‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 76 sur 137 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Caractère des Indiens, — Taciturnité, — Fmpassibitité dans les souffrances, — Anecdote, = Diguité. — Histoire d'un Indien de la Virginie, — Discrétion, — Conteurs indiens, — Gruauté. — Histoire de Wash-ing-guh-sah-ba, l'Oiseau-Noir,

Après avoir esquissé en quelques lignes les tribus qui ont des types particuliers et des traditions plus où moins anciennes sur leur passé, nous dirors qu'un œil peu exercé à distinguer une tribu d'une autre prendrait indifféremment, à première vue, tous les Peaux-Rouges pour des membres de la même famille; sar, je l'ai déjà dit, il y a une apparence d'homogénéité dans les individus comme dans les mœurs et les coutumes, L'art de limitation, qui est poussé à un très-haut degré chez les Indiens, est la principale cause de cette apparente similitude. Dans leurs rapports, leurs voyages, leurs communications volontaires ou accidentelles, ils ont fait des échanges et se sont copiés mutuellement, de sorte qu'il est difficile, de prime abord, de les distinguer entre eux lorsqu'on en rencontre un grand nombre, appartenant à diverses tribus, réunis pour une cause quelconque. Mais les trappeurs et les blancs qui unt voyagé et vécu avec eux, les reconnaissent facilement à une multi-

tude de détails caractéristiques. La stature, la couleur de la peau, les cheveux, la coiffure, la forme des vêtements, ete., varient plus ou moins dans chaque peuplade, et ne sont jamais absolument semblables.

Maintenant nous parlerons de leur caractère, que nous ferons mieux connaître par des traits et des épisodes de leur vie que par toutes les descriptions et considérations possibles. Pourtant, comme préliminaire, uous devons dire que les Indiens, dans leur état primitif, sont mo-

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destes, timides, discrets, inuffensifs et moraux ; la polygamie, qui existe parmi eux, est moins l'effet de l'immoralité que d'une coutume immémotiale indiquant le bien-être et la fortune, car il faut être riche pour avoir plusieurs femmes. Ils sont encore simples de cœur, droits de sentiments, hospitaliers au plus haut degré, braves, courageux même jusqu'à l'audace et la témérité, fidèles, esclaves de leur parole, implaables dans leurs vengeances, sincèrement religieux, mais profondément superstitieux. Toutes ces qualités et ces défauts se trouvent singulièrement modifiés dans les tribus qui ont de fréquents rapports avec les blancs. Ceux-ci ont tellement abusé de leur supériorité pour tromper et maltraiter les Indiens, que ces derniers à leur tour sont devenus trompeurs, méfiants, intéressés et méchants jusqu'à la cruauté. Aussi, ce n’est pas sur les frontières des États-Unis et près des populations blanches qu'il faut étudier le caractère originel des Peaux-Rouges; sous l'influence de ce voisinage corrupteur, ils ont contracté tous les vices, tous les défauts des peuples civilisés, et ces défauts et ces vices ont pris chez eux des proportions hideuses et colossales. On peut dire que ce ne sont plus, à proprement parler, des Indiens, puisqu'ils ont perdu en partie leur individualité native pour devenir des espèces de métis américains ; uous laisserons donc de coté ces Indiens dégénérés, et nous nous arrèterons plus volontiers à ceux des grandes tribus qui vivent de la chasse et de la pêche dans une entière indépendance et loin de leurs ennemis, les /aces pales ; le type et le caractère en seront plus intéressants et moins tristes que s'ils étaient pris parmi les peuplades abruties et dégradées des États-Unis et de leur frontière.

Moralement parlant, l'Indien n’est pas un type à part. Nous lui trouvons plus d’un trait de ressemblance avec les Arabes du Sahara, du Soudan, les Mongols et les Tartares. Le Peau-Rouge est d’un stoïicisme imperturbable que la nature ne lui donne pas, mais qu'il acquiert à force de volonté et de patience. Étant d’une susceptibilité et d’une sensibilité nerveuse vraiment extraordiaaires, un regard ou une parole pourraient trahir sa pensée ; mais, comme il est méfiant et craintif, il dompte inème l'expression de ses sentiments pour ne rien laisser deviner de ce qui se passe en lui. L'esprit, aussi bien que le système musculaire, est dès le jeune âge soumis chez lui à une constante pression, afin de ne montrer à l’extérieur qu’une impassibilité froide. Sa taciturnité, d'ail-

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leurs, est nécessaire dans ses rapports avec des hommes très-irascibles, susceptibles sur bien des points et jaloux de leurs prérogatives et de leur dignité. Sans cette taciturnité, les Indiens en viendraient continuellement à se battre. Ils mettent en pratique cet axiome : « La parole est d'argent, mais le silence est d’or. »

