CHAPITRE XI
Aperçu sur les langues indiennes, — Organisation des langaes indiennes, — Polysyilabisme, — Substantifs, — Verbes, — Discours, — Genre oratoire, + Narralions, — Légendes, Le chasseur ambitieux, — Sasadis, — Moowis, — Harmonie musicale, — Instruments de musique. — Haravis péruviens, — Chansons mexicaines, — Conceptions musicales, — Inspiralions poétiques, — Chants d'amour, — Chants sacrés, — Chants des chasseurs, — Chants de guerre, — Chanis du berceau, — Fables, — Salires, — Chant de mort,
Les langues usitées parmi les Indiens de l'Amérique septentrionale, entre les deux Océans et depuis le Canada jusqu'au golfe du Mexique, cout téiement nombreuses et si différentes les unes des autres, que la vie d’un homme ne suffirait pas pour en apprendre la moitié. Cette variété et cette dissemblance se conçoivent facilement lorsqu'on réfléchit aux origines diverses des peuplades sauvages du continent américain, Mgr Demers, évèque de Vancouver, dans l'Orégon, nous disait, il y a quelques années, que bien qu'il parlât dix-sept idiomes indiens, il v avait dans son diocèse plusieurs tribus dont il ne pouvait se faire comprendre. Les personnes qui certifient que ces idiomes ou ces langues ne sont que des patois, des dialectes ayant tout au plus trois ou quatre souches principales, en parlent à la légère et ont été induites en erreur par l'homogénéité de type, de génie et de syntaxe, qui se retrouve dans le langage de la plupart de ces peuplades.
‘tte ressemblance existe, en effet, dans la forme, mais non dans la racine des mots ; elle est le résultat naturel de la pauvreté de ces langues, et non une preuve de l'unité de leur origine.
Peu de choses ont excité la curiosité des savants dans ce qui regarde les Indiens comme leurs langues. Balbi, qui a résumé les travaux de ses
prédécesseurs, assure que parmi les dix millions d'fndiens répandus sur
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VOYAGE PITTORESQUE, ETC, 389 langues et quatre mille dialectes. Parmi les sauvages de l'Amérique septentrionale, chaque tribu possède son dialecte particulier ; mais plusieurs de ces dialectes ont une souche commune, avec laquelle ils ont beaucoup de rapports. Ainsi, dans le haut Canada et sur les bords des grands lacs, la plupart des idiomes indiens dérivent de trois sources principales, savoir : le dacota, l'iroquois et l'algonquin. L'iroquois a six dialectes, qui sont : le cayuga, l'onéida, l'onondaga, le seneca, le tuscarora et le wyandot ; ce dernier est très-peu parlé maintenant, L'algonquin semble avoir été parlé jadis sur une grande partie du continent, au nord du Potomac et à l’est du Mississipi. Cette langue mère est celle du commerce parmi les Peaux-Rouges du Nord; elle a au moins vingttrois ramifications ou idiomes, qui ne différent pas essentiellement entre eux; elle est la clef au moyen de laquelle on peut comprendre sans trop de difficulté ces vingt-trois idiomes. La langue des Dacotas était connue des Assinniboins, des Otoes, des Pankas, des Quapaw:, des Winnebagos, ete. Dans le Sud, les Chactas, les Chérokies, les Muskogies et les Natchez ont des langues eutièrement diftérentes les unes des autres, Dans le Nouveau-Mexique, la Californie, l'Orégon et les montagnes Rocheuses, nous rencontrons bon nombre de tribus voisines l’une de l'autre ne se comprenant pas à cause de la dissemblance de leurs langages.
Aucune de ces langues n'est arbitraire dans sa constitution; chacune possède ses règles déterminées; aucune ne ressemble à une formation lente et pénible, mais chacune jouit d’un tout complet exempt de confusion et d'irrégularités et gouverné par des lois fixes. Les formes grammaticales qui constituent le génie des idiomes indiens appartiennent aussi bien à la nature qu'à la civilisation; il ne faut donc pas s'étonner si le langage des indigènes américains offre le phénomène étrange d'une régularité et d'une richesse d'expressions remarquables au sein d'une grande pauvreté de mots.
Parmi les écrivains qui se sont occupés de ce sujet, il en est qui assurent avoir retrouvé des noms hébreux et gaëliques parmi les idiomes des Peaux-Rouges; nous croyons d'autant plus à l'exactitude de cette remarque, qu’en effet on rencontre plusieurs sons, mots et syllabes de ces deux langues dans les dialectes indiens qui ont une origine scythique probable. Lalangue powhatan, que parlent les Nottoways de la Virginie, parait avoir