CHAPITRE VI
Huines dans les grands déserts, — Antiquités du Sud et du Nord,Tertres Bguratifs on Totd-
miques. — Anciens lombenux, — Autels funéraires, — Ossrnires. Objets trouvés dans les cumulé, — Tertres artificiels pour les sacrifices, — Enceintes sacrées, — "Temples, — Tertres mixtes. Observatoires, Tours À signaux, — Tertres stratégiques, — For-
tifleations anciennes, — Ruines sur le Licking, = Fortifleations de Marietta et de Cercleville, — Ruines do campe relranchés, — Anciens cirques, — Pueblos du Nom Mexique, Poterie des Pucblos,—KRuines sur le territoire des Apaches,=Ruines az près du Gila, — Murailles ce! puits du Glla, = Légende, Estuffas des Pueblos, Tradition sur les Pueblos, — Puits anciens. — Grandes routes, — Jardins. — Exploitation du sol, — Objets découverts dans Les temuli et sur le continent américain, — Squelettes, Ovnements, — Coquillages, Verres, — Pipes. — Seulptures, — Terres cuites, —
Statuettes, — Momies, — Age des antiquités américaines.
Les immenses déserts que nous venons de décrire ont un autre intérêt que celui de la beauté de la nature, de la variété des sites, de leurs richesses naturelles et de leurs sauvages poésies; l'archéologue et l'antiquaire y trouvent encore un vaste champ d'études et de méditations en heurtant fréquemment du pied une multitude de ruines dont l'origine se perd dans ln nuit des temps, et font les débris se cachent sous le gazon des prairies, En effet, depuis les Klorides jusqu'au Canada et de l'Atlantique au Pacifique, le sol américain est couvert, pour ainsi dire, de ruines g'gantesques, de temples, de tumuli, de camps retranchés, de fortifications, de villes, de villages, de cirques, de tours d’observation, de jardins, de puits, de prairies artificielles et de grandes routes remontant à la plus haute antiquité, Tous ces anciens monuments d'une civilisation éteinte existent isolément ou par groupes sur la plus grande surface de l'Amérique septentrionale, mas plus partieulièrement dans les vallées du Mississipi et de l'Ohio, Néanmoins on rencontre également des tumuh dans l'Orégon, sur les bords du Gila, du
Colorado et de leurs affluents. En général, les antiquités américaines ne
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248 VOYAGE PITTORESQUE se trouvent que sur les rives où dans les environs des fleuves, des rivières et des lacs; on en voit rarement dans l'intérieur des terres, Los bas-fonds et les terrains d'alluvion paraissent avoir été les endroits favoris que choisissaient les Indiens pour asseoir leurs tertres gigantesques; les principaux sont dans les bas-fonds les plus fertiles et les plus susceptibles de culture,
Le plan et la construction de tous ces monuments différent entre eux selon les lieux où ils ont été érigés, et paraissent avoir été construits par des peuples divers, Près des grands lacs et dans les États du Wisconsin, de Flowa, du Michigan et du Missouri, ces constructions sont en terre ; elles ont la forme conique ou celle d'animaux, d'oiseaux, de reptiles et même d'hommes, On a découvert dans leur intérieur des reliques d'art d'une époque très-reculée et consistant en ornements personnels, instruments domestiques, objets appartenant au culte religieux, et composés en métaux où en pierres dures. Dans la vallée de l'Ohio ces ouvrages sont plus nombreux, plus grands et plus réguliers, Leur destination parait différer de ceux du Nord; Les tertres eoniques et pyramidaux y sont semés avee une profusion inouïe; leur sommet est souvent tronqué; quelquelois il est aplati comme une terrasses; beaucoup d'entre eux ont une ressemblance frappante avec les téocallis du Mexique et même avec les rrraghe de la Sardaigne. Les tumuli sont ordinairement entourés de murailles de terre ou de pierre, et dénotent le mieux par leur nombre et leur grandeur la puissance ou du moins la multitude des populations qui les ont élevés? En avançant plus an sud, nous trouvons dans les États qui avoisinent le golfe du Mexique des tertres encore plus réguliers et plus grands que partout ailleurs. Ce n'est que dans ces États de l'Union américaine que l’on a découvert des traces de briques dans la construction des anciens édifices.
