MISSISSIPI
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rocher à pie tres-élevé, du haut duquel une Indienne de seize ans s'est précipitée en presence de toute sa tribu pour ne pas S'unir à un homme
à qui son père Favait promise en mariage. Depuis cette époque, ce
rocher a pris le nor de Lovers leap, le saut de l'amante.
Près du lac Pépin, on a retrouvé des traces d'un ancien camp retran-
ché, dont l'origine est encore un mystère pour les archéologues améri-
cains. On y voit aussi les ruines de plusieurs forts et habitations de
l'époque de la domination francaise, M, Saint-Pierre avait en cet endroit
un vaste dépôt de marchandises, qu'il échangeait contre des fourrures
que lui fournissaient les Dacotas, C'est également à la partie méridionale
de ce lue, appelée /a Pointe an Sable, que les Français, sous Fontenae,
qui venait de chasser les renards de Wisconsin, établirent des retranche-
ments pour se garantir contre les excursions des sauvages.
Un peu plus loin, à gauche, toujours en remontant le fleuve,
on arrive à l'embouchure d'une petite rivitre, sinon découverte, du
moins ..-ptisée par le célèbre la Hontan, qui lui donna son nom; elle
se noninait rivière aux Canots quand ce pays appartenait à la France,
paree que c'était à travers les jones et les saules dont ses rives sont cou-
vertes que les chasseurs et les marchands cachaient leurs canots; plus
1 tard, les Anglais et les Américains ont changé le mot de canot en celui
de cannon, qui n'est qu'une corruption du premier, Le sièele dernier,
les Sioux l'appelaient /nyan Bosndata, c'est-à-dire Rocher debout, à
cause d’un obélisque naturel qui se trouve à six kilomètres au nord de
cette rivière, près de l'endroit où elle est guéable, dans une belle et vaste
prairie, Ce rocher est formé d'un seul morceau de grès de douze métres
de haut, et ressemble à ces piliers que laissent les ouvriers pour marquer
la profondeur des exeavations qu'ils font en creusant la terre, Cest une
précieuse relique de l'ancienne épaisseur des couches supérieures des
premières formations, avant que cette ccvrsée ft dévastée par les élé-
ments qui en ont altéré le niveau originel, À seize kilomètres au nord
de l'obélisque naturel on voit également d'autres évidences du dépouil-
À lement de la surface de la terre dans ces régions, Une d'elles est telle-
ment remarquable par la symétrie de ses lignes et la bizarrerie de ses
dessins, qu'on l'a appelée la Colline du Chdteau, à cause de sa parfaite
ressemblance avec les ruines d'un manoir des temps féodaux,
Vers li même latitude que ln Colline du Chdteau, sur la rive gauche
du Mississipi, commence le lac Saint-Croix, que traverse dans toute sa longueur la rivière de ce nom, en venant du Wisconsin, et avant de se jeter dans le Père des Eaux'. Le nom de Saint-Croix fut donné à cette rivière en souvenir d’un célèbre voyageur qui s'appelait ainsi, et fit naufrage à son embouchure, après une longue et périlleuse exeursion. Quand les eaux sont basses, on voit à la partie méridionale du lac un banc de sable dangereux, auquel s'attache une légende indienne, Deux guerriers Dacotas voyageaient de compagnie sur les bords du lac; un des deux avait fait vœu de ne pas manger de la viande qui aurait touché l’eau. Gagnés par la faim, ils se mirent à la poursuite d’un blaireau qu'ils crurent voir se diriger vers un arbre creux. En regardant au fond de l'arbre, celui qui avait fait le vœu s'aperçut que l'animal auquel il venait de donner la chasse était un poisson et non un quadrupède. Un moment il hésita sur le parti qu’il devait prendre, mais son appétit surmonta ses scrupules, le poisson fut pris, rôti et mangé.
Après le repas, la faim fit place à la soif, Le prévaricateur pria son compagnon de lui apporter de l’eau pour rafraîchir son gosier enflammé, mais plus il buvait, plus il avait soif; alors, pour se désaltérer plus à son aise, il se mit dans le lac et but longtemps, quand tout à coup il appela son ami en Jui disant : « Viens et regarde-moi. » Celui-ci pensa mourir de frayeur en voyant le spectacle qui s'offrait à sa vue. Son ami se métamorphosait en poisson avec une effrayante rapidité, Enfin quand la métamorphose fut enmplète, le malheureux Zndien-poisson se mit en travers du lac, et forme, depuis, le banc de sable appelé Pike. Les Dacotas croient beaucoup à cette légende singulière, et ils ont nommé le lac et la rivière Æogan-ouannki-kin, la place où repose le poisson.
Quelques kilomètres plus loin, toujours sur la rive gauche du Mississipi, on aperçoit Saint-Paul, nouvelle ville américaine de peu d'intérêt pour le touriste; mais de Saint-Paul on peut aller faire une excursion à la fameuse grotte appelée Ouakantipi par les Indiens, et Carver par les Américains. Cette grotte se trouve à dix-huit kilomètres en deçà des chutes du Mississipi, l'entrée est restée plus de trente ans bouchée par les éboulements des pierres calcaires qui couronnent les rochers de
‘ Nom du Mississipi en indien,
ins toute sa avant de se ut donné à ait ainsi, et euse excuronale du lac e indienne, ords du lac; e qui aurait le d’un blai- ‘egardant au imal auquel drupède. Un appétit sur-
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où repose le
e du Missis- Jeu d'intérôt e excursion Carver par s en deçà des bouchée par
rochers de
grès dans lesquels elle est creusée, L'ouverture à moins de deux mètres de largeur sur trois ou quatre de hauteur ; de suite après elle vient une grande salle de cinq mètres de haut sur dix de large, et d'une profondeur égale, ayant un sol recouvert de sable blanc et fin. Au bout de cette salle commence un lac immense d'une étendue encore inconnue ; l'eau est pure et claire. Quand on jette des pierres dans ce lac elles produisent un bruit effrayant que les échos de ces sombres régi ns répètent au loin.
