‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 3 sur 137 · CONTE · texte numérisé non relu

CONTE

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en Tattien

capable d'appeler l'attention du monde civilisé sur ces pauvres sauvages à qui nous avions consacré notre jeunesse. Qu'il nous soit done permis de publier le résultat de nos observations personnelles et de nos études ethnographiques sur les Indiens des aranps néserrs de l'Amérique septentrionale. Heureux si nous pouvions ainsi éviter aux honorables écrivains qui voudront bien nous consulter les écueils de la fiction, qui les feraient tomber dans des erreurs historiques ou topographiques, si regrettables lorsqu'il s’agit de questions aussi graves et de régions à peu près inexplorées.

Les nations indiennes offrent un objet d’études sérieuses à l'observateur qui, se dépouillant de tous ses préjugés contre ces hommes simples et déchus d’un état meilleur, cherche à connaître le mobile de leur conduite, le mode de leur existence et le secret de leurs actions. L’Indien, étant d’une gravité réelle, ne fait rien légèrement. Ses traditions, ses croyances, ses coutumes, ses ornements ont leur raison d’être, et ne sont pas des caprices enfantés par des imaginations exaltées et bizarres. Malheureusement, il est peu connu; on l’a toujours considéré comme l’homme de la nature, ou bien comme une bête fauve n'ayant de l'espèce humaine que les formes extérieures. Pour les uns, c'est un être digne tout au plus de figurer dans un roman excentrique; pour d’autres, c’est un objet de spéculation, un moyen de se procurer les riches pelleteries des déserts américains. Et pourtant n'est-il pas aussi curieux qu'utile d'analyser l’homme tombé à l’état sauvage, d'examiner comment, sans le secours de la civilisation, et sans d’autres ressources que celles de la nature, il a su se créer des lois, un code pénal, des industries, des institutions nationales et des moyens de prospérité? L'examen de l’état social des Indiens de l'Amérique septentrionale est une page importante dans l'histoire de l'humanité. Les progrès intellectuels et matériels d’un peuple insulé dans des déserts par une suite d’émigrations volontaires, accidentelles ou forcées, traversant des siècles sans être aidé dans ses besoins physiques et moraux par le secours des nations civilisées, ses révolutions civiles et sa décadence morale et politique sont un spectacle d'un intérôt incontestable. La théogonie et la mythologie indiennes commandent également une attention particuliére, car la science et la philosophie peuvent y puiser des renseignements utiles sur l'origine et la transformation des idées et des traditions religieuses.

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L'origine de ces populations est encore ensevelie dans une profonde obseurité, qui, nous le croyons, se dissipera peu à peu, à mesure que nous avancerons dans la voie des décotvertes historiques, dont le génie de l’homme étend journellement les limites.

Des savants distingués de tous les pays et de toutes les époques ont traité le sujet des origines indiennes avec toute l'énergie d’une conviction sincère, basée sur des faits positifs, des documents précieux et des raisonnements spécieux ; les uns font venir les Indiens de la Phénicie, d’autres de l'Afrique, d’autres de l'Asie et de l'Islande, d’autres enfin les croient autochthones. La divergence de ces opinions est causée d’abord par la limite étroite des connaissances que l’on avait sur les tribus indiennes, dont le nombre est vraiment considérable, comme on pourra s'en convaincre par la nomenclature que nous en donnons plus loin; ensuite, par les arguments naturellement déduits de ces connaissances incomplètes, et enfin, par la généralisation des systèmes adoptés jusqu’à ce jour et fondés sur une apparence d’homogénéité dans la physiologie indienne. Cette homogénéité existe à peu près, il est vrai, dans les croyances et les traditions religieuses, les coutumes ct les costumes; mais elle disparaît dès qu’on examine attentivement et en particulier les types physionomiques, le mode d'existence et les langues des différentes tribus. Du reste, la similitude de religion et d’usages chez deux peuples n’explique pas toujours une parité d’origine. Nous avouons pourtant avec les auteurs américains qui combattent la théorie des autochthones en s'appuyant sur une certaine ressemblance entre les croyances et les rites religieux des Indiens et ceux des Persans, des Chaldéens et des Hébreux, que cette similitude d’usages ou de religions mérite de sérieuses considérations. Néanmoins, il est certain que deux peuples, différant l’un de l’autre entièrement et en tout, peuvent, lorsqu'ils se trouvent dans les mêmes conditions et les mêmes nécessités, se rapprocher, se ressembler par les mœurs, les coutumes, les usages et même par la religion. Il s'ensuit que tous les systèmes imaginés pour prouver que les Indiens n’ont qu'une seule et même origine, c’est-à-dire qu'ils n'appartiennent qu'à telle ou telle fraction de la famille humaine, sont erronés, parce qu’ils ne reçoivent qu’une application partielle et n’embrassent pas la généralité de la race. Les faits démontrent d’une manière certaine que les Indiens n’ont entre eux aucune parenté, quoiqu'ils se

rattachent certainement au berceau commun du genre humain placé dans l'Éden par le Créateur. Quelques écrivains, en étudiant l'histoire, les traditions, la psychologie, lef coutumes, les arts et l'agriculture des Toltèques et des Aztèques, ont cru que les Peaux-Rouges étaient une fraction de ces deux grandes nations civilisées de l'Amérique centrale ; mais comme cette opinion ne fait que reculer la- difficulté sans la résoudre, nous ne nous y arrêterons pas. s

Notre conviction sur ce grave sujet est que l'Amérique a été peuplée par des émigrations volontaires ou accidentelles de Seythes, d'Hébreux, de Tartares, d'Hindous, de Scandinaves et de Gallois; que ces individus ou ces familles, après s'être multipliés, se sont rencontrés, mélangés, et que, par le croisement des races, la différence des climats, le changement de vie et plusieurs autres raisons de même nature, ils ont perdu leur caractère primitif, pour former cette combinaison hétérogène de couleurs, d'habitudes, de goûts, de langues et de religions, qui déroute la science et les recherches de l’antiquaire. Nous prouverons ces variétés d'origines par le simple exposé des documents historiques, physiologiques et religieux, par les traditions, les antiquités et les ccritumes de ce peuple, que nous désirons faire intimement connaître à nos lecteurs.

En premier lieu, nous devons parler des émigrations probables, des émigrations douteuses et des émigrations connues qui ont eu lieu en Amérique longtemps avant la découverte de Christophe Colomb.

L'histoire, il est vrai, garde un certain silence sur l’origine des peuples les plus anciens de la terre, et surtout sur celle des populations américaines. Elle n’enregistre guère que les faits qui ont illustré les nations et les ont fait sortir du,néant; mais durant ce long laps de temps qui a dù s’écouler depuis l’agrandissement d’une famille radicale et sa formation en un peuple civilement constitué, assez fort, assez puissant pour percer l'obscurité de son existence, nous voyons un voile épais recouvrir son berceau et son adolescence; ce voile ne se déchire que par morceaux, et ne s’enlèvera peut-être jamais complétement pour plusieurs d’entre eux.

Il est généralement admis que les Phéniciens sont les premiers qui ont connu l'art de rendre la pensée par l'écriture, ei que leurs manuscrits ont été détruits, soit dans les guerres qui ont amené la chute des quatre grandes monarchies, soit dans les flammes de la bibliothèque d’Alexan-

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DANS LFS DÉSERTS DU NOUVEAU MONDE, ÿ

drie, d’où il résulte que le plus ancien livre qui nous soit parvenu est celui de Moïse. Malheureusement, l'écrivain sacré ne s'attache qu'à parler des Hébreux et des nations qui ont eu des rapports plus ou moins directs avec eux. Le ‘lence de la Bible à l'égard des autres habitants du globe laisse donc une latitude énorme aux recherches scientifiques et aux hypothèses qui peuvent être faites concernant les peuples dont l’origine nous est inconnue. La Bible elle-même, telle qu'elle est actuellement, après tant de siècles de révolutions, de changements et d’esclavage subis par les Juifs, offre tant de lacunes et d’obscurités sur différents sujets, qu’elle a besoin de la sage interprétation de l'Église pour ne pas être une cause d'erreurs et de scandales. Ces lacunes du récit mosaïque, dont nous reparlerons plus tard, ne peuvent pas plus être comblées que ses obseurités ne peuvent être dissipées par les documents historiques échappés à l'œuvre destructive des siècles, et nous sommes obligés de suppléer aux documents qui nous manquent par les données sérieuses des faits consignés dans l’histoire naturelle et dans les traditions populaires.

En étudiant les émigrations et les aptitudes des peuples de la plus haute antiquité, on finit par s’expliquer leur rapprochement avec les nouveaux, dans ce qu’ils ont de typique, malgré les distances considéables qui séparent le berceau des uns et la résidence actuelle des autres. Cette analugie jette souvent de la clarté sur le problème des races, si difficile à résoudre quand on l’étudie isolément, c’est-à-dire sous le seul point de vue anthropologique. Les modifications opérées dans la famille humaine par les changements de climat, la civilisation, la manière d’être et de vivre, et Les relations internationales sont assez nombreuses pour que les descendants diffèrent beaucoup de leurs ancêtres. Aussi croyons-nous utile de dire quelques mots sur ces populations hardies, entreprenantes, qui, bien des siècles avant l'ère chrétienne, parcoururent la terre pour la soumettre à leurs lois et s'enrichir par le

commerce. Ces lignes pourraient bien, par voie de déduction, répandre

un peu de lumière sur l'ethnographie, l’origine des antiquités américaines, la théogonie et les langues indiennes. Notre objet, dans cette relation, est moins de certifier ce que nous soupçonnons que d'insinuer quelques idées personnelles auxquelles nous n'avons pas eu le loisir de donner toute leur importance, et dont nous espérons qu'une

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Quoique nous ignorions jusqu’à quel point on peut assurer l’authenticité du livre d'Éole, écrit dans un dialecte seythe (phénicien d'après O'Connor), ce manuscrit mérite néanmoins d’être mentionné à cause des récits historiques qu'il contient concernant une partie des événements passés dans les mille trois cent quatre ans qui ont précédé l'établissement de l'empire des Scythes, et dont la Bible ne parle pas. Éole, dit l'auteur des Chronicles of Eri, était le chef d’une tribu de Seythes; il vivait environ cinquante ans après Moïse, c’est-à-dire mille trois cent soixantehuit ou mille trois cent trente-cinq ans avant Jésus-Christ. Il compose son iivre avec des traditions anciennes reçues dans sa tribu. D’après ce manuscrit, les Scythes demeurèrent mille ans dans le pays où ils furent créés (l'Asie). A l'expiration de ce temps, ils émigrèrent vers le sud, et ayant peuplé les régions comprises entre le Sgeind (l'Indus), l'Océan et le Teth-gris (le Tigre) en deux cent quatre-vingt-treize cercles, ils passèrent le Zetk-gris, arrivèrent à l’Afreidg-eis (l'Euphrate), occupèrent l'Zaih-da-cal (\Hiddekel des Juifs) et se répandirent au delà de l'A freidgeis sur toute la terre, maintenant leur empire sur tous les peuples du globe pendant l’espace de mille huit cent neuf ans.

Cette grande émigration au delà de l'Euphrate a-t-elle été poursuivie jusqu'en Amérique? C'est ce que le livre d'Fole ne dit pas préciséraent ; mais il est à remarquer qu'à y a des fumuli et d'autres antiquités américaines dans la vallée du Mississipi que l’on pourrait faire remonter à cette époque en les examinant avec soin. Les ossements huma‘ns mêlés à des fossiles de diverses espèces animales disparues, et découverts par M. Lund, les flèches de silex, les casse-tête, les lances, les hameçons en os ou en pierre dure trouvés dans les tourbières de la Gothie, de la Scanie, de la Scandinavie, de l'Irlande, et mélangés à des ossements d'animaux de l’époque quaternaire, prouvent en faveur de l'authenticité des grandes migrations humaines dans un âge fort reculé et postérieur à l’époque nistorique.