Les tumuli se divisent en quatre classes, savoir : les autels, les tombeaux, les temples et les tertres d’un caractère indéterminé, La catégorie des autels ou des temples est la plus nombreuse; vient ensuite celle des tombeaux. Le nombre des tumuli est très-grand dans l'Amérique du Nord; certains écrivains l'évaluent à cinq mille; d’autres assurent que le seul État de l'Ohio en possède plus de dix mille. Ge qu'il y a de positif, c'est que le nombre des tumuli américains est considérable, et que beaucoup ont été détruits par le défrichement des terres, par le chan-
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sement des cours d'eau, où restent ensevelis dans la profondeur des forêts,
Comme nous l'avons dit, les antiquités du Sud sont remarquables par la régularité de leur structure et leur grandeur extraordinaire; aussi les at-on regardées comme Pœuvre de différents peuples et de différentes époques. Les tertres ont plusieurs étages et ressemblent en quelque sorte aux téocallis mexicains par leurs formes pyraminales, leurs dimensions, leurs larges terrasses, les passages élevés et leurs longues aveunes; où les rencontre en quantité depuis la Floride jusqu'au Texas, Autour des plus grands tertres on en voit souvent de plus petits, placés à intervalles réguliers. Quelques-uns ont des sentiers en spirale qui vont de la base au sommet, et d'autres possèdent de gigantesques gradins comme les talus d'une fortilication européenne,
Les clôtures et les murs d'enceinte sont très-rares dans la Eloride; il faut remonter jusque dans li Caroline du Sud pour en voir plus fréquemment, et leur caractère est tout à fait militaire, Nous devons ici constater un fait très-important, c'est celui de la d'ouverte d'obélisques de bois dans le nord de la Floride; malheureusement, leur état de décrépitude ne permit pas aux antiquaires de tirer un grand parti de cette découverte; mais le fait de leur existence peut avoir une certaine valeur pour les savants, Ce pays possède en outre des avenues el des grandes routes qui conduisent ordinairement à une colline pyrumidule, à un lac creusé pour les besoins de la population ou à de larges terrasses tétragones. De Saint-Jean, en se dirigeant vers le sud de la péninsule floridienne , on voit de ces avenues longues et spacieuses bordées d'énormes pyramides et conduisant de la ville à nn lac artiliciel, Ces pyramides, évidemment construites pour perpétuer la magnificence et la grandeur d'un règne ou d'une nation, pouvaient servir également d’édifices publics pour des réunions religieuses ou politiques. Un autre genre d’antiquités que l’on retrouve dans les provinces méridionales des États-Unis, ce sont des espèces de cours ou amphithéâtres qui semblent avoir eu un but de récréation publique comme les amphithéâtres romains; on y torturait les prisonniers de guerre en présence du public assis sur les talus, qui formaient la cour. Quant aux terrasses tétragones déjà nommées, elles servaient probablement de base ou de
fondement aux forteresses. Les collines pyramidales étaient pour la
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plupart dos obsorvatoires on plutôt dos hauts henr (comme coux don parle Pheriture sainte, ot sur lesquels on saeritiait toutes sortes du vie lines); cos entassements de terre sont toujours situés de manitre à connander une vaste étendue de pays autour d'eux,
Ou ne sut à quel peuple attribuer toutes cos antiquités; enr avant les Chorokios, qui noceupent ee territoire que depuis la découverte de Amérique par Christophe Colomb, existait une nation où une conte dévation gouverné par le même système de lois, de coutumes ot de langage, mais dont Porigine remonte ai haut, que leurs succossonrs ne purent jamais rendre compte de la destination certaine des monuments CONsEronts par leurs prédécesseurs, Aussi n'est-ce qu'avec bon voup de réserve et à lorce de comparaisons el d'études que l'on pout tater cette question de Parehoologie indienne d'une maniore sérieux et satisfaisante,