Les Indiens qui visitent cet antre obscur ne manquent jamais de jeter à l'eau quelques objets en sacrifice à l'esprit des grottes Ouakantipi. Les parois des voñtes sont en grande partie recouvertes d'anciens hiéroglyphes indiens à moitié cachés par la mousse.
‘Près du Ouakantipi est situé le cimetière de plusieurs tribus sauvages qui apportent régulièrement les ossements de leurs défunts dans cet endroit, avant leurs émigrations vers d’autres contrées.
L'embouchure du Saint-Pierre, actuellement le Minnesota, est à peu près en face de ce cimetière ; c’est près de la pointe du delta formé par cette rivière et le Mississipi que les Américains construisirent en 1819 le fort Snelling, dernière station des bateaux à vapeur sur ce fleuve, un des plus grands du monde.
Ce fort, élevé sur un plateau d’une quarantaine de mètres de hauteur, est d'un effet aussi romantique qu'imposant. Il se compose de vastes cascrnes et de nombreux édifices entourés d'épaisses murailles et de quelques bosquets d'arbres sous lesquels on voit souvent des Dacotas se promener.
Avant l'organisation du territoire du Minnesota en 1849, ce fort était ie seul établissement important au nord de la Prairie du Chien, Pendant de lonoues années il fut le rendez-vous des missionnaires, des rares savants et des marchands aventuriers, qui venaient y faire leurs prépaatifs de voyage pour aller visiter les villages des Dacotas. Cet endroit est célèbre dans les annales du désert, C’est sur l’île qui est en face du fort que le major Pike campa lorsqu'il négocia l'achat du terrain. Depuis la construction de cette forteresse il s'est passé dans ce petit coin de terre bien des tragédies qu'il serait trop long de raconter; maintenant nous nous occuperons exclusivement des charmantes courses que l'on fait ordinairement quand on visite le fort Snelling.
La petite île dont nous avous parlé, qui se trouvait autrefois tu milieu de la cataracte, s'appelle l'ile de l'Esprit, à cause d'une légende qui raconte que le matin on voit parfois au-dessus de là grande chute l'ombre d’une femme indienne portant un enfant qu’elle presse dans ses bras, tandis qu’en chantant elle conduit une barque d’écorce qui s'engloutit dans l'abime. Nous traduisons ici les principaux passages de cette singulière légende :
« An-pe-tu-sa-pa-ouinn ouvrit ses yeux à l'aurore de la vie longtemps avant que les canots des blancs eussent vogué sur les flots du Mississipi, longtemps avant que leurs regards aient vu les fleurs couvrir ces vastes et belles plaines. Elle devint jeune fille, et depuis la lumière du matin jusqu'aux ombres du soir elle partagea les fatigues et les dangers des autres vierges de la tribu. Elle nageait sans crainte au milieu des ondes rapides; elle apprit à guider son canot fragile, avec lequel elle elissait légérement sur les flots des torrents et sur les vagues des lacs, Elle apprit à tanner la peau du chevreuil; elle teignait de différentes couleurs le cuir du bison et le couvrait de dessins fantastiques; elle préparait la tente pour le repas et tranchait sa nourriture avec un couteau d'ivoire; elle coupait du bois avec une hache de pierre ; elle était aguerrie à la vie sauvage la plus rude.
« Dans un vase d’écorce de bouleau elle faisait bouillir ses aliments avec des pierres chaudes; elle prenait des poissons «vec des hamecons en os. Avec des piquants de porc-épic elle brodait des présents pour les êtres qu'elle aimait. Dans les plaines fleuries elle bondissait avec ses compagnes, et souvent où la vit remporter le prix de la course. Klle apprit à craindre l'Ojibes 1v, ei dansait avec joie autour de sa chevelure ; souvent, par la fuite ou !: ruse, elle évita la lance ou les flèches de ce terrible ennemi.
« C'est ainsi qu'avec un cœur tantôt gai, tantôt triste, elle passa les épreuves de sa jeune existence. Enfin le jour arriva où, s’unissant au guerrier de son choix, les joies nuptiales et celles de la maternité firent gonfler son cœur de bonheur. Mais, hélas ! le grand bonheur est le prélude d'une grande souffrance; plus grande est la joie, plus profonde est la douleur, et amour trompé peut se changer en haine, Celui dont elle appréciait les sourires plus que la vie, celui pour qui son cœur débordait d'affection, l'oublia pour un amour impur qu’il trouva loin d'elle.
Que ses r'évé Un, siss paenfa « noce pou enfa est Î fenc « suit elle.
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«An-pe-tu-sa-pa-ouinn vit l'ingrat, infidèls li délaisser, la mépriser, Que pensait-elle ? Personne ne le sut. Nul Indien re vit des larmes dans ses yeux; ses lèvres ne trahirent aucune de ses pensées; son sein ne révéla aucun soupir. Longtemps elle cacha ses angoisses et ses peines. Un jour sa tribu planta ses tentes sur les rives vertes et fleuries où le Mississipi se précipite dans l’espace en écumant avec fracas. An-pe-tu-sapa-ouinn était là, se peignant le visage de couleurs vives; elle portait son enfant dans ses bras.
« Pourquoi tresse-t-el!- sa longue chevelure comme au jour de ses noces? Pourquoi place-t-elle es plumes sur la tête de son enfant comme pour un jour de fête? Voyez, voyez, elle prend son canot; elle met son enfant sur la proue et quitte le rivage dans un profond silence. Sa main est férme en maniant la rame flexible; ses yeux sont sans larmes; le canot fend les ondes, il vole vers les chutes, il vole vers le gouffre.