Quand les mille huit cent neuf ans dont parle l'historien furent écoulés, Ard-fear (Noé, d’après O’Connor), fils de Am-laoch (de Lamech), chef suprême des Seythes dans l’Asie occidentale, fut attaqué par £is-soir ct s’enfuit vers l’Ardmionn. Eis-soir était un peuple étranger appelé As-shur par les Hébreux et As-syri par les Romains; ce sont les Assyriens qui, sous

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la conduite de Bel (le Nemrod des Juifs), envahirent la Mésopotamie, défirent Noé, le chef scythe, qui se sauva avec ses compagnons, désignés sous le nom de Noé-maid-eis (nomades), jusqu'en Ard-nionn (Arménie), où Bel fonda la ville de Ba-bel daxis la plaine de Srinar, et établit l'empire des Assyriens sur les ruines de celui des Scythes, plus de deux mille ans avant l'ère chrétienne, Avant sa chute l'empire des Scythes s’étendait depuis l'Indus jusqu'aux confins de l'Arabie, de l'Égypte et de l'Europe, Les tribus qui vivaient sur les bords de l'Indus s’appelaient Zndo-Scythes, et celles des confins de l'Europe Celto-Scythes.

Les traditions des Chal‘‘ens et le témoignage de l'antiquité plaident en faveur de l'exactitude des faits énoncés dans les chroniques d'Éri, quoique leurs dates s'accordent mieux avec le texte samaritain qu'avec celui de la Vulgate. En effet, l’histoire nous apprend que Vexoris, roi d'Égypte, attaqua Tanaüs, chef seythe : ces deux monarques se disputaient la souve-

raineté de l'Asie; les Égyptiens ayant été vaincus dans une bataille, les Scythes conservèrent leur suprématie pendant plus de mille cinq cents ans; c’est alors que les Assyriens, conduits par Bel, envahirent la Mésopotamie, renversèrent les Seythes, mirent fin au tribut que leur payaient les peuples d'Asie, et fondèrent la ville et la tour de Babylone.

Avant l’arrivée des Assyriens on ne connaissait guère que trois grands peuples depuis l’Indus jusqu'au Nil et à la Méditerranée : les Arabes, les Égyptiens et les Sey ‘les. Quoique ceux-ci cessèrent d’être les maîtres de l'Asie et du monde connu, néanmoins ils étaient encore très-puissants après leur défaite, comme on le voit par le dixième chapitre de la Genèse, où il est dit que Japhet (ou Jat-foth, qui succéda à Noé) devint le père de ces tribus qui se partagèrent entre elles les îles des nations, et leurs familles y furent le commencement des peuples qui eurent chacun sa langue. (Gen., e. X, v. 5.)

Nous ne suivrons pas . s Scythes dans leurs différentes émigrations en Europe, en Asie et en Afrique; mais nous ferons remarquer que les vaisseaux de Salomon étaient non-seulement construits, mais encore manœuvrés par des Phéniciens, une des plus entreprenantes tribus scythes de l'Asie occidentale. Ces vaisseaux partaient fréquemment d'Éloth et de Gezer pour aller faire le commerce avec les nations maritimes du globe. La célébrité des Phéniciens comme marins remontait à

plus de mille ans avant Jésus-Christ. [ls avaient colonisé une partie des

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ÿ VOYAGE PITTORESQUE

îles Britanniques mille trente-sept ans avant l'ère chrétienne, et avaient navigué sur l'Océan plus d \q cents ans avant le règne de Salomon; mais, craignant la concurrei us leurs excursions commerciales, ils cachaient soigneusement leurs voyages aux yeux des autres peuples, et leur secret était si bien gardé que Josèphe reprochait aux historiens grecs leur ignorance sur les Espagnols et les Gaulois, que les Grecs croyaient être les habitants d'une ville comme Tyr ou Sidon, et non de deux grandes provinces. Mais si les Grecs ne connaissaient pas les colonies scythes de l'Espagne, de la Gaule et des bords de l'Océan, il n’en était pas de même des Égyptiens qui, du temps de Sésostris, firent une invasion en Espagne, qu'ils trouvèrent habitée par un peuple de pasteurs gouvernés par des rois bergers.

Les Sidoniens portèrent leur commerce à un si haut degré, qu'ils excitérent la jalousie de leurs voisins, Quand les Égyptiens découvrirent que le monde ne finissait pas aux colonnes d'Hercule, et qu'ils se perfectionnèrent dans les sciences nautiques et astronomiques, après l'émigration des Édomites en Égypte, les marchands de Sidon craignirent que les Égyptiens ne leur enlevassent le monopole du commerce maritime. En conséquence, ils firent tout leur possible pour laisser ignorer au monde les pays d’où ils tiraient leurs bénéfices, et l'on vit même le maitre d’un vaisseau phénicién se faire échouer sur les côtes en s’apercevant qu'un navire grec le suivait et le guettait depuis longtemps.

Par ce qui précède, on ne s’étonnera donc plus de voir don Ramon Ordoûez prouver, d’après des inscriptions mexicaines hiéroglyphiques, que les Phéniciens eurent des rapports avec l'Amérique. Don Francisco Nuñez de la Véga, évêque de Chiappas (Mexique), possédait un important manuscrit, dans lequel se trouvait une description minutieuse des pays et des nations visités par un voyageur du nom de Votan. Ce document, écrit en langue tzendale ou en quiché, a été copié en entier peu après la conquête du Mexique par don Ramon Ordoûez. L'original, assu+ rent Mariano-Eduardo Rivero et John-James Von Tschudi, auteurs des Antiquités péruviennes, fut détruit par le feu en 1691, sur la place publique de Huehuetan. Le titre ou frontispice de ce document consiste en deux carrés de différentes couleurs, avec leurs angles parellèles : l’un représente l’ancien continent, qui est marqué avec deux caractères ayant la forme d'un $ et placés perpendiculairement ; l'autre carré représente

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le nouveau continent et contient deux autres caractères semblables, mais placés horizontalement, Lorsque Votan parle du vieux monde, la lettre S est placée debout dans le chapitre, et quand il parle du nouveau, le chapitre est marqué par ce même signe couché &. Entre les deux carrés, on peut lire le titre ou le sujet du manuscrit : Preuve que je suis un serpent. L'auteur dit dans le texte qu'il est le troisième portant ce nom de Votan; que par naissance il est un serpent, c'est-à-dire un chivèm ; qu'il s'est proposé de voyager jusqu'à ce qu'il trouve le chemin du ciel pour y chercher les serpents ses parents; qu'il est allé de Valum-Chivim à Valum- Votan, et emmena avec lui sept familles de ce dernier endroit; qu'en passant par l'Europe, il a vu à Rome ‘un magnifique temple que l'on construisait; qu'en cherchant ses autres frères les serpents, il voyagea par un large chemin, où il laissa des marques de son passage; et qu'enfin il vit les maisons de treize serpents. Dans un de ses voyages, il rencontra sept familles de la nation des Tzequiles, qu'il reconnut pour être des serpents ; alors il leur enseigna tout ce qui était nécessaire pour leur bien-être, et ceux-ci le reconnurent pour une divinité et le choisirent pour leur chef?.

Les circonsiances du premier voyage de Votan, telles que Ordonñez les a extraites des histoires tzendales citées par M. l'abbé de Bourbourg, différent peu de celles que nous venons de raconter e 1es complètent; du reste, elles sont trop remarquables pour ne pas les donner ici textuellement. « Votan, est-il dit, écrivit un recueil sur l'origine des Indiens et leur transmigration à ces contrées. Le principal argument de son ou vrage se réduit à prouver qu'il descend d’Imos, qu’il est de la race de Chan le Serpent, et qu'il tire son origine de Chivim. 11 fut, dit-il, le premier homme que Dieu envoya dans cette région pour peupler et partager les terres que nous appelons l'Amérique. Il fait connaître la route qu’il à suivie, et ajoute qu'après avoir fondé son établissement, il fit divers voyages à Valum-Chivim. Ces voyages furent au nombre de quatre.

1 Nous croyons qu'il y a ici erreur du traducteur, et qu'au lieu de Rome il faudrait mettre grande ville, eav il est probable que le voyage de Votan à eu lieu avant la foudation de Rome; mais comme il y a eu plusieurs Votan et plusieurs voyages, il est possible que le traducteur ait confondu ies dates.

? Pour plus amples renseignements on peut consulter les Antiquités péruviennes de Rivera el de Tsehudi,

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Dans le premier, il raconte qu'étant parti de Valum-Votan il prit sa route vers « la demeure des treize serpents, » De là, il alla à Valum-Chivim, d'où il passa par la ville, où il vit la maison de Dieu, qu'on était occupé à bâtir, 1 alla ensuite aux ruines de l'antique édiltice ! que les hommes avaient érigé par le commandement de leur aïeul commun, afin de pouvoir par là arriver au ciel, Il ajoute que les hommes avec lesquels il conversa l'assurèrent que cet édifice était le lieu d'où Dieu avait donné à chaque famille un langage particulier, I affirme ensuite qu'à son retour de la maison de Dieu, il alla une seconde fois examiner tous les, souterrains par où il avait déjà passé et les signes qui s’y trouVaient, Il dit qu'on lui fit traverser un chemin souterrain qui terminait à la racine des cieux. À l'égard de cette circonstance, il ajoute que ce chemin n'était autre chose qu'un trou de serpent, où il entra parce qu'il était fils de serpent *,

Tels sont les principaux sujets détaillés dans ce précieux manuscrit,

Cabrera, qui s’est approprié une partie des travaux et des recherches de Ordoûñez, pense que Chivim a la même signification que Givim ou Hivim, c’est-à-dire un descendant de Heth, fils de Canaan, Des Givims ou Iivites (Avims ou Avites), dont parle le Deutéronome (Gen., e, I, v. 23) et le Livre de Josué (ce. XIII, v. 3), descendirent Cadmus et sa femme Hermione, qui, d'après les Métamorphoses d'Ovide, furent changés en serpents et reçurent les honneurs divins. C'est sans doute par allusion à cette fable que le mot givim, en phénicien, signifiait aussi un serpent, La ville de Tripoli, sous la dépendance de Tyr, était anciennement appelée Chivim; et l'expression de Votan : Je suis un serpent parce que je suis un Chivim, doit se traduire tout simplement par ces mots : Je suis un Hivite de Tripoli, qu'il nomme Valum-Votan *,

Se fondant sur l'histoire ancienne, Cabrera croit que les Hercule tyriens qui, d’après Diodore, parcoururent tout le globe étaient des ancètres de Votan; que l’île Hispaniola est l’ancienne Septimania, et la ville

1 Nuñez de la Véga, dans ses Constitut, diæces,, parle également de ectte tradition et dit de Votan : « Vio la pared grande, el ajoute, entre parenthèses (que es la torre de Babel), » Ordoñez, qui possédait une copie de l'histoire de Votan, dit : « Vio con sus proprios ojos una pared muy larga, »

8 Fils de serpent, c'est-à-dire de la famille appelée Chan ou Serpent 3 Ordoñez pense que Valum-Volan est l’île de Cuba,

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d'Alecta celle de Valum, d’où Votan commença son voyage, I croit aussi que les treize serpents mentionnés dans le manuscrit sont les treize îles Canaries, dont le nom dérive de celui des habitants, les Cunanéens, qui s'y arrôtèrent ainsi que les Hivites, et, enfin, que les indications laissées par Votan sur son passage sont les deux colonnes de marbre blanc trouvées à Tanger, avec cette inscription phénicienne : Nous 80MMES LES FILS DE CEUX QUI S'ENFUIRENT DEVANT LÉ VOLEUR dOsué, LE Fils pe NuN, Er NOUS TROUVAMES ICI UN ASILE sur. Les sept familles tzequiles que Votan rencontra étaient également des Phéniciens, probablement des naufragés de cette embareation phénicienne dont Diodore fait mention",

Suivant les traditions recueillies parmi les tzendales par Nuñez de la Véga ?, c'est dans l'État de Tabasco que serait apparu Votan, accompagné de ceux que la Providence destinait à être, sous sa conduite, les fondateurs de la civilisation américaine, « Votan, est-il dit”, est le premier homme que Dieu envoya diviser et partager ces terres de l'Amérique, » Ce partage annonce ou une conquête ou uné colonisation; muis c'est probablement sous ces deux points de vue qu'il faut l'envisager, la division du sol étant une des premières conditions de la propriété et, par conséquent, de la civilisation. Votan ne venait donc pas pour peupler le continent américain‘, La main providentielle qui avait dispersé sur la surface du globe les races issues des enfants de Noé, qui avait répandu, avec les graines des productions végétales de l'archipel des Indes, les Malais dans toutes les iles de l'océan Pacifique, avait pourvu, par des moyens analogues, à la population primitive de ce continent interocéanique. On ne saurait dire à quel degré de barbarie cette population était descendue antérieurement à l'arrivée de Votan. Ce qui parait certain, c'est que, dans une portion considérable des contrées qui s'étendent entre l’isthme de Panama et les territoires de la Californie, les hommes vivaient dans une condition analogue à celle des tribus sauvages du Nord. Les cavernes naturelles ou des huttes grossières de branchages

1 Voyez les ouvrages déjà cités.

? Constituciones diwcesanas del obisbado de Chiappas, etc., in prœamb, Roma, 1701.