Dans le nord-ouest des Etats-Unis nous voyons les tumuli prendre un earaetôre différent de ceux du Nord et du Sud; aussi crovonsnous qu'ils ont été élevés par d'autres populations, ou du mots à une époque postérieure à celle où furent érigés les autres terrassoments dont nous avons parlé, Ces terrassements du nord-ouest ont pour la plupart ln forme de crocodiles, de serpents, de buffles et de quelques autres animaux; celle de homme est fréquente, Ces colossales efligies, sur les. quelles nous donnerons bientôt des détails, se rencontrent sur des prairies ondulées, et sont accompagnées de tertres artificiels comiques et quelquefois de murs de clôture: mais à part quelques faits ixolés, ces clôtures entrent dans aucune des combinaisons stratégiques rocon uues dans les fortilieations de l'Ohio, Cest surtout dans les comtés mori dionaux du Wisconsin que l'on admire ces singuliers monuments: on en voit aussi dans la Prairie du Chien sur le Mississipi, à l'est du Fond du Lace, près de Milwaukie, du lie Winnebago et du lac Michigan, sur une étendue de plus de deux cents kilomètres de longueur et de quatrevingts de largeur. La route indienne appelée Ze Grand sentier de guerre, qui va du lac Michigan au Mississipi, en passant au-dessus de la Prasrie du Chien, coupe en deux cette chaîne de travaux en terre dont l'origine et la destination se cachent sous les ombres du mystère et de inconnu.
Ces sortes de tertres sont plus petits que ceux du reste du continent
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unerieun, is sont rarement isolés ot généralement alignés où réunis Qu HEOUpOS ; lou hauteur m'est nullement proportionnée à leurs autres dumensions, elle varie de cuquante continotres à deux moôtros, Dans le conte de Made Wisconsin) on voit on alignement d'ontussements de terre représentant on troupouu de quadenpedes, probablement de bulles, ayant chacun trente-cing metres do longueur, Dans un autre cndroit on distingue encore une figure humaine do quarante huit metres de longueur, ayant los jambes écartées, De tels groupes sont es communs sur toute li route que nous venons d'indiquer, M, School cut croit que cos tertres figuratifs ontoune affinité avec Le systeme totémique des Todiens : le ot, on le suit, est le signe hévaldique d'u lan, chaque el porte sur une partie du corps ou des vêtements une lgure de Panmal qu'il choisi pour blason et qui tai sert de surnom, où élevant un tortre artliciel dont les contours représentuent cet anal les Fadiens ne pouvaient cieux faire pour perpétuer le souvenir dun honnme ou d'un clan eélobre, Cette hypothese, lort ingémeuse du veste, nous parait pourtant défectueuse, car ces tertres figuratifs ou emblématiques sont mélangés avec d'autres qui sont simplement ovales ou cireubures 66 ne pouvant pas servir de Zotem, Nous croyons done que lhypothése de M, Sebooleralt n'est pas applicable tous les tumuli de ce genre, isolés où groupés, Quelques auteurs ont pensé qu'ils étuent modernes et ne pouvaient remonter à plus de deux siveles d'existence; mais eeet d'est guère plus probable, car on y a trouvé des ossements humains d'une grande vétusté, Pour ne pas entrer dans des détails trop minutieux et d'une hnportance médiocre, nous nous bornerons à la cation de ces Faits,
On ne doit pas s'étonner de la quantité de tumuli disséminés sur la surface du nouveau monde; car, dans l'histoire des peuples, nous voyons que les promiers monuments érigés par les hommes ne se composaient que d'un amas de pierres où de terre; les pyramides, les obélisques et les ares ne vinrent qu'après, Mais ces monuments, aussi grossiers qu'ils pouvaient être, résistèrent bien mieux à l'action destructive des temps que ceux élevés par une civilisation plus avancée, Les tumuli, protégés par les forêts où simplement par une couverture de gazon épais, bravérent les tempêtes, les vents et les révolutions, et se conservérent intacts jusqu'à nos jours, tandis que le granit et le marbre des