C'est à juste titre que l'impassibilité indienne est devenue proverbiale. Peu d'hommes pourraient supporter avee le même calme et la même résignation les mêmes souffrances, soit imposées par la néressité, soit subies par esprit de religion, Lorsqu'un chef de famille, après une froide journée d'hiver, revient dans sa cabane, brisé par la fatigue, d’une longue chasse infructueuse, il s’assoit près de son feu sans se plaindre de sa lassitude et de la faim qui le torture. Sa femme, qui attendait son retour pour manger, est obligée de jeûner comme lui et reste triste et résignée, travaillant près de son lit, Les enfants seuls crient et pleurent, car c'et là un privilége de leur âge. Si le jeûne dure trop longtemps, alors on mange les peaux qui devaient ètr. vendues à l'époque des échanges. Cette nourriture permet à l’Indiers de eprendre des forces pour recommencer une autre chasse aussi ;inible et quelquefois aussi infructueuse que la précédente. Comme contraste, nous devons ajouter que, quoique peu caressants dans leur intérieur, les Indiens aiment tendrement leurs femmes et leurs enfar: et ne dédaignent pas de les embrasser lorsqu'ils sont sûrs de n'être vus de personne. Cet amour de la famille se continue jusqu'au delà de la tombe, comme nous le verrons par la suite; et, lorsqu'ils sont obligés d'émigrer, ils emportent toujours avee eux les ossements de leurs parents défunts, s'ils peuvent le faire sans de grands inconvénients, Nous citerons ici un fait qui dénote une sensibilité dont on ne soupconnerait pas l'existence chez ces fiers sauvages.

Un membre de la tribu de Kennebeck, remarquable par sa bonne conduite et son excellent caractère, reçut du gouvernement américain un morceau de terre situé près d’une nouvelle ville habitée par des blanes. Quoiqu'il n'en fût pas maltraité, les préjugés de ceux-ci contre les Peaux-Rouges les empêchaient de lui témoigner aucune sympathie. Un Jour, son fils unique étant mort, ses voisins ne voulurent pas s’approcher de lui pour le consoler ou l'aider à enterrer son enfant. Quelque temps après il alla vers un groupe d'habitants et leur dit : « Quand

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l'enfant d'un blane meurt, l'Indien est triste; il aide les blancs à déposer la dépouille chérie dans sa dernière demeure, Lorsque mon fils mourut, personne n'est venu me parler, et j'ai ereusé sa tombe tout seul, Je ne puis plus vivre ici. » Et, détorrant le corps de son fils, il l'emporta avec lui, abandonnant sa ferme pour aller à deux cents milles plus loin rejoindre dans les forêts des Indiens du Canada,

Pourtant il ne faut pas croire que ces pauvres sauvages sont tristes el inoroses chez eux. Tout au contraire, ils causent volontiers, ils aiment à plaisanter, se disputent et s’emportent rarement dans la chaleur de Ja conversation. Ils n’interrompent jamais leur interlocuteur; ce serait un manque de convenance et de dignité qui attirerait le blâme et los reproches de toute l'assistance, Réfléchissant longtemps avant de répondre, si la question est difficile ou sérieuse, ils renvoient quelquefois la réponse au lendemain, de crainte de la faire légère ou inconséquente, La grandeur d'âme, la dignité, la sagesse dans les paroles et les actions, voilà pour eux les hautes qualités qu'ils tendent de tous leurs efforts à acquérir. La bravoure et l'habileté dans les combats ne viennent qu'après. Nous montrerons dans tout son jour ce caractère par un trait de magnanimité simple et sans emphase qui peint admirablement les vertus naturelles de ces hommes réputés barbares et féroces.

Un Indien de la Virginie, étant allé à la chasse, arriva en poursuivant le gibier jusqu'aux établissements des Américains, Le temps était mauvais, pluvieux et froid ; il demanda l'hospitalité à un planteur, mais elle lui fut refusée. Ayant faim et soif, il le pria de lui donner un morceau de pain et un verre d'eau ; mais, à chaque demande, le planteur lui répondait : « Non! tu n'auras rien ici! va-t'en, chien d'Indien! » Plusieurs années après cet incident, par un hasard providentiel, ce même planteur, s'étant égaré dans les bois, arriva près de la cabane d’un sauvage. Il demanda l'hospitalité, qui lui fut accordée aussitôt avec bonne grâce. Après s'être informé de la distance qui le sépartit des établissement des blancs, le sauvage qui l'avait si bien accueilli lui répondit: « Vous êtes trop loin pour y arriver aujourd'hui, restez avec moi cette nuit, vous vous reposerez dans ma cabane, et demain je vous reconduirai moi-même chez vous, » L'Américain accepta avec reconnaissance cette

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On pourrait citer par milliers des traits pareils d’une noblesse d'âme peu commune chez les peuples civilisés, et que ces pauvres sauvages trouvent toute naturelle. Sous le rapport de la discrétion, les Indiens pourraient encore nous dontier bien souvent de très-utiles leçons, Si nous trouvons dans leur caractère, leurs costumes et leurs mœurs, matière au blâme et au ridicule, nous produisons sur eux le même effet avec nos vêtements étranges et disgracieux, nos mœurs bourgeoises et casanières, nos idées mesquines et prosaïques, nos vies uniformes, sans gloire et sans danger. Mais le Peau-Rouge est plus discret, plus réservé et plus digne que nous dans sa critique. Il ne désapprouve pas ce qu'il ne comprend pas. Il ne rit point de nos ridicules, pas plus qu'il ne blâme notre existence monotone, incompréhensible pour lui, et qui le ferait mourir d’ennui, comme l’hirondelle dans une cage, s’il était contraint de nous imiter. Il n'aime, ne désire et ne comprend que la liberté, l'air, l'espace, le soleil, la vie aventureuse, accidentée, ct néanmoins il ne se moque pas de nous voir estimer nos villes enfumées, boueuses, où l'air et l'espace manquent, où le ciel est toujours sombre, où nous vivons et mourons dans une chambre moins grande que son wigwam, dans une chambre où nous passons un demi-siècle à boire, à manger, à dormir

! Carrey's Museum.