3 {dem.

* Ainsi que l'ont prétendu quelques écrivains qui, n'ayant pas connu le texte de Nuñez de

la Véga, suivirent sans beaucoup d'attention ce que dit Clavigero, Hist, antiq, de Mexico, trad. de Mora, tome 1, Dissertation sur l’origine de la population américaine,

abritaient leurs corps nus, et ils n'avaient pour tout vêtement que les

dépouilles des bêtes fauves tuées à la chasse; ls vivaient des fruits que la terre produisait spontanément, des racines qu'ils arrachaient au sol, * et mangeaient la chair crue des animaux !.

I est douteux, cependant, que toutes les tribus américaines fussent tombées à cet état de dégradation. Des débris d'une proportion colossale, analogues aux édifices cyelopéens qu'on trouve dans plusieurs parties, du monde ancien, se rencontrent çà et là dans le continent occidental. Aucun souvenir, aucune tradition ne rappelle aujourd'hui à quels peuples ces monuments doivent leur existence, On ne peut toutefois les attribuer qu'à une race guerrière, supérieure aux populations sauvages que l'on dit avoir été attirées à la civilisation par Votan. Peut-être cette race était-elle contemporaine de ce législateur, par qui elle aurait été conquise ou refoulée dans l'intérieur des montagnes,

à | Les obscurités dont l'histoire de Votan est enveloppée ne permettent pas de connaître d'une manière satisfaisante ce mystérieux personnage, On

ne saurait toutefois refuser d'admettre la réalité de son existence ; mais le

Panne

double aspect sous lequel le présente la tradition fait douter quelquefois

s'il n'y apaser plusieurs Votan ?, ou si ce nom célèbre n'a pas été attribué comme un titre de gloire à d’autres hommes venus après lui et dignes également de la reconnaissance publique. Adoré chez plusieurs nations sous le titre de Cœur-du-Peuple * ou de Cœur-du-Royaume t, Votan apparait tantôt comme une création mystique, élevée au-dessus de l'humanité, à laquelle les peuples primitifs croyaient, dans leurs spéculations religieuses, ainsi qu'à un intermédiaire nécessaire entre l'homme et la Divinité, et comme un représentant de sa sagesse et de sa puissance ; tan- | tôt comme un prince et un législateur qui vient arracher à la barbarie

les tribus sauvages de l'Amérique et les instruire des lois, de la religion,

du gouvernement, de l'agriculture et des arts.

L'analogie que l'on trouve dans les traditions tzendales, quichées et

1 T'orquemada, monarquia indiana, Mb, À, cap. 15, 20 codex Chimalpopoea ; — Histoire chronologique des rois de Culhuacan et Mexico, manuserit en langue nahualt, de la coll, de Boturini, * Ordoñez le dit positivement, 8 Nuûez de la Vega, Constit, diuces, Prwambh, Ÿ Burgoa, Descripeion geogr, hist, de la provincia de Guaraea, ete, part HE, cap, 7? -

Sahagun, Hist, de las cosas de Li Nueva España, ete, Hib, IV, cap, 4,

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Lalt, de la coll, de

F' Fe FE 4 M, cap, 77: -

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mexicaines entre les personnages présentés sous les noms divers de Votan, de Cucumatz, de Cukulean et de Quetzaleohualt !, nous ferait croire qu'à l'origine de l'histoire un seul aurait réuni cette diversité d'appellations. La comparaison de toutes ces traditions nous décide toutefois à en admettre deux, Votan et Quetzalcohualt, les noms de Cucumatz et de Cukulcan ayant identiquement la même signitication que ce dernier, Quoi qu'il en soit, il est certain que ce fut d'eux, héros, prôtres, législateurs ou guerriers, que l'Amérique centrale reçut les éléments de cette civilisation portée depuis à un si haut degré par leurs successeurs, La connaissance d'un Dieu créateur et maitre unique du ciel et de la terre paraît avoir été un des premiers dogmes inculqués aux populations qu'ils conquirent ?; mais, dans les traditions arrivées jusqu'à nous, le nom du législateur est souvent mêlé avec celui de la Divinité, et, sous les voiles symboliques dont S'enveloppe lhistoire primitive, celui qui enfanta les Ainéricains à une vie nouvelle en les tirant de l'état sauvage est, à dessein, identifié avec le père de la création uriverselle #,

À son arrivée dans le nouveau monde, Votan s'avancça entre les mille iles de la lagune de Terminos, accompagné des autres chefs de sa race, Une multitude d'oiseaux aux plumages étincelants animait ces eaux, alors peu profondes; troublés par la flottille qui portait la colonie, ils s'élancérent dans les airs, cherchant un refuge à l'ombre des forûts environnantes; des bêtes fauves et du gibier de toute espèce se jouaient dans l'épaisseur du feuillage et sur le gazon verdoyant qui s'étendait luxurieusement sur les bords de la mer, Dans la joie d'une si grande abondance et d'une telle fertilité, les navigateurs s'écriérent : U laumil cutz, u luumil gebl (C'est la terre des oiseaux, c'est la terre du gibier!) Ces

paroles restèrent longtemps ensuite comme le nom générique de toute

iGuc ou cue, dans la langue quichée, est le même oiseau que les Mexicains appellent quet: sal, Cumatz siguile serpent, ainsi que le mot mexicain cohuatt, Dans la langue maya d'Yucalan, on retrouve également le même sens dans le mot cukulean: lous les trois signitiaient un serpent emplumé où couvert de plumes, où bien un serpent orné des plumes du quetzal.

? Nous disons conquérir, dans le sens des conquêtes spirituelles faites depuis par les relivieux chrétiens ; nous pensons bien, toutefois, que la persuasion seule n'aura pas suffi pour amener les peuples sous les lois de Votan, et que les armes et la force auront dù y prendre part,

Ÿ Hist, des ñations civilisées du Mexique et de l'Amérique centrale, par M, l'abbé Brasseur de Bourbourg,

cette contrée, depuis Potonchan jusqu'aux terres basses de Chiappas. De

leur caractère marécageux leur vint, sans doute aussi, le nom de Papuha

(qui veut dire dans les eaux bourbeuses), donné par un auteur mexicain

aux premières contrées qui furent habitées sur le continent par les colo-

nies étrangères !.

Votan remonta ensuite le cours de l’Uzumacinta, et c’est sur les bords

d’un des affluents de ce fleuve que l'on place le berceau de la civilisation

américaine. Son séjour y donna naissance à une ville qui, depuis, eut

l'honneur d’être la métropole d'un grand empire. Elle était située au

pied des monts de Tumbala; le nom de Nachan qu’on lui attribue est

moins connu que celui de Palenqué, dont les ruines majestueuses se

sont révélées, 1l y a un siècle à peine, aux regards des voyageurs

étonnés ?.

Le nom de Wa-chan, qui se trouve dans Ordoñez, veut dire ville ou

fi habitation des serpents. Les Tzendales furent émerveillés en voyant ar-

river d’autres étrangers sur de grandes barques et portant des vêtements

longs et amples, ce qui leur fit donner le nom de « Tzequiles, ou hommes

à aux jupons de femmes. » Leur établissement dans le pays fut bientôt

suivi d’une alliance avec les filles Tzendales. Votan, éclairé et instruit par eux sur la Divinité et le gouvernement des hommes, travailla avec sagesse à organiser l'administration de ses États, et de cette époque date

véritablement la fondation de l'empire palanquéen *. Ordofiez assure que ces événements se passèrent près de mille ans avant lère chrétienne; M, l'abbé Brasseur de Bourbourg, sans rien | affirmer, corrobore néanmoins cette date par le texte suivant de l’histoire ll À des soleils, dans le Coder Chimalpopoca : « C'est ici le commencement | « de l'histoire des choses qui se vérifièrent il y a longtemps : celle de la |. « répartition de la terre, propriété de tous, son origine et sa fondation, € ainsi que la manière dont le soleil la partagea, il y a six fois quatre « cents ans, plus cent, plus treize, aujourd’hui 22 mai de l'an 1558. » En déduisant les années écoulées, on trouve l'an 955 avant Jésus-Christ, c'est-à-dire moins d’un siècle après la colonisation de l'Irlande par les

\l ! Seythes.

4 1 Ixtlilxochitl, Sumaria relacion de la historia tulteca, ap. Kingsborough, ® Voir l'Hist, des nations civilisées, ete,, par M, l'abbé Brasseur de Bourbourg, 3 Idem,

s de Chiappas. De le nom de Papuha h auteur mexicain nent par les colo-

est sur les bords 1 de la civilisation qui, depuis, eut le était située au n lui attribue est majestucuses se Is des voyageurs

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int Jésus-Christ, l'Irlande par les

igh,

rbourg,

PCR VERRE |

Nous terminerons le chapitre qui se rapporte à Votan en faisant r'emarquer que Îles traditions dont nous avons parlé font suffisamment allusion à l’origine des mystères analogues à ceux de l'Égypte et de la Grèce, dont on trouve des traces nombreuses chez les peuples de l'Amérique. De là, sans doute, les épreuves de la chevalerie mexicaine, que les Espagnols furent si étonnés de rencontrer, et qui n'étaient, après tout, probablement, que les débris de l'initiation antique. Elle avait préparé Votan au rôle de législateur et de prophète que lui attribue l'histoire. A son retour à Palenqué, après un de ses longs voyages, il trouva son peuple divisé. Les Tzequiles avaient profité de son absence pour usurper une partie de son autorité et se créer une puissance au centre de ses États: Par sa sagesse il sut promptement apaiser les troubles, tout en ménageant ses adversaires. Il partagea la monarchie en quatre royaumes, et l’un d'eux fut confié aux chefs des étrangers; leur capitale était Tulhà, dont les ruines ont été retrouvées auprès d’Ococinco, de l’autre côté des monts de Tumbala. Rivale de Palenqué, cette ville attribuait également sa fondation au grand législateur, Une tradition curieuse, conservée encore aujourd'hui chez les Tzendales, rappelle qu’un souterrain d'une longueur prodigieuse traversait la montagne de part en part et mettait en communication le temple de Tulhà avec Palenqué, dans le vallon de Luqui; elle ajoute que Votan fit creuser ce souterrain en mémoire de celui où, durant ses voyages, il fut admis en sa qualité de fils de serpent, pour atteindre à la racine du ciel ".