252 VOYAGE PITTORESQUE temples et des édilices publies d'une date plus récente tombèrent en poussière ou en un monceau de ruines informes, L'Amérique n'est pas le seul pays qui possède des tumuli : on en retrouve encore dans les Indes, la Sibérie, sur les bords de la mer Noire, du Bosphore, de la Méditerranée, dans les Iles Britanniques et dans bien d'autres endroits; dans l'Orégon, on les compte par milliers; ils ont généralement deux mètres de hauteur sur dix de largeur à leur base, et ne contiennent pour le plus souvent qu'un pavé en pierres rondes. Partout leur forme est à peu près la même, c'est-à-dire elliptique, carrée, pyramidale, mais tronquée. Ordinairement ils sont en terre, mais il n'est pas rare d'en voir en pierres, surtout non cimentées. La matière préférée et la plus commune est l'argile, comme étant aussi celle qui résiste le mieux aux influences de atmosphère. Dans les deux Amériques, il existe des tertres d'argile sur des terrains de gravier ou sablonneux et qui durent coûter un travail aussi long que pénible, Quelquefois il se trouve des monceaux de pierres au milieu de plusieurs tertres d'argile, mais ce cas est peu commun, Leur hauteur varie également depuis un mètre jusqu'à trente. La pyramide tronquée de Cahokia (Hinois) a trente mètres de hauteur sur six cent soixante-cinq de circonférence à sa base, Le grand cône de Selserstown (Mississipi) couvre une superficie de six acres. Mais la grandeur moyenne est de dix à vingt mètres de hauteur sur dix à trente-cinq de largeur à la base. Près de ces tertres on apercoit souvent des puits ou fossés d'où la terre fut tirée pour leur érection. La plupart de ces monuments sont massifs, quelques-uns sont voûtés: dans ce cas, la voûte est tantôt en pierre, tantôt en bois, ou bien encore en pierre et en bois en même temps.
Comme nous l'avons déjà fait remarquer, les tumuli amé,. ains u'étaient pas exclusivement des tombeaux : les uns servaient de temples ou d’autels, plusieurs formaient de vastes ossuaires, et beaucoup entraient dans le système des fortifications indigènes. Quelques-uns seraient à tous ces usages à la fois, comme cela se pratiquait chez les Grecs et les anciens Romains, à en juger par le tombeau du père d'Adonis à Paphos et celui de Cléomaque, sur lesquels se trouvaient deux temples dédiés, le premier au culte de Vénus, et le second au culte d'Apollon, À l'époque patriareale, c’est-à-dire dans l'enfance des sociétés, aucun monument ne pouvait être aussi facilement érigé, et ne pou-
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vait mieux conserver la mémoire d'un parent où d'un héros décédé, que ces exhaussements de terrain construits simplement sur un sol élevé ou découvert et renfermant la dépouille mortelle d’un être aimé, vénéré ou respecté. L'histoire nous apprend que des jeux et des fêtes funèbres furent institués pour célébrer les vertus des défunts, et des sacrifices étaient offerts périodiquement sur ces tumuli en l'honneur du Dieu suprême, maître de la vie. Lorsque les grandes familles devinrent des nations, ces tombeaux se multiphèrent et durent prendre des proportions considérables; plus tard, Dieu fut plus ou moins oublié, et l'on sacrifiait des animaux aux mânes des décédés, au lieu de les offrir en holocauste à la Divinité, Si ceci n'est pas strictement vrai pour tous les peuples de la terre, c’est une vérité incontestable pour les premières nations américaines : un examen sérieux de leurs tombeaux le prouve d'une manière frappante. La plupart des tertres principoiement employés pour les sacrifices funéraires se trouvent dans l'enceinte des camps retranchés où des villes fortitiées. Is ont tous été éaifiés par couches non horizontales, mais convexes, Dans le sud de l'Amérique septentrionole, les couches de ces tertres sont généralement horizontales, et séparées les unes des autres par une surface brûlée, qui a été prise pour un pavé de briques. On en voit également qui sont composées d’une couche de terre et d’une couche d’ossements humains, s’alternant du sommet à la base; mais des écrivains assurent que ces tombeaux sont l'œuvre des Cherokies et d’autres tribus de la race actuelle des Peaux-Rouges !.