376 VOYAGE PITTORESQUE régulièrement sur une chaise et dans un lit. Les jouissances intellectuelles, qui embellissent l'existence de l'homme civilisé, n'étant pas connues de l'Indien, il nous trouve aussi malheureux qu'il nous croit ennuyés, Il s'imagine que la tristesse nous accompagne du berceau à la tombe, et, pour tout l'or du monde, il ne changerait pas sa position contre la nôtre,

Lorsqu'un sauvage est conduit dans une des grandes villes commer. cantes où manufacturivres de l'Amérique ou de l'Europe, sa nature impressionnable est frappée de tout ce qu'il voit ou entend, et il n'oublie rien, Ses souvenirs feront ensuite les délices de sa tribu assemblée autour de lui pour écouter les récits merveilleux du pays des /aces pales, lorsque, par une belle soirée d'été, les feuilles du saule ayant atteint leur plus grande dimension indiqueront la saison du repos et des longues causeries, Alors, les hommes, assis sur des peaux de buffle devant leurs cabanes, fument nonchalamment leurs plus jolies pipes; les femmes, les enfants et les chiens, leurs inséparables compagnons, viennent par groupe se placer derrière le chef de famille, et tous écoutent avec une religieuse attention et dans le plus profond silence les paroles extraordinaires du voyageur. Celui-ci raconte qu'il a été sur un grand canot clairvoyant de la grande médecine !, qui pouvait contenir deux ou trois villages. Il a vu des machines médecine ? qui tournaient et allaient plus vite que le vent, et en faisant un bruit semblable au roulement du tonnerre. Il est entré dans des wigwams pointus® plus hauts que les plus

1 Bateau à vapeur. Les Indiens sont obligés, dans ce cas, comme dans bien d'autres, pour rendre leur pensée, de recourir à un mot composé exprimant plusieurs idées. Pour eux, tous les bateaux, depuis la pirogue jusqu'aux vaisséaux, sont des canots, Le mot clairvoyant qu'ils emploient ici veut dire qui voit son propre chemin et le suit tout seul. — Grande médecine est synonyme, dans ce mot composé, de très-mystérieux où très-merveilleux, car les Indiens sont effectivement émerveillés de la grandeur, de la forme et du bruit des bateaux à vapeur, M. Catlin, dans une de ses lettres, raconte qu'il fut témoin d'une scène vraiment comique que lui procura le capitaine d'un steamboat sur lequel il se trouvait lors de son voyage chez les Peaux-Rouges, Le bateau s'étant arrêté près d'un village indien, tous les habitants vinrent en foule et montèrent sur le navire pour l'examiner, Le capitaine, voyant que leur admiration durait trop de temps et ne sachant comment s'en débarrasser, fit tirer un coup de canon pour voir l’effet qu'il produirait sur les curieux. L'effet fut instantané, Les Indiens effrayés se jetèrent aussitôt dans le fleuve, Hommes, vieillards, femmes, enfants el

chiens sautaient les uns par-dessus les autres et par-dessus le bord en poussant des cris épouvantables,

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grands arbres des forêts vierges, et si grands que mille guerriers pourraient s'y asseoir et fumer le calumet. Il a remarqué des hommes qui portaient derrière leurs habits des boutons qui ne boutonnaient rien ; des femmes grosses et rondes par les deux extrémités et très-minces par le milieu, qu'il a prises de loin pour de grandes gourdes marchant toutes seules, I parle de la grandeur des villes, de la multitude qui se promène dans les rues, des chevaux qui traînent de grandes caisses pleines d'hommes et de femmes !, des boîtes parlant amoureusement ?, lorsqu'on tourne un petit morceau de fer qui se trouve près du couvercle, Et pendant qu'il énumère toutes ces merveilles qui ont frappé son esprit, l'auditoire étonné écoute en silence, sans proférer une parole, sans témoigner un blâme, sans laisser paraître les impressions d'admiration ou de critique que ces récits doivent naturellement produire chez des hommes habitués à ne voir autre chose que le spectaci: de leur nature grandiose, Comme les bardes et les troubadours du moyen âge ou les raconteurs d'histoires en Orient, les Indiens transmettent ainsi de génération en génération les vieilles traditions de leurs ancêtres et les récits de leurs propres souvenirs.