Ces expressions paraissent également s’appliquer à l'institution des mystères religieux que Votan avait établis dans ce temple, caché dans le ravin, loin des regards profanes. Ce qui vient à l'appui de cette assertion, cesontles paroles de l'évêque de Chiappas au sujet du sanctuaire construit par le même législateur sur les bords de la rivière de Huehuetan, qui arrose les riantes vallées du territoire de Soconusco. Placé sur une éminence, à peu de distance de l'océan Pacifique, il fut destiné, suivant toute probabilité, à initier aux mystères de la religion les princes et les nobles de ces contrées, et ses vastes constructions souterraines lui firent donner le nom de Maison ténébreuse. Notan y transporta le tapir, considéré comme un animal sacré, afin qu'il pût se multiplier dans les eaux de la

1 Ordoñez, Fragments manuscrits, etc.

emo.

rivière, et déposa dans les sombres retraites de ce temple les archives de la nation, dont il commit le soin à un collége de vicillards appelés tlapianes ou gardiens ‘. 11 y établit en même temps des prêtresses, dont la principale avait le singulier privilége de commander aux vieillards eux-mêmes. Cest ce qui a fait dire à MM. Rivero et Tschudi que la garde du manuscrit de Votan était confiée à une dame indienne noble et à un certain nombre d'Indiens, qui devait être toujours le même. Au milieu des forêts environnant la Maison ténébreuse s’éleva bientôt une ville qui porta le nom de Huehuetan, ou la cité des vieillards, et dont il ne reste plus aujourd’hui que des ruines informes.

En étudiant les traditions antiques, nous dissiperons toujours un peu l'obscurité dont le berceau des peuplades américaines est environné, quoique nous ne puissions rien certifier à l'égard de la chronologie. Natu:ellement, nous devons marcher par moments dans cette voie épineuse à pas incertains, parce que l’allégorie et le merveilleux se rencontrent souvent sous nos pas; pourtant il est utile de connaître ces brillantes images sous lesquelles les peuples primitifs enveloppent les événements consignés dans leur mémoire, parce qu'elles dévoilent plus clairement l'originalité du génie et des mœurs aes Indiens.

Quand les Espagnols découvrirent l'Amérique, ils y trouvèrent deux empires parfaitement constitués, dont l’origine, entourée de fables, mérite cependant que nous en fassions une brève narration ; car, de même que les sciences ont toutes entre elles un lien de parenté, de même, dans l’histoire des peuplades américaines, quelque soit leur degré de civilisation ou de barbarie, on retrouve certains rapports qui indiquent des communications anciennes entre les populations du sud et celles du centre, entre les populations du centre et celles du nord. Ces communications, il est vrai, étaient d’une nature que nous ignorons, mais elles ont existé, comme on le verra par l’ensemble de cet ouvrage. Du Pérou au Mexique, et du Mexique au Mississipi, il y avait une chaîne non interrompue de tribus indiennes qui se fréquentaient et se faisaient mutuellement la guerre. En parlant des Natchez, nous verrons que les tribus, affaiblies par les combats ou bien obligées de fuir des voisins trop puissants et trop remuants, emportaient avec elles le souvenir de leur

1 Hist, des nations civilisées, etc,, par M, l'abbé Brasseur de Bourbourg.

les archives de llards appelés rêtresses, dont aux vieillards schudi que la ienne noble et le même. Au va bientôt une rds, et dont il

ujours un peu vironné, quoigie. Natu’elleépineuse à pas ntrent souvent les images sous ents consignés int l'originalité

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origine et de leur constitution primitives; elles conser aient dans leur patrie adoptive toutes les institutions qui n'étaient point contraires à leur nouvelle position, et ce n'est que lorsque les ressources, le climat du pays et d’autres considérations de ce genre changeaient entivrement leur mode d’être et'de vivre, que les traditions de leurs ancètres s’effacaient insensiblement de leur mémoire, que leur organisation civile prenait une couleur locale et complétait la scission entre le présent et le passé. Néanmoins, cette scission n'est pas si complète qu'elle le paraît à première vue, et nous verrons dans l’agriculture, le système politique ou la théogonie des Indiens, des preuves de leurs rapports avec les empires civilisés du Mexique et du Pérou.

La disposition naturelle de l'homme à croire tout ce qui est merveilleux, son ignorance des causes agissantes, les impostures des prêtres païens, et surtout le patriotisme individuel ou l’orgueil collectif des races, induisirent la majorité des peuples à s’attribuer une protection particulière du ciel et à donner une origine divine à leur chef. Aussi les Péruviens croyaient-ils que le Soleil, leur divinité tutélaire, leur avait envoyé ses enfants Manco-Capac et Mama-Oello-Hueco pour les réformer et les instruire. Avant l’arrivée des Incas, empereurs du Pérou et fils du Soleil, à peu près comme l’empereur de la Chine, le Pérou était divisé en plusieurs nations indépendantes, nomades ou fixes, dont le caractère inquiet et l'humeur guerrière les faisaient combattre continuellement les uns contre les autres. Ignorant la culture ét l’industrie, ne connaissant aucune loi morale, aucun lien social, errant comme les animaux dans les forêts et sujets comme eux à toutes les intempéries des saisons, n'ayant personne pour leur enseigaer le moyen d'améliorer leur condition, tel était l’état des Péruviens lorsque le Soleil envoya deux de ses enfants sur le lac Titicaca, en leur donnant un lingot d’or et leur disant : « Allez où vous voudrez, et vous ne vous arrêterez que lorsque ce lingot s’enfoncera dans la terre. » Arrivés dans la vallée de Cuzco, au sommet de l'Huanancauri, le lingot s’enfonça dans le sol avec une telle facilité, qu'il disparut à leurs yeux en un moment. Alors le fils du Soleil dit à sa sœur, qui était en même temps sa femme : «C’est dans cette vallée que notre père veut que nous habitions. Il faut que nous cherchions à attirer ces peuples à nous pour les instruire et accomplir le bien que notre père commande, »

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Du sommet de l’Huanancauri, Manco-Capac se dirigea vers le nord et sa sœur Mama-Oello-Hueco vers le sud ; ils haranguèrent les multitudes, les exhortant à se réunir, à changer de vie, et de recevoir comme dons du ciel les conseils et les instructions qu'ils condescendaient à leur donner par ordre de leur père le Soleil. Fascinées par leur apparence et le respect que ces deux êtres extraordinaires savaient inspirer, les tribus errantes les suivirent dans la vallée de Cuzco et creusèrent les fondements d’une ville. Cuzco était le point central autour duquel rayonnaient les tribus indiennes, et, d’après Garcilasso, à qui nous empruntons quelques-uns de ces détails, son nom signifiait nombril dans le langage des Incas; car, selon les traditions péruviennes, de même que le nombril est la source d’où l'enfant reçoit la vie dans le sein de sa mère, de même la plaine de Cuzco fut le centre civilisateur de l'empire fondé par le couple céleste.

Ces deux enfants du Soleil établirent une union sociale entre les diftérentes peuplades du Pérou; ils organisèrent leurs forces et donnèrent une nouvelle et haute direction à leurs idées. Manco-Capac enseigna aux hommes l’agriculture, l’industrie et les arts; il leur donna des lois, un système politique parfait, et Mama-Oello-Hueco apprit: aux femmes l’art de filer, de tisser et de teindre, ainsi que les vertus domestiques de la grâce, de la chasteté et de la fidélité conjugale.

Cette allégorie, concernant l’arrivée sur un lac de ce couple mystérieux venant civiliser les Péruviens, nous rappelle la tradition (que nous mentionnerons plus tard) des Chactas et des Chickassas, relativement à leur émigration vers le sud-est de l'Amérique septentrionale. Nous ferons remarquer qu'il n’est presque aucune tribu indienne, ayant conservé des traditions au sujet de son origine, qui n’ait l'idée d’une émigration lointaine. |

Le manuscrit de Montésinos, qui se trouve à Séville dan le couvent de San José, de l’ordre de la Merci, prend l’histoire des origines péruviennes encore plus loin que Garcilasso de la Véga: Montésinos était natif d'Ossuna, en Espagne; il avait été deux fois vesitador au Pérou, qu'il avait parcouru dans tous les sens durant les quinze années de sa résidence. Il visita le Pérou un siècle après sa découverte, se livra à des recherches historiques sur l’ancien empire des Incas, notant toutes les traditions et tous les chants des Indiens, rassemblant tout ce qu'il pou-

a vers le nord et t les multitudes, oir comme dons ‘endaient à leur ur apparence et spirer, les tribus èrent les fondequel rayonnaient us empruntons dans le langage me que le nom- | de sa mère, de > l'empire fondé

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vait entendre raconter sur les événements passés, profitant des manuscrits inédits compilés sous la direction de F, Luis Lopez, évêque de Quito, étudiant les antiquités avec un tel zèle qu'aucun de ses contemporains ne l’égala dans la science archéologique ‘. Montésinos essaya de démontrer que c'était au Pérou que les flottes de Salomon allaient embarquer toutes leurs richesses, Du reste, ses opinions sont si singulières et si originales, qu'elles méritent bien une place parmi celles imaginées par d’autres historiens.

« Les hommes, dit Montésinos, étaient devenus si nombreux, que l’Arménie ne suffisait pas pour les contenir, et l’ordre que Dieu avait donné à Noé de peupler le monde força ses descendants à se séparer : chaque famille alla établir dans le pays qui lui convenait le mieux. On a même prétendu que Noé fit lui-même le tour du monde pour enseigner à chacun le lieu où il devait s'établir.

« Ophir, descendant de ce patriarche, craignant les querelles que le partage des terres pouvait amener, se retira avec sa famille dans les contrées les plus éloignées. Il se rendit au Pérou, où il s'établit avec les siens. Le nombre des habitants se multiplia rapidement; mais ils considérèrent toujours Ophir comme leur chef, et celui-ci eut soin d'inculquer à ses descendants la connaissance du vrai Dieu et de la loi naturelle, qui se conserva par tradition parmi leurs enfants. Ils vécurent en paix pendant environ cent soixante ans, ayant toujours Ja crainte du Seigneur devant les yeux. Mais, dans la suite, il s’éleva des contestations sur la possession des sources ou des pâturages; chaque tribu choisit un chef pour la conduire à la guerre, et ceux-ci surent profiter de l’occasion pour éiendre leur autorité. »

Cinq cents ans après le déluge, d'après les chants historiques et les anciennes traditions, toute cette région fut remplie d'habitants. Les uns vinrent du Chili, les autres des Andes, de la Zerre-Ferme ou de la mer du Sud; de sorte que toute la côte fut peuplée depuis 16 cap de Sainte- Hélène jusqu'au Chili. Les premiers qui pénétrèrent dans le pays arrivèrent en assez grand nombre du côté de Cuzco. Selon les récits des Amantas, ils avaient à leur tête quatre frères, appelés Ayar-Manco-Topa,

1 En1846,M. Ternaux Compans publia les mémoires de Montésinos dans sa Bibliothèque américaine, et c'est dans cette bibliothèque que nous avons dû puiser pour y trouver les documents dont nous avions besoin sur ce sujet.

