossé contre des montagnes qui s'élèvent en amphithéâtre autour de lui. Le Pecos coule à ses pieds; cette rivière n'a guère qu'un mètre de profondeur sur sept ou huit de large. Pendant toute la journée on y voit des femmes qui vont chercher de l'eau dans de grandes jarres qu'elles portent sur leur tête. Les jeunes filles de ce pays ont l'habitude de se blanchir la figure avec de la couleur ou de se la teindre avec le jus des fruits sauvages, À San-Miguel les habitants fabriquent du miel, ou plutôt de la mélasse, avec les tiges de maïs qu'ils broient au moyen de grosses meules de pierre.

’armi les oiseaux qui peuplent cette délicieuse vallée, on doit citer un geai étoilé (garrulus stelleri), dont le chant bruyant se fut entendre du matin au soir. Get oiseau accompagne ordinairement les voyageurs qui passent près de lui; il voltige de bosquet en bosquet, et chante continuellement comme pour charmer les heures de la route. Ces solitudes sont

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également fréquentées par les débris de l'ancienne tribu Teguus, qui font le commerce avee les Commanches des prairies et les marchands de Santa-Fe,

Les ruines intéressantes du vieux Pecos sont situées sur une petite colline près de la rivière, Au-dessus des maisons délabrées domine l'église, qui est en forme de croix; les deux tours de la façade et les murs extérieurs sont encore bien conservés, mais le lemps en arrache chaque jour quelques pierres, Ce village était renommé à cause d'une race particulivre d'Indiens qui y demeuraient, On raconte à leur sujet plusieurs légendes singulières, Dans leur temple ils conservaient autrefois un énorme serpent, auquel ils offraient des victimes humaines.

Cest aussi à Pecos que se conservait le feu sacré allumé par Monteana : chaque année on désignait un homme qui devait entretenir ce feu sous peine de mort, Un jour que Montézuma se trouvait à Pecos, il prit un grand arbre et le planta la tête en bas, en disant que « lorsque cet arbre disparattrait une race étrangère régnerait sur son peuple et que la pluie cesserait de tomber, » Puis il recommanda aux prêtres de veiller au feu sacré jusqu'à la chute de l'arbre, « ce qui aurait lieu lorsqu'une foule d'hommes blanes arriveraient de l'Orient pour détruire la puissance de leurs oppresseurs, et que lui-même reviendrait ensuite pour relever son royaume, La terre, alors, se fertiliserait par d’abondantes rosées et le peuple s'enrichirait par les trésors enfermés dans le sein des montagnes, »

De Pecos, Montézuma se dirigea sur Mexico en bâtissant une multitude de villes, « Là, disent les Indiens, il vécut jusqu'à l'arrivée des Espagnols, puis il disparut pour revenir bientôt, car la prophétie s’est accomplie jusqu'à présent. Le pays est devenu see, aride et désert ; l'arbre de Pecos est tombé le jour de l'entrée des Américains dans Santa- Fé, et le dernier prêtre qui veillait au feu sacré mourut à cette même époque. » Beaucoup d'Indiens, en effet, attendent avec anxiété l’arrivée de Montézuma, et à San-Domingo, village situé sur le Rio-Grande, chaque matin, au soleil levant, une sentinelle monte sur le toit de la maison la plus haute, et, les yeux fixés vers l'horizon, regarde s’il voit arriver le divin chef qui doit donner le signal de la délivrance.

Pecos est à peine à trente-huit kilomètres de Santa-Fé6, La route qui y conduit est assez bonne, quoiqu'elle passe à travers des défilés étroits

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et des gorges inextricables aboutissant au Rio-Chiquito où Rio de Santajé, Ce petit ruisseau est un affluent du Rio-Grande ; 11 arrose la plaine

magnifique au fond de laquelle sont éparpillés les maisons et les édifices

de la capitale du Nouveau-Mexique, ville singulière, qui n'est ni sauvage, ni civilisée, ni indienne, ni américaine, ni mexicaine, silencieuse pendant le jour, elle retentit le soir et. la nuit des joies bruyantes des /andangos ; Ville triste et gaie tout à la fois, pleine d'avenir pour l'homme

positif et pleine de mélancolie pour le penseur,

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