« Les amis d’An-pe-tu-sa-pa-ouinn lappellent en vain; calme, elle suit sa route terrible sans tourner la tête, sans jeter un regard derrière elle, Tous tremblent d'horreur; elle seule ne trahit ni crainte ni peine. Elle ranime le courage de son timide enfant par les mots les plus tendres, par sa voix la plus douce. L'époux, le père est là, le désespoir au cœur en voyant son enfant si plein de vie et si près de la mort.
« Mais la barque vole, vole toujours, poussée par les vagues, poussée par les rames; elle ne volerait pas si vite si la mort était derrière et la vie devant elle, Mais l'abime s'approche, aucun pouvoir humain ne peut désormais sauver ces deux viciimes. Alors An-pe-tu-sa-pa-ouinn entonna son chant de mort; sa voix pure et vibrante domine le bruit des flots; sa voix belle et sonore est poriée par les vents...
« N'écoutez plus, jeunes guerriers, les chants qui vous faisaient pleurer ; ils se sont évanouis dans l'onde bouillonnante ; la mère et l'enfant ne sont plus : ils sont là-bas dans une caverne obscure que personne ne connaît, et dorment maintenant de leur dernier sommeil...
« Les débris de la barque furent seuls recueillis; mais lorsque la nuit sombre couvre de son voile épais les arbres des trois îles, lorsque le vent mugit et gronde au-dessus du grand fleuve, on entend dans les airs une voix triste et douce qui murmure une chanson, c'est celle d’An-pe-tusa-pa-ouinn, qui répète son chant de mort, »
Cette légende, dont nous avons à peu près conservé le mot à mot
dans la traduction , est très-ancienne, et les Dacotas manquent rarement de la raconter lorsqu'en leur compagnie on va visiter les chutes de Saint-Antoine.
Les Sioux et les Chippeways habitent ces environs; les soldats américains du fort Snelling sont principalement chargés de veillez à ce que la paix entre ces deux tribus ne soit pas troublée. Quand ces Indiens veulent remonter le Mississipi au delà des chutes, ils sont obligés de faire un portage, c'est-à-dire de transporter par terre leurs canots et leurs marchandises.
Depuis l'embouchure du Minnesota jusqu'à celle du Crow Wing River (rivière de l'Aïle-de-Corbeau), c'est-à-dire sur une étendue Ge cent quatre-vingt-quinze kilomètres, la vallée du Mississipi est large, ses bancs sont peu élevés et se retirent en formant une succession de terrasses d'un bel aspect; de nombreux rapides embarrassent la navigation du fleuve. Le sol est sablonneux et recouvert de tilleuls, de houleaux et de noyers. Sur le côté oriental du Mississipi, entre les troisièmes rapides et le ruisseau Pikwabik, on voit une large masse de rochers siéritiques avec du feldspath couleur de chair, qui s'étendent sur une longueur de deux kilomètres et sur une largeur de vingt-cinq à trente mètres. Un peu plus haut que ces rochers, en face des rapides du Ænife (Couteau), il existe des sources qui roulent du sable fin, brillant et bleu accompagné d'une substance onctueuse et douce. La relation des voyages de MA. Schoolcraft et Nicollet aux sources du Mississipi est assez connue pour que nous puissions nous éviter des détails sur ce sujet; nous dirons seulement que du Crow Wing River au Leech-Lake (lac de ï4 Sangsue) les chemins, quels qu'ils soient, sont hérissés de difficultés à cause des constants portages qu'on est obligé de faire pour porter canots et bagages d'un lac à un autre,
La route la plus courte géographiquement parlant est celle du Pine river (Rivière au pin). Le Leech-Lake, qu'on passe en canot, est un des plus grands lacs de cette région où les lacs se comptent par milliers; on e laisse derrière soi pour arriver à celui de Kabekouang, en allant toujours à pied; heureusement la distance n'est guère plus de huit kilowoires, D'abord, on traverse un petit marais, qui précède une élévation de terrain ombragé de mélezes et de cèdres blancs; ensuite vient un bas-
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leur grande vieillesse; au-dessus de ces arbres s'étend une couche humide et grise de mousse et d’autres parasites. C'est une forêt qui germe sur les débris d’une forèt ensevelie par les siècles. Le reste de Ja route présente un sol graveleux et qui parait avoir été baigné par les eaux de l'Océan.
Le lac Itasca est à peu près à quatre mille cinquante kilomètres du volfe du Mexique et à quatre cent soixante-quinze mètres au-dessus de l'Atlantique. Parmi les plantes qui se rencontrent sur une petite île située au nord du lac on remarque des microstylis opiog, des lossoïdes, des pysalis lanceolata, et des silene antirrhina. Sa position géographique est au 47° degré 13° 35” de latitude nord et 95° degré 2’ de longitude ouest, méridien de Greenwich. Le Mississipi à la sortie du lac a cinq mètres de largeur sur quarante centimètres de profondeur. Nous dirons avec M. Nicollet que les sources du fleuve ne sont pas dans le lac, mais dans la auteur des terres qui l'entoure. Ce plateau, qui s'élève de trente à trente-cinq mètres au-dessus du niveau des eaux environnantes, est hérissé d'épaisses forêts où les conifères dominent. Il recèle une multitude de sources qui alimentent les lacs. 11 se ramifie vers le nord, l’est et le sud-est et forme autour du lac Itasca un demi-cerele, d'où s'échappent cinq ruisseaux qui se jettent dans le lac. C'est done dans le voisinage du lac que se trouvent les premières sources du Mississipi et non dans le lac lui-même. M. Nicollet attribue avec beaucoup de modestie la découverte de ces sources à M. Schoolcraft; mais dans les annales historiques du Minnesota nous lisons une lettre de M. Allan Morrison qui prouve que c’est son frère William qui fit cette importante découverte. D'après les documents que nous avons consultés à ce sujet on peut certifier que c’est M. W. Morrison qui à vu le premier les sources du Mississipi, que M. Schooleraft fut le premier qui les visita officiellement, et M. Nicollet le premier qui les examina scientifiquement. Voici la traduction de la lettre de M. W. Morrison, telle qu’elle est consignée dans les annales de la Société historique du Minnesota; nous la donnons à titre de renseignement :
« Allan Morrison, Esq.