TE

Ayar-Cachi-Topa, Ayar-Auca-Topa et Ayar-Uchu-Topa : leurs sœurs, qui étaient en même temps leurs femmes, les accompagnaient et se nommaient Mama-Cora, Mama-Huacum, Hipa-Huacum et Pilca-Huacum !,

L'ainé des quatre frères monta sur le sommet de la montagne Huanancauri, et, prenant la fronde qu’il tenait attachée autour de sa tête, il lança une pierre du côté de chacun des points cardinaux, déclarant que par là il entendait prendre possession du pays pour lui et pour ses frères. Les trois autres frères ne furent point satisfaits de e:tte action, et crurent que leur aîné en avait agi ainsi pour affecter une espèce de suprématie sur eux. Le plus jeune, qui était en même temps le plus habile, d’après la tradition, résolut de s'arranger de manière à rester le seul de sa famille, afin que personne ne püt lui disputer l'autorité suprême. A cet effet, il réussit à renfermer son frère aîné dans une cave; il jeta le second dans un trou, et le troisième se sauva dans une province éloignée,

Le fratricide consola de son mieux les femmes de ses trois frères: il leur annonça qu'il voulait fonder une ville et devenir le seigneur de ses habitants, ce qui était le vrai motif de toute sa conduite, et que dorénavant on devait lui obéir et le respecter comme le fils unique du Soleil. La sœur aînée approuva ce dessein; et comme il y avait en cet endroit des monceaux de pierres que les Indiens appellent coscos ou cuzcos, elle l'engagea à s’en servir pour construire sa ville. Quelques écrivains prétendent que c’est de là qu’elle a pris son nom de Cuzco; d’autres disent que l'endroit où elle fut bâtie était couvert de rochers, et qu'il fallut le niveler. Comme le mot aplanir (niveler) se rend, en indien, par celui de cuzca ou cosca, on à cru que c'était là l'étymologie du nom de Cuzco.

Ayar-Uchu-Topa, également appelé Pirhna ou Puhna-Manco, réunit ses parents, devenus très-nombreux, et leur ordonna d’aplanir le terrain, d'aller chercher des pierres, de construire des maisons et de fonder une ville, Quand il s'élevait quelque dissension entre ses vassaux relativement aux terres arables, aux sources ou aux troupeaux, il les faisait comparaître devant lui et chargeait son fils aîné, qu’il chérissait plus que les autres, de décider le procès et de mettre les partis d'accord. Le père

1 Voir l'Histoire du Pérou, par Balboa,

a: leurs sœurs, naient et se nomlca-Huacum !.

montagne Huaour de sa tête, il x, déclarant que t pour ses frères.

: action, et cruespèce de supréps le plus habile, : rester le seul de orité suprême. À ine cave; il jeta ns une province

es trois frères: il e seigneur de ses e, et que dorénaque du Soleil. La n cet endroit des ou cuzcos, elle s écrivains pré ); d’autres disent et qu'il fallut le ndien, par celui pgie du nom de

ba-Manco, réunit d’aplanir le tersons et de fonder ses vassaux relaaux, il les faisait

érissait plus que ‘accord. Le père

et le fils se firent tellement respecter par les sages conseils qu'ils donnaient, que leurs moindres paroles étaient regardées comme des lois inviolables et auxquelles il fallait obéir sans répliquer. Ayar-Uchu-Topa fut considéré comme le véritable fils du Soleil, même parmi les peuples voisins, qui, imitant l'exemple qu'il avait donné, construisirent plusieurs villes autour de Cuzco.

Ce prince adorait le vrai Dieu sous le nom de Illatici-Huiracocha. 1] vécut plus de cent ans et en régna soixante; quand il mourut, ce fut son fils Manco-Capac qui lui succéda,

Telle est l’origine de la monarchie péruvienne, racontée d'après les traditions indiennes. Dans l’histoire primitive de l'Amérique centrale et du Méxique, nous retrouverons, comme dans celle du Pérou, des traditions étranges qui se rapportent aux récits (allégoriques pour la plupart) des sauvages de l'Amérique du Nord, et que nous devons consigner ici pour en montrer l'analogie.

Quand les premiers pionniers de la civilisation parurent sur les côtes de ia péninsule américaine, des populations indigènes occupaient déjà la majeure partie des régions intérieures. On ne saurait dire de quelle nation elles sortaient; mais il y a lieu de croire, avec M. l'abbé de Bourbourg, qu’elles étaient d'origines diverses et qu'elles se distinguaient suffisamment les unes des autres par leurs coutumes, leurs mœurs et surtout par leur état social. Les Quinamés, ou géants, cette race puissante et orgueilleuse, à laquelle toutes les traditions réfèrent alternativement, devait être numériquement la moins considérable, mais supérieure aux autres par sa force, son intelligence, le maniement des armes, ses richesses et l’état avancé de la société qu'elle avait fondée. Les histoires nous la montrent en possession des provinces intérieures du Mexique, du Guatemala, du plateau aztèque et des con'rées voisines de Tabasco, mais elles ne disent rien de l’origine ni des gouvernements des Quinamés ; seulement, à l’époque de la conquête de l’Yucatan par les Espagnols, un grand nombre d’Indiens instruits disaient avoir appris traditionnellement de leurs ancêtres que leur pays avait été peuplé par des nations venant de l'Orient, et que Dieu avait délivrées de la poursuite de certaines autres en leur ouvrant wn chemin par la mer'. Doit-on consi-

? Herrera, Historia gen, de las Inuias occid,

dérer ces géants et ce chemin par la mer comme une allégorie ou bien comme une tradition des géants de la Bible et du passage de la mer Rouge par les Hébreux? C'est assez difficile à décider, Néanmoins, il est curieux de constater que, dans les réminiscences indiennes de l'Amérique du Nord, le souvenir de géants malfaiteurs et d'animaux monstrueux qui dévastaient leur pays est encore très-présent à leur ménoire.

L'histoire toltèque est la première, dans l'ordre des annales américaines, dont les fondements soient admis avec quelque certitude pur les écrivains qui ont tenté d'éclaircir les origines obscures de la civilisation mexicaine. Les historiens les plus graves qui existaient avant la conquête, tels que Netzahualcoyotzin, Xiuhcozatzin, fils du roi Hüitzilihuitzin, et plusieurs autres, racontent que le dieu toltèque Nahuac- Hachiguale-[palnemoani-Hhuacahua-Halticpac, c'est-à-dire le Dieu universel, créateur de toutes choses, à qui obéissent toutes les créatures, Seigneur du ciel et de la terre, ayant formé tous les objets visibles, il créa les premiers parents des hommes, dont tous les autres descendent, et leur donna pour habitation le monde, qui, selon ces historiens, eut quatre âges. Le premier commença à la création et fut nommé Soleil des-Eaux, dans un sens allégorique, parce qu'il se termina par un déluge universel qui fit périr les hommes et les créatures. Le second âge fut appelé Soleil-de-la-Terre, parce qu’en plusieurs endroits le sol s’ouvrit, les montagnes s'écroulèrent en écrasant la plupart des hommes qui s'étaient sauvés du déluge, {e fut à cette époque que vivaient les géants dont nous avons parlé. Le troisième âge fut appelé Soleil-de-l' Ai, parce qu'il s'éleva un vent terrible qui renversa les arbres, les édifices et même les rocners. Les hommes qui survécurent à ce désastre ayant aperçu un grand nombre de singes, probablement chassés d’un autre pays par ARE le vent, pensèrent que les autres hommes avaient été changés en ces

animaux. C’est pendant cette époque que les Ulmèques ou Olmèques

arrivérent de l'Orient dans des vaisseaux et débarquèrent dans la }| A baie de la Vera-Cruz, qu'ils trouvèrent peuplée de géants. C'est à eux | vraisemblablement qu'il faut attribuer l'érection de ces masses de ‘4h pierres brutes d'une grandeur prodigieuse, irrégulièrement placées, sans ciment, les unes sur les autres, de manière à former de véritables murailles cyclopéennes, que l'on retrouve depuis le Mexique jusqu’à la

* allégorie ou bien assage de Ja mer ider, Néanmoins, ces indiennes de urs et d'animaux résent à leur mé-

s annales américertitude pur les de la civilisation nt avant la condu roi Huüitzilitoltèque Nahuacdire le Dieu unites les créatures, bjets visibles, il itres descendent, s historiens, eut t nommé Soleil mina par un dés. Le second âge droits le sol s'oudes hommes qui vaient les géants l-de-l Air, parce édifices et même ayant aperçu un | autre pays par changés en ces es ou Olmèques juèrent dans la ints. C’est à eux ces masses de rement placées, ner de véritables xique jusqu’à la

frontière péruvienne, et qui ressemblent beaucoup aux noraghe de la Sardaigne.

Les Quinamés ou géants, alarmés sans doute de la rapidité avec laquelle leurs nouveaux voisins prospéraient dans leur colonie, les souinirent sous le joug le plus dur, Mais cet esclavage dura peu; car, si les géants avaient pour eux la puissance matérielle, les Olmiques possédaient avec le courage la ruse ei un génie supérieur. Afin de se délivrer de leurs oppresseurs, ils convièrent à un festin les principaux chefs quinamés; ils les enivrèrent et les massacrèrent sans en excepter un seul, Telle fut l’origine de la domination des Olmèques sur le plateau de Huitzilapan. De la race des Quinamés il ne resta que quelques débris épars sur les montagnes, que les Toltèques achevérent d'exterminer quelques siècles après '. À une époque un peu postérieure à la destruction de l'empire des Quinamés, le législateur Zamna aborda au Fucatan et y joua un rôle analogue à celui que Votan avait rempli dans le Guatemala après la fondation de Palenqué ou Xibalbu. On le regarde aussi comme le fondateur de la chevalerie mexicaine, C’est sur son tombeau que s'élève la célèbre cité de [tzmal-ul.

Après l’affranchissement des Olmèques arriva dans ce pays Quetzucoalt, que Garcia, Torquemada, Sehagun et d'autres écrivains espagnols ont pris pour saint Thomas. C’est aussi dans ce temps que init la troisième époque et que commença la quatrième, appelée Sobeilde-Feu parce que l’on pensait que le monde, dans ce dernier âge, se terminerait par le feu.

C'est dans ce quatrième âge, c’est-à-dire vers le troisième siècle avant l'ère chrétienne, que l'historien mexicain place l’arrivée dans la Nouvelle- Espagne de la nation toltèque. D'après les traditions quichées, la patrie primitive des Nahoas, ou ancûtres es Toltèques, se trouvait vers un Orient lointain, au delà des terres et des mers immenses. C'est là qu'ils s'étaient multipliés d’une manière considérable et qu’ils vivaient sans civilisation. Alors ils n'avaient pas encore pris l'habitude de s'éloigner des lieux qui les avaient vus naître. Ils ne payaient pas de tributs et tous parlaient la même langue, Ils n’encensaient ni le bois ni la pierre ; ils se contentaient de lever les yeux au ciel et d'observer la loi du Créateur,

4 Jxtlilxochilt, Historia de Los reyes de Tezcuco,

Parmi les funilles et les tribus qui supportaient le plus impatiemment

ce repos et cette immobilité, “elles de Tanub ! et d'Hocab se décidèrent

les premicres à s'éloigner de la patrie, Les Nahoas s'embarquèrent dans

sept barques ou navires, que Sahagun nomme chicomostoe, ou les sept

grottes, Faisons remarquer en passant que le nombre sept a été, de tous

- les temps, un nombre sacré parmi les peuples américains, d’un pôle à

l'autre, C'est à Panuco, près de Tampico, que ces étrangers débarquè-

rent, Îls s'établirent à Paxil, du consentement des Votanides, et leur

État prit le nom de Huchue-Hlopallan, On ne dit pas d'où ils venaient,

mais on aflirme seulement qu'ils étaient sortis des régions où le soleil se

lève, Le commandement suprême de la colonie était entre les mains d'un

chef que les histoires appellent Quetzalcohualt, c'est-à-dire seigneur par

excellence, C'est lui qui était chargé de l'enveloppe sacrée où la divinité

se dérobait aux regards hümains, et seul il recevait d'elle les instructions

dont il avait besoin pour guider la marche de son peuple. Ces sortes

de divinités, ainsi euveloppées, passaient pour des talismans et on les

considérait avec un grand respect. C'était ordinairement un morceau

de bois auquel on insérait une petite idole de pierre verte; on le revôtait

ensuite d'une peau de serpent ou de tigre, puis on le roulait dans de

nombreuses bandelettes d'étoffe, dans lesquelles il demeurait enveloppé

pendant des siècles. Telle est peut-être l'origine des sacs de médecine

ki | dont font encore usage aujourd'hui les Indiens des grands déserts, et dont nous parlerons dans la suite de cet ouvrage.

