‹ Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du BosphoreChapitre 14 sur 87 · VUE DE UISLE DE TÉNÉDOS · texte numérisé non relu

VUE DE UISLE DE TÉNÉDOS

point de vue est magnifique; mais quel charme n'y ajoutent pas des lieux consacrés par les plus nobles accents de la poésie ! On peut présumer que Ténédos passa du culte d'Apollon à celui de Bacchus. Il existe encore des médailles de cette isle sur lesquelles on voit à côté de la hache à deux tranchants une branche de vigne chargée d'une belle grappe de raisin qui indique la principale richesse de son territoire. Son vin muscat est renommé comme un des meilleurs des isles de l'Archipel : il joint à beaucoup de force un parfum exquis ; mais les Grecs auroient beaucoup de leçons à recevoir dans Fart de confectionner le vin.

Cette Vue représente la rade même qui servit à cacher les perfides projets des Grecs, et d'où, selon Virgile, s'élancèrent les serpents de Laocoon. On voit sur la droite une escadre turque mouillée au large : ces bâtiments sont construits à Feuropéenne. Plus avant, dans la rade, sont quelques petits navires du pays, dont la poupe élevée est aussi incommode pour les manœuvres que dépourvue de grâce. L'exemple des Européens n'a pas encore réformé l'ancienne routine.

Plusieurs bateaux de diverses coupes voguent le long du rivage, et abordent aux Échelles. On nomme ainsi une jetée de grosses planches construite sur pilotis, et qui sert à Fembarquement et au débarquement. Chaque quartier d'une ville maritime est désigné par le nom d'une échelle: c'est peut-être de là que s'est formé le mol Echelles du Lemnt, dont on se sert pour désigner les comptoirs établis par les Européens dans les ports de FEmpire Ottoman.

Des cavaliers européens, montés à la turque, parcourent les bords de la rade; ils sont précédés par un Janissaire en costume de voyage et coiffé à la tartare, et par un domestique équipé selon l'usage du pays : il porte un bonnet turcoman, une ceinture pleine de cartouches sur le côté, en avant des pistolets, et un fusil à la main droite.

A gauche, la ville s'élève en amphithéâtre sur le penchant d'une colline assez escarpée. Elle est couverte plutôt que protégée par un château fort d'une apparence assez imposante, mais qui ne résisteroit pas à deux heures de bombardement.

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