Cest avec raison que l'on a parlé de la cruauté des Peaux-Rouges ; loin de les en disculper nousrapporterons ici le meurtre de miss M. Crea, qui fit tant de bruit à l'époque où il fut commis. Miss M. Crea était la seconde fille de James M. Crea, ministre de Lamington, dans le New- Jersey. Après la mort de son père elle alla demeurer dans le Northumberland. Au mois de juillet 1777, elle fit une visite à la famille de M. M. Neil, près du fort Edward. Le capitaine David Jones, officier anglais et fiancé de miss M. Crea, étant inquiet pour la sûreté de sa future à cause des hostilités qui régnaient alors, l'envoya chercher par deux Indiens en leur promettant un baril de rhum pour la ramener chez lui. Ces deux Peaux-Rouges s’acquittèrent parfaitement de leur commission; mais s'étant querellés en route sur celui qui aurait le droit de rendre miss M. Crea à son fiancé, un des deux Indiens la tua d'un coup de tomahawk et rapporta son scalp au capitaine, qui mourut de douleur peu d'années après.

Nous trouvons dans l’histoire de Wash-ing-guh-sah-ba, l'Oiseau-Noir.

1 Omnibus, ? Orgues de Barbarie,

des traits d'une barbarie encore plus grande et qui démontrent toute l'astuce dont les Peaux-Rouges sont capables pour arriver à leurs fins, ol

qu'ils emploient volontiers les moyens les plus horribles pour réussir

dans leurs projets. L'Oiseau-Noir était un fameux chef de la tribu des Omahas et un des premiers des grands déserts qui fit le commerce avec les blanes, en prélevant, toutefois, un droit sur les marchandises qui devaient s'acheter, Quand un marchand arrivait dans son village, l'Oisoane Noir se faisait apporter dans sa loge tous les ballots et choisissait ce qui lui convenait le mieux en fait de couvertures, tabac, liqueurs, poudres, perles, rouge, ete. Puis, il faisait appeler son héraut ou erieur, et lui ordonaait d'alle” ctier sur le toit des maisons que chaque individu ait à échanger leurs iousures contre les marchardises du blane. 1 n'était permis à personne de disputerle prix desartieles du commercant qui s'insemniseit amplement de la portion que s'était adjugée le chef, De cette masière l'Oiseau-Noir s'enrichit beaucoup et devint très-populaire parmi les blancs du Missouri qui faisaient le commerce avec les Indiens, Les Omahas pourtant murmuraient de cet état de choses contraire à leurs intérêts, et commencaient déjà à manifester leur mauvaise humeur, À cette époque, un cominercant d'un fort mauvais caractère révéla à l'Oiseau-Noir les fatales propriétés de l'arsenic et lui en vendit une certaine quantité pour le rendre redoutable à toute sa tribu. En et, dès cs moment, ce chef parut, aux yeux de ces ignorantes créatures, être revêtu d'un pouvoir surnaturel. Malheur à celui qui voulait lui disputer son autorité où résister à ses ordres: l'Oiseau-Noir lui prédisait aussitôt la mort dans un laps de temps limité, et l'infortuné périsait bientôt victime d'une maladie étrange, qui le faisait passer pat d'horribles soutrances, préludes certains d’une mort immédiate, De cette maniere leterrible prophète devint en peu de temps un vrai despote dans sa tribu, et sa puissance égalait la frayeur qu'il eausait à tous ceux qui devenaient les témoins de son courroux et de ses vengeances.

1 faut ajouter que sa valeur personnelle aidait beaucotip an prestige que lui donnait la réalisation de ses prophéties: il était un guerrier de

premier ordre, et ses exploits faisaient le sujet des conversations des

jeunes et des vieux. Sa carrière commença par des épreuves bien dures,

car dans sa jeunesse il avait été fait prisonnier par les Sioux, Plus tard, les Omahas sous sa conduite obtinrent une grande réputation de

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Les sauvages et terribles qualités de-l'Oiseau-Noir ne l'empêchaient pourtant pas d'être sensible aux charmes de la beauté et capable d'amour. Un jour que des Ponkahs avaient fait une razzin sur le territoire es Omahas, en enlevant des femmes et des chevaux, lOiseau-Noir se mit dans une telle colère qu'il jura de « manger toute la nation des Pon- Lahs, » c'est-à-dire de les exterminer tous, et, se mettant aussitôt en

ate à la tête de ses guerriers, il poursuivit les maraudeurs avee une si grande activité, que ceux-ci durent se réfugier derrière de grossiores défenses en terre, Se voyant sur le point d'être massacrés par les Onalas, les Ponkahs leur envoyèrentun héraut avec le calumet de paix; mais FOiseau-Noir le tua ainsi qu'un deuxième qui se présenta apres la mort du premier, Dans ectte extrémité, le chef ponkah leur envoya comme une dernière espérance sa fille, qui était d'une beauté remarquable, Les charmes de la jeune Indienne lui firent une impression si profonde et si soudaine, qu'il accepta de ses maine le calumet, fuma, et depuis ce temps il s'établit entre les deux tribus une paix durable,

Cette jeune et belle enfant devint en peu de temps la favorite de POiseau-Noir, et sa fin tragique fut un des incidents qui eut le plus d'influence sur la vie de cet homme ermordinaire, La jeunesse et la beauté de sa nouvelle femme gagnérent son cœur, de sorte qu'elle gouvernait en reine dans sa tribu adoptive, et domptait toutes les passions les plus vindicatives et les plus violentes de son terrible époux; mais aussi la jalousie la plus funeste s'empara du cœur du chef omaha, et lui inspirait des transports furieux d'une rage mal déguisée.