« Cher frère, én répondant à votre lettre du 10 janvier, j'omettrai quelques incidents que vous devez sans doute bien connaitre, et ne vous parlerai que du temps et des circonstances qui me firent être le premier
homme blanc qui découvrit les sources du Mississipi. Je quittai le grand rec portage sur la rive septentrionale du lac Supérieur, maintenant la ! cell limite entre les États-Unis et les possessions anglaises, dans l'angée n'o! 1802, et j'arrivai au Leech-Lake en septembre ou octobre de la même 1 se fl
mie
année. Je passai mon hiver sur un des ruisseaux du Crow Wing, près de la source, En 1803 et 4, j'hivernai au lac Rice. Je traversai le lac du ; «
Cèdre-Rouge, appelé maintenant lac Cass, je suivis le Mississipi jus-
qu'au lac de la Croix, et ensuite jusqu'au lac de l'Élan, connu aujour- À
d'hui sous le nom d'itasca, source du grand Mississipi. À une courte l la CI
distance de ce côté je fis un portage pour arriver à la rivière Rice, qui ; sour
est appelée le portage de la Hauteur des terres, ou la ligne qui divise les com
eaux du Mississipi de celles qui tombent dans la Rivière Rouge du nord, santi
et de là dans la baie d'Hudson; ce portage est court. * ke Ei
« Je n'ai découvert les traces d'aucun homme blanc quand je visitai L Sun
le lac Itasca, en 1804. Et si le général Pike n'en a pas parlé, quand il l puiss
vint au Leech-Lake, c’est parce qu'il ne m'a pas rencontré. J'étais dans à est u
une garde avancée pendant cet hiver. Le général Pike marqua sur sa É la re:
carte le lac Cass comme étant la tête du Mississipi. En 1841-12, je sui- ( Cet
HUE vis la même route, pour hiverner sur la rivière Rice, près des plaines. À turn
pr | Là, je rencontrai un monsieur du nom de Otessee, ayant quelques mar- L ench
Î | chandises pour Mackinac ; nous nous séparâmes seulement à Fond-du- À Si
A l Lac; lui prit la route méridionale jusqu'à Mackinee; et moi, celle du à pittor IE À fi Î nord jusqu'aux quartiers généraux, qui furent transportés du grand por- 1 poéti 1 | | tage au fort William. Ceci vous prouvera que j'ai visité le lac Itasca, \ l'on ; he À alors lac de l'Élan, en 4803-4, et en 1811-12, et les cinq petits ruisseaux | chèn | ’ qui se jettent dans le lac. l dicul k | « Le général Pike, alors capitaine en 1805, qui avait l'ordre de re- ÿ gigar (f à monter le Mississipi jusqu'à ses sources, fut arrêté par les glaces un peu Du (l | au-dessous de la rivière aux Cygnes, à l'endroit appelé depuis Rapides L quer | ou Block House de Pike, et dut aller à pied jusqu'au Leech-Lake. 11 : Siou t devait apprendre en ce lieu où se trouvaient les sources du Mississipi. b La il Il arriva jusqu'au lac Cass, mais ne put aller plus loin. I apprit qne je 1 quinz Il savais où étaient les sources, mais étant dans les postes avancés, il lui | mètre fut impossible de me voir. Ce manque de renseignement lui fit com- À couv
mettre son erreur; quelques personnes n’en sachant pas davantage lui 1 boule
dirent qu'il n'y avait aucune rivière au-dessus du lac Cass. Le lac Cass i aspec
aittai le grand maintenant la dans l’année e de la même w Wing, près ersai le lac du Mississipi jus- ‘onnu aujour- À une courte ière Rice, qui > qui divise les ouge du nord,
uand je visitai parlé, quand il , J'étais dans marqua sur sa 3411-12, je suis des plaines.
quelques mart à Fond-dumoi, celle du du grand porle lac Itasca, etits ruisseaux
l'ordre de reglaces un peu epuis Rapides eech-Lake. 11 du Mississipi.
apprit qne je avancés, il lui t lui fit comdavantage lui ss, Le lac Cass
recoit les eaux du lac de la Croix; celui-ci, celles du lac Itasca, et ce lac, celles de cinq petits ruisseaux. Ces ruisseaux, comme je l'ai déjà dit, n'ont été vus par aucun homme blanc avant moi, et personne ne peut se flatter d’avoir découvert les sources du Mississipi, car je suis le premier qui les ai visitées et examinées.
« Votre, etc.
« W, Monisson. »
Après une visite aux sources du Mississipi, il ne reste plus qu’à voir la Carrière aux pipes et retourner à Saint-Louis en descendant le Missouri, C’est encore au fort Snelling où l'on est obligé de revenir pour commencer celte nouvelle excursion, qui n’est pas la moins intéressante, sous n'importe quel point on l’envisage.
Entre le fort Snelling et le luc des Îles, qui est très-près des chutes de Saint-Antoine, on voit une des plus belles cascades dont ce beau pays puisse s’enorgueillir; on l'appelle Minn-i-ha-ha (viantes eaux). Z-ha-hu est un mot dacota, qui signifie rère, Ce nom lui a été donné à cause de la ressemblance qu'il y a entre le bruit de ses eaux et un rire bruyant, Cette cascasde est formée par la chute des eaux du lac Harriett qui tombent dans le lac Calhoun. Rien n’est gracieux comme les bords enchantés de ces lieux solitaires.
Si le Niagara symbolise le sublime, les chutes de Saint-Antoine le pittoresque, le Minn-i-ha-ha symbolise la beauté naturelle dans sa plus poétique simplicité. La hauteur de la cascade est de vingt mètres envion ; l'eau sort d’un lit de verdure à moitié caché par des saules et des chènes, et d’un seul bond elle se précipite du haut d'un rocher perpendiculaire dans un bassin étroit mais profond, ombragé par des arbres gigantesques.