Les traditions des Quichés sont plus explicites sur cette première émi-

| gration, qu'ils s’approprient en s’efforçant de rattacher leur berceau à

celui des Toltèques, auxquels ils avaient emprunté leur civilisation et

| leurs lois. Comme les Péruviens, ils eurent quatre frères, appelés Balam-

Quitzé, Le tigre au doux sourire ; Balam-Agab, le tigre de la nuit ; Ma-

en aia mg

hucutah, nom qui ressemble à celui des chefs sauvages du Nord, {e tigre de la lune, et Igi-Balam, qui furent leurs premiers législateurs. Ces qu're noms symboliques paraissent invariablement à le tête de toutes 8 | fl les tribus de l'Amérique centrale à dater de l'époque la plus reculée jusqu'à leur installation définitive dans les montagnes du Quiché. Lorsqu'ils voulurent émigrer, une seule tribu prêta l'oreille à leurs discours et

1 Pluriel antique de Tan ou de Dan, nom de lieu.

lus impatiemment cab se décidèrent mbarquèrent dans 1otoc, ou les sept sept a été, de tous ains, d'un pôle à angers débarqué- Votanides, et leur d'où ils venaient, ons où le soleil se tre les mains d'un dire seigneur par rée où la divinité le les instructions euple. Ces sortes ismans et on les ent un morceau rte; on le revôtait » roulait dans de ieurait enveloppé sacs de médecine rands déserts, et

te première émir leur berceau à ur civilisation et S, appelés Balamde la nuit ; Madu Nord, le tigre législateurs. Ces le tête de toutes plus reculée jusiché. Lorsqu'ils

eurs discours et

partit avec eux. Mais d'autres ne tardèrent pas à suivre leur exemple; une force irrésistible paraissait les entrainer sur les terres lointaines. Malheureusement, ces premières pérégrinations sont, comme les précédentes, enveloppées d'un profond mystère; c'est une nouvelle lacune qui embrasse uu laps de temps dont il est impossible de calculer la longueur, et qui n'a pour se remplir que ces simples paroles : « Et les lieux où s'en allèrent Balam-Quitzé, Balam-Agab, Mahucutah et Igi- Balam, avec les maisons de Tanub et d'Hocab, s'appellent Tulan- Zuywa, Wucub-Pek ! (es sept grottes), Wucub-Ciwan (Les sept ravines). Ainsi se nomme l'endroit où ils reçurent des dieux... » Et lorsqu'ils arrivèrent à Tulan, Zuywa, Wucub-Pek, Wucub-Ciwan, ils avaient, disent les anciennes traditions, fait un chemin considérable pour y arriver ?,

IL est difficile de savoir où se trouvait Tulan, cette terre mystérieuse dont le souvenir est resté gravé dans la mémoire de toutes les nations de l'Amérique centrale, berceau de la science et de la sagesse, où ces mêmes nations puisèrent, avec les éléments de la vie policée, l'art de se gouverner, et reçurent, avec les symboles de leur religion, l'organisation du culte. « Quatre personnes, dit le manuscrit cakchiquel, sortirent de Tulan du côté où le soleil se lève, et c’est là un Tulan. Il y en a un autre en Xibalba %; un autre où le soleil se couche, et c’est là où nous vinmes, et aux lieux où le soleil se couche un autre, où est Dieu. C’est pourquoi il y a quatre Tulan. C’est aux lieux où le soleil se couche que nous vinmes à Tulan, de l’autre côté de la mer, et c’est ce Tulan où nous fûmes engendrés par nos pères et nos mères. »

Ce passage prouve qu'il y avait une région du nom de T'ulan à lorient et de l’autre côté de la mer. Mais dans quelle partie du monde faut-il la placer? Voici ce qui ne se sait pas encore. C'est cette région qui fut pour les émigrants comme un second berceau après une longue pérégrination au sortir de leur patrie primitive; c’est de là que toutes les émigrations subséquentes se dirigèrent ensuite, à des intervalles différents,

La même chose que le Cicomoztoc ou Chicomoztoc des Mexicains. % Hist. des nations civ., etc.

3 Sans doute le Tulan d'Ococingo à deux journées de Palenqué.

* Apparemment celui de la vallée d'Anahuac à 50 k‘lomètres de Mexico, ou celui récemment découvert dans la haute Californie.

vers l'Amérique, C'est à Tulan qu'eut lieu l'invention de leurs dieux, dont le premier fut Tohil, c'est-à-dire le Soleil; e'est aussi dans Tulan que leur vinrent promptement la science et la sagesse, Ce passage, pris dans un sens figuratif, signifie que dans cette ville ils découvrirent les lumières de la religion et de la civilisation.

Le manuserit cakehiquel fait allusion à une guerre en Tulan-Zuywa, à la suite de laquelle les tribus furent forcées de quitter leur nouvelle patie : « Partons, mes enfants, s'écriaient les pères et les mères; vous êtes esclaves, vous portez le poids de tous les travaux, » Puis, parlant aux chefs de lances : « Vous verrez avec nous d'autres montagnes et d’autres vallées, ajoutérent-ils, Par delà, de l'autre côté de la mer, vous avez une autre patrie, à mes enfants! et vous pourrez y lever la tête, » C'est ainsi qu'on parka aux treize divisions des sept villes, aux treize divisions de guerriers, Or, ils s'arrachèrent de là et abanidonnérent l'Orient, La tyrannie et le désir de secouer un joug insupportable furent done la cause de leur sortie du Tulan oriental.

On ignore le chemin que ces tribus prirent en partant ni l'époque de leur voyage ; mais elles ne paraissent pas avoir été longtemps unies dans leur marche. La fatigue, les aspérités de la route, les privations de toutes sortes les séparérent souvent, Les unes après les autres, elles arrivèrent sur les bords de la mer, où elles paraissent avoir eheminé encore assez longtemps dans le doute et l'incertitude !. Leur passage sur la mer est fort obscur; on dirait qu'ils ont trouvé une ligne de roes amoncelés ou de glaces qui auraient facilité leur traversée, La joie qu'ils avaient conçue en revoyant la terre ne pouvait tenir longtemps contre la misère et les travaux qui les attendaient sur ce sol nouveau; car ils étaient dans le froid et l'obscurité, dépourvus d'aliments, sans savoir de quel côté ils dirigeraient leurs pas. Les pages étranges de ce manuserit parlent fréqueriment de cette obscurité et de cette nuit où ils se trouvèrent, uon-seulement durant leur traversée, mais encore pendant un certain temps après qu'ils eurent revu le rivage. Faut-il croire que, partis de Tulan aux approches de l'hiver, ils auraient pris leur direction vers les latitudes boréales, et auraient abordé en Amérique avant le retour du

soleil,

Y Hist, des nations civilisées,

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Après une attente pleine de lenteur et d'angoisse, ils virent enfin apparaitre l'étoile du matin. Alors ils découvrirent l'encens qu'ils avaient apporté d'Orient, L'encens de Balam-Quitzé s'appelait encens de Mixtan, celui de Balam-Agah s'appelait encens de Cawitzan, et celui de Mahucutah encens divin, Or, ces trois seulement avaient de l'encens qu'ils brülérent en dansant du côté de l'orient, et ils pleuraient de bonheur en dansant et en brûlant leur encens précieux, IE est étonnant que le texte ne pile pas d'Igi-Balam. Cet encens qui vient de Mixtan et de Cawitzan ne rappelle-t1l pas quelques provinces persanes? et l'encens divin ne viendrait-il pas de l'Arabie? Du reste, ces trois personnages, cet encens et cette étoile semblent témoigner ici d'une vague tradition des juifs et des chrétiens au sujet des rois mages. Peu de temps après les tribus se séparèrent; la misère, inséparable alors de la réunion d'un grand nombre de familles sur un même point, sous un climat austère, les forcait à se disperser, En ce temps-là ils se revôtaient uniquement de peaux de bêtes, car ils n'avaient pas trouvé le moyen de s'habiller avec des étoffes, Leur vie simple et dure ressemblait plus ou moins à celle des sauvages actuels de l'Amérique, Après cette séparation, plusieurs nations commencèrent à se fonder, et les tribus s'éparpillérent sur le continent américain en formant différentes sociétés,

Quand ils eurent reconnu la terre qu'ils cherchaient, les Nahoas continucrent leur navigation le long des côtes jusqu'au Guatemala, Las Casas raconte à ce sujet que l'on conservait dans cette partie de Yucatan le souvenir de vingt chefs illustres venant de l'Orient, débarqués en cet endroit un grand nombre de siveles auparavant, Is étaient habillés de longs et amples vêtements et portaient de grandes barbes. Leur puissance s'étant bientôt accrue dans l'État do Huehue-Tlapollan, ils entrèrent en lutte contre les Votarides; le roi de Palengué périt dans un combat, et son empire devint tributaire des Nahoas, Après quelques années de sujétion, les habitants de Palenqué se révoltèrent et contraignirent les Nahoas à s’expatrier, Une partie des fugitifs se jeta sur le Yucatan et mit fin à la dynastie de Zamna ; les autres émigrerent sur les côtes de l'océan Pacilique, remontèrent plus tard vers le nord-ouest et fondèrent plusieurs royaumes dans les régions voisines de la Californie,

Un des plus considérables de ces royaumes fut celui de Téotihuacan, où se célébrèrent les premiers sacrifices humains, environ deux siècles

En,

avant l'ère chrétienne. Les prêtres de Téotihuacan, sans cesse inquiétés par les incursions des tribus errantes du voisinage, prirent à leur solde la tribu sauvage des Mixcohuas. Ils ne tardèrent pas à se repentir de leur imprudence, et furent obligés d'appeler à leur secours contre leurs propres soldats d’autres sauvages d'origine nahualt, ainsi que les Mixcohuas. Ces tribus se répandirent de Téotihuacan dans tout le Mexique. Leur invasion dura du deuxième au sixième siècle de notre re. Mixcohualt, le plus célèbre de leurs guerriers, euvahit tout le plateau de l'Anahuac et y fonda un empire qui dura plus de quatre siècles. La ville de Cuitlahuak, que ses marécages rendaient imprenable, résista seule à sa valeur. Après avoir longtemps assiégé cette place, il fut contraint de se retirer. Son séjour prolongé au milieu des joncs qui environnaient la ville fit donner à ses soldats le sobriquet de Toltèques (habitant parmi les jones).

C'est peu de temps après toutes ces révolutions que l'empire des Toltèques devint le plus florissant, sous le règne de Céacatl-Guetzalcohuatl, prince de Culhuacan; il prêchait une nouvelle religion, admettant la confession auriculaire et la continence des prêtres ; il proscrivit la guerre et les sacrifices humains. Jamais le peuple n'avait encore joui d'un si grand bien-être ni d'autant de sécurité; mais il froissa la superstition populaire en interdisant les sacrifices humains. Tetzatlipoca se mit à la tête des mécontents et vint assiéger Tollan, séjour de Céacatl-Quetzalcohuat]; celui-ci refusa de se défendre pour éviter l'effusion du sang, prohibée par les lois religieuses qu'il avait établies, et se retira à Cholula, construit par ses sectateurs, et de Ià dans l'Yucatan. Tetzatlipoca, son rival heureux, après un long règne devint à son tour victime du mécontentement populaire et tomba dans un combat que lui livrèrent les parents de Quetzalcohuatl. Ces deux rois furent élevés au rang des dieux, et leur culte devint un sujet permanent de discordes et de guerres civiles dans tout l’Anahuac jusqu'à l’arrivée des Espagnols.

