‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 68 sur 137 · CHEF · texte numérisé non relu

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leur souche commune, M. Schooleraft ne fait monter qu'à huit mille le nombre des Dacotas; mais, une fois pour toutes, nous ferons remarquer que les statistiques indiennes dressées par ordre du gouvernement américain sont en général au-dessous de la réalité, D'après des calculs minutieux et des données curtaines, nous pouvons porter le chiffre de cette population à trente mille. M. Catlin le porte même à quarante ou cinquante mille. Malgré les différents dialectes qui existent parmi les Dacotas, toute la nation se comprend sans le secours d’interprètes, D'après les traditions, cette division en plusieurs tribus eut pour cause la dispersion du gibier depuis l'arrivée des blancs. L'introduction du wiskey parmi ces Indiens leur a fait beaucoup de mal, moralement et physiquement parlant.

Leurs chefs se plaignent vivement des marchands de liqueurs; ils croient que ces marchands ont été envoyés exprès pour sauser leur ruine; ils firent même des remontrances au président des États-Unis, en le priant de les prendre en pitié et de ne pas permettre aux blanes d'apporter de l’eau-de-feu dans le voisinage des villages indiens.

Les Dacotas du Mississipi sont plus abrutis que ceux du Missouri, qui n'ont pas encore eu autant de rapports avec les blancs que leurs compatriotes de l'Est. Ces indiens méprisent les blancs, qui les trompent le plus qu’ils peuvent ; ils se méfient des faces pâles, qui respectent peu les traités et les contrats. Les Dacotas sont courageux et guerriers; leur stature est plutôt haute que moyenne, leurs mouvements sont élastiques et gracieux, et leur apparence vraiment remarquable. Ils sont un peu nomades et chassent depuis le Mississipi jusqu’au pied des montagnes Rocheuses. Leurs tribus se subdivisent en quarante-deux bandes, chacune commandée par un chef. Comme leur pays est abondamment fourni de buffles, ils soat bien vêtus et possèdent une dose de bien-être qui se rencontre rarement parmi les peuplades de leur couleur. Nous aurons occasion de reparler de cette nation dans le cours de notre ouvrage au sujet de leurs médecins, de leurs chansons et de leurs traaitions religieuses; quant aux traditions historiques, par rapport à leur origine, nous n’en connaissons aucune : il en existe pourtant au sujet de leur arrivée sur le territoire qu'ils occupent aujourd'hui. Leur apparition sur leMississipi a eu lieu ily aenviron trois sièeles; mais d’où venaient-ils”? ils ne le savent pas. Tout ce que l’on peut conclure de leurs récits, c'est

qu'ils venaient du nord-est et qu'ils trouvèrent à leur arrivée des peuplades indiennes (probablement les Ioways), qui leur laissèrent le champ libre.

Delawares. Cette tribu, autrefois si puissante et qui comptait encore quinze mille âmes avant son émigration, ne se compose plus aujourd'hui que d'un millier d'individus établis dans la vallée de la Canadienne, où ils cultivent la terre près de leurs amis les Shawnies. Nous ignorons si leur histoire moderne est connue en Europe, car dans les renseignements qui nous manquaient et que nous avons dû prendre ailleurs pour compléter nos récits, nous avons toujours négligé de lire les auteurs français, missionnaires ou laïques, et nous avons préféré recourir à des sources américaines, qui sont généralement sinon plus exactes, du moins peu répandues en Europe. L'histoire des Delawares étant mélée à celle d'autres nations indiennes non moins célèbres, on nous excusera sans doute si nous nous étendons longuement à leur sujet.

Les Delawares, d’après leurs traditions, demeuraient, il y a plusieurs siècles, à l'ouest du continent américain. Ayant résolu d'émigrer vers l’est, ils se réunirent en masse, et après un long voyage ils arrivèrent sur les bords du Mississipi, où ilsrencontrèrent les Iroquois, qui, comme les Del. wares, venaient de très-loin versl'ouest et s’établirent sur le même fleuve; les Delawares apprirent par leurs espions que la région située à l’est du Mississipi était habitée par une nation puissante, appelée Allégavis ; ils apprirent aussi que ces Indiens avaient bâti de grandes villes sur le bord des rivières qui arrosaient la contrée : la principale de ces rivières ainsi que la chaîne de montagnes qu'occupait cette peuplade se nommaient Alieghanys, dérivatif d'Allégavis.

Quand les Delawares arrivèrent au Mississipi, ils demandeèrent aux Allégavis la permission de s'établir dans leur voisinage. Cette permission leur fut refusée, mais on leur accorda le passage pour aller s'établir plus à l'est. Les Delawares commencèrent alors à traverser le Mississipi; mais lorsque les Allégavis virent que les nouveaux venus étaient en aussi grand nombre, ils attaquèrent ceux qui avaient passé et menacerent de tuer tous ceux qui tenteraient le passage du fleuve. Les Delawures, indignés d'une telle conduite, se consultèrent avec les Iroquois qui restaient spectateurs pendant ces pourparlers, et les deux nations se

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Les Allégavis fortificrent leurs villes, élevèrent des forts et des murailles près des rivières et des lacs, où leurs ennemis vinrent souvent les attaquer ; mais, voyant que ceux-ci finiraient par les détruire tous, ils abandornèrent ce pays et s’enfuirent vers le Mississipi, d'où ils ne revinrent jamais. Après la victoire, les Delawares etlestroquois se divisèrent les terres conquises; les Jroquois choisirent celles qui avoisinaient les grands lacs, et les Delawares s’établirent plus au sud.