Dans un accès de ces transports jaloux il poignarda sa femme et

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l'étendit morte à ses pieds. À peine eut-il commis cet horrible meurtre, que le désespoir succéda à la colère, il demeura trois jours et trois nuits sans prendre de nourriture, ni de repos, la tête couverte par sa robe en peau de buffle, l'œil hagard et continuellement fixé sur le cadavre de sa victime, réfléchissant sur le crime qu'il venait de commettre. Pendant quelque temps on crut qu'il voulait se laisser mourir de faim, et personné n'osait l'approcher. Enfin, un guerrier ayant pris l'enfant de là pauvre infortunée, il le placa à terre auprès de l'Oiseau-Noir, et mit le pied du chef sur le cou de l'enfant. Le cœur du sauvage fut ému par ect appel, il se leva, fit une harangue à son peuple au sujet de l'assassinat qu'il avait eu le malheur d'accomplir, et dès ce jour il parut cire débarrassé de ses chagrins et de ses remords.

Quelques années après la petite vérole vint décimer les rangs des Omahas, et l'Oiseau-Noir lui-même en fut atteint. Aussitôt que la tribu apprit que son chef était en danger de mort, elle oublia ses propres souffrances, et se rendit en masse auprès du lit du moribond pour lui témoigner la douleur que son état causait à tous ses compagnons. L'Oiseau- Noir, en voyant approcher sa fin, ordonna qu'il ft enterré sur son cheval de bataille dans une fosse creusée sur le sommet d’un promontoire très-élevé et baigné par le Missouri, et où il se rendait très-souvent pour voir arriver les canots des blancs; puis, après avoir réglé tous les détails de son enterrement, il mourut au milieu des regrets de toute sa tribu assemblée autour de lui.

Le P. ae Smet donne d'intéressants détails sur Tehatka, l'Oiseau- Noir des Assinniboins, avec cette différence que le chef Assinniboin n'avait pour lui que l'astuce et les crimes, tandis que le chef omaha avait du moins le courage. Néanmoins, Tehatka exerca pendant sa longue carrière plus de pouvoir sur sa tribu qu'aucun autre Nestor ne l'avait jamais fait. On peut lire son affreuse histoire dans les Précis historiques, publiés à Bruxelles.

I suffit de raconter de tels faits pour montrer toute li barbarie de ces caractères sauvages; si dans leurs coutumes nous voyons cette barbarie se montrer sous un jour encore plus hideux, nous ne devons pas oublier que dans les cruautés que les Indiens font subir à leurs prisonniers et aux blancs il faut surtout considérer qu'ils sont en cela guidés par l'amour de la vengeance, qui pour eux est une vertu, [ls ne croient pas

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ètre méchants, mais justes dans leurs vengeances ; ce sont à leurs yeux des représailles, où pour mieux dire des réparations que leur honneur les oblige de se faire. Les blancs leur ont fait et leur font tant de tort qu'avec l'idée que les Indiens ont de l'honneur, du droit et de la justice, il n'est pas étonnant de les voir user à l'égard des blancs des mèmes traitements dont ceux-ci ont usés envers les Indiens.

Dans l’histoire de Jennie nous trouvons un exemple terrible de la

justice indienne avec son implacable solidarité. Oil pour œil, dent pour

dent, homme pour homme, tel est le principe qui régit le mobile des exécutions horribles dont les déserts sont si souvent le témoin. Dans ectte histoire que nous allons raconter on verra pareillement combien sont forts les liens du sang parmi les sauvages; plus tard, nous aurons l'occasion de citer de nouveaux faits sur ces liens de famille que des écrivains ont trop légèrement niés.

Jennie était la femme d’un Chactas, qui tua un Indien de sa propre Wibu, et voulut se sauver ensuite à la nage à travers Le Mississipi, mais il lut pris et mis à mort par les parents dé la victime. Tom, le fils aîné de Jennie, se rendit également coupable du meurtre d’un vieillard chactas, et, selon les lois de sa nation, il devait mourir en punition de son crime. Mais, au moment, où la sentence allait recevoir son exécution, Jennie traversa la foule des spectateurs, et, s'adressant aux chefs, elle leur demanda la vie de son enfant, s’offrant de mourir à sa place. « Tom est jeune, dit-elle, il a une femme, des enfants, des frères et des sœurs, tous ont besoin de lui pour des conseils et pour leur existence ; je suis vieille, je n'ai plus que peu de jours à vivre, et ne puis guère être utile à ma famiile. Il n'est pas juste, du reste, et c'est une honte pour vous, de vouloir prendre une neuve chemise pour une vieille, »

Cette offre magnanime fut acceptée, et on donna quelques heures à dennie pour se préparer à mourir. Pendant ce temps, elle alla auprès d'un colon qui demeurait à une petite distance du camp indien, et le pria de faire faire aussitôt un cercueil pour Tom; quand on lui demanda de quelle grandeur elle le voulait: «Faites-le de ma taille, répondit-elle, et il servira pour mon fils. » Deux heures après, elle s'en retourna au “ump, portant sur ses épaules son funèbre iardeau, et fut mise à mort.