Du fort Snelling pour aller au Coteau des Prairies on peut s’embarquer sur le Minnesota et remonter la rivière jusqu’à la Zraverse des Sioux, c’est-à-dire pendant cent cinquante-cinq kilomètres environ.
La largeur du Minnesota à son embouchure est de cent quatre-vingtquinze mètres; les bords sont quelquefois élevés de plus de trente-cinq mètres au-dessus du niveau de l’eau, formant des talus ou des terrasses, couverts d'un gazon très-fin et parsemés de bouquets de saules, de bouleaux et de chênes. Toute la vallée est d’une grande fertilité et d’un aspect riant quoique sauvage; le terrain est excellent et très-boisé : on
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238 VOYAGE PITTORESQUE y voit des cotonniers d'une hauteur prodigieuse. Comme l'indique son nom, la Traverse des Sioux est un lieu très-fréquenté des Indiens, qui ont l'habitude de traverser le Minnesota en cet endroit. A un mille de cette espèce de gué se trouvent sur le bord de la rivière les ruines d'un ancien camp indien; on voit encore une multitude d'amas de pierres indiquant l'emplacement et la forme des habitations. Les Dacotas, sur les terres desquels ces ruines sont situées, ignorent complétement par quelle peuplade ce camp fut érigé.
A droite de la traverse des Sioux se terminent les dernières hauteurs du Coteau des Prairies, et à gauche commence la région baptisée du nom d'Ondine par Nicollet. Les terres d'Ondine sont arrosées par une multitude de rivières navigables, qui prennent leur source dans des lacs et vont ensuite se jeter dans le Mankato en formant un immense éventail aquatique. Le groupe des lacs est environné de collines boisées où de prairies très-fertiles d'une apparence aussi pittoresque que gracieuse. Là, tout est modeste, doux et triste; le soleil caresse de ses rayons dorés les rochers, les flots et les cèdres; il répand la vie sur ce beau désert et ue le rend point aride; la lune jette ici une lueur plus pâle et plus mystérieuse que dans les autres solitudes couvertes d'ombres et de brumes; la brise agite mollement la tige des plantes et des fleurs, mais c'est avec une tendre volupté, on dirait le baiser d’une mère sur les lèvres vermeilles de son premier-né; les vagues gémissentsur la grève, mais c'est un harmonieux murmure et non point une plainte mélancolique ; les gouttes de pluie, en tombant, rident la surface des lacs, mais elles n'attristent pas plus qu'elles ne troublent la limpidité des eaux; toutes les voix de la nature sont emportées dans l'espace et se perdent sans écho dans le vide. Vraiment c’est bien ici que le charmant peuple des Ondines et que les géuies des eaux ont dù choisir leur fantastique demeure; aussi n'existe-t-il pas un lac, un ruisseau qui n'aient leur poétique légende sur les esprits mutins de cette région privilégiée.
Le Mankato prend sa source au pied d’un plateau semi-cireulgire appelé Mini-Akipan-Kaduza, c’est-à-dire eau qué court du côté oppose. Il est navigable à quelques kilomètres du plateau. Son courant devient très-rapide à mesure qu'il s'approche du Minnesota; son lit étroit est enfermé entre deux murailles de vingt à trente mètres de hauteur et bien boisées, ainsi que la vallée du Mankato. Sur la rive
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ières hauteurs n baptisée du osées par une > dans des lacs minense évennes boisées où que gracieuse, s rayons dorés beau désert et le et plus myset de brumes; mais c'est avec les lèvres ver- "eve, mais est ancolique ; les nais elles n'atux ; toutes les lent sans écho ble des Ondines lemeure; aussi
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semi-circulgire u côté oppost.
Son courant esota; son lit mètres de haub. Sur la rive
gauche de la rivière, à huit kilomètres de son embouchure, dans une élévation composée de roches calcaires et de grès, on trouve des cavités contenant la fameuse terre bleue ou verte d'où M. Lesueur retira les deux mille kilogrammes de cuivre qu’il envoya en France en 1700. Les Sioux se servent de cette terre comme de teinture; elle est massive, un peu plastique et projette une odeur argilacée ; les acides n'ont aucune action sur elle ; sa couleur, d’un bleu verdûtre, est causée par du peroxyde de fer.
La portion du Minnesota arrosée par le Mankato et ses affluents surpasse en richesse, par la quantité de ses bois et la fertilité de son sol, tous les territoires américains situés au-dessus du 43° degré de latitude nord. Les forêts se composent d'érables, de noyers noirs, d’ormes rouges, de pins, de cèdres, de bouleaux, de chênes et de toutes sortes de broussailles, parmi lesquelles se distinguent des aubépines et des rosiers sauvages. Des fougères, des légumineuses, des orchidées et des plantes très-curieuses se mêlent au gazon des prairies.
Après avoir traversé le Saint-Pierre ou Minnesota, on remonte la vallée du Warayu jusqu'aux lacs Shetek et du Selican, au delà desquels se trouvent les sources du Moingonan, appelé la Rivière des Moines par les Français, un des plus beaux et des plus importants tributaires du haut Mississipi. Ce nom de des Moines est une corruption de Moingona, provenant du nom algonquin Mikenang (la route); plus tard il fut associé à celui des moines trappistes qui habitaieñt les régions septentrionales de cette partie de l'Amérique. La longueur de la rivière est de cinq cent cinquante kilomètres ; renfermée entre les vallées du Mississipi et du Missouri, elle a peu d’affluents; néanmoins au printemps elle pourrait être navigable pour des bateaux plats.
C'est à une très-petite distance au delà des sources de la rivière des Moines que l’on voit lu célèbre Carrière des Pipes rouges du coteau des Prairies.
