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une tradition ancienne, les constructeurs des pueblos vinrent du nordouest jusque sur les bords du William; là, ils se divisèrent en deux troupes : l’une alla par le San-Juan et le cañon de Chelly vers le centre du Nouveau-Mexique, et l’autre passa le Rio-Verde et s'établit auprès du Rio Gila, d'où elle partit pour s'étendre jusqu'au Mexique.
Dans cette partie de son cours, le William se fraye un passage à travers les montagnes par une brèche qu'il a ouverte dans un triple lit de diorite, de granit et de quartz blanc, contenant une galène argentifère. Cette gorge est fréquentée par les Indiens du Colorado; souvent on y heurte quelques traces de leurs campements ; tantôt ce sont les débris de filets tressés avec l'écorce du saule; tantôt ce sont des huttes lilliputiennes construites avec des branches d'arbres et recouvertes de feuillage. Il est à remarquer que, dans ces parages, les Indiens n'allument leur feu qu'avec de petites branches d’un pouce d'épaisseur, et lors même que le bois est très-abondant, ils montrent beaucoup de parcimonie dans son usage, A l'époque des grandes chaleurs, ces sauvages font parfois leur lit dans le sable réchauffé par les rayons du soleil ; mais par les temps de pluie ou de froid ils dorment dans de petites cabanes remplies de feuilles ou d'herbes sèches.
Des rochers entassés les uns sur les autres représentent les marches d'un immense téocali mexicain; leurs sommets découpés par les orages o2t l'air d'une dentelure gothique du treizième siècle; les crevasses et les fissures de ces escaliers cyclopéens sont bouchées par des plantes épineuses et des cactus extraordinaires. Un de ces rochers perpendiculaires est creusé naturellement à sa base et forme une grande grotte, au commencement de laquelle se trouve un beau bassin rempli d'eau claire et courante. Au-dessus de la fontaine, la grotte est tapissée d'hiéroglyphes rouges, blancs et bleus dans le genre de ceux de la Va/lée Rocheuse (Rocky Dell) dont nous avons déjà parlé. Une espèce de serpent où d’arc-en-ciel enveloppe les hiéroglyphes et semble être la divinité de ces lieux. L'aspect singulier de cet endroit explique pourquoi les Indiens l'ont choisi cumme un lieu sacré pour y célébrer leurs cérémonies religieuses : les saules, les mesquites, les lianes, les arbustes et les plantes de tous les genres en font une sorte de galerie sauvage, un séjour rempli d’ombres et de mystères, dont l'imagination de ces fan tastiques enfants du désert devait être facilement frappée.
En sortant de la gorge on entre dans la grande vallée du Rio Colorado, qui, venant du nord-ouest, s'enfonce dans une large brèche pratiquée au milieu d'une masse de montagnes noires. Le Colorado, à l'embouchure du William, peut avoir deux cent cinquante mètres de largeur avec un courant de quatre kilomètres environ par heure. ]l arrose un sol d'alluvion contenant moins de sable et plus de bonne terre que celui des rives du Rio-Grande. En remontant le Colorado, on passe par le vallon des Chemehuevis ayant tout au nlus sept à huit kilomètres de largeur sur dix ou douze de longueur. Le côté oriental est garni de nombreux villages, et des champs cultivés s'étendent sur le côté opposé. Les Chemehuevis appartiennent à la nation des Pah-Utahs, appelés Payuches par les Espagnols; ils sont en général petits, trapus et musculeux ; leur figure est ordinairement peinte en noir, et ils ne portent qu'un tablier pour cacher leur nudité. Ils cultivent le blé, le maïs, les haricots, les pois et d’autres légumes de ce genre,
Après la vaïee des Chemehueis vient celle des Mojaves (ou Mohaves), remarquable par sa fertilité. Ces Indiens sont peut-être les seuls sauvages du continent américain qui, n'ayant à peu près jamais eu de rapports avec les blancs, sont restés à l’état de nature le plus primitif. Ils sont intelligents ‘et agréables. Les hommes ont une taille droite et bien proportionnée, des traits réguliers comme ceux des Européens, des yeux larges, ombragés de longs cils et entourés de cercles bleus latoués; leur unique vêtement est un tablier étroit et court en coton ou en peau. Le costume des femmes consiste en une jupe faite avec des lanières de l'écorce du cotonnier, et qui descend de la ceinture jusqu'aux genoux; quelques-unes se couvrent aussi de manteaux de fourrures. Les jeunes filles portent au cou des colliers de perles ; quand elles se marient, elles se tatouent le menton de lignes bleues verticales et quittent le collier de perles pour en prendre un autre formé de fils tordus, au bout duquel pend une coquille d’un certain travail. L'usage de ces coquilles est très-ancien, les femmes les estiment beaucoup. Les Indiens les plus coquets se peignent la figure en noir, et les guerriers y ajoutent une raie rouge au menton, au nez et au front. Leur bras gauche est orné de bracelets en cuir, tressés avec des boutons blancs, et ils attachent daus leurs cheveux des plumes d’aigle peintes. Les chefs sus-
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