Durant cinq années après ce douloureux événement, Tom devint le sujet des railleries et du mépris des amis du vieillard qu’il avait tué.

« Tu es un lâche, lui disait-on, 1 as laissé ia mère mourir pour 1: «tu üs peur de la mort, tu es un Fiche, » Tom ne put supporter ces insultes, il s'en vengea en tuant le fils du vieillard qu’il avait assassiné : puis il retourna chez lui en coufessant sou crime et s'en vantant partout, Alors, ne pouvant plus supporter la vie, il dit à ses amis qu’il ne voulait plus vivre, et les invita ainsi que d'autres personnes à assister à ses derniers moments. Par ses ordres, on lui prépara une tunique pour linceul ; il creusa sa fosse lui-même, et s’y plaça dedans plusieurs fois pour savoir si elle avait bien la dimension voulue. Ensuite il chargea le fusil avec lequel il devait se tuer, Tous ces préparatifs étant achevés, il se mit deux foulards noirs autour de la poitrine, des rubans bleus autour des bras et dans sa longue chevelure; il fuma le calumet, et entonna le chant de mort. « Le temps est passé, la mort approche, etc. »

Un blane qui passait à par hasard et le connaissait lui dit : « Tom, où vas-tu, dans ce costume? — Je vais voir ma mère, répondit-il. — Et où est ta mère ? — Dans une bonne place. » Le colon, comprenant alors ce qu'il voulait dire, tächa de le dissuader de son funeste projet en lassurant que les parents du jeune homme qu'il avait tué accepteraient, sans doute, une rançon. Mais Tom répliqua : «Non, je veux mourir, » Puis il reprit le chant de mort, se placa dans la fosse, mit le canon de son fusil contre son cœur, cha la détente et cessa de vivre.

Les Indiens ne sont pourtant pas dénués de toute générosité envers ceux qui, d'après leurs lois ou leurs coûtumes, doivent mourir. On en à vu même renier leur passé, mépriser leur avenir, et s'exposer à li mort pour sauver du supplice quelques victimes tombées entre les mains des guerriers de leur tribu, A ce sujet, nous citerons une autre anecdote qui fait le us crand honneur à son héros.

Un Pawiue brave (les braves sont des guerriers qui se sont distingués dans les batailles), fils du Vieux-Coutcau (chef des Pawnies), d'une belle figure, d'une noble contenance, avait acquis par ses exploits le titre de brave des braves, à l'âge de vingt et un ans, et par un trait de bravoure il init fin à usage barbare qui existait dus sa tribu de brûler les prisonniers. Une jeune femme de la nation des Padoucas, faite prisonnière par les Pawnies, fut destinée à être brûlée vivante. L'heure fatale arrivée, la victime tremblante fut attachée au bûcher, au milieu de la tribu assembiée pour ‘ssister à cette horrible scène, Au moment où le feu

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DANS LES DÉSERTS DU NOUVEAU MONDE. 383 allait être mis aux fagots, le jeune guerrier, qui avait préparé sans que l'on s'en apereût deux chevaux agiles et vigoureux et des provisions pour un long voyage, sauta tout à coup de son siége, traversa la foule étouncée, Gélivra l'infortunée, la prit duns ses bras, la placa sur un chevai, monta l'autre et tous deux partirent au galop, laissant les spectateurs stupéfaits d’un pareil trait de hardiesse.

La captive, après trois jours d’une course effrénée, fut conduite, à travers les solitudes, vers son pays; alors son généreux libérateur lui donna le cheval qu'elle avait et les provisions qu'il avait mises en réserve, ain qu'elle pût ‘oindre son village aisément et sans crainte d'être poursuivie ou de souffrir de la faim: puis il retourna dans sa tribu. Sa popularité était telle que personne n'osa/lui demander compte de sa conduite : on considéra sa témérité comme une inspiration soudaine du Grand-Esprit, et depuis ce temps-là les Pawnies cessèrent complétement les sacrifices humains,

Cette histoire connue à Washington fit une vive impression parmi les dames; et les demoiselles d’un pensionnat se cotisèrent pour envoyer au ils du Vieux-Couteau un souvenir de leur profonde admiration : c’était une médaille d'argent avec une’inseription appropriée au sujet; elle fut envoyée au brave Pawnie avec la lettre suivante :

« Frère, accepte ee souvenir de notre estime, porte-le toujours en « mémoire de nous, et quand tu auras le pouvoir de sauver une pauvre « femme de la mort et des tortures, pense à ce souvenir et à nous, et « vole à son secours et à sa liberté. »

A cette lettre le guerrier fit la réponse suivante, traduite lit" lement :

« Frères et sœurs, cette médaille me donnera plus de courage ue je n'en ai jamais eu, et j'écouterai les blanes plus que je ne l'ai fait.