Le bassin du haut Mississipi est séparé en grande partie de celui du Missouri par un plateau élevé, qui, vu de la vallée de Saint-Pierre à l’est, ou de la Rivière à Jacques : l'ouest, ressemble à un lointain rivage et à suggéré le nom de Coteau des Prairies. 11 s'étend depuis le 43° degré jusqu'au 46° degré de latitude nord, Sa longueur est de deux cent soixante-dix kilomètres, sa largeur dé vingt à trente kilomètres vers le
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nord, et de cinquante-six vers le sud ; sa plus grande hauteur au-dessus du niveau de l'Océan est de six cent quarante mètres. Ce coteau est en réalité une chaîne de collines allant du nord au sud, et s’élevant au inilieu d’une plaine immense, qui s’abaisse légèrement en se dirigeant vers l’est et l’ouest. Le sommet du plateau est ondulé, orné de bouquets de bois, sillonné de ravins, et couvert de pâturages, de sables granitiques et d’agates. C’est de ce coteau que s’échappent les sources de la Rivière des Moines, la Rivière à Jacques, celle des Sioux, et une branche de la Rivière Rouge du nord. Sa Flore et sa faune sont à peu près les mêmes que celles de la région d’Ondine, auxquelles on doit ajouter des mimosas, des saules, des fraises de la Virginie, le trèfle des buffles, la moutarde, des amarantes et des psoralias.
La plaine au nord du coteau est une magnifique prairie ondulée, coupée de ruisseaux et de lacs; ces derniers abondent en poissons de toutes sortes. Cette contrée est probablement la plus élevée entre les deux Océans, le golfe du Mexique et la baie d'Hudson. Des différents sommets des collines les plus hautes on découvre de vastes horizons d’une grande beauté. La partie occidentale surtout offre des vues et des perspectives d'une magnificence incroyable, qui s'étendent depuis le bassin de la Rivière Rouge du nord, d’un côté, jusqu’à la Hauteur des terres, de l'autre, où sont les sources du Mississipi.
La partie méridionale du coteau des Prairies est moins accidentée; les bois et les lacs sont plus rares; lorsqu'ils se rencontrent dans un mème lieu, ils forment des espèces d’oasis d’un effet pittoresque fort gracieux.
Ces oasis sont toujours au centre d’un terrain marécageux, mais riche et rentpli de gibier. Peu de pays réunissent autant d'éléments
prospérité que celui-ci et d’agréables situations pour des colonies agricoles. Anciennement les bords de presque tous ces lacs étaient habités par de nombreuses fractions de la nation des Sioux. Les populations qui viendront s'établir dans ces parages pourront s'enrichir nonseulement par l’agriculture, mais encore en élevant sans frais et sans risque des troupeaux immenses de moutons et de bœufs, qui trouveront dans ces éternelles prairies des pâturages admirables.
La vallée de la Carrière des Pipes rouges est située au sud du coteatt des Prairies, un peu au-dessous du 44° degré de latitude nord et entre
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le 96° et le 97° degré de longitude ouest; cette vallée a la forme d’un berceau ou d’une ellipse de quatre kilomètres de longueur sur un de largeur. Le côté occidental de la carrière est composé de roches quartzeuses à grains serrés, ou d'une espèce de stéatite rouge, qui s'élève à dix et quinze mètres de izuteur, sans talus et perpendiculairement. Les rochers sont d’un rouge vif, polis et luisants. Quelques-uns portent des traces d’hiéroglyphes anciens et modernes, creusés dans le roc ou peints. Ce sont des souvenirs que les Peaux-Rouges laissent après eux lorsqu'ils viennent en pèlerinage chercher des matériaux pour fabriquer leurs pipes, leurs pendants d'oreilles et d’autres ornements de ce genre. On y rencontre aussi beaucoup de tombeaux et des ruines de monuments, anciennes fortifications ou tombes de guerriers illustres.
Les vieux Indiens assurent que la découverte de cette carrière est due à l’émigration annuelle des buffles ; les chasseurs, en suivant les sentiers tracés par le passage de ces animaux, furent conduits jusque dans la vallée de la Fontaine aux Pipes (ainsi appelée par lessauvages) : quoi qu’il en soit, le sentier formé par l’émigration des buffles est encore visible.
Chaque année les tribus voisines font un pèlerinage à la Carrière des Pipes. Cet endroit est toujours très-fréquenté par les Indiens, qui s'y rendent de toutes les parties du continent américain. Aussi n'est-il pas facile aux blancs de pénétrer jusque-là, car le Peuple rouge est jaloux de ses priviléges, et la possession de ce sol lui semble une propriété exclusive, un don du Grand-Esprit. Il considère la présence des Faces pdles dans cette localité comme une intrusion, une profanation qui attire infailliblement la colère du ciel.
