DANS L'ARCHIPEL
Est in conspectu Tenedos, notissima famâ Insula, dwes opum^ Priami diim régna manebant; Nùnc tantiim sinus et statio maie fida carinis.
Ainsi 5 vers la fin de la guerre de Troie, Fisle de Ténédos avoit déjà survécu à sa splendeur et à sa renommée : on ne voit pas qu elle ait recouvré , à aucune époque historique, l'éclat que Priam avoit pu lui donner pendant la prospérité de son royaume ; mais les vers d'Homere et de Virgile ont perpétué le nom harmonieux de l'isle de Ténédos. Ce fut sans doute au culte d'Apollon qu'elle dut ses premiers honneurs; c'étoit une des isles consacrées à ce dieu. Les Anciens ne croyoient pas manquer de respect à leurs dieux les plus puissants, en leur donnant pour domaine chéri, pour empire, des isles d'une étendue très bornée. Le temple d'Apollon dominoit tout le pays : il sembloit tout pénétrer de ses regards , tout remplir de sa divinité. Ce fut dans l'isle de Ténédos que la flotte et l'armée des Grecs vinrent se cacher lorsque, feignant d'abandonner le siège de Troie, ils conçurent le fatal stratagème qui les rendit maîtres de cette ville. Quelques savants ont suspecté sur ce fait l'autorité de Virgile; ils n'accordoient pas que l'isle de Ténédos put être vue des rivages de Troie : cependant, d'après la position que l'on assigne aujourd'hui à la ville de Priam, Virgile a eu raison de dire : Est in conspectu. De plus , il y a dans son port une station australe qui devoit dérober aux Troyens la vue des vaisseaux grecs. Mais on élevé une autre question : Virgile a-t-il eu tort d'ajouter, statio malè fida carinis? La rade de Ténédos est assez bien abritée pour recevoir les escadres qui sortent de Constantinople; elle leur offre toujours le premier point de relâche: mais il est vrai de dire que, quoiqu'elle soit défendue le plus souvent par la Chersonese de Thrace contre les vents du nord , ils sont quelquefois si impétueux que les vaisseaux courent le risque de chasser sur leurs ancres, et d'aller échouer sur la pointe de sable nommée par les Turcs Koum-Bournou.
L'isle de Ténédos est la première qui se présente à l'embouchure de l'Hellespont : les Turcs l'appellent Boghaz-Adasi, l'isle du détroit. Elle contribue beaucoup et devroit contribuer encore davantage à la sûreté du Bosphore et de Constantinople. On ne peut s'attendre à trouver de précieux vestiges d'antiquités dans une ville dont la splendeur a disparu avant les premiers temps vraiment historiques. Cette petite ville , ou plutôt cette bourgade, donne asile à des Grec§ pour la plupart pêcheurs ou vignerons. Elle est dominée par une haute montagne d'où l'on découvre, au sud, les campagnes de Lesbos; à l'ouest, l'isle de Lemnos; au nord, l'embouchure de l'Hellespont et la Chersonese de Thrace; et à l'est, la côte d'Asie et les rivages où fut Troie. Un tel