« Je suis content que mes frères et sœurs aient appris li bonne action

«que j'ai faite. Mes frères et sœurs pensent que j'ai agi par ignorar.ce,

Mais maintenant je sais ce que j'ai fait.

« J'ai agi par ignorance sans savoir que c'était une bonne action, Mais cette médaille m'apprend que j'ai bien agi, »

L'audace, du reste, paraît être un des caractères distinctifs des Indiens : nous pourrions raconter à l'appui de cette assertion une multitude d'anecdotes plus extraordinaires les unes que les autres; mais

uous nous contenterons d'en citer une prise au hasard parmi les milliers dont le souvenir s'est perpétué dans les solitudes.

Une fois, favorisé par les ténèbres d’une nuit fort obscure, un guerrier dacota s'approcha d’un des villages pawnies et, grimpant sur un des wigwams coniques du village, il regarda par le trou pratiqué au sommet du wigwam pour laisser passer le jour, l'air ci la fumée. Grâce aux dernières lueurs du foyer qui petillait encore, le Dacota vit ses ennemis qui dorinaient autour du feu. Descendre, poignarder et scalper tous les dormeurs fut pour le sauvage l'affaire d’une minute; puis il se sauva avec ses trophées sanglants, en poussant un cri de guerre et de triomphe qui réveilla tous les Pawnies et laissant derrière lui les Indiens plongés dans une fureur facile à comprendre.

Ce trait d'audace est d'autant plus remarquable que, les sauvages étant doués d’une délicatesse d’ouïe vraiment incroyable, le guerrier dacota

risquait de révéler sa présence à chaque mouvement qu’il faisait par le

seul frôlement de son corps contre les murs extérieurs du wigwam qu'il envahissait ainsi, I fallait aussi que son sang-froid fût aussi grand que sa main devait être sûre, pour que chacune de ses victimes mourût sans pousser un soupir, qui aurait répandu l'alarme parmi ses compagnons, Une autre anecdote illustrera mieux que tous les discours possibles cette délicatesse de l’ouïe et cette adresse particulières aux Peaux-Rouges du nouveau onde, et qui les ont rendus si célèbres.

Deux trappeurs, campant dans le pays des Pieds-Noirs, montaient alternativement la garde, pendant la nuit, autour de leurs provisions pour ne pas être surpris par les Indiens. Vers minuit, celui qui veillait, sachant qu'il ne saurait trop prendre de précautions contre la ruse des sauvages, s'éloigna du feu, afin que la réverbération de la flamme ne le déceiât point, puis 1l s'assit dans l'ombre. Au bout d’un instant il crut apercevoir une masse noire ayant la forme humaine qui rampait en s'avançant vers le feu. Se doutant aussitôt que ce devait être un Pied-Noir. il arma son fusil et l'épaula; mais le bruit du ressort parvint aux oreilles de l'indien, qui prit son are et lança une flèche dans la direction du bruit qu'il venait d'entendre, Il visa si juste, malgré l'obscurité, que la flèche traversa la gorge du malheureux trappeur qui tomba sans proféver une parole.

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y les entendent raconter sur les lieux où ils se sont passés, on écoute avec plaisir les récits qui en sont la contre-partie, et qui montrent que les Indiens sont un composé des vertus et des vices les plus opposés. Aussi, dans cet amalgame moral, toute analyse devenant fastidieuse, difficile et mème problématique, nous aimons mieux nous abstenir de toute considcration personnelle, et, continuant l'exposition des faits, nous laisserons à chacun le soin d'en tirer la conclusion qu'il lui plaira. Nous avons eu déjà l'occasion de signaler la simplicité des Indiens; d'autres traits aussi curieux que ceux que nous avons mentionnés feront encore ressortir davantage les côtés saillants de cette bonhomie singulière que toutes les natures primitives ne possèdent pas au même degré. Mi-ah-toose , surnommé la Maigre-Fiqure, était un Sheyenne d'une grande intelligence et jouissant dans sa tribu d’une certaine considération. Étant allé à Saint-Louis, dans le Missouri, il regardait d'un œil scrutateur tout ce qui frappait sa vue; il ne paraissait indifférent à rien, et les choses les plus minimes avaient à ses yeux une importance qu'il ne dissimulait pas. Mais ce qui l'impressionna le plus vivement, ce fut une soirée qu'il passa au Cirque. De retour dans sa tribu, il donna une description parfaite de la forme, de la couleur et des enharnachements de chaque cheval, avec les détails les plus minutieux. 1 ne pouvait comprendre comment des blancs pouvaient aussi bien monter à cheval et faire des tours d'agilité et de force aussi extraordinaires. Pour lui, ce fut la seule supériorité que les hommes blancs avaient acquise sur les Peaux-Rouges au moyen de la civilisation. Il S'émerveillait aussi beaucoup de voir autant d'hommes vivre dans une même ville si éloignée des pays de chasse. Voulant un jour s'assurer du nombre exact des habitants de Saint-Louis, il se procura un long bâton carré et, S'asseyant sur un trottoir, il fit un cran à son bâton pour marquer chaque personne qui passait. En un instant son bâton fut rempli, de telle sorte que, n'ayant plus de place pour marquer le nombre des autres passants, il se mit à les compter sur ses doigts; mais le pauvre Indien, voyant la louie augmenter avec les heures, et qui, loin de diminuer, devenait plus compacte, renonça à son projet et reconnut l'impossibilité de son entreprise. Comocomo, qui fit un voyage en Angleterre dans là première partie du dix-septième siècle, se servit du même procédé pour compter les habitants de Plymouth, A son retour en Amérique,