Au-dessus de ces tumuli se trouvent des autels d'argile cuite et même en pierre, ayant la forme d’un large bassin; leur longueur varie depuis soixante centimètres jusqu'à dix-sept mètres, mais leur moyenne est de deux à trois mètres. Cet autel est toujours posé sur une petite construction de trente à cinquante centimètres d'épaisseur. Un examen scientilique d'un de ces tumuli funéraires a été fait près de Chilicothe, dans l'État de l'Ohio, et si nous ne nous irompons, sous la direction même de M, Squiers, antiquaire distingué. Voici quels furent les résultats de
ses recherches. Le tumulus avait été formé par une succession de
1 Voirles notes et le travail intitulé : Observations on the aboriginal moinuments of the Mississipi valley, By E.-G, Squiers, dans les Transactions of the american ethnologicat Society,
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couches de trente centimètres d'épaisseur en moyenne. Ces couches se composaient alternativement de gravier, de cailloux, de sable et d’une terre homogène peu mélangée, qui semblait avoir été apportée et déposée par petites charges; l'autel avait son bassin rempli de cendres fines et de fragments d’une poterie également modelée et ornée à l’extérieur de peintures semblables à celle dés Péruviens; on trouvait en outre dans ce bassin quelques ornements en cuivre. Les cendres étaient recouvertes d’un grand nombre de feuilles de mica, sur lesquelles reposaient quantit: d’ossements humains à moitié calcinés. A soixante centimètres au-dessous de la surface du tumulus, un peu à gauche du centre, on trouva un squelette d'homme entier, mais tombant en poussière. Audessus du squelette les couches de terres et de cailloux avaient été bouleversées, de manière à faire croire que la sépulture n'avait eu lieu qu'après l'érection de ce monument, et peut-être même longtemps après.
Les tumuli, plus exclusivement employés à la sépulture d’une ou de plusieurs nersonnes, sont beaucoup plus grands que ceux destinés aux sacrifices funéraires, et leurs couches contiennent plus de gravier et de sable que de terre. A leur base se trouve ordinairement placé un squelette humain, encadré dans une charpente formée de quatre pièces de bois brut, et recouvert soigneusement d’un amas d’écorces d’arbre ou de planchettes minces et légères. À côté du squelette sont également placés quelques ornements et des feuilles de mica. La plupart de ces tombeaux sont dépourvus d’autel, mais leurs sommets conservent la trace des sacrifices qui ont été faits, sans doute, aux mânes des défunts. Une faible couche de charbon de bois et de cendre semble prouver que le fen de ces sacrifices devait brûler très-peu de temps. Grâce à la qualité compacte et sèche des matériaux de ces tomheaux, on a trouvé dans leur intérieur des squelettes qui devaient être enterrés depuis plus de dix-huit siècles. Tous n'avaient pas la même position; les uns étaient couchés horizontalement, d'autres se trouvaient assis, et d’autres enfin avaient été jetés dans la fosse sans aucun arrangement visible.