Pendant une longue période d'années, peut-être plus de deux siècles, les deux nations vécurent en parfaite intelligence et se propagèrent considérablement. Quelques guerriers entreprenants s’enfoncèrent vers l'est jusqu'au bord de l'Océan, qu'ils appelèrent le Grand lac d'eau salée. Satisfaits de cette excursion, ils revinrent chez eux et parlèrent beaucoup du pays qu'ils avaient découvert, riche en gibier et fruits de tous genres, tandis que les rivières et les baies étaient remplies de poissons et de tortues. Alors, pensant que cette terre vierge était un don que leur faisait le Grand-Esprit, ils commencèrent à émigrer de nouveau vers l'est par petites troupes, afin de ne pas souffrir du manque de provisions, et enfin ils s'établirent sur les quatre grandes rivières appelées le Delaware, l'Hudson, le Susquehanna et le Potomac. La tradition assure que la tribu n'émigra pas entièrement et que plusieurs clans restèrent en arrière et même à l'ouest du Mississipi. Quoi qu'il en soit, elle se divisa finalement en trois corps, dont le plus grand, composé de la moitié de la population, s'établit sur les bords de l'Atlantique, et les deux autres à l’est et à l’ouest du Mississipi. Ceux de l'Atlantique se subdivisèrent en trois tribus, deux s'étendirent de la rivière Hudson jusqu'au delà du Potomac, et la troisième, appelée Minsi ou Munsi, demeura entre les deux et les lroquois. De ces trois tribus il s’en détacha d’autres, qui, ayant choisi pour leur commodité d'autres places, reçurent des noms différents. Le plus célèbre de tous ces rejetons fut la tribu des Mohicans.

Les lroquois établis sur les bords du Saint-Laurent devinrent bientôt les voisins des Delawares , qu'ils regardaient avec jalousie, craignant

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également d'être tôt ou tard dépossédés des terres qu'ils occupaient par leurs puissants alliés. A l'effet de prévenir un tel mal, ils cherchèrent à jeter les Delawares dans des querelles avec quelques tribus lointaines, ce qui n'était pas difficile, car chaque tribu avait une marque particulière sur les casse-tête, les tomahawks et en général sur toutes les armes, Les lroquois assassinèrent un Cherokie et déposèrent près du corps une hache delaware, afin de faire croire que le meurtrier appartenait à cette tribu, Ce stratagème réussit parfaitement, et une guerre sanglante s'alluma bientôt entre les Delawares et les Cherokies. La trahison des froquois ayant été découverte plus tard, les D:lawares résolurent d’en tirer une vengeance éclatante en exterminant leurs ennemis.

Les lroquois, qui avaient vécu jusque-là en tribus indépendantes les unes des autres, reconnurent alors la nécessité de se réunir pour veiller et combattre dans le danger commun qui lesmenacait. Cette confédération, appelée les six nations, eut lieu vers la fin du quinzième et le commencement du seizième siècle. C’est à cette époque que commença une série de batailles des plus meurtrières qui aient eu lieu dans le nouveau monde, et dans lesquelles les Delawares étaient en général victorieux. Pendant que ces combats duraient toujours, les Francais débarquèrent dans le Canada. Les Iroquois, ne voulant pas les laisser s’établir dans ce pays, se mirent à se battre contre eux; mais se trouvant entre deux feux, et désespérant de pouvoir jamais vaincre les Delawares par la force des armes, ils eurent recours à la ruse pour faire la paix avec eux et réunir toutes leurs forces pour repousser les Français. Leur plan était d’enlever aux Delawares leur réputation de bravoure militaire et de les faire devenir, en langage indien, de vieilles femmes.

Pour comprendre le plan des froquois, il faut savoir que la plupart des .

guerresentre ces tribus ne se terminent que par l'intervention des femmes. Les hommes, quoique fatigués de se battre, n'oseraient parler de paix, de crainte de passer pour lâches ; les femmes alors, par des discours émouvants, persuadent les plus enragés combattants d'enterrer la hache de guerre dans le sentier de la paix. Elles se lamentent avec une grande démonstration de sentiments sur les pertes occasionnées des deux côtés ; elles montrent le désespoir des veuves et la douleur des mères ; elles supplient les guerriers, par tout ce qu'ils ont de plus cher, d’avoir pitié de leurs pauvres femmes et des enfants qui pleurent sur les tombeaux creu-