Au commencement du onzième sièele, la nation toltèque, épuisée par de longues années de famine et de peste, par les révoltes et la guerre acharnée que se firent les sectateurs de Quetzalcohuatl et ceux de Tetzatlipoca, succomba sousles coups d’une nouvelle invasion de Nahoas venus du nord, et dont les plus nombreux étaient les Aztèques, les Tépanèques et les Chichimèques. C’est à peu près vers cette même époque que l'em-

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pire des Votanides, pareillement affaibli par diverses guerres intestines, parait avoir succombé dans le Guatemala. Vers le milieu du onzième siècle, les régions méridionales furent envahies par diverses tribus d'origine toltèque, comme les Nahuatles, les Quichés et les Cakchiquels. Depuis ce temps jusqu'à l’arrivée des Espagnols, tous ces pays furent saccagés successivement par des révolutions continuelles, qui facilitèrent singulièrement la conquête et la domination des nouveaux conquérants.

Nous nous sommes longuement étendu sur ce qui concerne l’histoire ancienne des peuples américains, afin de démontrer que des émigrations nombreuses, à des époques très-reculées, ont eu lieu des points les plus éloignés de notre hémisphère. Quoiqu’un voile obscur enveloppe encore l’origine, la date et la nature de ces émigrations, antérieures à la période historique des temps anciens, il serait puéril d’en rejeter l’authenticité et de reléguer ces faits dans le domaine de l'imagination. Bien des auteurs, ennemis des récits bibliques, pourront se moquer de ces traditions écrites ou conservées dans la mémoire des peuples, mais la science ne se paye pas de dédains et de négations gratuites; elle veut des faits, des preuves, et sur ce terrain-là, il faut bien l'avouer, nos adversaires sont aussi pauvres que faibles. A mesure que nous marchons vers les temps modernes, ce voile devient plus transparent et finit par se déchirer complétement au neuvième siècle. En continuant le récit de ces grands mouvements de familles ou de peuples, nous arriverons facilement à prouver que la population du nouveau monde, telle qu’elle était lors de la conquête, ne provenait pas d’une souche unique, mais bien du contingent de plusieurs nations venues de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique.

Dans la pénurie des documents servant à relier l’histoire primitive de l'Amérique à celle de l'ancien monde, nous ne devons pas rejeter les différentes assertions des écrivains distingués qui veulent donner aux Indiens une commune origine. Loin de là, nous croyons, au contraire, que chacune de ces assertions, résultat de longues et pénibles recherches, est comme l'anneau d’une chaîne brisée par le temps; à force de travail, d’études et de combinaisons, on finira par réunir et lier ensemble tous ces anneaux, par connaître les événements qui se sont passés avant la fondation des grands empires mexicains et péruviens, et peu à peu l'on comblera cette lacune de l’histoire du genre humain.

ne

tenez

Il est hors de doute maintenant que l'Amérique ne fût non-seulement devinée, mais même connue longtemps avant Christophe Colomb, et dès la plus haute antiquité. Théopompus, savant historien et orateur célèbre du temps d'Alexandre le Grand, raconte, dans son livre intitulé Thaumasia, un dialogue entre Midas le Phrygien et Silène. Le livre lui-même a été perdu, mais Strabon en fait mention, et Ælianus, qui vivait à peu près vers l'an 200 de l'ère chrétienne, donne une partie de ce dialogue, dont voici la substance !. Après une longue conversation, Silène dit à Midas : « Que l'Europe, l'Asie et l'Afrique ne sont que des îles entourées par des mers; mais qu'il y avait un continent au delà de ces mers, qui avait d'immenses dimensions, même sans limites, et qu’il était si fertile qu'on y voyait des animaux d’une prodigieuse grandeur, des hommes dont la stature était le double de celle des hommes ordinaires, et qui parvenaient à une extrême vieillesse. Il ajoute que sur ce continent il se trouvait beaucoup de grandes villes dont l'une avait plus d’un million d'habitants, ayant des lois et des coutumes différentes des autres peuples de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe, et enfin que l'or et l'argent étaient très-communs sur la surface de toute cette vaste contrée, »

Hanno, dont l'existence remonte peut-être à 800 ans avant Jésus- Christ, fit un voyage au delà des colonnes d'Tercule, il visita les côtes d'Afrique et navigua pendant trente jours sur l'Océan, directement à l'ouest. Cet intrépide officier écrivit la relation de ses voyages dans un livre intitulé Periplus, imprimé en grec en 1533; nous n’avons pas pu nous procurer ce livre, mais les auteurs qui le citent en concluent que Hanno avait dû visiter l'Amérique ou quelques-unes des îles des Indes occidentales. :

Piodore de Sicile assure que des Phéniciens furent jetés sur les côtes d'une île excessivement fertile située en face de l'Afrique. « Sur ce fait, dit-il, les Phéniciens gardèrent le plus profond silence, craignant que les nations voisines ne tirassent tout l'avantage de cette découverte, qu’ils voulaient garder entièrement pour eux-mêmes. » Homère et Iorace parlent également d'îles situées à l’ouest de l'Europe et de l'Afrique. Elles furent appelées Atlantides et supposées éloignées de dix mille stades de

1 Ælian. Variar. historiar., lib, IL, ch, 8.

non-seulement phe Colomb, et storien et ora- , dans son livre en et Silène. Le on, et Ælianus, onne une partie 1e conversation, ne sont que des nent au delà de limites, et qu'il ieuse grandeur, s hommes ordijoute que sur ce l'une avait plus s différentes des enfin que l'or et ute cette vaste

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Afrique. C’est là que le poëte plaça les Champs Élysées. Par ces citations on pourrait croire, avec quelque raison, qu'autrefois il existait dans l'océan Atlantique une grande île disparue par la suite; mais Diodore de Sicile est encore plus explicite et donne à entendr qu'il s'agit d'un vrai continent : « Après avoir laissé, ajoute-t-il, les îles situées au delà des colonnes d'Hercule, nous parlerons de celles qui se trouvent bien plus loin dans l'Océan. A l’ouest de l'Afrique, et à bien des jours de navigation loin de la Lybie, il y a une île immense dans la pleine mer. Ses côtes sont édentées par de nombreuses rivières navigables, ses champs sont bien cultivés et recouverts de jardins délicieux, de plantes et d'arbres de toutes sortes, » Enfin, il en parle comme du plus beau pays connu, avec des habitants vivant au sein de l'abondance dans des demeures spacieuses. Le récit de Diodore, en un mot, correspond exactement avec celui des premiers Espagnols qui débarquèrent au Mexique.

Le témoignage de Platon, Aénné quatre cents ans avant l'ère chrétienne, a peut-être encore plus de poids et mérite que nous en rapportions une partie. « Dans ces premiers temps (où elle a été découverte), l'Atlantique était une île très-large dans laquelle se trouvaient des rois puissants, qui réunirent leurs forces pour conquérir l'Asie et l'Europe, de sorte qu'il en résulta une guerre désastreuse dans laquelle les Athéniens, avec le consentement des Grecs, se mirent de la partie et furent les vainqueurs. Mais l'île Atlantique, par un déluge et un tremblement de terre, fut soudainement détruite, et ce peuple guerrier fut ainsi englouti. » Il dit encore, dans un autre endroit : « Il existait une île à l'embouchure de la mer, plus loin que ce détroit appelé les colonnes d’Hercule; cette île était plus grande et plus large que la Lybie et l'Asie; de là il se trouvait un passage facile jusqu’à d’autres îles, et de ces dernières jusqu’au continent situé au delà de ces régions. Neptune s'établit dans cette grande île; il lui éonna le nom d’Atlantique, de son fils Atlas, et Ja divisa entre ses dix 1ils. Au plus jeune échut en partage l'extrémité appelée Gadir, qui veut dire /ertile ou abondante en moutons. Les descendants de Neptune régnèrent en cet endroit de père en fils, selon l'ordre de primogéniture, pendant un grand nombre de générations. »

Quoique ce récit soit mélangé de fables, nous ne devons pas le rejeter entièrement, car il nous prouve que les anciens avaient vraiment la

connaissance de vastes continents situés à l’oues. de l'Europe et de l'Afrique.

Sénèque termine ainsi le second acte de Médée :

Quelques siècles encore et l’abime des mers Ouvrira devant nous sa barrière profonde.

De vastes continents apparaîtront sur l'onde; Et, Thétis : découvrant un nouvel univers, Thule ne sera plus la limite du monde.

Aristote, ou l’auteur du livre qu'on lui attribue, parle également

d’une île placée au delà du détroit de Gibraltar, et ce qu'il y a de plus curieux, c’est qu'il n’affirme pas ce qu’il dit, mais il en parle comme d’une rumeur générale, une opinion accréditée parmi ses contemporains. Voici ce passage : « On dit qu’au delà des colonnes d'Hercule, les Carthaginois ont découvert une île très-fertile, mais sans habitants, pleine de forêts, de rivières navigables et des fruits en abondance. Elle est à plusieurs journées de voyage de la terre ferme. Quelques Car- ! k thaginois, charmés par la fertilité de ce pays, eurent la pensée de se marier et d'yaller s'établir, mais on dit que le gouvernement de Carthage

défend sa colonisation sous peine de mort, de crainte qu'en devenant

141 puissant, ce pays ne prive la mère patrie des possessions qu'elle y a. » Dans un passage de Plutarque, cité par M. de Humboldt?, il est question,

en termes parfaitement clairs et précis, d’un grand continent transatlan-

tique et d'un étranger mystérieux, venu de cette contrée lointaine à

| \ Carthage, où il demeura plusieurs années, deux ou trois siècles avant l'ère chrétienne. Selon Cabrera, la première émigration carthaginoise Amérique aurait eu lieu pendant la première guerre punique. Nous

ne parlerons pas du royaume d'Amahnamecan fondé par les Carthagi-

hi! nois dans le nouveau monde d’après le même auteur, car ce sujet nous mènerait trop loin.

M. l'abbé de Bourbourg, dans son ouvrage sur les nations civilisées

eme

til du Mexique et de l'Amérique centrale, dit qu’une foule d'étrangers

1 Quelques éditions portent Typhis au lieu de Téthis, ce qui présente à peu près le même sens; Typhis étant le pilote des Argonautes, 2 Humboldt, Examen critique de la géographie du nouveau continent.

l'Europe et de

parle également ce qu'il y a de nais il en parle > parmi ses concolonnes d'Her-mais sans habits en abondance.

e. Quelques Car- | la pensée de se sent de Carthage

qu'en devenant ns qu'elle y a. »

?,il est question, inent transatlanntrée lointaine à rois siècles avant pn carthaginoise e punique. Nous par les Carthagiar ce sujet nous

nations civilisées oule d'étrangers

à peu près le même

DANS LES DÉSERTS DU NOUVEAU MONDE. 33 francais, belges, allemands et anglais, ont remarqué avec autant de surprise que lui dans certains villages guatemaliens le costume arabe des hommes et le costume juif des femmes de Polin et des bords du lac d'Amatillan, aussi parfaits et aussi beaux que dans les tableaux d’'Horace Vernet. Ceci nous conduit à dire quelques mots sur l’origine des races américaines attribuées à l’ancien royaume d'Israël, c'est-à-dire aux tribus conquises par Salmanazar et emmenées captives loin de Samarie, tandis qu'il restait encore dans le royaume de Juda et dans les villes sur les rives opposées du Jourdain les tribus de Juda, de Benjamin et la moitié de celle de Manassé. '

Le savant rabbin Manassé Ben Israël, dans un célèbre ouvrage intitulé l'Espérance d'Israël (publié à Amsterdam l'an 4650), fut le premier écrivain qui traita le sujet des émigrations juives, à la requête de Montesini. Celui-ci, en voyageant dans l'Amérique du Sud, reconnut dans son guide indien un Israélite, qui l’assura qu’au milieu des Cordillères vivaient des Indiens d’origine juive en nombre considérable. Quoique les événements historiques cités par Manassé Ben Israël soient

.Mmoins nombreux que ceux de ses successeurs dans la mème cause, ce-

pendant les preuves qu'il donne sont très-plausibles et ne manquent pas de finesse. Grégorio Garcia, dans son histoire intéressante sur l’origine des Indiens, fait mention d’une ancienne tradition espagnole qui assure que les naturels de l'Amérique proviennent des tribus d'Israël emmenées captives par Salmanazar, roi d’Assyrie. Laissant de côté les théories et les preuves plus ou moins ingénieuses de Heckewelder, Bell'ami, de Haet', Emmanuel de Moraez, Beatly, William Penn, le comte de Crawfort, Thomas Thorowgood, Boudinot et plusieurs autres sur l’origine juive des Indiens, nous mentionnerons Adair, qui, après avoir vécu quarante ans parmi les tribus de l'Amérique du Nord, certifie que les naturels du nouveau monde sont les descendants des Hébreux ?. Adair fonde son assertion principalement sur les coutumes indiennes, qui ont, en effet, plusieurs points de ressemblance avec celles des Israélites.