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le chef de sa tribu lui ayant demandé, entre autres choses, quelle était la population de l'Angleterre, GComocomo lai répondit : « Comptez les étoiles du ciel, les feuilles des arbres et le sable des bords de la mer, car tel est le nombre des habitants de l'Angleterre, »

On verra par les anecdotes suivantes, que nous allons raconter que les Indiens ne sont pas dépourvus de ruse et de caleul dans leurs rapports avec les blancs, et si ceux-ci surpassent les sauvages par leur esprit, ils sont quelquefois obligés d'en avoir beaucoup pour ne pas être dupes de la finesse caustique des Peaux-Rouges.

Un jour, le gouverneur Joseph Dudley de Massachussetts, en surveillant des ouvriers, aperçut un Indien grand, fort et à moité nu, qui venait, sous forme de passe-temps, regarder travailler les employés du gouverneur, Celui-ci, en voyant l'Indien, lui demanda pourquoi il ne travaillait pas, afin de s'acheter des habits pour se couvrir; mais l'Indien répondit : Et vous, pourquoi ne travaillez-vous pas? Le gouverneur, se frappant le front avec le doigt, lui dit: Je travaille avec la tête. L'Indien ajouta alors : Eh bien! moi, je travaillerais si quelqu'un voulait me donner de l'ouvrage. Eh bien ! lui dit le gouverneur : J'ai un veau qu'il faut tuer, tuez-le et je vous donnerai un schelling, Le marché accepté, l'Indien tua le veau et s'en alla s'amuser à regarder les ouvriers, Le gouverneur l'ayant rencontré de nouveau lui demanda pourquoi il s'était en allé sans avoir nettoyé le veau. A quoi l'Indien lui répondit: Ceci n'était pas dans le marché, vous m'avez dit de le tuer et non de le nettoyer; j'ai fait ce que vous m'avez commandé et rien de plus, ni rien de moins. Le gouverneur lui donna alors un second schelling pour nettoyer le veau; l'Indien prit l'argent et s’en alla le dépenser au cabaret, puis il revint avec un schelling de cuivre dire au gouverneur que le schelling ne valait rien, Le gouverneur, pensant que cela pouvait être vrai, lui en donna un autre; l'Indien s’en alla et revint trois fois recommencer le même manége. La dernière fois, le gouverneur, voulant le punir de sa mauvaise foi, lui donna une lettre pour la porter au shérif de Boston, avec l'ordre de donner le fouet au porteur; mais l'Indien, s'imaginant ce que contenait la lettre, la remit à un domestique du gouverneur, en lui disant de la porter de suite à son adresse, de la part de son maitre: c’est ce que fit le domestique, qui fut rigoureuscment fouetté à la place de l'Indien.

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Un Indien entendant un jour un ministre protestant prècher sur les paroles suivantes : «Faites des vaux au Seigneur et remplissez-les », s'en alla trouver le prédicateur après le sermon et lui dit : J'ai fait vœu d'aller avec vous dans votre maison, Le ministre, après un moment de surprise, lui dit : Eh bien! remplissez votre vœu. Arrivés à la maison, l'indien ajouta : J'ai fait vœu de souper chez vous, ce qui lui fut accordé également. Quand le souper fut achevé, l'Indien ajouta: J'ai fit vœu de passer la nuit chez vous. Le ministre, ne voyant pas de fin aux exigences de son auditeur, lui répondit : Cela est très-possible, mais j'ai fait vœu que vous vous en iriez demain matin. L'Indien trouvant juste la réponse y consentit sans murmurer.

Peu après que sir William Johnson entra dans ses fonctions de superintendant des affaires indiennes dans le nord de l'Amérique, il reçut d'Angleterre des habits magnifiquement brodés. Un célèbre sachem, du nom de Hendrick, étant présent quand le ballot fut défait, ne put s'empècher de montrer le désir qu'il avait de posséder un de ces habits. Après un moment de réflexion , il dit à sir Villiam qu'il avait rêvé qu'il lui faisait cadeau d’un uniforme brodé; sir William n’osa pas refuser et lui donna à choisir l'habit qui lui plaisait le mieux. Quelques jours après, sir William rencontrant le sachem lui dit qu’il avait fait un rêve; le sachem par courtoisie lui demanda quel était ce rêve. Le général répondit qu'il avait rêvé que Hendrick lui avait fait cadeau d’une terre de cinq cents ares qui se trouvait sur le Mohawk. L'Indien lui répondit : Cette terre vous appartient, mais je ne veux plus avoir de songe, car vos rêves sont trop lourds peur moi.

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