Le professeur Jakson, de Boston, ayant analysé des morceaux de cette pierre rouge, unique dans le monde, à ce que disent les auteurs américains, y trouva la composition suivante :
DO nn ar ttc 8.4 SE Mere NS RE A ne 48,2 AÏUMINE 6 en vu 28.2 Mäpnésie, à 20e us mot 6.0 Peroxyde de fer. . . . . . . . . 5,0 Oxyde de manganèse. . . . . .. 0.6 Carhonate de chaux. . . . . . . 2.6 LUE LC CPP ROULE à ti TE LE 1.0
Torarn. , . . . 100.0
Parmi les traditions indiennes concernant l’origine de cette carrière, nous citerons celle qui est le plus généralement admise, et que M. Catlin a consignée dans sa cinquante-quatrième lettre sur les mœurs et coutumes des Peaux-Rouges. «11 y a bien des sièeles qu'il arriva un déluge qui détruisit toutes les nations de la terre ; toutes les tribus des hommes rouges se rassemblèrent sur le coteau des Prairies pour se mettre à l'abri de l’inondation; mais les eaux ayant continué d'augmenter, elles couvrirent toute la masse des Indiens réunis, et leur chair se convertit en pierre rouge, » Voici une autre tradition qui paraît être le complément de la précédente : « Autrefois le Grand-Esprit appela toutes les peuplades indiennes et les réunit au sud du coteau des Prairies; puis, s'étant assis au milieu d'elles sur un rocher perpendiculaire que l’on voit encore, il prit un morceau de la pierre qui lui servait de siége et en fit une grande pipe en la tournant et retournant entre ses mains; ensuite il fuma quatre fois au-dessus de la tête des Peaux-Rouges, envoyant une bouffée de fumée vers le nord, une autre vers l’ouest, une troisième vers le sud, et la dernière vers l’est. Alors le Grand-Esprit prit la forme d'un aigle et fit remarquer aux Indiens que la pierre était rouge, qu’elle avait été formée de leur chair, qu'ils devaient se servir de cette pierre pour faconner leurs pipes et calumets, qu'elle appartenait à tous, et qu’à l'endroit où elle se trouvait ii ne devait y avoir ni querelle ni combat. Puis il disparut dans un nuage sorti de sa pipe. Les rochers du coteau des Prairies se fondirent peu à peu pour s'étendre sur une surface de plusieurs milles, et devinrent polis et brillants. Deux grands trous s’ouvrirent brusquement dans le sol, et deux esprits, gardiens de la carrière, entrèrent par ces ouvertures pour veiller sur elle, »
La carrière est exploitée sur une étendue de deux ou trois kilomètres seulement ; elle est une propriété commune, quoique située sur le territoire d’une tribu de Sioux. Néanmoins, depuis quelques années, à l'instigation des blancs, les Sioux en éloignent les autres tribus et cherchent à monopoliser l'exploitation de la carrière, afin de tirer profit des pipes qu'ils fabriquent. Autrefois, lorsque les sauvages se rendaient à la Fontaine aux Pipes, ils devenaient sacrés et inviolables, même pou leurs plus grands ennemis ; ils étaient hébergés et nourris dans tous les villages qu’ils rencontraient sur leur route. Arrivés à la carrière, ils se livraient à des jeûnes et à l’abstinence pendant trois jours, et faisaient
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des sacrifices à l’esprit de la Fontaine aux Pipes avant de commencer leurs travaux d’excavations. Grâce à l'intervention des blancs, ces anciennes coutumes, qui avaient la religion pour base, vont disparaître devant l'esprit de trafic et de lucre qu'ils ont insinué aux Peaux-Rouges.
Un autre phénomène géologique que présente ce lieu de pèlerinage est la réunion de plusieurs blocs cylindriques énormes, de gneiss, de feldspath, de mica, de granit et d’ardoise, bleus, blancs, rouges et noirs, dont on ne trouve aucun vestige dans les environs, même à de trèsgrandes distances. Ces rochers ont-ils été amenés là par les Indiens? Ce n’est pas probable; leur civilisation n'a jamais été assez avancée pour qu'on puisse supposer qu'ils aient eu des machines ou d’autres moyens mécaniques capables de mouvoir et de transporter de pareilles masses. Doit-on attribuer la présence de ces cylindres naturels à quelques révolutions terrestres? C'est ce que la science n’a pas encore expliqué.
Après avoir exploré le coteau des Prairies, on se rend au fort Pierre- Chouteau sur le Missouri, en traversant la rivière à Jacques, à l'Otuhu- Ozu ou Taille de chênes, et le coteau de Missouri dans sa partie méridionale. L'Oiahu-Ozu est un établissement célèbre situé à quarante kilomètres de la tête du ccteau des Prairies et à cent cinquante du fort Chouteau. La rivière à Jacques (le Tahan-Sansan des Sioux) est d’une grande importance dans ces régions; elle prend sa source un peu au delà du 47° degré de latitude nord, et tombe dans le Missouri au-dessous du 43° degré; elle est navigable pour les petis .nots sur une distance de près de huit cents kilomètres, et au-dessous de l'Otuhu-Ozu les bateaux plats et les radeaux peuvent la descendre et la remonter facilement. Son lit varie en largeur de cent à deux cents mètres, et ses bords sont ordinairement bien boisés.
Au roïd des sources du Tahan-Sansan se trouve le Lac du Diable, entouré de ruagnifiques collines qui comman ‘ent une des vues les plus étendues et les plus admirables du nouveau monde, et qui s'élèvent au-dessus de vastes plaines dont le gazon est recouvert d’efflorescences de sel, Ce lac a plus de soixante kilomètres de longueur; il est parsemé d’une multitude d'îles charmantes; ses eaux ne sont guère potables que pour les animaux. Près de lui coule le Sheyenne, qui va se jeter dans la Rivière Rouge du nord. La vallée du Sheyenne est non-seulement
d'une fertilité remarquable, mais elle est encore fréquentée par les animaux dont la fourrure est la plus précieuse du continent américain.
Le coteau du Missouri est un vrai désert, à peu près sans eau, sans routes et sans bois; sa hauteur au-dessus de l'Océan est d'environ sept cents mètres. Le scl est brûlé par les feux annuels du printemps et de l'automne, allumés par les Indiens, et les sources y sont excessivement rares ; aussi souffre-t-on beaucoup de la soif en le traversant. La valiée du haut Missouri, considérée géologiquement, peut se diviser en deux plateaux (lun supérieur à l'autre), qui, lors de la période diluvienne, étaient sans doute inondés. Ces deux plateaux ont chacun une hauteur de quatre-vingts mètres; le premier est baigné par les eaux du fleuve. Is semblent indiquer que l'écoulement des eaux a dù se faire à deux époques bien distinctes et séparées par un intervalle peut-être considérable, entraînant après soi cette masse énorme de détritus et de matières diluviennes qui composent les États riverains du bas Mississipi,
Le Missouri est navigable pour les petits bateaux à vapeur sur une distance de quatre mille cinq cent cinquante kilomètres au moins; mais cette navigation est encombrée de difficultés et de dangers occasionnés par la rapidité des “ourants, les nombreux bancs de sable et la multitude inouie de chicots (arbres morts) charriés par le fleuve ou arrêtés et plantés dans son lit. Les rochers qui dominent sur les bords du haut Missouri, depuis le Nebraska jusqu’au Council Bluffs, sont des carbonifères et des calcaires contenant plusieurs nouvelles variétés de fossiles, des genres Producta labiata, Pruducta punctata, Orchis delthyris, Turbinolia fungites, etc.
