‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 24 sur 137 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Déserts du Sud-Ouest, —Le Nouveau-Mexique, — Aperçu historique, — Voyage du P, Marcos de Niça, — Le Tiguex, — Conquête du Nouveau-Mexique, — Révoltes indiennes, — Quivira, — Santa-Fé, — Taos. — Mines d'or, — Santo-Domingo, — Vallée et pueblo de Jémez. — Ruines dans les solitudes, — Cañon de Chelly, — Acoma, — Rio de San-Josè, — Rita, — Laguna, — Rocher hiéroglyphique, — Zuñi. — Légende, — Puits de Jacob, — Moquis. — Forêt pétrifiée. — Volean de San-Francisco, — Vallée du William, — Curiosités, — Le Colorado, — Chemehuevis, — Mojaves, — Route des Mormons, — Los Angeles,

Avant de nous engager plus profondément dans les déserts du Sud- Ouest, nous devons raconter brièvement les événements qui ont précédé et suivi la découverte du Nouveau-Mexique. Ces événements, encore peu connus en Europe, sont bien dignes d’exciter notre intérêt.

L'an 1530, Nuño de Guzman, alors président de la Nouvelle-Espagne, possédait un Indien natif du pays d'Exitipar, appelé Tejos ou Texos par les Espagnols, et qui n'était probablement autre chose que le Texas actuel. Cet Indien dit à son maître qu'il était fils d'un marchand mort depuis longtemps; que, pendant son enfance, son père parcourait l'intérieur du pays pour y vendre les belles plumes d'oiseaux, dont les Indieus ornent leur tête, et qu'il rapportait en échange une grande quantité d'or et d'argent, métaux très-communs, suivant lui, dans cette contrée. Il avait, assurait-il, accompagné une fois son père, et il avait vu sept grandes villes ayant des rues entières habitées par des gens qui travaillaient les métaux précieux ; enfin, ilajoutait que, pour arriver jusque-là, il fallait d’abord marcher pendant quarante jours à travers un désert où l’on ne trouvait qu’une herbe courte, et s’enfoncer ensuite dans l''ntérieur du pays en se dirigeant vers le Nord.

Nuño de Guzman, confiant dans ces renseignements, réunit une armée de quatre cents Espagnols et de vingt mille Indiens alliés à la Nouvelle-

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Espagne, partit de Mexico, traversa la province de Tarasca et arriva dans celle de Culiacan où finissait son gouvernement, Ne trouvant point de route pour aller au delà et rencontrant de grandes difficultés pour franchir les montagnes qui lui barraient le chemin, il vit la plupart de ses officiers et de ses alliés se décourager et l'abandonner, Sur ces ent:efaites, il apprit que Fernand Cortez, son ennemi personnel, revena't à Mexico comblé de faveurs et de titres; il résolut alors de s’arrôter à Culiacan et de coloniser cette province. Peu de temps après, l'Indien Téjos mourut et Nuño de Guzman fut jeté en prison.

Vers cette même époque, Pamphilo Narvaez, l'infortuné rival de Feruand Cortez, ayant obtenu le gouvernement de la Floride, avait quitté Saint-Domingue avec quatre cents hommes et quatre-vingts chevaux, répartis sur cinq navires, et arriva dans la Floride le 11 avril 1328. Le 1 mai suivant, il envoya ses vaisseaux à la recherc* 2 d'un bon port et pénétra dans l'intérieur du pays à la tête de trois cents hommes. Après de longues et pénibles marches, Narvaez revint sur les côtes pour rejoindre sa flottille, qu'ilne put découvrir nulle part. L'officier qui la commandait était parti pour la Havane, abandonnant Narvaez et ses compagnons. Ceux-ci se déterminèrent alors à construire des barques dans l'espoir d'atteindre Panuco en suivant les côtes vers l'Ouest. Les étriers, les éperons et tous les ustensiles de fer que possédait la petite troupe furent bientôt convertis en clous et en instruments tranchants, et quoique les Espagnols n’eussent qu'un seul charpentier parmi eux, ils parvinrent, dans l’espace de six semaines, à se construire cinq barques. Pendant ce temps, les chevaux furent mangés, et, le 22 septembre de la même année, Narvaez s’embarqua, n'ayant plus avec lui que deux cent quarante-deux hommes; les autres étaient morts de fatigue et de faim ou des blessures qu'ils avaient reçues en combattant les Indiens. Après une navigation périlleuse, les compagnons de Narvaez découvrirent l'embouchure du Mississipi le 29 ou le 30 octobre, et presque tous périrent peu de jours après, les uns dans des naufrages, d’autres par la faim, et les derniers furent massacrés par les naturels du pays.

Trois hommes seulement survécurent : Cabeza de Vaca, patron de barque, Esteva Dorantes, nègre arabe, et Castillo Maldonado. Ces trois hommes arrivèrent au bout de huit ans à Mexico, après avoir traversé à pied le continent américain depuis le Mississipi jusqu’à l'océan Paci-

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tique, Hs racontérent leurs aventures, assurant qu'ils avaient vu des tribus indiennes eultivant le mais, et d'autres qui vivaient de chasse et de pêche; qu'ils aaient entendu parler de grandes villes ayant des maisons élevées de plusieurs étages et situées dans la même direction que celle indiquée par l'indion de Téjos,

Don Antonio de Mendoza était alors vice-roi de la NouvellesEspagne ; tit venir ces trois voyageurs et communiqua les renseignements qu'il en reçut à Francisco Vasquez Coronado, gentilhomme de Salamanque ot gouverneur de la province de Culinean, Celuisei abandonna aussitôt Mexico et s'en retourni en toute hâte dans sa province pour se préparer à conquérir cette contrée,

Culiacan est le nom d'une ville que Nuño de Guzman fonda dans le nouveau royaume de Galice quand il en eut fait la conquête, Elle est située à quatre-vingt-dix kilomètres à l'ouest de Mexico, D'après Pedro de Castañeda de Nagera, qui fit partie de l'armée de Coronado, il y avait dans ce pays trois grandes populations distinctes : les Tahus, les Pacasas et les Acaxas, Les Tahus formaient la nation la plus intelligente et la plus civilisée, et celle qui se convertit le plus tôt au catholicisme, Avant la conquête, ces Indiens adoraient le démon sous la forme de grands serpents, qu'ils élevaient avec beaucoup de vénération, et auxquels ëx offraient des étofles et des turquoises, Quoique ces hommes fussent adonnés au péché contre nature, ils célébraient de grandes fêtes en l'honneur des femmes qui voulaient vivre dans le célibat,

Les Pacasas étaient plus barbares; ils mangeaient de la chair humaine, épousaient plusieurs femmes et même leurs sœurs, et adoraient des pierres sculptées ou peintes, Les Acaxas étaient également anthropophages ; ils chassaient les hommes comme des bêtes et bâtissaient leurs villages sur des rochers escarpés, séparés les uns des autres par des ravins impossibles à franchir,

Coronado avait emmené avec lui le nègre Esteva et trois franciscains, dont l'un était le père Marcos de Niça, qui avait accompagné don Pedro d'Alvarado par terre au Pérou, Dès que le gouverneur fut arrivé à Culiacan, il envoya le père Marcos à la découverte, et celui-ci se mit en marche le 7 mars 1599, avec les deux autres franciscains, le nègre et bon nombre d'Indiens affranchis,

La petite troupe s'arrêta trois jours à Petatlan, chef-lieu d'une pro-

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