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DANS LES DÉSERTS DU NOUVEAU MONDE. 94% sés par les combats; elles les conjurent de laisser dormir leurs armes et de fumer avec leursennemis le calumet de paix. De tels discours ne manquent ordinairement pas leur effet, et les femmes, en devenant des réconciliatrices, se placentdansune situation avantageuse. Les Iroquois persuadèrent les Delawares que ce ne serait point pour eux une disgrâce de devenir femmes, mais qu'au contraire ce serait un honneur pour une nation si puissante, qui ne pouvait pas être suspectée de manquer de courage ni de force en prenant une telle situation, qui lui donnerait les moyens de procurer une paix générale et de préserver la race indienne d'une extermination plus considérable. Comme hommes, ils seraient craints ; comme femmes, ils seraient honorés et respectés, et auraient le droit de se mêler des querelles des autres nations et d'empêcher l'effusion du sang. Ces représentations décidèrent les Delawares à devenir /emmes, en demandant la paix. Les Iroquois ne cessèrent pas pour cela de chercher à les brouiller avec des tribus lointaines, et en plusieurs circonstances ils se déguisèrent même, afin de se battre contre les Delawares, Mais ceuxci s'aperçurent de cette nouvelle trahison, et ils auraient fini dans leur fureur par détruire complétement les Iroquoi” s'ils n'avaient pas été distraits de leur projet par l’arrivée des Européens. Les Indiens, en voyant cette multitude d'hommes blancs qui débarquaient sur les côtes du sud et de l’est, furent émerveillés de tout ce qu’ils virent ; ils se consultaieut les uns les autres pour savoir ce qu'ils devaient faire, et pendant ce temps les guerres intestines furent suspendues. Depuis l’arrivée des blanes, l’histoire des Delawares est celle de toutes les autres peuplades indiennes de l'Est : décimées par des guerres, des maladies et des injustices révoltantes, les unes se sont presque entièrement éteintes sur le sol qu'elles avaient occupé pacifiquement pendant des siècles; d’autres ont éparpillé les cadavres de leurs guerriers sur le chemin d’un exil forcé dans les grands déserts de l'Ouest. Les Delawares sont maintenant devenus agriculteurs, et du Kansas au fort Leavenworth, aussi bien que sur les bords de la Canadienne, on voit de bien belles fermes qui leur appartien nent et qui s’étalent gracieusement sur la lisière des bois ou des prairies. Huecos. Ces Indiens, appelés par les Américains Wacos, sont quelquefois avec les Witchitas désignés sous le nom de Pawnie-Picts, à cause de leur tatouage exagéré. Ils ont les pommettes des joues trèssaillantes et un regard sauvage qui leur est particulier. Cette tribu, fort

peu intéressante, n'a aucune tradition historique, ni aucune coutume digne d'être mentionnée, Autrefois elle formait une tribu assez considéable qui occupait avec les Kioways les sources de la rivière Rouge et la partie sud-sud-ouest des montagnes Rocheuses, Un de leurs chefs portait : à trois mille le chiffre de leurs guerriers, mais nous le croyons très-exagéré. Ces Indiens firent un traité d'alliance avec les Comanches et chassent ensemble, toujours prêts à réunir leurs forces pour combattre un ennemi commun. Les Kioways ressemblent aux Comanches dans leur apparence physique, aussi bien que dans leurs manitres et dans leurs coutumes; c’est une des plus nombreuses tribus de cette espèce de confédération méridionale, et d’après leur position équivoque c'est aussi (LL celle sur laquelle on peut le moins se fier. Ces Indiens ne possèdent (1 aucun des caractères chevaleresques qui distinguent les guerriers comanches. Les Huecos, les Caddoes et les Witchitas cultivent aussi de petites fermes qui les rendent exempts de la nécessité de chasser pour | subvenir à leurs besoins.

loways. Cette grande nation dont il ne reste que des débris fut autrefois très-puissante ; elle était connue des premiers colons français HR qui les appelaient Ayouas ou Ajouès. Avant d'émigrer sur les frontières du Missouri, où ils se trouvent actuellement, les foways venaient du sudouest et séjournèrent longtemps dans la vallée du Mississipi. Is croient qu'ils avaient des animaux pour leurs premiers parents et que tous les Indiens ne faisaient primitivement qu'une même tribu, dont la résidence était une île au milieu d'une vaste étendue d’eau située vers le soleil levant. Leurs ancêtres traversérent cette eau dans des canots en peau, et se répandirent ensuite dans l’intérieur de l'Amérique. Les Toways paraissent avoir eu une telle passion pour la guerre, qu'ils rompaient les traités de paix qu'ils avaient eux-mêmes sollicités, et se battaient à la première occasion qu'ils pouvaient faire naître. Les autres traditions historiques de ces Indiens se rapportent à des combats qu'ils ont soutenus contre des peuplades voisines.

Iroquois. En parlant des Delawares nous avons fait connaître une partie de l’histoire des Iroquois; du reste, les auteurs français et surtout les missionnaires qui ont habité la Nouvelle-France pendant les deux derniers siècles ont donné sur cette nation des détails fort curieux qu'il est inutile de reproduire ici. Nous ajouterons seulement que la confédeé-

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