Les tombeaux que nous venons de décrire sont très-nombreux ; leur hauteur moyenne est de huit à dix mètres; ils n’ont point de murs d’enceinte, mais ils sont fréquemment réunis par groupes. Leur forme ordi-
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uaire est celle d’un simple cône, quelquefois celle d'une poire ou d’un œuf. Quelquelois la chambre mortuaire où reposent les ossements du défunt est bâtie en pierres, placées les unes sur les autres sans ciment. Les constructeurs de ces tombeaux brülaient fréquemment les cadavres avant de les enterrer, Dans les États du Sud on a souvent découvert des urnes funéraires dans ces sortes de tumuli, ainsi que des couches de charbon de bois, ce qui prouve que lors de la sépulture le feu jouait un grand rôle dans les rérémonies funèbres. Dans certaines localités le défunt n'était pas brülé immédiatement après sa mort; on attendait Ja décomposition du corps, puis on plaçait le squelette dans l’urne ; quand l'ouverture se trouvait trop étroite, on asseyait la charpente osseuse dans l’urne, et le crâne, mis par-dessus, servait de couvercle, On a découvert des cimetières entiers où ce genre de sépulture avait été pratiqué. Ordinairement on enterrait avec le mort, comme cela se pratique encore de nos jours, les ornements, les armes et les objets dont il s’était servi de son vivant, Dans des cimetières anciens de plusieurs comtés des États-Unis on a trouvé des tombeaux d'une taille lilliputienne, qui firent croire à l'existence d’un peuple nain; mais l'ouverture de ces tombeaux a démontré que ce prétendu phénomène était causé par l'habitude qu'avaient ces peuples de plier en deux les cadavres de leurs morts avant de les ensevelir. Les Indiens eux-mêmes ignorent l'origine de ces tombeaux et quels sont les hommes qui les ont élevés; ils ont pour ces monuments une vénération traditionnelle, un respect superstitieux, et parfois ils enterrent ou déposent à leur sominet les restes mortels de leurs grands guerriers ou des chefs célèbres. La découverte de ces squelettes isolés dans des tertres particulièrement consacrés aux cérémouies d'un culte religieux a dû induire en erreur bien des antiquaires, qui auront pris ces débris humains de la race actuelle des Peaux- Rouges pour le personnage en l'honneur duquel on avait construit ces tertres artificiels.
Outre les objets dont nous venons de parler, ces sortes de monuments renferment encore des ornements en argent, en cuivre, en pierre et en os, des perles faites avec ces mêmes matières, mais surtout avec des coquillages, et qui sont mélangées avec des pointes de flèches en silex, quartz, grenat ou obsidienne, des dents fossiles de crocodile et de requin, des coquilles marines, des sculptures de têtes humaines et de différents
animaux, de la poterie et plusieurs autres choses qui indiquent une certaine connaissance des arts.
Dans la confédération néo-gradine, près de Chiriqui, il a été fait tout récemment des découvertes très-précieuses; nous voulons parler des idoles, des armes et des médailles renfermées dens les tombeaux des tribus indiennes anéanties depuis des siècles, et dont la tradition raconte les fabuleuses richesses. Les archéologues de Panama ont déclaré que ces objets appartenaient à l'antiquité la plus reculée, et ils ont décidé qu'ils avaient à la fois les caractères des œuvres chinoises et égyptiennes Nous consignons jei ces faits pour moatrer que c'était une coutume généralement répandue parmi les tribus indiennes du nouveau monde d'ensevelir dans les tombeaux les ustensiles et ornements des défunts: seulement la matière de ces objets différait selon la civilisation des peuples et les ressources de leur pays. ;
Les tertres pour les sacrifices sont généralement placés à l'intérieur, et dans le voisinage !'amédiat des clôtures sacrées. Ils sont stratiliés, c’est-à-dire construits par couches distinctes et visibles; ils contiennent un autel symétrique en argile cuite ou en pierre, su: lequel sont déposées des matières ayant plus ou moins subi l’action du ieu, tels qu'ossements de chevreuils, de loups, ete. Ces autels n'ont pas tous la mème forme : les uns sont ronds, les autres sont elliptiques, carrés ou parallélogrammes. Leur moyenne grandeur est de deux à trois mètres, mais quelques-uns mesurent cinq mètres de largeur sur dix-sept de longueur. Les couches de ces tertres ne sont pas horizontales, mais convexes comme celles des tombeaux. On remarque ordinairement dans ceux-ci une couche extérieure ayant de trente à cinquante centimètres d’épaisseur et servant à protéger la forme du tumulus. Lorsque ces couches sont intactes et régulières, on est sûr que tout ce que renferme le tumulus y a été déposé lors de son érection; mais lorsqu’eiles sont coupées ou rompues en certains endroits, on doit en conclure que les reliques renfermées dans leur intérieur sont d’une date postérieure à l'érection du tumulus. Ce fait est très-important à constater.
Les murs d'enceinte ou de clôture se divisent en deux classes bien distinctes dans leur apparente disposition : les uns ont un caractère mmilitaire incontestable, et les autres avaient un but supersttieux qui se rat-
tachait aux croyances religieuses des constructeurs. Ils sont carrés,
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