A l’est et à l’ouest du fleuve on voit des collines alignées qui présen' nt les aspects les plus extraordinaires ; celles surtout qui sont formées de terrains argileux et d’alluvions donnent beaucoup de prise à l’action de l’eau, de la pluie et à toutes les influences atmosphériques qui les coupent, les creusent et les façonnent de mille manières. Tantôt ce sont des cônes ayant la forme de gigantesques meules de foin entassées ou rapprochées ; tantôt ce sont des rochers calcaires, dentelés et découpés comme des montagnes de glaces flottantes, ou bien encore comme des monuments antédiluviens à moitié détruits par un tremblement de terre, À côté de ces ruines cyclopéennes se trouvent des mamelons rouges, de cinquante à cent mètres de hauteur, sur lesquels
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sont souvent placés des massifs carrés naturels, en basalte, de cinq à six mètres d'élévation, et représentant des cheminées, des pierres druidiques et des obélisques brisés. La végétation est presque impossible sur ces cônes à cause de la nature du sol; néanmoins il s'y rencontre parfois une ou plusieurs couches d'excellente terre, sur laquelle croissent des broussailles et même des arbres, ce qui forme alors une double ou triple couronne de verdure du plus bel effet, Au-dessus de cette verdure d'énormes masses de cristaux basaltiques ou produits par l'action chimique dont nous avons parlé plus haut (en voulant expliquer les phéncmènes volcaniques des collines fumantes), ces cristaux, disons-nous, parent le sommet des mamelons rouges et brillent au soleil comme des diamants; c’est pourquoi ces collines ont reçu le nom de Montagnes brillantes.
Du fort Chouteau ou fort Pierre jusqu'à Saint-Louis, c’est-à-dire sur une étendue de mille sept cents kilomètres, on jouit constamment de ce sublime spectacle, aussi varié que merveilleux, auquel vient se joindre fréquemment la vue de longs cordons de forêts vierges, que le Missouri rétrécit continuellement en les rongeant sans cesse, Mais il nous faudrait bien des pages pour raconter tous nos souvenirs de ce temps déjà si loin, temps de jeunesse, d'énergie, de force et de poésie. Nous n'avons fait qu'esquisser à grands traits le résultat de nos connaissances et de nos impressions personnelles, afin d'abréger et de faciliter notre tâche, car il était bien difficile de pouvoir intéresser le lecteur sans trop fatiguer son esprit en détaillant minutieusement les particularités d’une région aussi vaste qu'est celle des déserts du nouveau monde et les sentiments que cette nature exceptionnelle nous inspirait.
Nous avouons que c’est avec peine que nous nous sommes décidé à livrer ainsi la plus chère, sinon la plus douce partie de nos souvenirs, celle qui se rapporte à nos voyages dans les solitudes américaines, en la mutilant et la dépouillant beaucoup de ses couleurs locales, qui nous plaisent tant et que nous avons dû omettre souvent pour éviter des longueurs. La pensée, comme une jeune vierge timide, ne saurait se montrer indifféremment à tous les regards; parfois elle craint de voir de l'ironie, du doute ou de la lassitude dans les êtres auxquels elle se confie; ce n’est qu'en tremblant qu'elle avance dans le champ de l’inconnu ; elle n'ose pas voler hardiment dans la sphère céleste des inspira-
246 VOYAGE PITTORESQUE, ETC, tous divines, parce que ses ailes sont retenues par cette pudeur de l'âme qui n'admet pas la pluralité dans ses épanchements intimes,
Iest des souvenirs qui sont pour Fâme éprouvée par ce qu'on appelle vulgairement les rigueurs du sort ce qu'est la sensitive des bois au contact de l'homme : ses folioles se ferment aussitôt; elles ne se développent et n'étalent leur simple beauté que lorsque, oubliées et saules, elles sont libres et ne suivent que Fimpulsion de leur nature, Les souvenirs comme toutes les émanations du cœur ont aussi leurs senstui es, ils ont besoin de la liberté que donne l'isolement et l'assurance que leur voix méladieuse ne sera point troublée par un écho railleur, hostile, ou par une sceptique indifférence, c'est alors qu'ils ont toute leur puissance et tous leurs charmes mélancoliques; c'est alors qu'avec eux l'esprit se reporte au temps passé, Qu'il anime la monotone existence de Fapôtre invalide, en lui représentant, comme dans un mirage vaporeux el attrayant, le chaume qu'il visitait peur secourir un moribond, le coursier fidèle, à la longue crinière, aux yeux vifs et aux pieds légers, sur lequel il franchissait les prairies sans horizon et les déserts brülants: il revoit par la pensée ces vieilles forêts vierges du nouveau monde aux arbres séculaires dont les branches touflues se confondaient et s'eniacaient aux lianes gigantesques qui les étreignaient dans leurs plis grucieux, Souvent il lui semble entendre encore le miaulement terrible de la panthère se mêler aux roucoulements plaintifs des tourterelles, au chant vif et animé des cardinaux et des merles, au murmure du vent dans les palmes du dattier ; il s'enivre encore au parfum de l'air embaume des fleurs tropicales; son imagination l'emporte au delà des mers et de la vie présente peur le faire vivre de la vie passée, de la vie active, utile et sublinie des missions ; mais, hélas! la réalité vient bientôt de son souffle moqueur chasser tous ces parfums et toutes ces illusions éphémères, qui néanmoins reviennent à la première heure de tristesse et de réverie.
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