Comme les Juifs, La plupart des Indiens offrent à l'Étre suprême les

1 Orbis novis, seu descriptio Indiæ occidentalis. ? History of the american nations.

34 VOYAGE PITTORESQUE prémices des fruits de la terre et de leurs chasses ; ils ont des cérémonies d'expiation à époques fixes; ils divisent l'année en quatre saisons, qui correspondent avec les fêtes juives. Dans quelques parties de FAmérique, le frère d'un mai décédé reçoit la veuve dans sa cabane et la considère plus tard comme sa femme légitime. Acosta et Lopez de Gomara assurent avoir vu la circoncision se pratiquer parmi plusieurs peuplades américaines, On retrouve encore de l'analogie entre les Hébreux et les Indiens dans les purifications, l'usage des bains, les ointements, les jeûnes, la manière de prier, labstention du sang des animaux et de certains quadrupèdes, oiseaux et reptiles, considérés comme impurs. Une chose également digne de remarque, c’est qu'en général le mariage des Indiens n'est permis qu'avec des personnes de leur propre tribu. Mais ce qu'il y a de plus frappant dans toutes ces coutumes, ceci l'habitude qu'ont des nations indiennes de l'Amérique du Nord de transporter avec eux une espèce d’arche comne celle dont il est parlé dans l'Ancien Testament; cette arche ne touche jamais terre; on la place sur un amas de pierres ou de boïs et il n’est pas permis de regarder ce qu'elle contient. Les prêtres indiens conservent précieusement ce sanctuaire, et le principal sachem de la tribu porte sur son front un bandeau de plumes blanches et sur sa poitrine un coquillage orné de’ pierres qui rappelle l'erèm du grand prêtre des Hébreux. Dans la suite de cet ouvrage on retrouvera bien d’autres points de ressemblance, que les partisans des origines juives ont ignorés ou n'ont point mentionnés, La fête des premiers fruits de la terre se célèbre avec des danses et des chants où les paroles mystiques Ye-Mescnica, Ho-Mescuica, Va- Mescmica sont fréquemment répétées, M. Adair voit dans la premitre syllabe de ces trois mots le nom de Jenovar et celui de Messie qui vient après trois fois. Dans d'autres hymnes on entend le mot aylo, qui correspond avec le mot hébreu Æ7 (Dieu). Favah hydihyra, Yâme immortelle, schiluhyo, schiluke, schiluhva, ressemblant à celui de schaleach où schiloth, messager où pacilicateur. Mais comme nous ne connaissons pas l’hébreu, nous laissons à M, Adair toute la responsabilité de ce qu'il avance, Ce même auteur ajoute qu'il entendit une fois des Indiens traiter un coupable par l'expression suivante : Tschi kaksit Canaha ; tu ressembles à un pécheur de Canaan.

Malheureusement les écrivains qui ont traité ce sujet ne s'accordent ni

nt des cérémo-

quatre saisons,

wties de FAmé-

sa cabane et la

et Lopez de Uo-

parmi plusieurs ie entre les Hébains, les ointéu sang des aninsidérés comme st qu'en général es de leur propre coutumes, C'e£e ue du Nord de dont il est parlé ais terre; on la +rmis de regarder récieusement ce

ur son front un

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dans la première

» Messie qui vient

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à celui de scha-

ime nous ne COT-

la responsabilité sndit une fois des Tschi khaksit Ca-

ne s'accordent ni

DANS LES DESSERTS DU NOUVEAU MONDE, 45 sur l'époque de l'émigration, ni sur le chemin suivi par les Hébreux : quelques-uns les font venir directement à travers l'Océan et aborder su: différéntes côtes dé l'Amérique où règnent les vents alizés et le grand courant sous-marin; d'autres pensent que les Hébreux ont traversé la Perse, la Chiné, ét sont arrivés dans le nouveau monde par le détroit de Behring.

Un auteur dont nous ne nous rappelons plus le nom considère les Cananéens comme ayant été un des premiers peuples qui, partant de la Mauritanie Tingitana, serait allé habiter les bords du golfe du Mexique. Ce sentiment corrobore la croyance de ceux qui certifient que les îles Canäriés auraient été peuplées par dés Cananéens, Dans l'histoire ancienne, on fait mention de trois Mauritanies : la Mauritanie Tingitana, la Mauritanie Cæsariensis et la Mauritanie Sitifensis. La première, constituant le royaume du Maroc, fut appelée Tingitana, de Téngis, sa capitale, mot qui fut co.rompu en celui de Tanja, et finalement changé en celui de Tanger, d'après l'assertion de M. K, Hawks, le tra“ ducteur des Antiquités péruviennes. Ce serait done à Tanger que les Cananéens se seraient embarqués après avoir été chassés par Josué, et si l'on se rappelle l'inscription trouvée dans cette ville et que nous avons citée en parlant des voyages de Votan, on verra qu'il a dû y avoir dans ce port, à une époque très-ancienne, quelque embarquement d'émi grants asiatiques.

Mais ce n'est pas seulement dans l'antiquité que l'on fait remonter les émigrations en Amérique; depuis Père chrétienne jusqu’à la découverte de Christophe Colomb, on pourrait assurer que les relations éntre l’ancien et le nouveau monde n'ont jamais été complétement interrompues. Selon Sandoval, des émigrations successives seraient venues de Ceylan et du sud de l'Inde dans l'Amérique bien des siècles avant Christophe Colomb. Marco Polo et John Ranking assurent que Manco-Capac, le premier Inca du Pérou, était le fils du grand Kublaïi-Khan, et Montézuma le petit-fils d’Askam, noble Mongol de Tangut. Lé célèbre M. de Humboldt pense que les Toltèques tirent leur origine des Huns.

Mais l’hypothèse qui surpasse en importance toutes celles que nous venons d'énumérer est celle de M. de Guignes, qui, s'appuyant sur les chroniques chinoises, attribue la civilisation péruvienne à des émigratious provenant du Géieste Empire et des Indes orientales. De récentes

ere,

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investigaions semblent confirmer cette opinion. Dans l'année 1844, M. Paravev prouva que la province de Fu-sang décrite dans les annales chinoises n'est autre chose que le Mexique, qui était connu d'après les mêmes annales dès le cinquième siècle de notre ère, A Uxmal dans!'Yucatan, on a trouvé des sculptures du Bouddha de Java, assis sur la tôte d'un Siva; cette découverte, jointe à celle de statuettes et de coquillages asiatiques dont nous parlerons au chapitre des antiquités, donne à l'écrit de M. Paravey un poids irrécusable.

De mème que les documents islantiques ont une grande valeur pour vérilier l’arrivée des Scandinaves sur les côtes du nouveau continent, les chroniques chinoises préservées dans l'ouvrage intitulé Pran y tien ont une égale valeur pour prouver les communications de l'Asie avec l'Amérique par l'océan Pacifique. L'histoire nous enseigne qu'une longue lutte entre les deux sectes religieuses des brahmines et des bouddhistes se termina par l'émigration des Chamans du Thibet dans la Mongolie, la Chine

‘et le Japon. Si cette race tartare passa sur les côtes nord-ouest de l'Amé-

rique et se répandit ensuite sur les bords du Gila et du Missouri, comme les recherches étymoloniques de Vater le prouveraient, il n’est done pas étonnant de retrouver parmi les nations demi-barbares du nouveau monde des idoles, des monuments, des écritures hiéroglyphiques, la connaissance de l’étendue de l’année et des traditions concernant l'origine du monde, qui tous rappellent les arts et les systèmes religieux des anciens peuples !.

A l'appui des émigrations asiatiques, on peut citer le savant ouvrage du docteur J.-G. Muller ?, qui démontre une analogie frappante entre la religion de Bouddha et Brahma et celle des Mexicains. Parmi les Indiens orientaux, Brahma (la divinité en général) se représentait par le Trimurti (qui correspond, en quelque sorte, à la trinité chrétienne), ou Dieu sous trois formes, savoir : Bramah, Vischnou et Siva; de même, les Mexicains adoraient l'Étre suprème sous la triple forme de Ho, Huitzilopochili et Tlaloc, qui représentaient le Trémurti mexicain. Les attributs de la déesse Mictanihualt ont une parfaite analogie avec ceux de l'implacable et sanguinaire Æali. Il en est de même des légendes concernant la

1 Voir aussi Beskrifning om de Swenska forsam lingars Foma och nœrwarende titoland uti nya swerige sedan nye Nederland, in-4°, Stockholm, 1759. 2 Voir slumboldt, Monuments américains.

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divinité mexicaine Teayamiqui, qui ressemblent à celles de #havani, également la femme de Siva Rudra, ainsi que Aali, Laissant de côté le Trimurti péruvien Con, Pachacamacet Huiracocha, ainsi que la ressemblance frappante constatée entre les idoles asiatiques et les idoles américaines, et bien d'autres points d'analogie ret, sauvés dans les religions, nous devons admettre que les cultes de Fo, en Chine, de Bouddha, au Japon, de Quetzacoalt, au Mexique, de Manco-Capac, au Pérou, comme le lamaïsme, au Thibet, et la doctrine de Dschakdschianuim des Mongols et des Kalmouks, ne sont que les branches d'un même tronc, dont les racines furent en Asie.

Mais aucune de ces conjectures n'équivaut aux preuves historiques conservées par les S'andinaves sur leurs migrations au Groënland et dans d'autres parties du continent américain, Les inscriptions islantiques et celtibériqnes trouvées dans les États du nord et de l'est de l'Union américaine sur des roches, des pierres et dans des tombeaux sont venues confirmer les assertions des archéologues et des écrivains danois ', En premier lieu, ces inscriptions furent confondues avec les . monuments pictographiques que les Indiens ont l'habitude d'ériger lorsqu'ils veulent perpétuer la mémoire de leurs faits et gestes; mais un plus sérieux examen en a montré la différence, et les archéologues ont reconnu leur erreur. D'autres données, également historiques, nous portent à croire que dans le moyen âge des Biscayens et même des Vénitiens avaient connu l'Amérique avant Christophe Colomb?. Tous ces navigateurs ont dû y séjourner plus ou moins de temps pour y renouveler leurs provisions ou réparer leurs avaries, et sans doute un grand nombre d’entre eux n'en seront pas revenus, soit à cause du mauvais état de leurs vaisseaux, soit parce qu'ils auront été séduits par la beauté et la fertilité du pays. En parlant des aatiquités indiennes, nous verrons que les anciens peuples du nouveau continent étaient plus civilisés que les Indiens d'aujourd'hui; et ceci s'accorde parfaitement avec leurs traditions, qui disent que leurs ancêtres, à une époque très-reculée, étaient plus puissants, plus instruits et plus riches que les populations actuelles.

Pour suivre l’ordre chronologique des matières, nous parlerons d'a-

1 Der Mexicanische Nationalgolt Hiutzilopocht{i, ? Saint Grégoire, dans son Ccimment, sur l'épitre de saint Clément, assure que, au delà de l'Océan, il y a un autre monde,

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